On est tous d'accord sur le fait que je ne connais rien du Brésil. Mais il y des choses qui commencent à me perturber. Eu falo:
1. Guga, qui est de São Paulo, écrit sur son blog (DIRTY SHEEP) qu'il commence à être saturé de l'image clichée du Brésil que les Montréalais lui renvoient. Une image qui se résume aux clichés comme la violence des favelas, la corruption du gouvernement, le Carnaval de Rio, les putes de toutes les couleurs, la drogue, etc. Les gens posent toujours les mêmes questions avec les mêmes préjugés un peu sournois. Guga dit qu'au fond, c'est un peu la faute des brésiliens qui projettent cette image à l'international dans des films comme Cidade de Deus. Bon. Je suis d'accord en principe. Mais quelque chose me chicote. Je lui réponds dans mon meilleur portugais chancelant que son commentaire me laisse un peu perplexe. En effet, quelles questions aimerait-il qu'on lui pose sur son pays, considérant qu'on ne peut parler ni de politique (cliché du politicien brésilien corruption), ni de soccer (cliché du brésilien qui se prend pour Ronaldinho), ni du Carnaval (cliché de la brésilienne presque nue qui danse une samba endiablée), ni de la violence (cliché du petit brésilien de dix ans qui te tue si tu refuses de lui donner ton stylo), ni de la drogue (cliché du brésilien classe moyenne qui fait rouler l'économie des cartel en achetant sa maconha dans le morro), ni du catholicisme (cliché du brésilien du Sertão qui descend vers São Paulo en quête d'une vie meilleure et qui s'est arrêté en chemin à toute les stations chrétiennes où tu peux embrasser les doigts de pied d'une immense statue en plâtre d'un saint quelconque)? Quelles questions peut-on poser si on ne peut pas parler de ces clichés? Ah, et j'oubliais l'Amazonie...
2. Voilà, donc, je me retrouve avec une sensation fascinante de cercle vicieux. Le Brésil ce n'est pas que ça, mais ça revient TOUJOURS à ça. Fabio et Jaqueline, devant une bonne blanche au citron, m'expliquent que Guga a raison, que le Brésil c'est beaucoup plus que tout ça. J'espère! J'y vais en décembre! Ils me disent, tu vas voir, tu vas tomber en amour avec ce pays, la première famille brésilienne que tu vas rencontrer, tu vas tomber en amour avec, la première churrascaria que tu vas manger, tu vas tomber en amour avec. J'espère! Ah, je suis enthousiaste. Parce que c'est vrai, on ne peut pas tout réduire à cette image projetée par les films comme la Cité de Dieu ou Troupe d'Élite, non, non, ah, tu vas aller à Rio? Est-ce que la personne qui t'accompagne au Brésil vient de Rio? Non? De São Paulo? Hmmmm.... C'est peut-être mieux d'y aller avec quelqu'un qui vient de là-bas, parce qu'il y a des lignes à ne pas traverser dans la ville, et elles sont difficiles à reconnaître, tu sais, une seconde tu es dans un quartier sécuritaire et la seconde d'après tu es entré dans la favela, il faut faire très attention de ne pas franchir ces lignes-là.
3. Un autre bon film indépendant, artsy-fancy, nouvelle-vague brésilienne, qui fait suite aux succès internationaux de Fernando Meirelles, de José Padilha et de Cao Hamburger: O HOMEM DO ANO, de José Henrique Fonseca. Ça raconte l'histoire d'un jeune homme qui, à la suite d'un pari perdu, se fait teindre les cheveux en blond. Petit geste innocent qui va créer une réaction en chaîne monstrueuse. Le soir même il sort dans un bar, se fait traiter de bicha par un caïd connu et détesté par tout le quartier, retourne à la maison en colère, revient avec une douze, éclate la gueule du caïd et rentre se coucher. Le lendemain il trouve des cadeaux devant sa porte d'appart. Une paire de lunettes fumées, de la bouffe, du café et un petit cochon. Je vais pas raconter tout le film, mais disons simplement que ça a fait plaisir à tout le monde d'être débarassé d'une vermine et on va vite lui demander de recommencer avec d'autres vermines. C'est, au demeurant, un excellent film social. Mais, encore une fois, qu'elle image du Brésil ce film projette-il? La "réalité" ou une image extravagante et déformée?
4. Je me dis (et Gu qu'est-ce que tu en penses): le cinéma brésilien me fait penser au cinéma américain des années quarante, quand on décrivait le service de police de la ville de Los Angeles ou les slums de Chicago. Je veux dire par-là que si la corruption et la violence existe et attise les inégalités sociales et le ressentiment, le cinéma, l'art, n'a pas le choix d'en parler, même si elle n'est qu'une toile de fond. Il est impossible au Brésil, en ce moment, de faire un film violent (comme Tarantino par exemple, avec sa violence gratuite, sans message) qui ne serait pas hautement critique ou engagé. Le cinéma brésilien ne peut pas être léger, s'il veut être légitime et sincère.
5. C'est paradoxal parce que tout le reste du monde en ce moment reconnaît que le cinéma brésilien est en explosion depuis quelques années, que les films sont en effet des critiques sociales acerbes qui n'ont pas peur de regarder la vérité en face, et tous ces films gagnent des prix partout dans les festivals, sont prisés pour leur cinématographie, leurs scénarios, leurs acteurs, tout. Mais les brésiliens sont mal-à-l'aise devant ça. Ça leur donne un goût amer dans la bouche. Ils te regardent dans les yeux, ils te disent le Brésil c'est ça, mais c'est pas ça. Si tu savais c'est quoi le Brésil... Et ils soupirent parce que c'est inexplicable l'amour de sa patrie. C'est inexplicable, incommunicable et absolument indiscutable. Parce que pour Guga, Lu, Jaque, Fabio, etc., le Brésil sera toujours plus que sa dicature militaire et l'oppression reflétée dans des centaines de belles chansons à double-sens, plus que des balles perdues dans les collines de Rio de Janeiro, plus que des policiers à qui on peut refiler une enveloppe pleine de cash, plus que deux danseurs qui font de la capoeira sous les palmiers pour impressionner les touristes, plus que des films superbes qui décrivent des choses horribles qui arrivent tous les jours, plus que le fait de ne jamais s'arrêter aux feux rouges la nuit tombée parce que c'est trop facile de te faire tuer, plus que cette idée complètement folle que les enfants pick-pockets sont les plus efficaces et les plus dangereux parce qu'ils n'ont pas conscience de la vie humaine et si tu réagis mal ils ne se sauvent pas, ils tirent. Certainement beaucoup plus que ce qu'un Québécois peut écrire un dimanche soir sur son blog après avoir eu quelques discussions et lu quelques livres et vu quelques films.
Brazil, where hearts were entertaining June
We stood beneath an amber moon
And softly whispered, "Someday soon"
We kissed and clung together
Then - tomorrow was another day
The morning found us miles away
With still a million things to say
And now, the twilight moves the skies above
Recalling thrills of our love
There's one thing I'm certain of
Return, I will, to old Brazil
who wrote that (in English)???
RépondreSupprimerSíntese de muitas conversas...
Oui BR c'est plus que tous ça, comme la Colombie est plus que les FARC, comme la Venezuela est plus que Chavez, comme le Quebéc est plus que les fous du metro!!
Bon, tu as déjà l'image et les mots, seulement t'reste VOYAGER voir, sentir, écouter, DANSER, parler, toucher, et ensuite si tu veux tu continues à écrire ! !
RépondreSupprimers. enfant.
"Le cinéma brésilien ne peut pas être léger, s'il veut être légitime et sincère. " Je suis d'accord Danny Boy. Mais on a aussi des histoires communes, histoires du quotidien…il faut qu’elles soient racontées. Le cinéma argentain est le bon exemple, il y a des bonnes critiques (et elles ne sont pas légères...) mais dans d'autres contextes et points de vue (Filho da Noiva, Clube la Lua, Cama Adentro, El Pero…)
RépondreSupprimerCidade de Deus et Tropa de Elite sont l'externalisation des nouvelles quotidiennes qu'on entend tous les jours à la tv et aux journaux.
Par rapport au film O HOMEM DO ANO, je l’aime beaucoup. Il faut que tu regardes NAO POR ACASO.
Danny, tu n’aimes pas Tarantino ? On va discuter ça bientôt !
Il faut discuter le soccer, le carnaval, les putes, les drogues, la politique et la religion…
RépondreSupprimerJ’aime répondre des questions sur ces sujets.
Mais les questions « gringo », c’est ça que je n’aime pas.
Danny, tu n’est pas un gringo .
GUGA!! Ton français est impeccable! Tu écris mieux que bien des francophones que je connais, rsrsrs.
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