mercredi 1 avril 2009

Extraits de mon journal intime : un héros

Ok. Lets play with fiction and reality. J'ai dit que j'avais sauvé un chien. Est-ce que ça s'est vraiment passé comme ça? Je te laisse lire et réfléchir pendant que je pratique mes nasales... lavando os cabelos do meu violão...

1.
J’étais tout à fait seul ce soir-là. Je venais de mettre la clé dans la porte du bistro où je travaillais et je m’apprêtais à faire du jogging jusqu’à la station de métro toute proche. Quelque chose comme du jogging, une course pas vraiment organisée, pas vraiment intense, juste pour le faire, et juste pour éviter de faire sauter le disque compact dans mon walkman. Je joggais et j’essayais de respirer en rythme, pour au moins que ça ait une certaine cohérence et il se trouve qu’exactement entre deux chansons j’ai entendu une longue plainte sourde. Une plainte de chien, précisément, même si sur le coup ça ne ressemblait à rien, ça ne ressemble à rien ces choses-là, c’est un peu n’importe quoi, un chien en train de mourir. Si je n’avais jamais entendu un bruit comme ça, je n’aurais jamais été capable de l’inventer, ou même de me l’imaginer. Je ne vais pas essayer de le décrire, c’était juste une longue plainte qui m’appelait, qui me demandait d’y voir, d’y réagir. Tout ce que je savais, c’est que c’était un chien, et qu’il était en train de mourir, je veux dire c’était tellement évident que j’ai arrêté mon walkman et que j’ai arrêté de courir, j’ai stoppé net là sur place et j’ai tendu l’oreille et le nez, je ne sais pas pourquoi le nez, mais le voilà qui était tendu, narines ouvertes. Je voulais sentir l’odeur de quoi que ce soit qui me donnerait un indice vers où aller. La longue plainte m’appelait moi, sans arrêt, sans interruption et c’est ce qui m’a fait comprendre que ce chien était sur le point d’arrêter de respirer, de ne plus respirer du tout. Un peu plus loin devant moi, j’avais trouvé je le savais, se dressait une immense sculpture de métal rouillé, en métal fusionné, chauffé et collé, rapaillé et forgé, une sculpture qui s’appelle quelque chose comme Cyclone Six ou Sept, une espèce d’immense oeuvre d’art donnée à la ville de Montréal par un village des États-Unis qui n’en voulait plus. Elle trônait là, en plein milieu d’une petite place au milieu d’un quartier résidentiel et la plainte du chien en sortait. Je me suis dirigé vers Cyclone Six ou Sept, je ne me rappelle plus, pour ce que ça vaut, c’était peut-être dix-huit ou quarante, est-ce que c’est important. Ce n’est pas important, ça ne l’était pas à cet instant que je raconte, ça ne l’était pas quand je me suis approché de l’incroyable tas de ferraille et que je me suis penché, plié les genoux, le nez tendu, et qu’au fond de la structure, au fin fond dans le noir, j’ai vu des petits yeux qui clignaient. J’espère que c’est cette image de moi que Sullivan a conservé, quand je me suis penché, comme sur lui, comme on dit. Comme on se penche sur un malade. J’espère qu’il a gardé en mémoire ma face de sauveteur qui vient de commencer à comprendre qu’il va devenir un héros, quand j’ai éclairé l’intérieur de la sculpture, finalement, avec l’aura de ma compétence, de mon assurance. C’est comme ça que moi je m’en souviens en tous cas, c’est vraiment un moment fort de mon existence, c’est un souvenir que je veux, que j’ai le goût de chérir, vraiment. Je me revois très bien, en train d’illuminer mon alentour avec ma lumière interne. J’ai vu le chien qui continuait à se plaindre et déjà je faisais chut-chut avec ma bouche pour le rassurer et mon premier geste a été de tendre le bras vers lui en ne me disant même pas qu’il pouvait me mordre. Je suis passé souvent en face de Cyclone Sept, comme tout le monde, je veux dire, comme n’importe qui, et j’ai une certaine sensibilité artistique, je le dis sans vantardise, et je sais que c’est un objet laid, raté, pas laid pour l’être, comme une oeuvre moderne, genre des étrons dans du formol, ou quoi, non, laid parce que raté, parce que l’artiste, dont je n’ai aucune espèce d’idée c’est qui, a raté et que ce qu’il voulait beau s’est avéré laid. Je sais de quoi je parle, tu fais tout ce que tu peux, tu refais, tu répares, tout, des fois c’est condamné à être laid. Toutes les toiles laides que j’ai faites, c’est pas croyable, c’est presque pas croyable. Cette sculpture est très laide, elle l’était d’autant plus à cette époque qu’un chien était pris en dessous.

2.
Je n’ai évidemment pas pris mes jambes à mon cou, même si c’est une expression que j’affectionne, il y en a beaucoup des de même, qui font partie de mon langage, pas de mon langage de tous les jours, mais qui sont en moi et que je peux faire sortir n’importe quand, utiliser n’importe quand, pour un oui pour un non, il y en a beaucoup, et je n’avais pas peur, ni comme une frousse de ne pas être à la hauteur, ni comme une peur du noir, de l’inconnu, je ne sais pas. J’avais déjà l’intention inconsciente de sauver ce chien, je lui demandais son nom et je lui redemandais son nom sans arrêt en faisant des bruits de becs avec ma bouche tranquillisante. Je n’ai pas eu d’animal domestique durant mon enfance, ah oui, non, c’est vrai que j’ai eu un hamster et aussi des bébés lièvres dont la mère les avait accouché dans la cour en arrière de chez-nous. On s’est aperçus qu’ils étaient là quand mon père a passé sur le nid avec sa tondeuse, il en a déchiqueté un et on a récupéré les autres. J’imagine que la mère avait été traumatisée de voir disparaître ses flots de cette façon, mais bon, on les voulait les lièvres et en plus on avait déjà la cage du hamster qui était mort après avoir mangé de la bouffe de hamster avariée. Je ne savais pas ce qui me ramenait ça, mais ça me le ramenait vivement, de plein fouet, comme plein de fouets dans ma mémoire. Je pouvais voir le chien au fond de la sculpture, comme vraiment creux à un point tel au fond de la structure d’acier et de fer en forme de couteau et de fourchette en fusion, en fait pour être précis je pouvais voir ses yeux, qui clignaient, et qui ont l’air tellement intelligent, je veux dire, des yeux de chien, c’est tellement comme une étincelle d’intelligence que des fois tu te demandes s’il ne va pas se mettre à te parler, à te jaser ça devant la télé. Pas besoin d’aimer les chiens pour avoir cette impression, pas besoin de les aimer particulièrement. Moi, j’avais cette impression très forte en cherchant à écarter les parois de la sculpture avec mes bras, avec la seule force de mes bras. Jusqu’à ce que je pense à autre chose, que je me mette à penser à autre chose, que je me dise que je ferais mieux de penser à autre chose, que ce n’était pas avec mes bras que j’allais réussir à décrisser du métal. Je me suis mis en quête de quelque objet, quoi, contondant, pour me frayer un trou à travers le labyrinthe. Le chien continuait à gémir et il n’y avait que moi à la ronde, et je lui parlais à haute voix, du genre, attends, j’arrive, attends, chut, calme, attends, chut, attends, bon chien, j’arrive, attends, lâche pas. Je lui parlais comme j’aurais parlé à un noyé, ou à une personne proche de. Une personne sur le bord de. J’étais comme un sauveteur sur la rive, sur la plage, j’étais là pour agir, je servais à ça, j’étais comme une fonction et je me découvrais sincèrement, comme je ne me suis jamais plus découvert depuis.

EUH... La suite plus tard.

4 commentaires:

  1. entre deux chanson..."roda viva" et "a banda"????? hehehehehehehehehe

    RépondreSupprimer
  2. ahhh.... j'espère n'ai pas compris l'utilisation de cette métaphore (en portugais), extrait du courriel "saudade"

    RépondreSupprimer
  3. Je te félicite pour ton courageuse action!!!!! BRAVO!!!!.
    Je ne veux pas être très sérieuse mais…j’aimerai que quelque jour tu as le même force et la même initiative de « heroe » pour aide l’homme de la ligne orange …
    Peut- être lui aussi est en dangereuse situation.
    Franchement je me sens très touche pour ton histoire!!! Désolée!!! J’ai la lu il y a quelque minutes parce que je n’avais pas eu de l’internet!!

    LADY JOHANNA

    RépondreSupprimer