
J'avais vu le film SHINE il y a plusieurs années, qui raconte l'histoire vraie, un peu sentimentale, un peu mièvre, d'un pianiste virtuose qui perd les pédales, devient complètement fou, passe plusieurs années dans l'anonymat et la misère et se fait redécouvrir par hasard par un bon samaritain qui lui donne l'occasion de faire un ultime concert. Dans ce film, la musique était évidemment le personnage principal et c'est là que j'ai découvert Rachmaninoff et son fameux concerto numéro 3, réputé excessivement difficile à jouer. Quand j'ai voulu aller acheter la version de David Helfgott (le musicien du film) du concerto, je me suis rendu dans un Renaud-Bray et elle n'était pas disponible. À la place, dans la petite languette Rachmaninoff, se trouvait, parmi plusieurs versions différentes, un album live d'une pianiste que je ne connaissais pas encore: Martha Argerich jouant le Rach 3 et le premier concerto pour piano de Tchaikovsky.
Quand j'étais petit, dans les jeux vidéos de combats, je choisissais toujours le personnage féminin, la fille en kimono avec des tresses longues et des tatous sur les bras. J'ai acheté la version d'Argerich avec la même attitude inconsciente: choisir la seule fille au milieu de tous ces gars qui ont des doigts plus longs que mes deux pieds un après l'autre.
En revenant à la maison, j'ai mis l'album dans ma chaîne stéréo et je n'ai jamais cessé depuis d'écouter Martha Argerich et d'être un peu amoureux d'elle. Elle joue Chopin mieux que personne et c'est elle que je choisis aussi quand je cherche du Bach, parce que j'aime penser qu'elle est parfaite et que même une spécialiste du romantisme peut éviter la pédale forte et garder son pied loin de la résonnance. C'est à travers son piano et les grands orchestres qui l'ont accompagné (elle a été mariée à Charles Dutoit alors qu'il dirigeait l'OSM, dans les années 70) que je me suis initié à Bartok, à Prokofiev, à Schumann, à Liszt...
J'ai toujours trouvé que le piano était l'instrument de musique le plus complet, le plus beau, le plus élégant. Quand j'écoute Martha Argerich, je ressens une forme de perfection esthétique à cause de la virtuosité, de la limpidité, bien sûr, mais également à cause du plaisir que je perçois dans sa façon de jouer. Elle a commencé à participer à des concours internationaux à quinze ou seize ans et dès ses débuts a fait preuve d'une intégrité inflexible dans le choix de ses interprétations. C'est pour ça qu'elle n'a jamais été confinée à un style ou à une époque et que l'auditeur entend l'amour de la pièce jouée avant la technique déployée pour la reproduire.
Le piano, pour moi, c'est deux des choses les plus belles auxquelles je peux penser. Deux choses pour lesquelles je me dis que l'humanité c'est vraiment quelque chose de sublime.
D'abord, il y a la scène finale du film de François Girard, 32 FILMS BREFS SUR GLENN GOULD, qui montre Gould, joué par Colm Feore, s'en aller vers l'horizon glacé du Grand Nord Canadien, dans un plan de caméra long et immobile, jusqu'à devenir un infime point noir au bout de notre vue, alors qu'une voix off nous explique qu'en 1977, la NASA a lancé les sondes Voyagers 1 et 2, dans le but d'entrer en possible communication avec des civilisations extraterrestres. Afin de prouver l'existence d'une forme de vie intelligente sur la planète Terre, on y a inclu plusieurs messages de natures diverses. S'y retrouve un enregistrement du prélude numéro 1 du Clavier Bien Tempéré de J. S. Bach, interprété par Glenn Gould.
Ensuite, il y a ce sourire de Martha Argerich qui apparaît à la cinquième minute d'un vidéo que j'ai trouvé sur YouTube. Elle y joue une Polonaise de Chopin et tout à coup la caméra la filme de face et son visage s'illumine. À 5:30 exactement. Ça dure deux secondes, mais c'est vraiment magnifique.
Je mets l'adresse ici:
http://www.youtube.com/watch?v=KCSEwfqs-VM
qui ne tomberait pas amoureux de martha argerich?
RépondreSupprimerVotre article est très beau, bien écrit; il m'inspire cette confession:Je joue du piano, depuis toute petite, ai été dingue amoureuse de Wilhelm Kempff quand j'avais 18 ans, et qu'il aurait pu être mon grand père...Maintenant j'ai à peine 7 ans de moins que Martha Argherich et, je l'avoue, surtout depuis que j'ai lu sa biographie, je cultive le look femme un peu ronde cheveux longs avec mèche sur le côté tombant légèrement dans les yeux, et qu'elle relève avec une grâce toute particulière...A défaut de jouer, même de très loin, comme elle....je m'identifie...c'est ma manière à moi de l'aimer.
RépondreSupprimerJe craque complètement pour "Ondine" de Ravel, qu'on peut voir sur youtube.
Amitiés à tous les fans!