Voici ma réponse au livre de Michel Brûlé que je vais envoyer aux journaux en espérant qu'ils vont la publier.
Ceci est une réponse à la récente publication par Michel Brûlé, éditeur, du livre de Michel Brûlé, auteur : ANGLAID. En tant que jeune Québécois montréalais, francophone de langue, d’appartenance, de culture et d’ouverture, je désire ici exprimer mon désaveu de l’œuvre de M. Brûlé. Je désire condamner et décrier cet effort malsain et malhonnête de réduire une LANGUE (et par la même occasion les GENS qui la parlent) au complet à des clichés racistes. Je désire exprimer mon désaccord complet et intégral quant à la teneur, les propos, l’intention, les figures de styles, les virgules, les conjonctions de coordinations présentes à l’intérieur de l’œuvre de M. Brûlé.
Il se trouve que, pour parler en mon nom, j’ai grandi dans le respect de la différence, voire l’amour de la différence, et que, même s’il ne s’agit pas de nier le passé historique, je suis en mesure d’affirmer ici que le français, l’anglais, l’espagnol et le mandarin ne peuvent être « calculées » sur une échelle de beauté ou de laideur. Il se trouve également que, pour parler en mon nom, les anglophones de Montréal que je côtoie quotidiennement vont probablement me demander (dans un français élégant ou les genres sont tout mélangés) qu’est-ce que M. Brûlé veut dire exactement dans son livre et que je serai dans l’obligation de leur expliquer la définition d’IMBÉCILE HEUREUX.
Je suis en colère parce que j’ai l’impression que M. Brûlé, non seulement ne comprends pas la portée de son « acte », mais aussi qu’il tirera un malin plaisir de la polémique qui s’en suivra. Qui plus est, qu’un « acte » d’une telle bassesse envers une si grande part de la population, non seulement du Québec, mais du monde entier, soit annoncé fièrement et grossièrement à la sortie d’un pont me fait croire que la censure n’est pas nécessairement une chose négative.
D’abord, comment peut-on intituler un livre qui parle de la supposée laideur d’une langue avec un mot-valise de si mauvais goût? M. Brûlé n’a manifestement pas vu le beau film Ridicule de Patrice Leconte. Il aurait su alors qu’on évite, dans la cour des grands, ce genre de facilités d’esthétique et d’esprit.
Ensuite, prétendre que l’anglais (et je répète, par la même occasion, TOUS les gens qui parlent anglais) est laid, n’est-ce pas dire, par antiphrase, que le français est beau, que les francophones sont beaux? Comme sont beaux les discours de Jean-Marie LePen ou ceux, plus anciens, d’Adrien Arcand? M. Brûlé n’a manifestement pas lu ce petit essai de vulgarisation linguistique de Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue. Il aurait appris alors que depuis les années inoubliables des fascismes européens, on essaie le plus possible d’éviter d’entretenir des préjugés ridicules sur les langues, les étrangers, les autres et les gens en général. Et cela, même si l’on appartient de cœur et d’âme à une minorité qui essaie de survivre au milieu d’un océan de plus en plus absorbant.
Encore une fois, je parle ici en mon nom, mais je tiens à souligner que même si parfois je ressens une montée nationaliste quand je marche sur la rue Sainte-Catherine et que je n’entends que de l’anglais, je suis en amour avec le mélange culturel absolument inédit que représente Montréal. Je considère qu’il s’agit là plus d’une chance que d’une engeance, que nous devons bien sûr être vigilant afin de conserver cet équilibre précaire, mais qu’il est fini ce temps où on se lançait des pierres et qu’un étudiant de l’UQÀM ne pouvait pas travailler sur l’œuvre romanesque de Mordecai Richler. M. Richler a, au cours de sa vie, écrit et dit des choses à propos des francophones et de leurs luttes qui méritent d’être oubliées, mais il a également écrit ses superbes romans dans une langue que, personnellement, je considère hautement plus brillante que celle de M. Brûlé.
Je ne devrais pas être obligé d’écrire dans ma phrase suivante que, oui, l’anglais est une belle langue. L’anglais est une belle langue. Quand M. Brûlé aura lu, entendu, savouré les même choses que plusieurs millions de personnes comme moi, il s’apercevra que même si la langue anglaise a fait pleins de bêtises, comme toutes les autres, elle a aussi quasiment inventé la démocratie moderne, elle a signé la Déclaration d’Indépendance, elle a libéré la France, elle a écrit Macbeth, Stanzas In Meditation, Ulysses, Paradise Lost, Mrs Dalloway, Midnight’s Children, Underworld, Lolita, elle a chanté Johnny Cash, Radiohead, Nina Simone, Tom Waits, Björk, John Lennon (un petit mot très laid : PEACE), elle a joué Audrey Hepburn, Scarlett Johanson, Woody Allen, Marlon Brando (THE HORROR, THE HORROR), elle a poussé tout autour de nous et maintenant tout le monde la trouve facile jusqu’à ce qu’il tente de la maîtriser. Elle est comme toutes les autres choses difficiles et belles, qu’on croit tenir mais qui nous glisse constamment entre les doigts. Si M. Brûlé avait lu, entendu, savouré les mêmes choses que moi, il aurait su que l’anglais, comme toutes les autres langues, n’est pas un personnage auquel on peut attribuer des défauts et des qualités humaines. Et lui et moi aurions pu éviter ce genre d’anthropomorphisme réducteur.
Je viens d’acheter le dernier album de Patrick Watson, que j’avais vu en spectacle en Angleterre, il y a quelques années. Ma copine de l’époque et moi n’avions pas de billets et nous avions donc attendu devant la salle en espérant voir passer un des membres du groupe, afin de capitaliser sur notre « montréalité » et sur le fait que le batteur du groupe est une lointaine connaissance. Robby, celui que j’attendais, est miraculeusement sorti de nulle part et je l’ai accosté en lui demandant s’il y avait un peu de place pour nous. Quelques minutes plus tard, nous étions à l’intérieur, juste devant la scène, en train de se faire bercer par les belles mélodies de Watson. Entre deux chansons il a remercié les gens d’être là. Je n’ai pas pu résister, j’ai crié : « EN FRANÇAIS, PATRICK! » Il s’est tourné vers moi et a dit, « Oh! France? ». J’ai dit, « Non, Montréal! » Il a souri de toutes ses dents, complètement heureux de nous voir ici, là, juste devant lui. Sans pouvoir se retenir il nous a accueilli avec un : « Montréal! OSTIE DE TABARNACK ÇA C’EST EXCELLENT! », et j’ai ressenti une très belle complicité. S’adressant à la foule il a dit dans son micro : « Eh! These guys are from my hometown, cheers men! » Et j’ai trouvé sa phrase en anglais plus belle.
Michel Brûle is a real airhead!!!
RépondreSupprimerYou have a lot of guts to write your opinion.
I love it!!!
LADY JOHANNA
Ils l'ont publiée!
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