vendredi 31 juillet 2009

Le bestiaire

Le Brésil de la dictature militaire a-t-il produit certaines des plus belles (et cinglantes) chansons contestataires de l'histoire?
Des paroliers comme Chico Buarque, Geraldo Vandré et Caetano Veloso sont devenus à cette époque de véritables spécialistes du double-sens, de la métaphore doucement violente, du sous-entendu, du jeu de mot sur l'assonance, de la subversion des images liturgiques. Elle est fascinante, cette musique de la censure, cette pratique de l'auto-censure, qui s'oppose radicalement à ce qui se faisait à l'époque par exemple aux États-Unis, où les héritiers de Woody Guthrie comme Bob Dylan et Johnny Cash continuaient à critiquer haut et fort les absurdités du système et les injustices sociales.

Cette spécialisation extrême du "double-entendre" (comme disent les anglais) est peut-être une des raisons pour lesquelles le portugais brésilien est de nos jours si débordant d'expressions codées et de jeux de ripostes verbales subtiles entre les gens, si bien que les brésiliens ont parfois l'impression que tout le reste du monde est extrêmement littéral et premier degré.

Voici quelques uns de mes extraits favoris, auxquels j'ajoute une traduction française "en construction".

Chico Buarque, O QUE SERÁ

O que será? Que Será?
Que vive nas idéias
Desses amantes
Que cantam os poetas
Mais delirantes
Que juram os profetas
Embriagados
Está na romaria
Dos mutilados
Está nas fantasias
Dos infelizes
Está no dia a dia
Das meretrizes
No plano dos bandidos
Dos desvalidos
Em todos os sentidos
Será, que será?
O que não tem decência
Nem nunca terá!
O que não tem censura
Nem nunca terá!
O que não faz sentido...

Qu'arrivera-t-il, qu'arrivera-t-il?
De ce qui vit dans les idées
De ces amants
De ce que chantent les poètes
Les plus délirants
De ce que jurent les prophètes
Enivrés
C'est dans la procession
Des mutilés
C'est dans les fantasmes
Des malheureux
C'est dans le jour en jour
Des putains
Dans les plans des bandits
Des invalides
Dans tous les sens
Arrivera ce qui arrivera?
Ce qui n'a pas la décence
Jamais ne l'aura
Ce qui n'as pas de censure
Jamais n'en aura
Ce qui n'a pas de sens...

Chico Buarque, CÁLICE

Pai! Afasta de mim esse cálice

Talvez o mundo

Não seja pequeno
(Cálice!)
Nem seja a vida
Um fato consumado
(Cálice!)
Quero inventar
O meu próprio pecado
(Cálice!)
Quero morrer
Do meu próprio veneno
(Pai! Cálice!)
Quero perder de vez
Tua cabeça
(Cálice!)
Minha cabeça
Perder teu juízo
(Cálice!)
Quero cheirar fumaça
De óleo diesel
(Cálice!)
Me embriagar
Até que alguém me esqueça
(Cálice!)

Père! Éloigne de moi ce calice

Peut-être le monde
N'est-il pas si petit
(Calice! - phonétiquement identique en portugais avec "Cale-se", l'impératif qui veut dire "Ferme-là")
Ni la vie
Un fait consumé
(Calice!)
Je veux inventer
Mon propre péché
(Calice!)
Je veux mourir
De mon propre venin
(Père! Calice!)
Je veux perdre ta tête
définitivement
(Calice!)
Que ma tête
Perde ton jugement
(Calice!)
Je veux renifler des effluves
De diesel
(Calice!)
M'en saouler
Jusqu'à ce que quelqu'un m'oublie
(Calice!)

Geraldo Vandré, PRA NÃO DIZER QUE NÃO FALEI DAS FLORES

Nas escolas, nas ruas
Campos, construções
Somos todos soldados
Armados ou não
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Somos todos iguais
Braços dados ou não...

Vem, vamos embora
Que esperar não é saber
Quem sabe faz a hora
Não espera acontecer...

Dans les écoles, dans les rues
Dans les champs, sur les chantiers
Nous sommes tous des soldats
Armés ou non
Marchants et chantants
Et suivant la chanson
Nous sommes tous égaux
Les bras liés ou non...

Viens, allons là-bas
Attendre ce n'est pas savoir
Et celui qui sait fait l'heure
Il n'attend pas qu'elle arrive...

5 commentaires:

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  3. Moi, je ne sais rien si les chansons brésiliennes sont tellement belles à cause de l'histoire du peuple et du pays. Nous autres aussi, on a pas mal vécu et notre musique qui a été créée au début et au milieu du XX siècle, je pense, c'est la plus forte et la meilleure. Ça ne te touche pas, mais ça te mange, te bouffe, te tue chaque fois tu l'écoute ou la chante. Mais pour comprendre ça, c'est pas suffisant de savoir les paroles par coeur et même d'être plongé dans certaines chansons. J'ai senti ça clairement hier quand j'étais au milieu de la foule énorme sur la Places des Arts au concert des Colocs. Tout_le_monde_au_tour_de_moi_chantait. Mot par mot. Exclamation par exclamation. Et malgré que je les sache, que je sache que c'est plus que les chansons, que je veuille comprendre plus au tour d'elles au passé, et enfin, que je déjà aime certaines d'elles, et que je pense que je les comprends, ces chansons jamais vont être les miennes à la nature, à être implantées dans chaque ma cellule. Rien dépend de mes vœux et de mes passions. J'aurais dû naître ici.

    Je pleure (on arrive encore vers ce sujet, Dani;) ) chaque fois en écoutant certaines chansons de nous qui ont été créées à l'époque de la guerre. Pour moi elles sont parfaites. Elles sont remplies, plutôt comblées et bourrées par L'amour, La douleur et La tendresse. Et je ne suis pas certaine du tout si elles aient pu apparaître à une autre époque, du paix et du pacifisme. Je pense pas.

    Mais ce que je voulais dire par rapport aux chansons brésiliennes, aux genres musicaux qu'ils ont (personne d'autre ne pouvait pas donner naissance, disons, à bossanova sauf le Brésil) est ce que ce bonheur musical existe sûrement à cause de la beauté de leur langue... de la beauté fantastique, de sa phonétique, sa mélodique, son dessin rythmique, de son harmonie étonnable, en fait. Et dans ce sans là, je pense que même s'ils chantent des microbes et des vermisseaux, ça sonnera très, très, très bien :) et c'est à cause de ça on sera toujours leur prisonniers:)

    Je m'excuse que j'ai bcp écrit. Je viens de me réveiller.

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  4. Não concordo! O duplo sentido na cultura brasileira é "anos-luz" anterior à ditadura militar, vide a história da capoeira: para os senhores e coronéis era uma dança e o intuito era sim ludibriar, uma luta desfarçada. Tivémos o império português... e para esconder nossas riquezas criaram-se meios, modos, códigos e expressões para salvaguardá-las.
    O "primeiro nível" como dizem os quebécos no Brasil é tido como linguagem simples, primária e sem atenção, e por isso nossos autores, compositores e afins sempre buscaram exercer a criatividade com o que para nós é um "aspecto cultural" e corrente.
    Não tentamos ser diferente sendo desta maneira, a verdade é que nossa história desde os primórdios nos levou a isso, a ditadura é muito recente e seria folclorizar querer justificar a linguagem por uma coisa que aconteceu apenas há 40 anos. Para a História, como ciência, porque não, analisadora da evolução das sociedades, 40 anos é o mesmo que dizer "ontem".

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  5. Olhe Jaque, eu só disse que isso talvez esteja "uma" das causas possivéis. Foi apenas uma hipótese de gringo que gosta da suas músicas e da sua língua. Não tentei não "justificar" a linguagem, nem o reduzir à história da ditatura. Só querei illustrar o fato que os compositores brasileiros que escreveram durante a ditatura estiveram obrigados de ser extremamente engenhosos. O que dá letras maravilhosas.

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