RÉPONSE THÉMATIQUE AU SOUVENIR D'ALEXIE MORIN
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(VOUS ÊTES INVITÉS À POURSUIVRE L'EXERCICE)
Ma gardienne s'appelle Louise. Elle a une fille et un fils. Il est plus vieux que sa soeur. Je suis plus jeune que les deux, ma soeur aussi, on est tous les deux plus jeunes. Mon frère existe, mais je n'arrive pas vraiment à le placer quelque part. Il est beaucoup plus jeune que tout le monde. Je me fais garder le midi et l'après-midi après l'école parce que ma mère est infirmière et travaille de nuit. Alors le jour elle dort. Louise habite vraiment proche de chez nous. Elle habite dans la rue derrière, en arrière, la rue en forme de coude qui s'appelle Trinidad, derrière ma rue qui s'appelle Pelletier. Je marche tout seul, en revenant de l'école, ou pendant l'heure du dîner, je n'ai pas besoin de suivre ma soeur, qui est un peu plus vieille que moi, mais ça paraît pas vraiment. Quoi? Qu'elle est plus vieille.
Quand on arrive chez Louise il y a toujours environ une douzaine d'enfants qui se font garder. La table de la cuisine peut en accueillir six à la fois, alors on s'assoit tous dans les marches de l'escalier, dans le vestibule, quand c'est l'heure de manger, pour attendre qu'une place se libère, que les places se libèrent, à mesure que David-Étienne ou Jean-Sébastien ou Marie-Sophie finissent leur assiette. D'habitude je suis toujours un des premiers à manger, parce que je suis vite sur le piton, mais là je sais pas pourquoi, je suis dans l'escalier. J'ai aucune idée où est mon frère. En théorie il existe déjà parce que j'ai bien plus que quatre ans.
Je me gosse après les lacets. Ou, c'est flou, peut-être après les bas. Probablement qu'on enlevait nos souliers chez Louise, c'était une place propre, du tapis quasiment partout, de la mélamine, mais c'est pas ça que je veux raconter. Je regarde le bois de la marche. J'ai un peu mal aux fesses, j'imagine, ou en tous cas je me tortille parce que criss, je suis un enfant. Dans ma tête j'haïs ma soeur et je ris d'elle juste parce que d'ici je peux voir le dessus de son crâne et je sais que je vais avoir fini de manger avant même qu'elle commence.
Louise crie de la cuisine, SUIVANT, et je me lève en sursaut, prêt, blond. Juste avant de m'asseoir je renifle et Louise me dit, forte, rousse, Daniel arrête de renifler de même, ça va toute s'accumuler sur tes 'tis poumons c'te morve-là pis ça va se bloquer. Je me dis dans ma tête que si ça se mélange avec toutes les gommes que j'ai avalées, ça va mal. Esti que j'en ai avalé des gommes quand j'étais petit.
En tous cas, je m'assois et, horreur, juste en face de moi il y a le grand Hugo-Antoine qui me regarde avec des yeux d'enfant un peu plus vieux que moi et qui par conséquent, dans ma perception tronquée, a l'air d'avoir à peu près vingt-cinq ans. Il mange/boit une soupe Lipton avec un glaçon dedans. Il sape. Louise dit toujours à tout le monde d'arrêter de saper. Il arrête de saper pour deux secondes et continue de me regarder. Il me lance un va chier ti-cul tu veux-tu ma photo banane qu'il a volé directement dans Back To The Future.
Bon, c'est ça que je voulais raconter en fait, ce moment un peu délicat ensuite où s'est annoncée précocement une étrange facette de ma personnalité. Je m'en rappelle comme si c'était hier, je me rappelle très bien du raisonnement que j'ai eu: tout de suite après son insulte j'ai décidé de réagir et au lieu de juste le fixer avec des yeux sérieux, ou quoi, je trouvais que c'était insuffisant donc j'ai rugi. J'ai fait une face de lion, de tigre, je sais pas, de panthère noire, et j'ai rugi. J'ai genre montré mes canines d'en haut et d'en bas. En ce moment je refais cette face devant l'ordinateur, histoire de me replonger dans l'émotion. Les sourcils froncés, tout.
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