vendredi 27 novembre 2009

Fantasme facile

Je suis sorti de l’immeuble par la grande porte vitrée en envoyant un hochement de tête à la réceptionniste et à ses seins qui, à mon extraordinaire surprise de jeune homme en couple éconduit par sa blonde qui était probablement déjà en pyjama de flanelle, m’a renvoyé un sourire explicitement sexuel. Je veux dire, je n’ai jamais été très fort pour décoder les stimuli de phéromones ou quoi, mais j’ai quand même décidé de prendre le temps de fumer une cigarette juste devant la porte en sachant très bien qu’elle pouvait me voir de l’intérieur. Elle devait avoir à peine vingt ans, avec un visage mélangé de pur sang et de fée mutine, des yeux grands comme la mer rouge et bleus comme quelque chose dans lequel tu plonges l’été quand même le mercure bouillonne. Je me suis dit que j’aurais dû laisser tomber un mouchoir pour qu’elle puisse venir me le porter, mais j’avais à peine fini de me le dire qu’elle était dans la vitre, une main posée sur la poignée et qu’elle me faisait signe avec un doigt tendu de me pousser pour qu’elle puisse l’ouvrir. J’ai souri avec un air confus et la bouffée de cigarette me sortant de la bouche pas normalement, comme échappée, laissant un goût âcre et une petite sensation d’étouffement. Avec un geste élégant et une tête un peu penchée qui laissait à ses yeux le loisir de me regarder d’en bas, ça lui donnait un air malin et sûre d’elle un peu irrésistible. Elle est sortie sur la place dans la chaleur du soir qui commençait. Le soleil descendait derrière les édifices de la Banque Nationale et de Bell et on était tout proche d’une sculpture en bronze de Jean-Paul Riopelle et des jets d’eau vrombissaient et on aurait dit qu’il n’y avait personne ou presque dans un rayon d’un kilomètre. Elle m’a demandé du feu en riant, en pointant vers le lobby vide, en me faisant comprendre qu’elle avait le temps d’en griller une avec moi si ça ne me dérangeait pas. Le vent créait de légères ondulations dans ma chemise, une brise agréable qui lui arrivait dans les cheveux à la manière d’un mot à sept lettres compte triple avec un Y au milieu. Je lui ai dit, je ne me suis pas fait prier :
-T’as l’air d’un mot de sept lettres compte triple avec un Y dans le milieu.
Elle fumait en envoyant sa fumée vers le haut, en avançant sa lèvre inférieure. Elle a soufflé sa fumée en vaguelettes de rire, toujours la tête un peu penchée, ses cils longs et comme bien placés en minuscules triangles princiers.
-C’est-tu un pick-up line?
-C’est un compliment en tous cas.
-Comment tu t’appelles?
-Fabrice. Tu fumes toujours des Gauloises?
-Juste quand je veux impressionner les gars qui ont l’air intellos que je trouve cutes.
-J’ai comme envie de rougir, mais j’ai comme envie genre d’être viril en même temps juste pour pas que tu penses que je suis un intello. Toi ton nom?
-Camille. Excuse-moi, c’est un tic. Tchèque, j’ai tout arraché la peau autour du pouce. T’aimes-tu exclusivement les femmes qui ont des beaux ongles?
-J’aime les femmes qui fument des Gauloises pour m’impressionner en tous cas.
-Même si ça leur rend les doigts jaunes.
-Coudonc, t’es-tu complexée avec tes mains?
-Non. J’aime bien mes mains, pas toi?
-Les miennes ou les tiennes?
-Facile.
-Ouais, c’est parce que tu me fais de l’effet, je perds mes moyens intellectuels, d’habitude, quand je parle avec mes chums de filles, je les fascine tellement qu’y cherchent toujours à me ramener.
-Je finis dans vingt minutes, je punch, pis je te rejoins au Starbuck’s. Avoue que t’as jamais fait ça. Moi non plus. Je pense pas qu’on peut résister. Je pense qu'on va le faire.
En pichenotant son mégot sur le trottoir et en faisant demi-tour et j’ai trompé Mathilde avec cette fille vraiment souvent, je veux dire j’assume, je plaide coupable, c’est mal, mais cette première fois là…
Fuck.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire