A) Ma propriétaire n'a pas encore déposé mon chèque de loyer pour le mois de mars.
B) Herman, mon chat, gratte le plancher autour de son bol de nourriture de façon insistante après avoir mangé.
C) Dans "Heroes", le personnage de Matt Parkman lit les pensées des gens, mais certains sont intelligents et peuvent empêcher Matt d'entrer dans leur tête en "pensant" en Japonais.
D) Hier, je suis allé donner un cours de francisation dans le pavillon DS et j'ai dû, avec mes étudiants, franchir les lignes de piquetage. Je n'ai pas sû quoi répondre à Carolina, professeure à l'UQAM, qui me demandait d'être solidaire. Je me laisse pousser la barbe jusqu'à ce que la grève soit finie?
E) Luciana est revenue hier de São Paulo, alors il y aura une soirée au "chalet" dimanche. A gente vai beber e comer e beber mais e após vai cantar os respectivos hinos nacionais do Brasil, Canada, Rússia, Colômbia, Uruguai, com as mãos sobre o coração, chorando...
F) Je n'avais jamais lu "Bonheur d'occasion" avant de déménager dans St-Henri. Et ça m'a pris plusieurs semaines avant de réaliser que les lettres de briques étirées et colorées au fond de la station de métro formaient le titre du livre.
G) Une jolie fille m'a dit hier que j'étais à la fois sociable et distant. J'ai fait semblant d'y réfléchir.
H) Les touches de mon clavier sont vraiment, genre, sales. Je me sens comme une maman dans une publicité de produits nettoyants, qui est obsédée par les acariens, qui en voit partout, en gros plan, en animation 3D, en couleur, en face, en plus.
I) Le problème avec les demandes de bourses universitaires, c'est qu'on commence à faire des projets bien avant d'être sûr qu'on va les obtenir. Si tu savais le nombre de choses que je m'achète dans ma tête en fonction de mon "salaire" d'éventuel boursier. C'est fucking pas bon comme attitude.
J) En ce moment, je suis angoissé parce que dans deux ou trois semaines (dépend de la grève), je dois donner un cours au BACC sur Philip Roth, grand romancier américain. J'ai tellement peur d'être poche, d'être nul que je me prépare déjà mentalement des excuses et des justifications.
K) Robin Williams, dans "Dead poet society", n'aurait pas été fier de moi, le carpe diem, c'est vraiment pas mon truc. C'est fait pour les gens qui n'ont peur de rien, qui foncent dans la vie et qui font de l'art avec leurs tripes.
L) La mère de mon ex ex me disait toujours que je vivais par procuration, dans les livres. Que je n'avais pas de vie. Je faisais semblant d'y réfléchir.
M) Herman, mon chat, n'est pas allemand, ni autrichien, ne vous y trompez pas, il est américain. He's from Nantucket.
N) C'est quoi le meilleur truc que t'as fait dans ta vie? J'ai sauvé un chien qui était coincé sous une sculpture moderne et j'ai reçu une médaille... Je vais te raconter ça un jour.
mercredi 25 mars 2009
mardi 17 mars 2009
Sob o sol de Março
Je viens de revenir à la maison avec mon épicerie sous le bras et j'ai décidé de passer par le Canal Lachine. Mauvaise idée... tout était barré à cause de travaux et en plus la neige n'était pas fondue. Mais c'est pas grave, parce que le soleil frappait fort sur mes joues et sur les murs de briques du Château St-Ambroise. Quand ça sent la merde de vache dans les rues comme ça, c'est un bon signe que le printemps s'en vient.
Aujourd'hui c'est la St-Patrick, j'irai boire une pinte au centre-ville ce soir. Mais je vais pas acheter le drenier album de U2 juste par solidarité. Par contre je pourrais, si j'avais le pouvoir de "bending time and space", lire ou relire avec plaisir GULLIVER'S TRAVEL de Jonathan Swift, ou MOLLOY de Samuel Beckett, ou DUBLINERS, de James Joyce, ou THE PORTRAIT OF DORIAN GRAY de Oscar Wilde, ou AT-SWIM-TWO-BIRDS de Flann O'brien, pour n'en mentionner que quelques uns. Faisons-nous plaisir, l'Irlande est une petite île, mais elle a toujours été une pépinière d'écrivains. Les British doivent se demander quel serait le statut dans le monde de la tradition littéraire anglo-saxonne sans l'apport des Irlandais...
D'autre part, depuis hier les profs de l'UQAM sont en grève générale et pas UNE SEULE mention du conflit au téléjournal de Radio-Canada !? Je ne comprends pas, je ne comprends vraiment pas. Je ne suis pas quelqu'un de très syndicaliste, mais il me semble que les enjeux ici sont assez importants pour qu'on en parle aux nouvelles et qu'on fasse état de la situation.
Je suis en train de lire un bouquin passionnant de Régine Robin, grande sociologue contemporaine, sur les problèmes de la mémoire collective: LA MÉMOIRE SATURÉE... Une impressionnante réflexion mondiale sur le rôle des patrimoines, des oublis, des dérives, des musées, des archives depuis la chute du Mur de Berlin. Que faire du passé, surtout en Europe de l'Est? Que faire de l'expérience communiste? Comment faire le deuil des idéologies sans les transformer en parenthèses de l'histoire? Comment éviter de mettre dans le même panier les Nazis et les Bolchéviques qui, malgré des résultats désastreux et tragiques des deux côtés, ne se sont pas battus pour les mêmes raisons fondamentales? Comment éviter, par exemple en Hongrie, ou en Roumanie, en sombrant dans une démonisation du passé soviétique, de glorifier et de relégitimer de vieilles idées fascistes, xénophobes et antisémites?
De belles pages sur les choix que la commémoration et les traumatismes historiques nous obligent à faire. On en a eu un bel exemple ici récemment avec le débat sur le 250e anniversaire de la bataille des Plaines d'Abraham. Est-il juste et sain de revivre un épisode marquant s'il est intégré psychologiquement par une communauté comme le symbole de l'échec?
Merci à ceux et celles qui me font des commentaires et des critiques.
Aujourd'hui c'est la St-Patrick, j'irai boire une pinte au centre-ville ce soir. Mais je vais pas acheter le drenier album de U2 juste par solidarité. Par contre je pourrais, si j'avais le pouvoir de "bending time and space", lire ou relire avec plaisir GULLIVER'S TRAVEL de Jonathan Swift, ou MOLLOY de Samuel Beckett, ou DUBLINERS, de James Joyce, ou THE PORTRAIT OF DORIAN GRAY de Oscar Wilde, ou AT-SWIM-TWO-BIRDS de Flann O'brien, pour n'en mentionner que quelques uns. Faisons-nous plaisir, l'Irlande est une petite île, mais elle a toujours été une pépinière d'écrivains. Les British doivent se demander quel serait le statut dans le monde de la tradition littéraire anglo-saxonne sans l'apport des Irlandais...
D'autre part, depuis hier les profs de l'UQAM sont en grève générale et pas UNE SEULE mention du conflit au téléjournal de Radio-Canada !? Je ne comprends pas, je ne comprends vraiment pas. Je ne suis pas quelqu'un de très syndicaliste, mais il me semble que les enjeux ici sont assez importants pour qu'on en parle aux nouvelles et qu'on fasse état de la situation.
Je suis en train de lire un bouquin passionnant de Régine Robin, grande sociologue contemporaine, sur les problèmes de la mémoire collective: LA MÉMOIRE SATURÉE... Une impressionnante réflexion mondiale sur le rôle des patrimoines, des oublis, des dérives, des musées, des archives depuis la chute du Mur de Berlin. Que faire du passé, surtout en Europe de l'Est? Que faire de l'expérience communiste? Comment faire le deuil des idéologies sans les transformer en parenthèses de l'histoire? Comment éviter de mettre dans le même panier les Nazis et les Bolchéviques qui, malgré des résultats désastreux et tragiques des deux côtés, ne se sont pas battus pour les mêmes raisons fondamentales? Comment éviter, par exemple en Hongrie, ou en Roumanie, en sombrant dans une démonisation du passé soviétique, de glorifier et de relégitimer de vieilles idées fascistes, xénophobes et antisémites?
De belles pages sur les choix que la commémoration et les traumatismes historiques nous obligent à faire. On en a eu un bel exemple ici récemment avec le débat sur le 250e anniversaire de la bataille des Plaines d'Abraham. Est-il juste et sain de revivre un épisode marquant s'il est intégré psychologiquement par une communauté comme le symbole de l'échec?
Merci à ceux et celles qui me font des commentaires et des critiques.
dimanche 15 mars 2009
Dwelling
Une courte nouvelle sur les complexités du langage et de l'identité culturelle québécoise... Dites-moi ce que vous en pensez.
Just as I was seeing him out I started picking my nose. Furiously, like a man in is right mind trying to act, or to look, I don’t know, like some kind of freak. Like someone who exaggerate a movement to explain to everyone present (or absent) that he perfectly grasps the oddity of his behavior. And then I felt the urge to write. I was looking about, left and right, no one was there. I was utterly alone in my basement, safe for a picture of me looking right back, pinned on the wall. And I wanted to write in English. This was absurd: I was francophone, from the same part of the world as Céline Dion. They had just named a boulevard after her near Montreal. Like two years ago. I felt exhilarated, and looked for the exact meaning of that word in my dictionary. In my head there was no “h”, but on paper there was, for sure. I tried to think in English, tried to enter a kind of dreamy state of mind where I could start to summon English sentences and associate them with realities. Some ran in this fashion:
Don’t misunderstand me, I love French. Or:
It’s just about being able to express some feelings in a new and meaningful manner. Or:
It’s all about the deconstruction of the clichés that I’m sick of using, like “mother tongue”. Or:
“Or” is a French word, it means “gold”. Or:
The only thing I want is to be published in McSweeney’s, have a chat with Dave Eggers, talk with him about "A Heartbreaking Work of Staggering Genius" in exactly the same way a Georgian woman would talk to Margaret Mitchell about Scarlet O’Hara. Already I was trying to justify my choice, or rather my impulse. No one would understand me. My father would be devastated. And what about my mother, what with her involvement in the FLQ in the sixties. She had dropped bombs in mailboxes in Westmount for Christ sake. She had been tried, I mean, prosecuted, put in prison for twelve months. I had grown up in an atmosphere of complete anti-English rhetoric. My mother had been there, in '67, when De Gaulle, that otherwise rightwing bastard, screamed “Hurray for Montreal, Hurray for Quebec, Hurray for frreeeeee Quuuueeebbecc!”, at the balcony of the city hall. She would say “maudites têtes carrées” which was French slang for “damn square heads”, which was what we called the English kids and the English men and women and the English businessmen, even if we drank their beer and bought their food. Molson. Labatt. Steinberg. The list was so long in Montreal in those years that you were automatically inclined to think that every francophone was working class, apart for the prime minister, who was francophone because most people were francophone and they were voting for a francophone, which is an obvious thing. But even him, we were suspicious about, his head was not so round anymore. “They” were surely buying him. Just as “they” were trying to suffocate us, assimilate us. My mother would put her long finger upon my forehead: “Don’t you be naïve, they’re just smiling because they have the upper hand. For now.” And then she would transform into Shakespeare, or the Bible for that matter, exchanging “will” for “shall” and “you” for “thou”. But in French. The first word of English I heard was maybe “fuck”, only because we were using it indiscriminately in every possible situation, in high school. I was, say, “fucking fatigué”, which means “fucking tired”. In Montreal, we were always “fucked up”, and every little thing out of the ordinary was “fucké”. This was the verbal form of the word, we were conjugating English words all the time. The only parallel I could think of, just when he was leaving and I was closing the door and finally putting my finger up to my nose, was this one: some dude in Pasadena (I don’t even know where Pasadena is) always saying I have a rendezvous, I have to go, I have a rendezvous, Oh my God what time is it, I’m gonna be late for my rendezvous. And you would knock him down. But you couldn’t knock down everybody. I remember the first time I used the word “fuck” in front of my mother. She what. She drew a blank. She stared at me for a minute. She didn’t give a damn about the vulgarity. It was something else. It was the oppressor entering her household, standing on her doorstep, uttering, breaking the rocks of her defenses, shattering the walls of her whole conception of what life and the meaning of resistance ought to be. First, I didn’t understand her reaction. Second, my cheek was purple. Third she said:
Do you know how many people are in Quebec?
And I replied:
Something like six or seven million.
And she said:
And do you know how many people are in North America?
I touched my face, muttering:
I don’t know. Many. A lot.
And she said:
Yes. A lot. Something along the line of five hundred million.
My cheek was pumping blood.
She continued:
And do you happen to know how many of those speak French, even among the six millions of Quebecers?
I said, keeping with her:
Not a lot. I mean, not a lot.
She kind of smiled. Her lips went down. She smiled that way sometimes:
No Mr. Fuck. Not a whole lot. A tiny grain of sand in a nameless desert. And would you rather be one of those proud grains or a nameless infinity?
This was a tough question. But she didn’t need me to answer. The subject was closed. She put a record of a Quebec folk singer, some kind of protest song and that was that. The guy was singing about the Patriots, those guys who tried to overtake the English government in 1837 and who were the heroes of the terrorist movement she so overwhelmingly embraced when she was a young woman. She used to tell me how the papers of the tracts they were sending to the media were printed with an image of a Patriot, pipe in the mouth and gun in the hands. How would she react, knowing I was set to write a story in English? She would disown me, repudiate me. She would what. Be rendered incapable of speech. A concrete statue. I lit a cigarette, bewildered by the complete lack of common sense of what I was about to undertake. I was gazing in the distance, some two or three meters away, staring at the white wall of my basement. I was asking myself some serious questions and giving myself some fastidious and laughable responses. The prospect of an easy way out of the self-denying mood he had just left me in was absolutely comforting. Two seconds ago he had just crushed me like I was some kind of, you know, insect, and there I was now, completely rejuvenated, ready to set myself free of the barriers of language and culture. Two seconds ago I was a Fisher Price toy, ready to be boycotted by an army of angry women, now I was a young Quebec writer on the verge of discovering the true value of communication: to be able to translate your thoughts for the others. I suddenly thought of my girlfriend. There was somebody who really loved me. There was somebody who was proud of my accomplishments. There was somebody who had really read my novel, understood the depths of it, genuinely felt the talent hidden in it. There was a girl who was not there only to remind me that exactly thirty-four people had bought it. Why would you tell somebody something like that? Why would you come to this somebody’s basement to tell him that? I thought of Charlotte and rejoiced. My nose was still itching. I pulled on one nostril. I said to myself, formulating slowly, in English, slowly, to start a sequence of ideas, of possible odds and ends, of ends and means, I said to myself: But Charlotte is the worst anti-American that I ever heard of. She has burning flags all over her notebooks. She has a fucking subscription to Noam Chomsky’s website. I mean: she fucking pays to read him. She doesn’t talk to me for days when I refuse to come and march with her at those peace rallies. We argue all the time about this. She tells me I’m a proto-fascist, whatever that means, just because I wrote my thesis on the concept of the Great American Novel. When I met her I was reading Theodore Dreiser in a French translation, and she was so pretty, and God, I was so deeply moved by her braids and by, I don’t know, the very form of her breasts, that I was happy the name sounded German, because she was already known in our circle to be involved in socialist and antiwar movements. In her head it always meant the same, it was a perfect equivalence, a perfect gradation: America equals capitalism equals ignorance equals fundamentalism equals war. She was the perfect example of a person who would say Venezuela for Venezuela, or Palestine for Palestine, but Bush for U.S.A. I started to feel dizzy. I knew she loved me, even if I was a bit less one sided in my views of our southern neighbors, even if I sometimes irritated her with some completely out of the point interjections, like: what about that crazy asshole in Teheran, screaming at the top of his lungs that Israel should be wiped out of the map? She loved me, even as she would discard me with a movement of the hand, saying something along the lines of: oh, go read your Christopher Hitchens crap and jerk off with him and leave me alone. I had to take this chance. I knew she loved me, alone in my basement, my eyes fixed upon my own eyes on the photography, noticing for the first time a subtle yet kind of charming spot of brown in the overall blue. A kind of tiny brown spot in the blue of my right eye. Maybe she loved me for that, in spite of our political quarrels. I, for one, loved her for a number of reasons, ready to pass over the misgivings, the righteousness, for a single second of perfect recognition. Ourselves in bed, her feet at my head, her beautiful butt framed in pink cotton, me reading a Croatian novel, she reading my novel, the book that I wrote, her legs suddenly moving, thumping on the wood, suddenly agitated, placing a finger on the bottom of a page, ready in advance to turn it, turning it, reading further and stopping all at once, immobile, at the end of the chapter, my throat dry, nervously swallowing. Me waiting, she raising her eyes up to the mirror on the opposite wall, looking at me inside it, saying finally it’s good. I like that. It’s you. It’s sincere. It’s not fake. It’s not you trying to be something you’re not. It won’t sell but it’s good.
Just as I was seeing him out I started picking my nose. Furiously, like a man in is right mind trying to act, or to look, I don’t know, like some kind of freak. Like someone who exaggerate a movement to explain to everyone present (or absent) that he perfectly grasps the oddity of his behavior. And then I felt the urge to write. I was looking about, left and right, no one was there. I was utterly alone in my basement, safe for a picture of me looking right back, pinned on the wall. And I wanted to write in English. This was absurd: I was francophone, from the same part of the world as Céline Dion. They had just named a boulevard after her near Montreal. Like two years ago. I felt exhilarated, and looked for the exact meaning of that word in my dictionary. In my head there was no “h”, but on paper there was, for sure. I tried to think in English, tried to enter a kind of dreamy state of mind where I could start to summon English sentences and associate them with realities. Some ran in this fashion:
Don’t misunderstand me, I love French. Or:
It’s just about being able to express some feelings in a new and meaningful manner. Or:
It’s all about the deconstruction of the clichés that I’m sick of using, like “mother tongue”. Or:
“Or” is a French word, it means “gold”. Or:
The only thing I want is to be published in McSweeney’s, have a chat with Dave Eggers, talk with him about "A Heartbreaking Work of Staggering Genius" in exactly the same way a Georgian woman would talk to Margaret Mitchell about Scarlet O’Hara. Already I was trying to justify my choice, or rather my impulse. No one would understand me. My father would be devastated. And what about my mother, what with her involvement in the FLQ in the sixties. She had dropped bombs in mailboxes in Westmount for Christ sake. She had been tried, I mean, prosecuted, put in prison for twelve months. I had grown up in an atmosphere of complete anti-English rhetoric. My mother had been there, in '67, when De Gaulle, that otherwise rightwing bastard, screamed “Hurray for Montreal, Hurray for Quebec, Hurray for frreeeeee Quuuueeebbecc!”, at the balcony of the city hall. She would say “maudites têtes carrées” which was French slang for “damn square heads”, which was what we called the English kids and the English men and women and the English businessmen, even if we drank their beer and bought their food. Molson. Labatt. Steinberg. The list was so long in Montreal in those years that you were automatically inclined to think that every francophone was working class, apart for the prime minister, who was francophone because most people were francophone and they were voting for a francophone, which is an obvious thing. But even him, we were suspicious about, his head was not so round anymore. “They” were surely buying him. Just as “they” were trying to suffocate us, assimilate us. My mother would put her long finger upon my forehead: “Don’t you be naïve, they’re just smiling because they have the upper hand. For now.” And then she would transform into Shakespeare, or the Bible for that matter, exchanging “will” for “shall” and “you” for “thou”. But in French. The first word of English I heard was maybe “fuck”, only because we were using it indiscriminately in every possible situation, in high school. I was, say, “fucking fatigué”, which means “fucking tired”. In Montreal, we were always “fucked up”, and every little thing out of the ordinary was “fucké”. This was the verbal form of the word, we were conjugating English words all the time. The only parallel I could think of, just when he was leaving and I was closing the door and finally putting my finger up to my nose, was this one: some dude in Pasadena (I don’t even know where Pasadena is) always saying I have a rendezvous, I have to go, I have a rendezvous, Oh my God what time is it, I’m gonna be late for my rendezvous. And you would knock him down. But you couldn’t knock down everybody. I remember the first time I used the word “fuck” in front of my mother. She what. She drew a blank. She stared at me for a minute. She didn’t give a damn about the vulgarity. It was something else. It was the oppressor entering her household, standing on her doorstep, uttering, breaking the rocks of her defenses, shattering the walls of her whole conception of what life and the meaning of resistance ought to be. First, I didn’t understand her reaction. Second, my cheek was purple. Third she said:
Do you know how many people are in Quebec?
And I replied:
Something like six or seven million.
And she said:
And do you know how many people are in North America?
I touched my face, muttering:
I don’t know. Many. A lot.
And she said:
Yes. A lot. Something along the line of five hundred million.
My cheek was pumping blood.
She continued:
And do you happen to know how many of those speak French, even among the six millions of Quebecers?
I said, keeping with her:
Not a lot. I mean, not a lot.
She kind of smiled. Her lips went down. She smiled that way sometimes:
No Mr. Fuck. Not a whole lot. A tiny grain of sand in a nameless desert. And would you rather be one of those proud grains or a nameless infinity?
This was a tough question. But she didn’t need me to answer. The subject was closed. She put a record of a Quebec folk singer, some kind of protest song and that was that. The guy was singing about the Patriots, those guys who tried to overtake the English government in 1837 and who were the heroes of the terrorist movement she so overwhelmingly embraced when she was a young woman. She used to tell me how the papers of the tracts they were sending to the media were printed with an image of a Patriot, pipe in the mouth and gun in the hands. How would she react, knowing I was set to write a story in English? She would disown me, repudiate me. She would what. Be rendered incapable of speech. A concrete statue. I lit a cigarette, bewildered by the complete lack of common sense of what I was about to undertake. I was gazing in the distance, some two or three meters away, staring at the white wall of my basement. I was asking myself some serious questions and giving myself some fastidious and laughable responses. The prospect of an easy way out of the self-denying mood he had just left me in was absolutely comforting. Two seconds ago he had just crushed me like I was some kind of, you know, insect, and there I was now, completely rejuvenated, ready to set myself free of the barriers of language and culture. Two seconds ago I was a Fisher Price toy, ready to be boycotted by an army of angry women, now I was a young Quebec writer on the verge of discovering the true value of communication: to be able to translate your thoughts for the others. I suddenly thought of my girlfriend. There was somebody who really loved me. There was somebody who was proud of my accomplishments. There was somebody who had really read my novel, understood the depths of it, genuinely felt the talent hidden in it. There was a girl who was not there only to remind me that exactly thirty-four people had bought it. Why would you tell somebody something like that? Why would you come to this somebody’s basement to tell him that? I thought of Charlotte and rejoiced. My nose was still itching. I pulled on one nostril. I said to myself, formulating slowly, in English, slowly, to start a sequence of ideas, of possible odds and ends, of ends and means, I said to myself: But Charlotte is the worst anti-American that I ever heard of. She has burning flags all over her notebooks. She has a fucking subscription to Noam Chomsky’s website. I mean: she fucking pays to read him. She doesn’t talk to me for days when I refuse to come and march with her at those peace rallies. We argue all the time about this. She tells me I’m a proto-fascist, whatever that means, just because I wrote my thesis on the concept of the Great American Novel. When I met her I was reading Theodore Dreiser in a French translation, and she was so pretty, and God, I was so deeply moved by her braids and by, I don’t know, the very form of her breasts, that I was happy the name sounded German, because she was already known in our circle to be involved in socialist and antiwar movements. In her head it always meant the same, it was a perfect equivalence, a perfect gradation: America equals capitalism equals ignorance equals fundamentalism equals war. She was the perfect example of a person who would say Venezuela for Venezuela, or Palestine for Palestine, but Bush for U.S.A. I started to feel dizzy. I knew she loved me, even if I was a bit less one sided in my views of our southern neighbors, even if I sometimes irritated her with some completely out of the point interjections, like: what about that crazy asshole in Teheran, screaming at the top of his lungs that Israel should be wiped out of the map? She loved me, even as she would discard me with a movement of the hand, saying something along the lines of: oh, go read your Christopher Hitchens crap and jerk off with him and leave me alone. I had to take this chance. I knew she loved me, alone in my basement, my eyes fixed upon my own eyes on the photography, noticing for the first time a subtle yet kind of charming spot of brown in the overall blue. A kind of tiny brown spot in the blue of my right eye. Maybe she loved me for that, in spite of our political quarrels. I, for one, loved her for a number of reasons, ready to pass over the misgivings, the righteousness, for a single second of perfect recognition. Ourselves in bed, her feet at my head, her beautiful butt framed in pink cotton, me reading a Croatian novel, she reading my novel, the book that I wrote, her legs suddenly moving, thumping on the wood, suddenly agitated, placing a finger on the bottom of a page, ready in advance to turn it, turning it, reading further and stopping all at once, immobile, at the end of the chapter, my throat dry, nervously swallowing. Me waiting, she raising her eyes up to the mirror on the opposite wall, looking at me inside it, saying finally it’s good. I like that. It’s you. It’s sincere. It’s not fake. It’s not you trying to be something you’re not. It won’t sell but it’s good.
vendredi 13 mars 2009
Sexta-feira, manhã
1. 9h16, vendredi matin, sur le fucking MAC du bureau, au quatrième étage. Je me suis trompé dans mon horaire, j'enseigne seulement à 11h. Ça veut dire que hier soir, lui et moi on aurait pu finir notre pichet tranquilement et continuer cette discussion sur les mérites de Harold Bloom, sur la littérature élitiste, sur le gauchisme patent du comité de sélection du Nobel, sur Milan Kundera et le roman comme "endroit où le jugement moral est suspendu". Au lieu de ça, je lui ai dit "rentrons, je travaille demain matin".
2. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas aimé la fin de mon manuscrit à cause de l'aspect exagéré, irréaliste, qui détonne avec le ton réflexif de l'ensemble. Je lui ai expliqué que mes derniers chapitres étaient un immense intertexte en clin d'oeil à deux monuments de la littérature : "Prochain épisode" de Hubert Aquin et "Lolita" de Vladimir Nabokov. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit que je les avais écrit comme une forme d'hommage que les gens comme moi, qui passent leur vie le nez dans les livres, vont comprendre et sûrement apprécier. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit que c'était peut-être un peu de la masturbation intellectuelle, mais qu'il y avait tout de même un discours sous-jacent sur le vrai, le faux, le principe de culpabilité, l'impunité, etc. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit "attends, je vais te montrer la scène finale de "Lolita" de Adrian Lyne, tu vas comprendre." Pas le film de Kubrick, parce que c'est du Kubrick et ce n'est plus du Nabokov. Le film de Lyne est si fidèle au livre, à la prose et au souffle de Nabokov que pour moi c'est un petit bijoux de mimétisme. Je lui ai montré la scène du meurtre, quand Humbert tue Quilty. Après, elle a posé une question ou deux, avec des yeux grands et beaux comme la couleur marron. Je lui ai montré la scène où Charlotte meurt écrasée par une voiture juste après avoir découvert le journal intime de Humbert. Ses yeux étaient en train de pêcher dans l'écran de la télévision. Elle a reposé une autre question, "mais Lolita dans tout ça?". Alors je lui ai montré la scène où le pédophile Humbert voit la nymphette Lolita pour la première fois. Après ça je me suis dit, dans ma tête d'énergumène égocentrique, fuck mon roman, y a-t'il quelque chose de mieux dans la vie que de savourer avec quelqu'un un moment, une oeuvre d'art?
3. (Cela étant dit, ça ne veut pas dire que j'ai envie de me mettre à danser la Salsa...)
4. C'est un froid matin de mars, le ciel est d'un bleu profond, foncé. Philip Roth marche à côté de moi et me murmure à l'oreille ce que je devrais retenir de lui, de ses livres surtout. En 1974 il a publié un recueil d'essais et d'articles qui traitent de son oeuvre, la justifiant par endroits, la magnifiant par d'autres. Cet ouvrage paraît dans la foulée du scandale national (aux États-Unis, pour qu'un scandale devienne national, il faut qu'il soit question de sexe) causé par "Portnoy's Complaint" (1969), roman dans lequel Roth donne la parole à Alexander Portnoy, un jeune homme juif obsédé par la figure envahissante de sa mère, par son pénis, par le fait de jouer avec son pénis et par les femmes "shiksas" (non-juives). C'est la confession psychanalytique truculente, rabelaisienne, désopilante d'un homme qui n'a pas de filtre et plus rien à perdre. Un roman, comme "Lolita", commme "American Psycho", comme "Mort à Venise", comme "L'automne du patriarche", où le jugement moral est suspendu, un "endroit" où l'humanité peut se poser des questions insolvables sur elle-même. Philip Roth s'est tellement fait démolir par les bien-pensants (Juifs et Chrétiens) de ce monde qu'il a fini par se créer une carapace et une identité floue, comme dédoublée, une personnalité au pluriel qu'il est possible de voir déjà dans "Reading Myself and Others" et qui va devenir absolument fascinante avec la création quelques années plus tard de l'alter ego Nathan Zuckerman et des romans mettant en scène un certain Philip Roth à la poursuite d'un imposteur qui essaie de prendre sa place. Ceux qui doute de la pertinence des études sociocritiques peuvent se pencher sur le cas de Philip Roth, qui démontre à lui seul la force, les puissances, le maëlstrom de "l'environnement social" sur la littérature et la création. Ce n'est pas tant une question d'étudier la biographie de Philip Roth que de comprendre à quel point sa biographie est influencée par un contexte qui la forme et la déforme, et à quel point, par la suite, l'intelligence, le talent et l'esprit subversif tentent de démasquer et de faire bifurquer ces influences afin de créer un objet littéraire indépendant et authentique. Dans un aller-retour en forme de cercle vicieux qui, d'après-moi, est extrêmement stimulant, le romancier cherche à déconstruire son environnement (par définition: son déterminisme) tout en lui redonnant sans cesse sa pleine valeur.
5. Mon petit frère m'a prêté les deux premières saisons de "Heroes". C'est-tu bon, ça, "Heroes"?
6. Note brésilienne pour finir : Ouvi duas canções de o Chico Buarque : "Cálice" e "Construção"... Caralho! Somente de pensar nisso, sinto calafrios.
2. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas aimé la fin de mon manuscrit à cause de l'aspect exagéré, irréaliste, qui détonne avec le ton réflexif de l'ensemble. Je lui ai expliqué que mes derniers chapitres étaient un immense intertexte en clin d'oeil à deux monuments de la littérature : "Prochain épisode" de Hubert Aquin et "Lolita" de Vladimir Nabokov. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit que je les avais écrit comme une forme d'hommage que les gens comme moi, qui passent leur vie le nez dans les livres, vont comprendre et sûrement apprécier. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit que c'était peut-être un peu de la masturbation intellectuelle, mais qu'il y avait tout de même un discours sous-jacent sur le vrai, le faux, le principe de culpabilité, l'impunité, etc. Elle a dit "ah, ok." J'ai dit "attends, je vais te montrer la scène finale de "Lolita" de Adrian Lyne, tu vas comprendre." Pas le film de Kubrick, parce que c'est du Kubrick et ce n'est plus du Nabokov. Le film de Lyne est si fidèle au livre, à la prose et au souffle de Nabokov que pour moi c'est un petit bijoux de mimétisme. Je lui ai montré la scène du meurtre, quand Humbert tue Quilty. Après, elle a posé une question ou deux, avec des yeux grands et beaux comme la couleur marron. Je lui ai montré la scène où Charlotte meurt écrasée par une voiture juste après avoir découvert le journal intime de Humbert. Ses yeux étaient en train de pêcher dans l'écran de la télévision. Elle a reposé une autre question, "mais Lolita dans tout ça?". Alors je lui ai montré la scène où le pédophile Humbert voit la nymphette Lolita pour la première fois. Après ça je me suis dit, dans ma tête d'énergumène égocentrique, fuck mon roman, y a-t'il quelque chose de mieux dans la vie que de savourer avec quelqu'un un moment, une oeuvre d'art?
3. (Cela étant dit, ça ne veut pas dire que j'ai envie de me mettre à danser la Salsa...)
4. C'est un froid matin de mars, le ciel est d'un bleu profond, foncé. Philip Roth marche à côté de moi et me murmure à l'oreille ce que je devrais retenir de lui, de ses livres surtout. En 1974 il a publié un recueil d'essais et d'articles qui traitent de son oeuvre, la justifiant par endroits, la magnifiant par d'autres. Cet ouvrage paraît dans la foulée du scandale national (aux États-Unis, pour qu'un scandale devienne national, il faut qu'il soit question de sexe) causé par "Portnoy's Complaint" (1969), roman dans lequel Roth donne la parole à Alexander Portnoy, un jeune homme juif obsédé par la figure envahissante de sa mère, par son pénis, par le fait de jouer avec son pénis et par les femmes "shiksas" (non-juives). C'est la confession psychanalytique truculente, rabelaisienne, désopilante d'un homme qui n'a pas de filtre et plus rien à perdre. Un roman, comme "Lolita", commme "American Psycho", comme "Mort à Venise", comme "L'automne du patriarche", où le jugement moral est suspendu, un "endroit" où l'humanité peut se poser des questions insolvables sur elle-même. Philip Roth s'est tellement fait démolir par les bien-pensants (Juifs et Chrétiens) de ce monde qu'il a fini par se créer une carapace et une identité floue, comme dédoublée, une personnalité au pluriel qu'il est possible de voir déjà dans "Reading Myself and Others" et qui va devenir absolument fascinante avec la création quelques années plus tard de l'alter ego Nathan Zuckerman et des romans mettant en scène un certain Philip Roth à la poursuite d'un imposteur qui essaie de prendre sa place. Ceux qui doute de la pertinence des études sociocritiques peuvent se pencher sur le cas de Philip Roth, qui démontre à lui seul la force, les puissances, le maëlstrom de "l'environnement social" sur la littérature et la création. Ce n'est pas tant une question d'étudier la biographie de Philip Roth que de comprendre à quel point sa biographie est influencée par un contexte qui la forme et la déforme, et à quel point, par la suite, l'intelligence, le talent et l'esprit subversif tentent de démasquer et de faire bifurquer ces influences afin de créer un objet littéraire indépendant et authentique. Dans un aller-retour en forme de cercle vicieux qui, d'après-moi, est extrêmement stimulant, le romancier cherche à déconstruire son environnement (par définition: son déterminisme) tout en lui redonnant sans cesse sa pleine valeur.
5. Mon petit frère m'a prêté les deux premières saisons de "Heroes". C'est-tu bon, ça, "Heroes"?
6. Note brésilienne pour finir : Ouvi duas canções de o Chico Buarque : "Cálice" e "Construção"... Caralho! Somente de pensar nisso, sinto calafrios.
mercredi 11 mars 2009
Rectification
Faut que je précise deux ou trois choses : quelqu'un me dit qu'à Montréal il y a aussi de l'intolérance et du racisme et des problèmes d'intégration et que je devrais y réfléchir... Je veux seulement préciser que je ne fais que ça, tous les jours, y réfléchir. Ce n'est pas parce que dans ma dernière intervention j'ai exposé une partie d'un "point de vue" (le mien) sur l'immigration à Montréal que je pense que les Québécois sont tous gentils et ouverts. En fait, et c'est tout-à-fait possible à soutenir comme position, on pourrait très bien dire que la plupart des Québécois sont des gens fermés, xénophobes, racistes, chauvins, stupides et tutti quanti. Ce que je voulais dire, c'est que dans un certain milieu, celui où j'ai évolué ces dernières années, dans un certain milieu de gauche, progressiste, universitaire, il est impensable qu'un chilien ne soit pas soit en exil depuis 1973, soit le fils ou la fille de cet exilé. Il y a, dans cette frange de la société à laquelle j'ai toujours appartenue, une stigmatisation du principe du "réfugié" latino-américain, révolutionnaire, dont la figure d'un Victor Jara serait l'épigone, qui provient (entre autres) du sentiment de culpabilité envers "les veines tranchées" et les discours de gens comme Chomsky et Galeano. Quand on a été formé dans ce genre de culture du cliché du Che imprimé sur des t-shirts faits en Chine, ça frappe fort quand on entend pour la première fois quelqu'un dire que Pinochet a été le dernier grand homme du Chili...
Non, en effet, je ne connais rien à la réalité du Chili. Ce que je connais par contre, c'est ma propre réaction face à des discours polarisés et contradictoires. Et aussi ma facination pour des réalités qui ne sont pas les miennes. Mon point de vue est donc celui d'un Montréalais qui, au-delà de quelques rencontres moins intéressantes, a fait une tonne de rencontres ABSOLUMENT intéressantes depuis un an.
Non, Montréal n'est pas une ville idéale où tout est à sa place. Ça n'empêche pas le fait que MOI, je puisse la percevoir ainsi par un beau dimanche matin pluvieux où je m'en vais voir une personne que j'aime.
Ensuite, ça fait deux fois que je me fait reprocher par des ami(e)s des jokes que j'ai fait sur le fameux chèque du MICC que (certains) étudiants en francisation reçoivent. Bon. C'est peut-être un humour en effet un peu gras, mais je tiens à spécifier que ces commentaires s'occupent uniquement à décrire une réalité existante : oui, au Québec, le gouvernement donne un petit montant d'argent quoi? mensuel? aux nouveaux arrivants qui apprennent le français. On me dit que ce n'est pas tout le monde. Fine. Je trouvais juste drôle de faire un clin d'oeil à un texte de ma collègue blogueuse Proniaque qui décrivait de façon très comique "l'abonnement au Dollorama" et "le catalogue IKEA" trônant fièrement dans la demeure de tout immigrant qui se respecte.
Je parle de ça d'un point de vue un peu étrange, j'en conviens, et je me permets de dire de choses qui peuvent être mal interpretées, mais j'insiste sur le fait que j'écris ici surtout pour mes amis qui ont reçu les chèques du MICC, qui ont suivi les cours de français avec moi, qui savent très bien que je sais très bien que c'est une ÉVIDENCE qu'on ne s'inscrit pas aux cours de français pour profiter d'un chèque, ou de l'état, ou de la société.
Bon.
Non, en effet, je ne connais rien à la réalité du Chili. Ce que je connais par contre, c'est ma propre réaction face à des discours polarisés et contradictoires. Et aussi ma facination pour des réalités qui ne sont pas les miennes. Mon point de vue est donc celui d'un Montréalais qui, au-delà de quelques rencontres moins intéressantes, a fait une tonne de rencontres ABSOLUMENT intéressantes depuis un an.
Non, Montréal n'est pas une ville idéale où tout est à sa place. Ça n'empêche pas le fait que MOI, je puisse la percevoir ainsi par un beau dimanche matin pluvieux où je m'en vais voir une personne que j'aime.
Ensuite, ça fait deux fois que je me fait reprocher par des ami(e)s des jokes que j'ai fait sur le fameux chèque du MICC que (certains) étudiants en francisation reçoivent. Bon. C'est peut-être un humour en effet un peu gras, mais je tiens à spécifier que ces commentaires s'occupent uniquement à décrire une réalité existante : oui, au Québec, le gouvernement donne un petit montant d'argent quoi? mensuel? aux nouveaux arrivants qui apprennent le français. On me dit que ce n'est pas tout le monde. Fine. Je trouvais juste drôle de faire un clin d'oeil à un texte de ma collègue blogueuse Proniaque qui décrivait de façon très comique "l'abonnement au Dollorama" et "le catalogue IKEA" trônant fièrement dans la demeure de tout immigrant qui se respecte.
Je parle de ça d'un point de vue un peu étrange, j'en conviens, et je me permets de dire de choses qui peuvent être mal interpretées, mais j'insiste sur le fait que j'écris ici surtout pour mes amis qui ont reçu les chèques du MICC, qui ont suivi les cours de français avec moi, qui savent très bien que je sais très bien que c'est une ÉVIDENCE qu'on ne s'inscrit pas aux cours de français pour profiter d'un chèque, ou de l'état, ou de la société.
Bon.
lundi 9 mars 2009
Devagar
Si tu entendais les blagues qu'on fait au quatrième étage du pavillon Judith-Jasmin... Man, c'est vraiment pathétique. Les drummers font des blagues de cymbales, les guitaristes font des blagues d'accords, les peintres font des blagues de couleurs, les politologues font des blagues castristes, les chien font des blagues de moëlle, les gens au quatrième étage du pavillon Judith-Jasmin font des blagues sur le principe du poétique chez Valéry. Tu ris, tu tapes dans le dos de ton collègue parce qu'il a fait un calembour avec le nom d'un écrivain bulgare... Pathétique. Esti, je te désémiotiserais cette fille sans aucune hésitation. Fuck, ce café goûte comme une métaphore de Paulo Coelho.
Je fais un jumelage avec deux amis brésiliens. C'est très difficile de comprendre pour l'instant. Non, pas difficile. Difficile implique l'idée que si je fais un effort, je comprends. Non. Pour l'instant, je comprends uniquement, quoi? 10 % de ce qu'ils disent. Vou me melhorar em breve. Dans la classe de français de la semaine dernière, avec les étudiants avancés, on a appris ensemble l'expression "Sauter du coq à l'âne". Eh ben, c'est ce que je suis en train de faire. Je suis moniteur de français à l'UQAM, dans le cadre du Programme de Francisation des Nouveaux Arrivants du Ministère de l'Immigration et des Communautés Culturelles. Les majuscules sont facultatives, mais ça fait plus sérieux. Dans la classe de français, niveau avancé, la semaine dernière, on a vu ensemble l'expression "c'est poche". Les Canadiens sont poches. Je n'ai jamais tant observé ma propre langue, mon propre idiome, que depuis que j'ai commencé ce travail. Les Nordiques étaient poches. Céline Dion c'est poche en esti. Mon espagnol est crissement poche. Fais des variantes, fais des tournures. Masha, prends des notes.
Penses-tu que les Chiliens qui débarquent à Montréal sont tous anti-Pinochet?
Penses-tu que parce que les gens arrivent des vieux pays européens, ils ne sont pas antisémites?
C'est très étrange, j'ai vu il y a quelques mois un Russe se lever, à la fin de ma classe d'histoire du Québec, pour faire part à tout le monde de son opinion face à l'élection de Barack Obama : "Américains kaput, ont choisi un nigger". Édifiant, ce commentaire. Je pense que c'est la première fois de ma vie que j'ai répondu exactement ce que je pensais à quelqu'un, sans le filtre de la politesse.
Ça, ce sont les exceptions. Si tu savais le nombre de personnes merveilleuses que j'ai rencontré, tu demanderais des précisions. Ok. Une Brésilienne très jolie m'a déjà raconté pourquoi elle était partie du Brésil. J'ai passé la Nuit Blanche (qui était poche en général) avec une Colombienne que j'adore et une Moldave brillante et d'excellente compagnie qui m'a raconté ses mésaventures comiques dans le Village. Elles, Luis et moi, on a noctambulé dans les rues du Centre-Ville, sans alcool dans le sang parce qu'on a fait l'erreur d'avoir envie de commencer à boire à 2h50. Un gars de Sao Paulo qui a un tatou sur le bras entier écoute tellement la même musique que moi que parfois on parle un par-dessus l'autre. Une fille du Vénézuela m'a laissé une bouteille de Bailey's presque pleine quand j'ai fait un party à la maison. J'ai écouté l'autre soir une Colombienne m'expliquer dans un français presque impeccable pourquoi elle a eu des problèmes avec la direction du programme et son professeur. J'ai dit "tu es devenue à toi toute seule une guerilla marxiste". Elle m'a dit que je devrais éviter de parler des choses que je ne connais pas.
Elle a eu raison.
Je fais un jumelage avec deux amis brésiliens. C'est très difficile de comprendre pour l'instant. Non, pas difficile. Difficile implique l'idée que si je fais un effort, je comprends. Non. Pour l'instant, je comprends uniquement, quoi? 10 % de ce qu'ils disent. Vou me melhorar em breve. Dans la classe de français de la semaine dernière, avec les étudiants avancés, on a appris ensemble l'expression "Sauter du coq à l'âne". Eh ben, c'est ce que je suis en train de faire. Je suis moniteur de français à l'UQAM, dans le cadre du Programme de Francisation des Nouveaux Arrivants du Ministère de l'Immigration et des Communautés Culturelles. Les majuscules sont facultatives, mais ça fait plus sérieux. Dans la classe de français, niveau avancé, la semaine dernière, on a vu ensemble l'expression "c'est poche". Les Canadiens sont poches. Je n'ai jamais tant observé ma propre langue, mon propre idiome, que depuis que j'ai commencé ce travail. Les Nordiques étaient poches. Céline Dion c'est poche en esti. Mon espagnol est crissement poche. Fais des variantes, fais des tournures. Masha, prends des notes.
Penses-tu que les Chiliens qui débarquent à Montréal sont tous anti-Pinochet?
Penses-tu que parce que les gens arrivent des vieux pays européens, ils ne sont pas antisémites?
C'est très étrange, j'ai vu il y a quelques mois un Russe se lever, à la fin de ma classe d'histoire du Québec, pour faire part à tout le monde de son opinion face à l'élection de Barack Obama : "Américains kaput, ont choisi un nigger". Édifiant, ce commentaire. Je pense que c'est la première fois de ma vie que j'ai répondu exactement ce que je pensais à quelqu'un, sans le filtre de la politesse.
Ça, ce sont les exceptions. Si tu savais le nombre de personnes merveilleuses que j'ai rencontré, tu demanderais des précisions. Ok. Une Brésilienne très jolie m'a déjà raconté pourquoi elle était partie du Brésil. J'ai passé la Nuit Blanche (qui était poche en général) avec une Colombienne que j'adore et une Moldave brillante et d'excellente compagnie qui m'a raconté ses mésaventures comiques dans le Village. Elles, Luis et moi, on a noctambulé dans les rues du Centre-Ville, sans alcool dans le sang parce qu'on a fait l'erreur d'avoir envie de commencer à boire à 2h50. Un gars de Sao Paulo qui a un tatou sur le bras entier écoute tellement la même musique que moi que parfois on parle un par-dessus l'autre. Une fille du Vénézuela m'a laissé une bouteille de Bailey's presque pleine quand j'ai fait un party à la maison. J'ai écouté l'autre soir une Colombienne m'expliquer dans un français presque impeccable pourquoi elle a eu des problèmes avec la direction du programme et son professeur. J'ai dit "tu es devenue à toi toute seule une guerilla marxiste". Elle m'a dit que je devrais éviter de parler des choses que je ne connais pas.
Elle a eu raison.
dimanche 8 mars 2009
Ok. Good work. Keep up the. Ce matin j'étais heureux d'être en vie et de vivre à Montréal. Même si j'étais dans un bus voyageur qui s'en allait vers Sutton. Dimanche matin et Montréal m'apparaissait étrangement ouverte, comment, je ne sais pas, espacée. Il y avait une petite brume et les rues étaient vides. Il me semblait que la musique que j'écoutais était particulièrement bonne. Brazilian music. Elis Regina et Rita Lee. Pour pratiquer a lingua, para meu prazer. Porque o Português é uma língua linda.
Jaque : você corrige-me esta.
J'allais voir mon petit frère que je connais depuis maintenant plus d'un an. L'organisme auquel j'appartiens, Les Grands Frères du Grand Montréal, te demande de faire une activité une fois toutes les deux semaines, et c'est plus compliqué maintenant qu'il a déménagé dans les Cantons-de-l'Est. Sa mère me promet qu'elle va faire l'aller-retour vers Montréal pour nous, mais j'ai de la difficulté à y croire. Et moi je ne peux pas grimper dans un autobus chaque fois. Ce matin je suis parti à 9h de St-Henri et je suis revenu à 21h. Marche pas. Trop prenant. C'était bien, avec mon petit frère, c'est toujours agréable, mais je ne peux pas hypothéquer ma journée comme ça, what with school and work and everything else.
Je suis étudiant au doctorat à l'UQAM, en études littéraires. J'aime beaucoup parler de moi et m'écouter parler. Et quand j'écris ça, j'ai l'impression d'être brillant parce que j'en suis conscient. Genre comme le fait de le dire me rend à la fois subtil et charmant.
Tu trouves pas que le français c'est une langue qui donne obligatoirement l'impression d'être pédante? Chaque fois que je veux arrêter d'être pédant, je pense en anglais.
J'ai commencé un doctorat sur la littérature américaine. Un sujet large, comme... hum, j'allais écrire "comme les États-Unis". Calme-toi. Parle de ça une autre fois. Donc, j'étais dans l'autobus, qui sortait de Montréal, et tout me semblait comme à sa place, extrêmement bien placé. Le tunnel Ville-Marie était bien éclairé. J'écoutais Nick Cave ou bien Vinicius. Et j'étais vraiment content d'aller voir mon petit frère.
Montréal était, comment tu dis ? Pertinente.
Jaque : você corrige-me esta.
J'allais voir mon petit frère que je connais depuis maintenant plus d'un an. L'organisme auquel j'appartiens, Les Grands Frères du Grand Montréal, te demande de faire une activité une fois toutes les deux semaines, et c'est plus compliqué maintenant qu'il a déménagé dans les Cantons-de-l'Est. Sa mère me promet qu'elle va faire l'aller-retour vers Montréal pour nous, mais j'ai de la difficulté à y croire. Et moi je ne peux pas grimper dans un autobus chaque fois. Ce matin je suis parti à 9h de St-Henri et je suis revenu à 21h. Marche pas. Trop prenant. C'était bien, avec mon petit frère, c'est toujours agréable, mais je ne peux pas hypothéquer ma journée comme ça, what with school and work and everything else.
Je suis étudiant au doctorat à l'UQAM, en études littéraires. J'aime beaucoup parler de moi et m'écouter parler. Et quand j'écris ça, j'ai l'impression d'être brillant parce que j'en suis conscient. Genre comme le fait de le dire me rend à la fois subtil et charmant.
Tu trouves pas que le français c'est une langue qui donne obligatoirement l'impression d'être pédante? Chaque fois que je veux arrêter d'être pédant, je pense en anglais.
J'ai commencé un doctorat sur la littérature américaine. Un sujet large, comme... hum, j'allais écrire "comme les États-Unis". Calme-toi. Parle de ça une autre fois. Donc, j'étais dans l'autobus, qui sortait de Montréal, et tout me semblait comme à sa place, extrêmement bien placé. Le tunnel Ville-Marie était bien éclairé. J'écoutais Nick Cave ou bien Vinicius. Et j'étais vraiment content d'aller voir mon petit frère.
Montréal était, comment tu dis ? Pertinente.
samedi 7 mars 2009
Suite dans les idées
Tu termines Gogol et tu commences Axionov. C'est normal, c'est logique. J'avais déjà lu Lumineuse césarienne il y a longtemps, mais c'est différent quand on n'a pas l'intertexte des Âmes mortes en tête. Pour ceux et celles que ça intéresse (donc par définition: personne), il y a une puissance visionnaire palpable dans les dernières lignes du manuscrit de Gogol, dans cette loghorée stoppée net. Le texte s'arrête d'un coup, non-fini, in-fini, l'écrivain laisse tomber la plume, tombe mort, raide, le personnage cesse de parler, cesse de de discourir, cesse d'exprimer son souhait pour la Russie du futur. Une Russie débarassée de la corruption et de l'appât du gain.
"As a Russian, as one bound to you by ties of blood, of one and the same blood, I now adress you. I adress those of you who have at least some notion of what nobility of mind is. I invite you to remember the duty each man faces in any place. I invite you to consider your duty more closely, and the obligation of your earthly service, because we all have only a dim idea of it now, and we hardly..."
L'immense roman de Vassili Axionov s'ouvre sur une route secondaire au milieu d'un boisé, où une vieille Niva s'enfonce dans la boue de la perestroïka, alors que deux jeunes businessmen s'en vont faire la peau à un baron de la mafia russe. Chichikov, dans la Grande Rus de 1840, marchandait les âmes des serfs morts en prévision d'un capitalisme qui allait vite devenir l'ennemi officiel numéro 1, alors qu'Axionov joue (c'est le verbe au sens propre, premier, littéral) avec, sur, le bordel post-soviétique dans toute sa splendeur.
Quand tu peux pas en parler parce que tout le monde s'en fout, tu l'écris ici. Tiens, une bonne définition de ce blog. S'y retrouve, s'y retrouvera, ce qui n'intéresse personne dans la vraie vie, en tout cas dans la mienne, ma vraie vie.
J'ai l'air de lire de la littérature russe, mais pas vraiment en fait. J'ai un cours sur Philip Roth à préparer, il n'y a rien de moins russe que ça.
Américanité.
Judéïté.
Baseball.
Masturbation.
Banlieue.
Il faut que je pense à Philip Roth. Que je me questionne sur Philip Roth. Que j'envisage Philip Roth. Que lui et moi on discute sur un certain plan, sur un certain plateau où j'aurai crissement l'impression qu'il me répond pour vrai. Nice, Philip, thank you Philip. Civilités superficielles, certes, mais qui dissimulent tout ce qui bouillonne dans nos deux crânes à l'unisson, au diapason.
Demain je vais me présenter.
Et aussi, il y aura de la littérature encore, et une voix seconde, celle de la dissenssion, parce que si tu es quelqu'un qui a tendance à écrire au TU, la moindre des choses, c'est d'inclure ton propre principe de négation.
De te dire à toi même, par moment: WHY DON'T YOU SHUT THE FUCK UP.
Il faut que je parle de l'immigration.
"As a Russian, as one bound to you by ties of blood, of one and the same blood, I now adress you. I adress those of you who have at least some notion of what nobility of mind is. I invite you to remember the duty each man faces in any place. I invite you to consider your duty more closely, and the obligation of your earthly service, because we all have only a dim idea of it now, and we hardly..."
L'immense roman de Vassili Axionov s'ouvre sur une route secondaire au milieu d'un boisé, où une vieille Niva s'enfonce dans la boue de la perestroïka, alors que deux jeunes businessmen s'en vont faire la peau à un baron de la mafia russe. Chichikov, dans la Grande Rus de 1840, marchandait les âmes des serfs morts en prévision d'un capitalisme qui allait vite devenir l'ennemi officiel numéro 1, alors qu'Axionov joue (c'est le verbe au sens propre, premier, littéral) avec, sur, le bordel post-soviétique dans toute sa splendeur.
Quand tu peux pas en parler parce que tout le monde s'en fout, tu l'écris ici. Tiens, une bonne définition de ce blog. S'y retrouve, s'y retrouvera, ce qui n'intéresse personne dans la vraie vie, en tout cas dans la mienne, ma vraie vie.
J'ai l'air de lire de la littérature russe, mais pas vraiment en fait. J'ai un cours sur Philip Roth à préparer, il n'y a rien de moins russe que ça.
Américanité.
Judéïté.
Baseball.
Masturbation.
Banlieue.
Il faut que je pense à Philip Roth. Que je me questionne sur Philip Roth. Que j'envisage Philip Roth. Que lui et moi on discute sur un certain plan, sur un certain plateau où j'aurai crissement l'impression qu'il me répond pour vrai. Nice, Philip, thank you Philip. Civilités superficielles, certes, mais qui dissimulent tout ce qui bouillonne dans nos deux crânes à l'unisson, au diapason.
Demain je vais me présenter.
Et aussi, il y aura de la littérature encore, et une voix seconde, celle de la dissenssion, parce que si tu es quelqu'un qui a tendance à écrire au TU, la moindre des choses, c'est d'inclure ton propre principe de négation.
De te dire à toi même, par moment: WHY DON'T YOU SHUT THE FUCK UP.
Il faut que je parle de l'immigration.
jeudi 5 mars 2009
C'est Maria qui m'a donné l'idée de commencer ce blog. Le sien s'appelle "Ne Tirez Pas Sur Le Pianiste". J'ai pas le temps. Je vais le concevoir comme un laboratoire pour mes réflexions. J'ai autre chose à faire. Écrire ici ce à quoi je pense, dans le cadre de mon doctorat. Et de mon travail avec ces gens qui reçoivent des chèques du MICC.
Bon. Tout ce que je peux dire pour le moment, c'est que je viens de terminer la lecture des Âmes Mortes de Gogol en version anglaise et que. Et que quoi? Génie du comique, du grotesque, mais on le sait ça. Quoi d'autre : en russe ils disent poshlost, pour décrire, si j'ai bien compris, le mélange de banal, de grotesque et de vulgaire. Gogol c'est exactement ça, mais surtout le traitement du banal, la subtile beauté du quotidien. À la fin du chapitre 7, un homme seul, anonyme, dans sa chambre d'auberge, loin du protagoniste Chichikov et de ses intrigues loufoques, observe sa cinquième paire de bottes avec quelque chose comme de l'affection. On ne le reverra plus.
"... only in one little window was there still light, where lived some lieutenant, come from Ryazan, a great lover of boots by the look of it, because he had already ordered four pairs made and was ceaselessly trying on a fifth. Several times he had gone over to his bed with the intention of flinging them off and lying down, but he simply could not: the boots were indeed well made, and for a long time still he kept raising his foot and examining the smart and admirable turn of the heel."
Comprendra qui pourra, mais ce sont des passages comme celui-là qui me donnent envie d'écrire.
Bon. Tout ce que je peux dire pour le moment, c'est que je viens de terminer la lecture des Âmes Mortes de Gogol en version anglaise et que. Et que quoi? Génie du comique, du grotesque, mais on le sait ça. Quoi d'autre : en russe ils disent poshlost, pour décrire, si j'ai bien compris, le mélange de banal, de grotesque et de vulgaire. Gogol c'est exactement ça, mais surtout le traitement du banal, la subtile beauté du quotidien. À la fin du chapitre 7, un homme seul, anonyme, dans sa chambre d'auberge, loin du protagoniste Chichikov et de ses intrigues loufoques, observe sa cinquième paire de bottes avec quelque chose comme de l'affection. On ne le reverra plus.
"... only in one little window was there still light, where lived some lieutenant, come from Ryazan, a great lover of boots by the look of it, because he had already ordered four pairs made and was ceaselessly trying on a fifth. Several times he had gone over to his bed with the intention of flinging them off and lying down, but he simply could not: the boots were indeed well made, and for a long time still he kept raising his foot and examining the smart and admirable turn of the heel."
Comprendra qui pourra, mais ce sont des passages comme celui-là qui me donnent envie d'écrire.
Inscription à :
Messages (Atom)