1. Hier soir, après être parvenu à revenir à la maison de la façon la plus absurde possible, entre un métro bloqué et des autobus inexistants, j'ai trouvé la lettre de refus de ma demande de bourse, qui m'attendait au pied de l'escalier. Traînait par terre une grande enveloppe brune qui, une fois déchirée, ouverte, vidée de son contenu, est tombée de mes mains pour s'écraser silencieusement sur la table. C'étaient là des énoncés performatifs. Je suis redevenu, en une fraction de seconde, à la lecture de la lettre du CRSH, l'étudiant ordinaire, moyen, normal, que je croyais ne plus être depuis mon retour à l'école, un peu par orgueil de mon relevé de notes, un peu par cette vanité envahissante qui m'accompagne et autour de laquelle je me définis depuis plusieurs années, sans jamais vraiment la pénétrer. Le comité d'évaluation a donné la note suivante à mon dossier, qui comprenait, outre le relevé ci-haut mentionné, deux lettres de recommendations signées par des professeurs, une lettre de recommendation du département d'études littéraires, une introduction au projet de recherche lui-même ainsi que le formulaire dûment rempli, dûment signé: 12.3 sur 30. Je n'ai même pas obtenu 50%... Je me suis dit, m'appropriant le cliché, pas pour la première fois, que si ce n'était pas si triste, ça serait vraiment drôle. Et tout de suite après j'ai sacré.
2. Il était presque vingt heures trente quand je me suis posté sur le coin de la rue, devant le Holiday Inn, pour attendre la 150 Ouest, René-Lévesque. Jaqueline et moi on venait de se séparer après avoir attendu comme des cloches, des poches, des pioches, des quoi, des mioches sans supervision parentale, assis dans les marches du métro Champ-de-Mars un éventuel retour à la normale, ou au moins des informations précises. Elle était repartie vers le nord, moi vers l'ouest, sans savoir jusqu'où je marcherais, sous cette petite pluie désagréable et ce vent longeant les immeubles. Un coin de rue plus loin je me suis arrêté à l'arrêt d'autobus, dans l'espoir de voir surgir, au plus loin de ma myopie, les lumières jaune-orange d'un autobus de la ville. De l'autre côté du boulevard, en direction est, c'était complètement paralysé, les voitures étaient obliques dans la rue, presque une par dessus l'autre. Aucun mouvement, mais comme on était à Montréal, les klaxons ne se faisaient pas entendre. À mon côté se trouvait une femme au teint hâlé. Et au manteau presque zippé jusque dans le front.
Il a fallu qu'une vieille dame, toute craquante et toute fardée, qui passait par là, entame la conversation avec nous pour que j'entende l'accent hispanophone de ma voisine. La vieille dame nous a demandé si on savait ce qui se passait en ville. Paralysie. Congestion. Incompétence. Panique. Terroristes. Bombes. J'ai dit "c'est bizarre, quand il se passe quelque chose et qu'on est en plein dedans, on ne le vit pas vraiment, parce qu'on peut pas le voir, le comprendre, à Radio-Canada." J'avais juste envie de rentrer à la maison pour écouter les nouvelles, effectivement. La vieille dame, en discussion sur les terroristes avec ma voisine d'attente, m'a répondu qu'elle n'écoutait plus la télé depuis longtemps, parce que c'est tout un paquet de menteries qu'ils disent là-dedans. J'ai ri, pour lui souhaiter bonne soirée.
À ce moment-là, j'avais déjà remarqué le jeune homme bien habillé qui discutait au cellulaire, un peu à l'écart, mais j'étais loin de me douter que seulement quelques minutes plus tard, lui et moi allions être plus collés que deux agneaux, deux anneaux, deux rivaux, deux quoi, deux métaux sur le tableau périodique.
J'essayais de lire le panneau indiquant l'horaire de la 150, mais comme il était 20h45 et que l'horaire semblait vouloir me dire que le jeudi la dernière 150 passait à 18h30, je faisais semblant de ne pas comprendre et je recommençais ma lecture, en clignant des yeux comme pour effacer ce que je voyais. Un homme qui ressemblait un peu à cet acteur français qui joue le contrôleur fiscal dans LE DÎNER DE CONS s'est approché avec, dans une main et sur l'épaule, deux caisses de bières énormes, plus une valise. C'est lui qui a proposé, avec un accent que je n'arrivais pas à situer sur ma carte du monde (tout ce que j'avais en tête, c'était l'expression outre-atlantique), de partager un taxi. On s'en allait tous du même côté, on s'en allait tous dans l'ouest, on s'en allait tous à Guy, parce que lui s'en allait à Guy. Les discussions d'argent et de divisions du prix commençaient à peine qu'une voiture s'est arrêtée juste devant nous et que, par une fenêtre ouverte, nous nous sommes fait demander du feu. Je me suis précipité pour dire: "J'ai pas de feu, mais vous auriez pas une cigarette?" Il m'a demandé si c'était une blague, avant de m'en offir deux. J'étais content, mais lui cherchait toujours du feu. Il était garé sur le coin de la rue, un peu en biais, il cherchait seulement à allumer sa cigarette. Les deux autres, mon homme à bière et ma femme hâlée, n'avaient pas de feu non plus. Le jeune homme qui parlait au cellulaire ne fumait pas. Il a dit "Je ne fume pas". Personne ne fumait sur tout le boulevard René-Lévesque et le conducteur de la voiture a eu l'air triste. Je lui ai demandé si à la radio on expliquait ce qui se passait avec le métro, et la ville, et le centre-ville, et tutti. Il n'avait pas l'air au courant. Derrière moi les autres continuaient à discuter à propos de l'éventuel partage d'un taxi. Le conducteur a soudainement eu un regain d'énergie, s'est penché un peu plus vers la fenêtre du passager, et a demandé en criant, où est-ce qu'on allait. L'homme à la bière et à l'accent outre-atlantique a aussitôt répondu : "GUY". On s'en allait tous au coin de Guy et René-Lévesque. Sauf le jeune homme bien habillé qui, lui, allait beaucoup moins loin, à University.
Le conducteur, toujours sans feu, mais soudainement très animé, a lancé un "Embarquez, je vous emmène" extrêmement enthousiaste et contagieux. On l'a regardé en chien de faïence, en gibier de potence, en stade de France, en quoi, en génie de la finance qui aurait dealé dans le papier commercial. Mais uniquement pour la forme, parce qu'on a tous sauté sur l'occasion qu'il nous offrait. C'était trop beau, et ça nous sauvait un gros quatre dollars. La femme hâlée s'est installée à l'avant alors que les trois hommes s'entassaient sur la banquette arrière. J'ai embarqué dans la voiture en dernier et j'ai tout de suite pouffé de rire silencieusement, parce que notre équipée était vraiment étonnante, quasiment parfaite dans sa dissonance.
Le conducteur a démarré et j'étais tellement collé sur le jeune homme bien habillé que ma hanche me faisait mal. On n'avait pas une longue route à faire, c'était tout à fait supportable. L'homme à bière discourait sur l'état déplorable du français à Montréal et nous a dit qu'il était Roumain. J'ai dit "Ah, Roumain". On est passé devant la manifestation des Tamouls et j'ai eu droit dans la voiture à un concert de reproches et de phrases ironiques du genre "Ça doit être eux-autres qui ont posé les bombes dans le métro", "C'est à cause d'eux-autres qu'on a pas de service", "Vraiment, au Québec, vous êtes trop accueillants, c'est des terroristes eux-autres, vous acceptez n'importe qui pis vous les flattez dans le sens du poil". L'homme à bière était manifestement un Roumain qui connaissait les expressions francophones. Eux autres. Pis. Sens du poil. J'ai ri pour être diplomate, comme d'habitude.
La femme hâlé était tout à fait d'accord avec l'homme à bière. Le jeune homme bien habillé ne disait rien. De toute façon, il était descendu à University depuis longtemps. Elle nous a dit qu'elle était péruvienne et on l'a cru. Le conducteur, silencieux depuis quelques minutes, sans aucun avertissement s'est retourné vers nous pour nous dire d'aller sur YOUTUBE voie son documentaire sur les yeux. "Tapez nosyeux, en un mot, nosyeux, en un mot". J'ai dit "Nosyeux.com?" 'Non, juste nosyeux, en un mot, c'est un documentaire sur les yeux, toi t'es myope, tu vois?, donc, c'est ben intéressant, on a eu 2500 personnes, c'est pas pire".
On approchait de Guy et la femme péruvienne nous a dit qu'elle avait vu une bonne partie hier. J'ai dit "Ah, Barcelone contre Manchester?" Elle a répondu, en prononçant toutes les lettres, comme en espagnol "Non, la partie de hockey, c'est presque la finale, Pittsburgh et la Caroline ont bien joué, c'est le meilleur qui a gagné". La femme hâlée était manifestement une Péruvienne qui connaissait les sports canadiens. J'ai un peu laissé divaguer mon esprit pendant qu'elle essayait de convaincre le conducteur incrédule que le soccer était beaucoup plus violent que le hockey.
On arrivait à la rue Guy, c'était presque fini, et je me disais qu'à Montréal, c'est comme ça qu'on passe à travers une alerte à la bombe.
vendredi 29 mai 2009
vendredi 22 mai 2009
Re: Balbutiements
La suite...
So, as I was saying, she was walking on rue Du Collège, I was right behind. Like some ten meters behind her, more or less. I was not a careless person, I knew how to be subtle, kind of invisible. My steps were controlled and natural. I even changed from her side of the street to the other when I sensed that I would probably bump in her because of that red light that was approaching. So we were there, waiting for the light to change, each one on our side of the street, the CEGEP right in front of us, millions of students passing by, beginning of the semester, I was trying not to stare at her, sideways, anxious and completely what, flabbergasted. It went green and I crouched to make as if my laces were untied, so she could go first and so I could continue to follow. As soon as she was on the other side I resumed my walk, it would have been ridiculous to miss that light. I mean.
There were still leaves on the trees. The colors were starting to change, but girls still had flip-flops on their feet. The big, nineteenth century architecture of the school was surrounded by cigarette and pot smoke as we passed hastily between two Che Guevara impersonators and a world cup of hardcore haki, making our way to the wooden doors. People were screaming in a French I had all my adult life tried to absorb, use, control, whatever. I was fascinated by those beautiful swear words I was hearing in the hall, echoing on the high walls and in my head, and I was transfixed by her complete assurance. I saw her profile for one second, as she smiled at somebody, and it did something to my stomach. God, what a smile she had. I was jealous of that young girl that had received it. Millions of kids everywhere around us. Screams and laughs all over the place. I thought about the toilets of the CEGEP, wondering if they were still like in those good old times, covered in graffiti and vulgar puns. I used to come to those great St-Laurent's partys, the best ones in town. My ex girlfriend used to work at the bar when we were young, serving beer in plastic cups, filling cups of Molson Dry for restless and horny kids, pursuing a DEC in arts, creating angry and kind of sad paintings about the role of the British Empire in history. That’s where I’d met her.
You know. It was kind of strange to be here after so many years.
She went into a room on the rez-de-chaussée, which was this floor, the first, and I didn’t pronounce the “z” in my mind, because it’s the kind of thing I know. I was happy to see all those kids, it would have been hard to follow her in the maze of corridor without her noticing my presence. It was a small room that kind of looked like an office of Emploi Québec, but on a very small scale. It was somehow difficult for me to stay right behind her while keeping my cool, stay invisible, so I just went for it at an accelerated pace so she had to keep the door open for me. I said merci. In my head. And made it rime with marry me. Well.
Just hope she didn’t recognize you from church, you fucking moron.
Not really knowing what to do, I noticed the chairs and I took a seat. Man. She sat on the next chair, at my right. Her earrings were huge, round, golden, gorgeous. I could smell some kind of perfume, which I know nothing about, but can appreciate. Everything was fine, the waiting beside her was fine. The only problem was that, as I had sat before her, I was called before her by the lady behind the desk, a marvellous woman with big cheeks, big breasts, and big chins. I didn’t even know where I was. The lady spoke to me in French, for some reason like I was retarded, or like I was deaf. She seemed to be saying “read my lips” while saying very slowly: Monsieur, c’est votre tour, vous pouvez venir vous asseoir ici.
I was wondering, do I look like a damn square head that much?
A bit confused, I said nothing and just motioned for the beautiful woman I had followed here to go first, I mean, no no no, no problem at all. You were here before me. You just kept the door open. Yes. No. Just motions. I don’t know, I was all movement. I don’t know why but now I was dumb, that big and cheerful lady had what, rendered me speechless. In retrospect it was my best move. The next five minutes were awesome, and everything that went after those five minutes was horrible.
***
Leaning forward a little bit, I could hear what they were saying. Eventually I understood where I was, where we were. It was an office of the Minister of Immigration’s program of Francisation, for the newly arrived in Montréal. I had heard of those places. A friend of mine actually worked at one of those places, at the UQAM. He had a good salary, and he used to tell me that the people were actually pretty nice. The turn of phrase always made me think. What did he mean, actually, I thought, doesn’t this adverb imply something? I never said anything to him about it, but something made me feel uncomfortable in his presence. He was the kind of guy who had a cat and was living alone, writing some kind of blog about his experience with immigration and his studies in literature.
I said “a friend of mine”, but in fact I wasn’t so sure.
Anyways, I never read his blog. It was in French, with all those twisted sentences full of pronoms relatifs and subordonnées de coordination or whatever. You know. The kind of guy who was always, always, saying obnoxious things about the state of arts, and the state of music, and the state of the novel. He used to work at the UQAM with the immigrants, giving classes on the history of Québec society and québécois French phonetics. I had absolutely no difficulties picturing him stealing stories from his students to write them in the dark night, alone in his apartment, the cat moaning, the bath dripping, because he had no life at all, when you thought about it.
He was kind of a loser.
So it was a relief to finally understand where I was. And I was learning a lot of things at the same time. It was great, my attention was so focused, I could hear a clock ticking somewhere and her nails knocking gently on the metal of her earrings. She said, slowly, in French, to the big lady, that her name was Eva Something Souza Something, that she had arrived from Porto Alegre in late June, that she had received the papers for the classes, that she wanted to make sure everything was in order. The big lady was charming, giving answers with a strong accent from East of the city, saying that Eva would start at the stronger level and that a test would determine if it was the right place for her on the first week of the session. Everything was in order, everything was great. I mean, everything was in it’s place, the color of her hair, her curls, the hands of the big lady almost on hers, reassuring her, making sure that Eva was comfortable, I felt exhilarated, kind of loving this fat woman in a filial way.
I had heard it all and it was even more beautiful that I had thought earlier that day, watching her touch the pews with the tip of her fingers. She went out of the room in a flash of elegance, leaving me alone with the fat lady and her fragrance was lingering.
The voice brought me back to Earth: Monsieur, vous pouvez venir maintenant, c’est votre tour. I stood and played the game because I had no choice, smiling. Before me on the desk were some flyers from the Government and a small board that said SUZY in capitals. My smile was kind of stiff and I was cursing silently, thinking that she was going away, waiting at the light without me, taking the subway. And then it all started to go wrong.
Suzy spoke to me again like I was retarded, it bugged me. I thought why not? Let’s have a little fun. I don’t know why it came out like that, but I made a snobby face and, with my most fluent, chiselled French, said something about the weather.
She said Excusez-moi?
And I repeated what I had just said.
And the bitch said Excusez-moi, je comprends pas, êtes-vous ici pour le cours de français?
And she was speaking louder now, again, as if I was deaf too.
I said that the course was not necessary, thanks.
She replied to me something that had absolutely nothing to do with what I had just replied to her.
Something along the lines of Voulez-vous qu’on parle en anglais, juste pour l’instant, pour le temps de l’inscription?
My face fell. I mean, yes, that’s it, it fell.
À suivre...
So, as I was saying, she was walking on rue Du Collège, I was right behind. Like some ten meters behind her, more or less. I was not a careless person, I knew how to be subtle, kind of invisible. My steps were controlled and natural. I even changed from her side of the street to the other when I sensed that I would probably bump in her because of that red light that was approaching. So we were there, waiting for the light to change, each one on our side of the street, the CEGEP right in front of us, millions of students passing by, beginning of the semester, I was trying not to stare at her, sideways, anxious and completely what, flabbergasted. It went green and I crouched to make as if my laces were untied, so she could go first and so I could continue to follow. As soon as she was on the other side I resumed my walk, it would have been ridiculous to miss that light. I mean.
There were still leaves on the trees. The colors were starting to change, but girls still had flip-flops on their feet. The big, nineteenth century architecture of the school was surrounded by cigarette and pot smoke as we passed hastily between two Che Guevara impersonators and a world cup of hardcore haki, making our way to the wooden doors. People were screaming in a French I had all my adult life tried to absorb, use, control, whatever. I was fascinated by those beautiful swear words I was hearing in the hall, echoing on the high walls and in my head, and I was transfixed by her complete assurance. I saw her profile for one second, as she smiled at somebody, and it did something to my stomach. God, what a smile she had. I was jealous of that young girl that had received it. Millions of kids everywhere around us. Screams and laughs all over the place. I thought about the toilets of the CEGEP, wondering if they were still like in those good old times, covered in graffiti and vulgar puns. I used to come to those great St-Laurent's partys, the best ones in town. My ex girlfriend used to work at the bar when we were young, serving beer in plastic cups, filling cups of Molson Dry for restless and horny kids, pursuing a DEC in arts, creating angry and kind of sad paintings about the role of the British Empire in history. That’s where I’d met her.
You know. It was kind of strange to be here after so many years.
She went into a room on the rez-de-chaussée, which was this floor, the first, and I didn’t pronounce the “z” in my mind, because it’s the kind of thing I know. I was happy to see all those kids, it would have been hard to follow her in the maze of corridor without her noticing my presence. It was a small room that kind of looked like an office of Emploi Québec, but on a very small scale. It was somehow difficult for me to stay right behind her while keeping my cool, stay invisible, so I just went for it at an accelerated pace so she had to keep the door open for me. I said merci. In my head. And made it rime with marry me. Well.
Just hope she didn’t recognize you from church, you fucking moron.
Not really knowing what to do, I noticed the chairs and I took a seat. Man. She sat on the next chair, at my right. Her earrings were huge, round, golden, gorgeous. I could smell some kind of perfume, which I know nothing about, but can appreciate. Everything was fine, the waiting beside her was fine. The only problem was that, as I had sat before her, I was called before her by the lady behind the desk, a marvellous woman with big cheeks, big breasts, and big chins. I didn’t even know where I was. The lady spoke to me in French, for some reason like I was retarded, or like I was deaf. She seemed to be saying “read my lips” while saying very slowly: Monsieur, c’est votre tour, vous pouvez venir vous asseoir ici.
I was wondering, do I look like a damn square head that much?
A bit confused, I said nothing and just motioned for the beautiful woman I had followed here to go first, I mean, no no no, no problem at all. You were here before me. You just kept the door open. Yes. No. Just motions. I don’t know, I was all movement. I don’t know why but now I was dumb, that big and cheerful lady had what, rendered me speechless. In retrospect it was my best move. The next five minutes were awesome, and everything that went after those five minutes was horrible.
***
Leaning forward a little bit, I could hear what they were saying. Eventually I understood where I was, where we were. It was an office of the Minister of Immigration’s program of Francisation, for the newly arrived in Montréal. I had heard of those places. A friend of mine actually worked at one of those places, at the UQAM. He had a good salary, and he used to tell me that the people were actually pretty nice. The turn of phrase always made me think. What did he mean, actually, I thought, doesn’t this adverb imply something? I never said anything to him about it, but something made me feel uncomfortable in his presence. He was the kind of guy who had a cat and was living alone, writing some kind of blog about his experience with immigration and his studies in literature.
I said “a friend of mine”, but in fact I wasn’t so sure.
Anyways, I never read his blog. It was in French, with all those twisted sentences full of pronoms relatifs and subordonnées de coordination or whatever. You know. The kind of guy who was always, always, saying obnoxious things about the state of arts, and the state of music, and the state of the novel. He used to work at the UQAM with the immigrants, giving classes on the history of Québec society and québécois French phonetics. I had absolutely no difficulties picturing him stealing stories from his students to write them in the dark night, alone in his apartment, the cat moaning, the bath dripping, because he had no life at all, when you thought about it.
He was kind of a loser.
So it was a relief to finally understand where I was. And I was learning a lot of things at the same time. It was great, my attention was so focused, I could hear a clock ticking somewhere and her nails knocking gently on the metal of her earrings. She said, slowly, in French, to the big lady, that her name was Eva Something Souza Something, that she had arrived from Porto Alegre in late June, that she had received the papers for the classes, that she wanted to make sure everything was in order. The big lady was charming, giving answers with a strong accent from East of the city, saying that Eva would start at the stronger level and that a test would determine if it was the right place for her on the first week of the session. Everything was in order, everything was great. I mean, everything was in it’s place, the color of her hair, her curls, the hands of the big lady almost on hers, reassuring her, making sure that Eva was comfortable, I felt exhilarated, kind of loving this fat woman in a filial way.
I had heard it all and it was even more beautiful that I had thought earlier that day, watching her touch the pews with the tip of her fingers. She went out of the room in a flash of elegance, leaving me alone with the fat lady and her fragrance was lingering.
The voice brought me back to Earth: Monsieur, vous pouvez venir maintenant, c’est votre tour. I stood and played the game because I had no choice, smiling. Before me on the desk were some flyers from the Government and a small board that said SUZY in capitals. My smile was kind of stiff and I was cursing silently, thinking that she was going away, waiting at the light without me, taking the subway. And then it all started to go wrong.
Suzy spoke to me again like I was retarded, it bugged me. I thought why not? Let’s have a little fun. I don’t know why it came out like that, but I made a snobby face and, with my most fluent, chiselled French, said something about the weather.
She said Excusez-moi?
And I repeated what I had just said.
And the bitch said Excusez-moi, je comprends pas, êtes-vous ici pour le cours de français?
And she was speaking louder now, again, as if I was deaf too.
I said that the course was not necessary, thanks.
She replied to me something that had absolutely nothing to do with what I had just replied to her.
Something along the lines of Voulez-vous qu’on parle en anglais, juste pour l’instant, pour le temps de l’inscription?
My face fell. I mean, yes, that’s it, it fell.
À suivre...
dimanche 17 mai 2009
Sundance
Je commence en être un peu tanné de ces film américains indépendants que j'appelle le style "Sundance". Le dernier en date : RACHEL GETTING MARIED. Ça commence à sentir la recette. Voici les ingrédients:
-Une famille dysfonctionnelle.
-Une caméra instable.
-Des personnages de dépressifs attachants.
-Une certaine obsession pour tout ce qui est pathétique et "awkward" (pas de mot équivalent en français... le malaise?).
-Des acteurs hyper connus qui jouent sans maquillage pour prouver qu'ils sont vraiment bons et pas juste beaux.
-Un début et une fin en queue de poisson, parce qu'on est toujours dans la "tranche de vie".
-Des dialogues durant lesquels on raconte des anecdotes qui ne font pas partie de l'histoire du film.
-Des situations inusitées et imprévues, ce que j'appelle la "poésie du banal".
-La vie quotidienne de la Nouvelle-Angleterre.
-Au moins un discours anti-républicain et anti-guerre.
-Une famille dysfonctionnelle, ah je l'ai déjà dit ça.
Ma question c'est: est-ce que la nouvelle obsession du cinéma américain n'est pas en effet la famille? Bien plus que les relations amoureuses ou les relations entre amis, ce sont les relations père-fille, frère-soeur, mère-fils qui sont traitées, analysées, disséquées, déconstruites par ce cinéma "Sundance" qui, personnellement, me plaît de moins en moins. Pas parce que les films eux-mêmes sont moches, mais parce que ça commence à tourner à vide. Et en plus, quand on cherche à être trop original, on se retrouve à faire du sous-Charlie Kaufman. C'est pas tout le monde qui peut se permettre d'être Charlie Kaufman ou Wes Anderson... Et même Wes Anderson, il commence à s'auto-caricaturer d'après-moi.
Des exemples de films de style "Sundance": AMERICAN BEAUTY; THE SQUID AND THE WHALE; ME, YOU AND EVERYONE WE KNOW; MARGOT AT THE WEDDING; YOU CAN COUNT ON ME; JUNEBUG; THUMBSUCKER; GRACE IS GONE; LITTLE MISS SUNSHINE; JUNO; GHOST WORLD; THE ROYAL TENNENBAUMS; WELCOME TO THE DOLLHOUSE; RAISING VICTOR VARGAS; ALL THE REAL GIRLS; THE SAVAGES. Etc. (Si vous pensez à d'autres films, dites-le moi...)
D'ailleurs, parlant de THE SAVAGES, je me demande si Laura Linney n'est pas l'actrice officielle de ce type de cinéma.
Des fois la vie est bien faite. Comme je suis en train d'apprendre le portugais, je demande à Jaqueline, qui est allée faire un tour chez elle à Curitiba, de me ramener des romans de Clarice Lispector, Erico Verissimo et Chico Buarque. Eh ben, sais-tu c'est quoi la première phrase du roman BUDAPESTE de Chico? "Devia ser proibido debochar de quem se aventura em língua estrangeira" Il devrait être interdit de se moquer de qui s'aventure dans une langue étrangère. Tout à fait, comment dirais-je, approprié. Je suis d'accord, même si je suis très moqueur moi-même. C'est sûr que quand c'est de nous qu'on rit, on trouve toujours ça moins drôle.
Par ailleurs, je me dis de plus en plus que c'est une extraordinaire et sublime tâche que j'ai entrepris en "m'aventurant dans une langue étrangère". Apprendre une langue, c'est comme déballer un nouveau cadeau chaque jour, l'emerveillement est le même. Tu es continuellement dans la découverte et le dévoilement, dans l'ouverture et l'expansion du sens. Comme je plains les unilingues! Putain, ça doit être vraiment plate de ne parler qu'une seule langue.
T'as pas faim?
Estie, oui.
-Une famille dysfonctionnelle.
-Une caméra instable.
-Des personnages de dépressifs attachants.
-Une certaine obsession pour tout ce qui est pathétique et "awkward" (pas de mot équivalent en français... le malaise?).
-Des acteurs hyper connus qui jouent sans maquillage pour prouver qu'ils sont vraiment bons et pas juste beaux.
-Un début et une fin en queue de poisson, parce qu'on est toujours dans la "tranche de vie".
-Des dialogues durant lesquels on raconte des anecdotes qui ne font pas partie de l'histoire du film.
-Des situations inusitées et imprévues, ce que j'appelle la "poésie du banal".
-La vie quotidienne de la Nouvelle-Angleterre.
-Au moins un discours anti-républicain et anti-guerre.
-Une famille dysfonctionnelle, ah je l'ai déjà dit ça.
Ma question c'est: est-ce que la nouvelle obsession du cinéma américain n'est pas en effet la famille? Bien plus que les relations amoureuses ou les relations entre amis, ce sont les relations père-fille, frère-soeur, mère-fils qui sont traitées, analysées, disséquées, déconstruites par ce cinéma "Sundance" qui, personnellement, me plaît de moins en moins. Pas parce que les films eux-mêmes sont moches, mais parce que ça commence à tourner à vide. Et en plus, quand on cherche à être trop original, on se retrouve à faire du sous-Charlie Kaufman. C'est pas tout le monde qui peut se permettre d'être Charlie Kaufman ou Wes Anderson... Et même Wes Anderson, il commence à s'auto-caricaturer d'après-moi.
Des exemples de films de style "Sundance": AMERICAN BEAUTY; THE SQUID AND THE WHALE; ME, YOU AND EVERYONE WE KNOW; MARGOT AT THE WEDDING; YOU CAN COUNT ON ME; JUNEBUG; THUMBSUCKER; GRACE IS GONE; LITTLE MISS SUNSHINE; JUNO; GHOST WORLD; THE ROYAL TENNENBAUMS; WELCOME TO THE DOLLHOUSE; RAISING VICTOR VARGAS; ALL THE REAL GIRLS; THE SAVAGES. Etc. (Si vous pensez à d'autres films, dites-le moi...)
D'ailleurs, parlant de THE SAVAGES, je me demande si Laura Linney n'est pas l'actrice officielle de ce type de cinéma.
Des fois la vie est bien faite. Comme je suis en train d'apprendre le portugais, je demande à Jaqueline, qui est allée faire un tour chez elle à Curitiba, de me ramener des romans de Clarice Lispector, Erico Verissimo et Chico Buarque. Eh ben, sais-tu c'est quoi la première phrase du roman BUDAPESTE de Chico? "Devia ser proibido debochar de quem se aventura em língua estrangeira" Il devrait être interdit de se moquer de qui s'aventure dans une langue étrangère. Tout à fait, comment dirais-je, approprié. Je suis d'accord, même si je suis très moqueur moi-même. C'est sûr que quand c'est de nous qu'on rit, on trouve toujours ça moins drôle.
Par ailleurs, je me dis de plus en plus que c'est une extraordinaire et sublime tâche que j'ai entrepris en "m'aventurant dans une langue étrangère". Apprendre une langue, c'est comme déballer un nouveau cadeau chaque jour, l'emerveillement est le même. Tu es continuellement dans la découverte et le dévoilement, dans l'ouverture et l'expansion du sens. Comme je plains les unilingues! Putain, ça doit être vraiment plate de ne parler qu'une seule langue.
T'as pas faim?
Estie, oui.
mardi 5 mai 2009
Imbécilités
Voici ma réponse au livre de Michel Brûlé que je vais envoyer aux journaux en espérant qu'ils vont la publier.
Ceci est une réponse à la récente publication par Michel Brûlé, éditeur, du livre de Michel Brûlé, auteur : ANGLAID. En tant que jeune Québécois montréalais, francophone de langue, d’appartenance, de culture et d’ouverture, je désire ici exprimer mon désaveu de l’œuvre de M. Brûlé. Je désire condamner et décrier cet effort malsain et malhonnête de réduire une LANGUE (et par la même occasion les GENS qui la parlent) au complet à des clichés racistes. Je désire exprimer mon désaccord complet et intégral quant à la teneur, les propos, l’intention, les figures de styles, les virgules, les conjonctions de coordinations présentes à l’intérieur de l’œuvre de M. Brûlé.
Il se trouve que, pour parler en mon nom, j’ai grandi dans le respect de la différence, voire l’amour de la différence, et que, même s’il ne s’agit pas de nier le passé historique, je suis en mesure d’affirmer ici que le français, l’anglais, l’espagnol et le mandarin ne peuvent être « calculées » sur une échelle de beauté ou de laideur. Il se trouve également que, pour parler en mon nom, les anglophones de Montréal que je côtoie quotidiennement vont probablement me demander (dans un français élégant ou les genres sont tout mélangés) qu’est-ce que M. Brûlé veut dire exactement dans son livre et que je serai dans l’obligation de leur expliquer la définition d’IMBÉCILE HEUREUX.
Je suis en colère parce que j’ai l’impression que M. Brûlé, non seulement ne comprends pas la portée de son « acte », mais aussi qu’il tirera un malin plaisir de la polémique qui s’en suivra. Qui plus est, qu’un « acte » d’une telle bassesse envers une si grande part de la population, non seulement du Québec, mais du monde entier, soit annoncé fièrement et grossièrement à la sortie d’un pont me fait croire que la censure n’est pas nécessairement une chose négative.
D’abord, comment peut-on intituler un livre qui parle de la supposée laideur d’une langue avec un mot-valise de si mauvais goût? M. Brûlé n’a manifestement pas vu le beau film Ridicule de Patrice Leconte. Il aurait su alors qu’on évite, dans la cour des grands, ce genre de facilités d’esthétique et d’esprit.
Ensuite, prétendre que l’anglais (et je répète, par la même occasion, TOUS les gens qui parlent anglais) est laid, n’est-ce pas dire, par antiphrase, que le français est beau, que les francophones sont beaux? Comme sont beaux les discours de Jean-Marie LePen ou ceux, plus anciens, d’Adrien Arcand? M. Brûlé n’a manifestement pas lu ce petit essai de vulgarisation linguistique de Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue. Il aurait appris alors que depuis les années inoubliables des fascismes européens, on essaie le plus possible d’éviter d’entretenir des préjugés ridicules sur les langues, les étrangers, les autres et les gens en général. Et cela, même si l’on appartient de cœur et d’âme à une minorité qui essaie de survivre au milieu d’un océan de plus en plus absorbant.
Encore une fois, je parle ici en mon nom, mais je tiens à souligner que même si parfois je ressens une montée nationaliste quand je marche sur la rue Sainte-Catherine et que je n’entends que de l’anglais, je suis en amour avec le mélange culturel absolument inédit que représente Montréal. Je considère qu’il s’agit là plus d’une chance que d’une engeance, que nous devons bien sûr être vigilant afin de conserver cet équilibre précaire, mais qu’il est fini ce temps où on se lançait des pierres et qu’un étudiant de l’UQÀM ne pouvait pas travailler sur l’œuvre romanesque de Mordecai Richler. M. Richler a, au cours de sa vie, écrit et dit des choses à propos des francophones et de leurs luttes qui méritent d’être oubliées, mais il a également écrit ses superbes romans dans une langue que, personnellement, je considère hautement plus brillante que celle de M. Brûlé.
Je ne devrais pas être obligé d’écrire dans ma phrase suivante que, oui, l’anglais est une belle langue. L’anglais est une belle langue. Quand M. Brûlé aura lu, entendu, savouré les même choses que plusieurs millions de personnes comme moi, il s’apercevra que même si la langue anglaise a fait pleins de bêtises, comme toutes les autres, elle a aussi quasiment inventé la démocratie moderne, elle a signé la Déclaration d’Indépendance, elle a libéré la France, elle a écrit Macbeth, Stanzas In Meditation, Ulysses, Paradise Lost, Mrs Dalloway, Midnight’s Children, Underworld, Lolita, elle a chanté Johnny Cash, Radiohead, Nina Simone, Tom Waits, Björk, John Lennon (un petit mot très laid : PEACE), elle a joué Audrey Hepburn, Scarlett Johanson, Woody Allen, Marlon Brando (THE HORROR, THE HORROR), elle a poussé tout autour de nous et maintenant tout le monde la trouve facile jusqu’à ce qu’il tente de la maîtriser. Elle est comme toutes les autres choses difficiles et belles, qu’on croit tenir mais qui nous glisse constamment entre les doigts. Si M. Brûlé avait lu, entendu, savouré les mêmes choses que moi, il aurait su que l’anglais, comme toutes les autres langues, n’est pas un personnage auquel on peut attribuer des défauts et des qualités humaines. Et lui et moi aurions pu éviter ce genre d’anthropomorphisme réducteur.
Je viens d’acheter le dernier album de Patrick Watson, que j’avais vu en spectacle en Angleterre, il y a quelques années. Ma copine de l’époque et moi n’avions pas de billets et nous avions donc attendu devant la salle en espérant voir passer un des membres du groupe, afin de capitaliser sur notre « montréalité » et sur le fait que le batteur du groupe est une lointaine connaissance. Robby, celui que j’attendais, est miraculeusement sorti de nulle part et je l’ai accosté en lui demandant s’il y avait un peu de place pour nous. Quelques minutes plus tard, nous étions à l’intérieur, juste devant la scène, en train de se faire bercer par les belles mélodies de Watson. Entre deux chansons il a remercié les gens d’être là. Je n’ai pas pu résister, j’ai crié : « EN FRANÇAIS, PATRICK! » Il s’est tourné vers moi et a dit, « Oh! France? ». J’ai dit, « Non, Montréal! » Il a souri de toutes ses dents, complètement heureux de nous voir ici, là, juste devant lui. Sans pouvoir se retenir il nous a accueilli avec un : « Montréal! OSTIE DE TABARNACK ÇA C’EST EXCELLENT! », et j’ai ressenti une très belle complicité. S’adressant à la foule il a dit dans son micro : « Eh! These guys are from my hometown, cheers men! » Et j’ai trouvé sa phrase en anglais plus belle.
Ceci est une réponse à la récente publication par Michel Brûlé, éditeur, du livre de Michel Brûlé, auteur : ANGLAID. En tant que jeune Québécois montréalais, francophone de langue, d’appartenance, de culture et d’ouverture, je désire ici exprimer mon désaveu de l’œuvre de M. Brûlé. Je désire condamner et décrier cet effort malsain et malhonnête de réduire une LANGUE (et par la même occasion les GENS qui la parlent) au complet à des clichés racistes. Je désire exprimer mon désaccord complet et intégral quant à la teneur, les propos, l’intention, les figures de styles, les virgules, les conjonctions de coordinations présentes à l’intérieur de l’œuvre de M. Brûlé.
Il se trouve que, pour parler en mon nom, j’ai grandi dans le respect de la différence, voire l’amour de la différence, et que, même s’il ne s’agit pas de nier le passé historique, je suis en mesure d’affirmer ici que le français, l’anglais, l’espagnol et le mandarin ne peuvent être « calculées » sur une échelle de beauté ou de laideur. Il se trouve également que, pour parler en mon nom, les anglophones de Montréal que je côtoie quotidiennement vont probablement me demander (dans un français élégant ou les genres sont tout mélangés) qu’est-ce que M. Brûlé veut dire exactement dans son livre et que je serai dans l’obligation de leur expliquer la définition d’IMBÉCILE HEUREUX.
Je suis en colère parce que j’ai l’impression que M. Brûlé, non seulement ne comprends pas la portée de son « acte », mais aussi qu’il tirera un malin plaisir de la polémique qui s’en suivra. Qui plus est, qu’un « acte » d’une telle bassesse envers une si grande part de la population, non seulement du Québec, mais du monde entier, soit annoncé fièrement et grossièrement à la sortie d’un pont me fait croire que la censure n’est pas nécessairement une chose négative.
D’abord, comment peut-on intituler un livre qui parle de la supposée laideur d’une langue avec un mot-valise de si mauvais goût? M. Brûlé n’a manifestement pas vu le beau film Ridicule de Patrice Leconte. Il aurait su alors qu’on évite, dans la cour des grands, ce genre de facilités d’esthétique et d’esprit.
Ensuite, prétendre que l’anglais (et je répète, par la même occasion, TOUS les gens qui parlent anglais) est laid, n’est-ce pas dire, par antiphrase, que le français est beau, que les francophones sont beaux? Comme sont beaux les discours de Jean-Marie LePen ou ceux, plus anciens, d’Adrien Arcand? M. Brûlé n’a manifestement pas lu ce petit essai de vulgarisation linguistique de Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue. Il aurait appris alors que depuis les années inoubliables des fascismes européens, on essaie le plus possible d’éviter d’entretenir des préjugés ridicules sur les langues, les étrangers, les autres et les gens en général. Et cela, même si l’on appartient de cœur et d’âme à une minorité qui essaie de survivre au milieu d’un océan de plus en plus absorbant.
Encore une fois, je parle ici en mon nom, mais je tiens à souligner que même si parfois je ressens une montée nationaliste quand je marche sur la rue Sainte-Catherine et que je n’entends que de l’anglais, je suis en amour avec le mélange culturel absolument inédit que représente Montréal. Je considère qu’il s’agit là plus d’une chance que d’une engeance, que nous devons bien sûr être vigilant afin de conserver cet équilibre précaire, mais qu’il est fini ce temps où on se lançait des pierres et qu’un étudiant de l’UQÀM ne pouvait pas travailler sur l’œuvre romanesque de Mordecai Richler. M. Richler a, au cours de sa vie, écrit et dit des choses à propos des francophones et de leurs luttes qui méritent d’être oubliées, mais il a également écrit ses superbes romans dans une langue que, personnellement, je considère hautement plus brillante que celle de M. Brûlé.
Je ne devrais pas être obligé d’écrire dans ma phrase suivante que, oui, l’anglais est une belle langue. L’anglais est une belle langue. Quand M. Brûlé aura lu, entendu, savouré les même choses que plusieurs millions de personnes comme moi, il s’apercevra que même si la langue anglaise a fait pleins de bêtises, comme toutes les autres, elle a aussi quasiment inventé la démocratie moderne, elle a signé la Déclaration d’Indépendance, elle a libéré la France, elle a écrit Macbeth, Stanzas In Meditation, Ulysses, Paradise Lost, Mrs Dalloway, Midnight’s Children, Underworld, Lolita, elle a chanté Johnny Cash, Radiohead, Nina Simone, Tom Waits, Björk, John Lennon (un petit mot très laid : PEACE), elle a joué Audrey Hepburn, Scarlett Johanson, Woody Allen, Marlon Brando (THE HORROR, THE HORROR), elle a poussé tout autour de nous et maintenant tout le monde la trouve facile jusqu’à ce qu’il tente de la maîtriser. Elle est comme toutes les autres choses difficiles et belles, qu’on croit tenir mais qui nous glisse constamment entre les doigts. Si M. Brûlé avait lu, entendu, savouré les mêmes choses que moi, il aurait su que l’anglais, comme toutes les autres langues, n’est pas un personnage auquel on peut attribuer des défauts et des qualités humaines. Et lui et moi aurions pu éviter ce genre d’anthropomorphisme réducteur.
Je viens d’acheter le dernier album de Patrick Watson, que j’avais vu en spectacle en Angleterre, il y a quelques années. Ma copine de l’époque et moi n’avions pas de billets et nous avions donc attendu devant la salle en espérant voir passer un des membres du groupe, afin de capitaliser sur notre « montréalité » et sur le fait que le batteur du groupe est une lointaine connaissance. Robby, celui que j’attendais, est miraculeusement sorti de nulle part et je l’ai accosté en lui demandant s’il y avait un peu de place pour nous. Quelques minutes plus tard, nous étions à l’intérieur, juste devant la scène, en train de se faire bercer par les belles mélodies de Watson. Entre deux chansons il a remercié les gens d’être là. Je n’ai pas pu résister, j’ai crié : « EN FRANÇAIS, PATRICK! » Il s’est tourné vers moi et a dit, « Oh! France? ». J’ai dit, « Non, Montréal! » Il a souri de toutes ses dents, complètement heureux de nous voir ici, là, juste devant lui. Sans pouvoir se retenir il nous a accueilli avec un : « Montréal! OSTIE DE TABARNACK ÇA C’EST EXCELLENT! », et j’ai ressenti une très belle complicité. S’adressant à la foule il a dit dans son micro : « Eh! These guys are from my hometown, cheers men! » Et j’ai trouvé sa phrase en anglais plus belle.
vendredi 1 mai 2009
Quand même...
Cette semaine marque le retour à l'école très attendu de plusieurs miliers d'étudiants de l'UQAM. On a parlé à nos profs, ils sont à la fois soulagés et un peu amers, comme après n'importe quel conflit de travail long, harassant et pénible. D'un côté ils ont obtenu ce qu'ils voulaient, d'un autre côté ils n'ont rien obtenu du tout. Tout est une question de perspective. Je veux dire, c'est pas comme se dealer un tapis dans un marché public à Casablanca.
J'ai regardé SAGAN, un film sur la vie de l'écrivaine française Françoise Sagan, auteure de BONJOUR TRISTESSE et UN CERTAIN SOURIRE. Le film est assez lourd, l'actrice qui jour le rôle titre (Sylvie Testud) est juste, mais les dialogues sont un peu artificiels. Plusieurs scènes jouent de façon assez réussie sur le mode de l'ironie, ce qui désamorce des situations particulièrement pathétiques, tout en les rendant encore plus tristes, rétrospectivement. Je pense entre autre à un moment précis où la femme de chambre de Sagan lui apporte son "dessert"... un petit miroir, une paille et beaucoup de poudre. Sagan a été une grande dame de la littérature française, éloquente, vivace, et surtout extrême, complètement prisonnière de ses pulsions et de ses envies. Elle a passé toute sa vie sous le signe du vivre et laisser vivre. Ne me faites pas chier et je ne vous ferai pas chier. Comme je ne donne de leçons à personne, je n'ai de leçon à recevoir de personne.
Je n'ai jamais lu ses romans, mais ça m'a donné envie d'aller voir de plus près. Elle a dit un jour: "Écrire, c'est inventer ce que l'on connaît déjà."
Je commence à penser que je n'aurai peut-être pas mes bourses.
Il fait encore froid.
Aujourd'hui je suis fatigué comme jamais.
J'essaie de lire et je cogne des clous automatiquement.
J'ai vraiment mal dans le haut du dos. Je suis un jeune vieillard.
Guga a publié sur son blog (dirtysheep.wordpress.com) un petit vidéo d'animation très bon sur la force de caractère, l'ambition et l'obsession mortelle: un kiwi qui veut absolument voler et qui réussit, mais à quel prix...
J'ai terminé mon premier roman en portugais. Et là je fais une rechute, encore, avec Clarice Lispector, essayant de brûler les étapes de mon apprentissage, essayant de la lire dans le texte, essayant de la côtoyer dans son écriture difficile, idiosyncrasique et belle.
Je lis le portugais de Clarice Lispector à haute voix le plus possible, comme je lis l'anglais de Gertrude Stein à haute voix le plus possible, comme je lirai bientôt le français de Françoise Sagan à haute voix le plus possible. Ça m'oblige à être seul quand je les lis, pour ne pas avoir l'air d'un idiot. Mais c'est de la langue pure, alors lis-là en utilisant ta langue, pas seulement tes yeux et ton cerveau.
J'ai regardé SAGAN, un film sur la vie de l'écrivaine française Françoise Sagan, auteure de BONJOUR TRISTESSE et UN CERTAIN SOURIRE. Le film est assez lourd, l'actrice qui jour le rôle titre (Sylvie Testud) est juste, mais les dialogues sont un peu artificiels. Plusieurs scènes jouent de façon assez réussie sur le mode de l'ironie, ce qui désamorce des situations particulièrement pathétiques, tout en les rendant encore plus tristes, rétrospectivement. Je pense entre autre à un moment précis où la femme de chambre de Sagan lui apporte son "dessert"... un petit miroir, une paille et beaucoup de poudre. Sagan a été une grande dame de la littérature française, éloquente, vivace, et surtout extrême, complètement prisonnière de ses pulsions et de ses envies. Elle a passé toute sa vie sous le signe du vivre et laisser vivre. Ne me faites pas chier et je ne vous ferai pas chier. Comme je ne donne de leçons à personne, je n'ai de leçon à recevoir de personne.
Je n'ai jamais lu ses romans, mais ça m'a donné envie d'aller voir de plus près. Elle a dit un jour: "Écrire, c'est inventer ce que l'on connaît déjà."
Je commence à penser que je n'aurai peut-être pas mes bourses.
Il fait encore froid.
Aujourd'hui je suis fatigué comme jamais.
J'essaie de lire et je cogne des clous automatiquement.
J'ai vraiment mal dans le haut du dos. Je suis un jeune vieillard.
Guga a publié sur son blog (dirtysheep.wordpress.com) un petit vidéo d'animation très bon sur la force de caractère, l'ambition et l'obsession mortelle: un kiwi qui veut absolument voler et qui réussit, mais à quel prix...
J'ai terminé mon premier roman en portugais. Et là je fais une rechute, encore, avec Clarice Lispector, essayant de brûler les étapes de mon apprentissage, essayant de la lire dans le texte, essayant de la côtoyer dans son écriture difficile, idiosyncrasique et belle.
Je lis le portugais de Clarice Lispector à haute voix le plus possible, comme je lis l'anglais de Gertrude Stein à haute voix le plus possible, comme je lirai bientôt le français de Françoise Sagan à haute voix le plus possible. Ça m'oblige à être seul quand je les lis, pour ne pas avoir l'air d'un idiot. Mais c'est de la langue pure, alors lis-là en utilisant ta langue, pas seulement tes yeux et ton cerveau.
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