vendredi 31 juillet 2009

Le bestiaire

Le Brésil de la dictature militaire a-t-il produit certaines des plus belles (et cinglantes) chansons contestataires de l'histoire?
Des paroliers comme Chico Buarque, Geraldo Vandré et Caetano Veloso sont devenus à cette époque de véritables spécialistes du double-sens, de la métaphore doucement violente, du sous-entendu, du jeu de mot sur l'assonance, de la subversion des images liturgiques. Elle est fascinante, cette musique de la censure, cette pratique de l'auto-censure, qui s'oppose radicalement à ce qui se faisait à l'époque par exemple aux États-Unis, où les héritiers de Woody Guthrie comme Bob Dylan et Johnny Cash continuaient à critiquer haut et fort les absurdités du système et les injustices sociales.

Cette spécialisation extrême du "double-entendre" (comme disent les anglais) est peut-être une des raisons pour lesquelles le portugais brésilien est de nos jours si débordant d'expressions codées et de jeux de ripostes verbales subtiles entre les gens, si bien que les brésiliens ont parfois l'impression que tout le reste du monde est extrêmement littéral et premier degré.

Voici quelques uns de mes extraits favoris, auxquels j'ajoute une traduction française "en construction".

Chico Buarque, O QUE SERÁ

O que será? Que Será?
Que vive nas idéias
Desses amantes
Que cantam os poetas
Mais delirantes
Que juram os profetas
Embriagados
Está na romaria
Dos mutilados
Está nas fantasias
Dos infelizes
Está no dia a dia
Das meretrizes
No plano dos bandidos
Dos desvalidos
Em todos os sentidos
Será, que será?
O que não tem decência
Nem nunca terá!
O que não tem censura
Nem nunca terá!
O que não faz sentido...

Qu'arrivera-t-il, qu'arrivera-t-il?
De ce qui vit dans les idées
De ces amants
De ce que chantent les poètes
Les plus délirants
De ce que jurent les prophètes
Enivrés
C'est dans la procession
Des mutilés
C'est dans les fantasmes
Des malheureux
C'est dans le jour en jour
Des putains
Dans les plans des bandits
Des invalides
Dans tous les sens
Arrivera ce qui arrivera?
Ce qui n'a pas la décence
Jamais ne l'aura
Ce qui n'as pas de censure
Jamais n'en aura
Ce qui n'a pas de sens...

Chico Buarque, CÁLICE

Pai! Afasta de mim esse cálice

Talvez o mundo

Não seja pequeno
(Cálice!)
Nem seja a vida
Um fato consumado
(Cálice!)
Quero inventar
O meu próprio pecado
(Cálice!)
Quero morrer
Do meu próprio veneno
(Pai! Cálice!)
Quero perder de vez
Tua cabeça
(Cálice!)
Minha cabeça
Perder teu juízo
(Cálice!)
Quero cheirar fumaça
De óleo diesel
(Cálice!)
Me embriagar
Até que alguém me esqueça
(Cálice!)

Père! Éloigne de moi ce calice

Peut-être le monde
N'est-il pas si petit
(Calice! - phonétiquement identique en portugais avec "Cale-se", l'impératif qui veut dire "Ferme-là")
Ni la vie
Un fait consumé
(Calice!)
Je veux inventer
Mon propre péché
(Calice!)
Je veux mourir
De mon propre venin
(Père! Calice!)
Je veux perdre ta tête
définitivement
(Calice!)
Que ma tête
Perde ton jugement
(Calice!)
Je veux renifler des effluves
De diesel
(Calice!)
M'en saouler
Jusqu'à ce que quelqu'un m'oublie
(Calice!)

Geraldo Vandré, PRA NÃO DIZER QUE NÃO FALEI DAS FLORES

Nas escolas, nas ruas
Campos, construções
Somos todos soldados
Armados ou não
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Somos todos iguais
Braços dados ou não...

Vem, vamos embora
Que esperar não é saber
Quem sabe faz a hora
Não espera acontecer...

Dans les écoles, dans les rues
Dans les champs, sur les chantiers
Nous sommes tous des soldats
Armés ou non
Marchants et chantants
Et suivant la chanson
Nous sommes tous égaux
Les bras liés ou non...

Viens, allons là-bas
Attendre ce n'est pas savoir
Et celui qui sait fait l'heure
Il n'attend pas qu'elle arrive...

dimanche 26 juillet 2009

Recyclage

FAVEUR DE LA NUIT

Le camion était rempli à ras bord, d’armes en tout genre, de fusils et de grenades et de bâtons de dynamite qui avaient tous et toutes l’air d’appartenir à une autre époque, de dater de la deuxième guerre mondiale ou avant. À ras bord, ça voulait dire jusqu’au plafond et jusqu’aux murs latéraux, bien serrées et bien empilées, et quand le petit homme au teint mat et au nez surplombant une moustache qui lui entourait la bouche défit la serrure, tira sur le loquet de métal, empoigna la chevillette et tira d’un fort ouf vers le haut, une mitraillette faillit lui tomber sur la tête. Il était un peu plus grand que la roue du camion, bien plus, mais c’est l’impression qu’il donnait, en le regardant, on avait tendance à le comparer à une roue de camion. Il ne dit pas:
-Fuck, not even able to fix the fucking guns so they won’t move, en évitant de justesse l’objet noir et long et filiforme. Il fit un mouvement vers le bas, ployant les genoux, sa main toujours accrochée dans la chevillette, un mouvement brusque et inutile puisque l’arme aurait frappé en tombant un être humain de taille normale. Pas un nain. Elle passa en fait à un bon cinquante centimètres de sa chevelure. Traversa son champ de vision et alla se fracasser sur le sol derrière lui. Il eut l’impression qu’elle se fracassait. Dans le silence de la nuit, ça donnait l’impression d’un fracas, d’un bruit immense et amplifié par l’écho et d’autres choses. Comme quand le lit grince quand on fait l’amour, il grince cent millions de fois plus fort que si on ne faisait que se tourner innocemment. Provenant de l’avant du camion, il entendit une voix, un chuchotement grinçant : -…the fuck ?
-Nothing, just a fucking machine gun dropping on my fucking head.
-Careful with those, man, valuable items.
-Hey fuck you, you didn’t even fix them with ropes or tape or what.
-To many of ‘em man, no time, no fucking time, now hurry and unload, got to move.
-And don’t lend a fucking hand.
-Got to get the fuck out of here, man.
-Yeah, asshole, yeah.
-Yeah.
-Yeah.
Son anglais était teinté d’un fort accent mexicain, les “r” étaient roulés comme dans de la farine longtemps. Il appliqua une forte poussée à la porte du camion qui s’en alla vers le haut dans un rugissement de roulis. Il s’engueulait seulement pour la forme, il savait très bien que l’autre n’était qu’un intermédiaire, qu’il n’en avait rien à foutre de tout ce bazar qu’il trimballait, qu’il ne faisait que livrer ici, à cet endroit précis, dans ce parking précis, à ce nain précis. Il savait que l’autre savait ça et rien d’autre. Mais ça ne valait quand même pas des impolitesses et du refus de coopérer. Hijo de puta, pensa-t-il en faisant signe à ses frères de s’approcher. Eux qui se tenaient en retrait dans l’ombre d’une colonne de béton sous le viaduc. Deux autres nains accoururent, menus sur quatre pattes aussi courtes que des bras ordinaires. Ils arrivèrent au camion et ne se parlèrent pas, aucun des trois ne dit un mot, et le premier fit la courte échelle au second qui sauta sur la plateforme de la remorque. Il inspecta le contenu en s’appuyant sur l’amoncellement de munitions et d’armes à feu et se retourna vers ses deux frères pour leur donner son approbation. Ce qu’il fit d’un hochement de tête. Sa moustache lui descendait aussi jusqu’au menton. Ses yeux émettaient une lueur dans la nuit noire que personne n’aurait aimé rencontrer. N’importe qui aurait changé de côté de rue. À la base de son cou, juste sur la jugulaire, était tatouée une trompette stylisée, qui semblait jouer toute seule quand il bougeait.
Ils commencèrent de vider le camion en opérant comme une chaîne humaine, comme une chaîne humaine sur une chaîne de montage d’une usine de main d’oeuvre à bon marché employant des wetbacks qui viennent de traverser le Rio Grande, qui en sont encore tout mouillés. Ça donnait quelque chose d’efficace à l’excès, comme pour éviter les agents de l’immigration, toujours à l’affût, toujours sur les nerfs. Les trois frères se lançaient les fusils et les pistolets et les mauser et les boîtes de cartouches et les enfournaient dans un, deux, trois coffres de voitures stationnées parallèlement. Trois familiales à l’air inoffensif qui se retrouvaient gorgées de poudre à canon et de bombes à retardement. Ils disaient un, deux, trois, en espagnol, chacun pour soi et le camion se vida en quelques minutes. Dans le rétroviseur on pouvait apercevoir la demi forme d’un demi visage et le rougeoiement d’une cigarette allumée.
Rodrigo sauta à pieds joints et réussit à attraper la languette de cuir pendant à la poignée de la porte. D’un mouvement félin il passa à l’extérieur et la porte suivit vers le bas et se referma, laissant apparaître le sigle de U-Haul, orange et noir.
Pablo donna une claque sur le côté du camion, un peu comme à une fesse de femme, avec le même mépris, la même autorité. C’était le signe qu’attendait le conducteur. On entendit le moteur. Un mégot vola par la fenêtre du camion. Un petit geste assuré des doigts, proche du claquement. Un nuage de fumée projeté avec dégoût vers le dehors.
Carlo sortit son revolver de la poche du même nom qu’il portait par dessus son t-shirt et fit mine de le pointer vers le camion qui dérapa un peu, comme apeuré lui-même, qui exerça un rapide demi-tour et qui fila vers la sortie du parking à toute vitesse. Cabrón.
Les trois frères se tinrent bien droits l’un à côté de l’autre, mais évitèrent de lancer des AYAYAYE dans le vide, satisfaits de l’opération. Pas besoin d’AYAYAYE, de cris de victoire à la Pancho Villa. Ils se tinrent silencieux et surchauffés par l’effort et, comme coordonnés, pivotèrent et se dirigèrent vers leurs voitures respectives. Ils avaient des armes à livrer. Une montagne d’armes à livrer à cet enculé de minable de riche bourgeois d’Outremont. Communément, dans les réseaux de la prostitution et de la pornographie, dans les réseaux underground et dans le marché illégal des armes, dans les égouts et les conduits d’aération secrets de l’Internet, ils étaient connus sous l'appellation des Mexinains.
Les familiales firent vroooouuum.

lundi 20 juillet 2009

You taught me victory is sweet even deep in the cheap seats

Acheté l'album de LA PATÈRE ROSE. Une jolie fille qui chante des trucs comme si tu montes, je monte, te monte sur un rythme joyeux et imprévisible bidouillé par deux gars portant fièrement casquette de camionneur et verres fumés de motard. Il y a un petit côté enfantin et espiègle comme chez COEUR DE PIRATE, mais sans l'aspect mélodramatique, affecté et pseudo tragique de cette dernière (mais bon, elle avait genre seize ans quand elle a écrit ses chansons, donc on va la laisser vieillir un peu).
Et aussi, Fanny Bloom a un accent dont elle n'a visiblement pas honte, qu'elle cultive même, au grand plaisir de mes oreilles sensibles qui ont énormément de difficulté à endurer les tics franco-slash-george thurston de PIERRE LAPOINTE et COEUR DE PIRATE et autres.

Nouveaux verres de contacts depuis vendredi. Tout ce que je peux dire pour le moment, c'est que je suis cerné en criss. J'espère que ça va diminuer dans les prochains jours.

Palmarès des pires adjectifs de spécialistes:
-Marcel Proust: un proustien.
-LF Céline: un célinien.
-Arthur Rimbaud: un rimbaldien.
-Truman Capote: un capotien.
-Victor Hugo: un hugolien.
-Philip Roth: un rothien.
-Yukio Mishima: un mishimien, ou mishimois?
-Kurt Vonnegut: un vonnegutien.

Si vous en trouvez d'autres, il sont les bienvenus. Je pense que rothien c'est le pire. Ah, quelle belle métaphore rothienne, ah, ce roman est de loin le plus rothien des romans de Roth.

Extrait du TRÉSOR DE LA LANGUE de René Lussier: "Là on est dans un char rouge, yé lundi, 20, pis c't'un char qui a pas d'pollution pantoute: l'exhaust est par en-d'dans."

Comme je suis conscient que ce blog est un grand pas pour l'humanité, je vais aller boire une bière à la santé des gars d'Apollo 11, en écoutant CAPE CANAVERAL de Conor Oberst.

vendredi 17 juillet 2009

Nota Bene

Il faut lire le post précédent au complet. J'y ai glissé des nanans.

Lectures d'été

Pour ceux que ça intéresse. Mon projet de thèse. Hé. En tous cas moi ça m'intéresse en mautadine.


Daniel Grenier


Demande d’admission au doctorat en études littéraires : projet de thèse

Le romancier américain fascine et intrigue depuis longtemps. Des figures tragiques de Poe ou d’Hemingway aux mystères entourant Salinger et Pynchon, on a souvent cherché à le catégoriser, à ériger un modèle, un type. Sartre, dans les années quarante, le définissait (le caricaturait) comme un aventurier peu intéressé à la gloire et aux reconnaissances institutionnelles, épris de liberté et de grands espaces, un romantique peu éduqué soudainement frappé par l’éclair du génie[1]. Vingt ans après Qu’est-ce que la littérature? Jacques Cabau, dans La prairie perdue (1966), renchérissait sur le thème du bourlingueur génial : « De même que le héros américain est un solitaire, de même le romancier américain est un isolé. […] Le romancier américain vit seul, souvent en province, dans son ranch, parfois à l’étranger. Ce n’est ni un intellectuel ni un homme de lettres.[2] »

Les exemples sont frappants et multiples de cette « cristallisation » de l’écrivain. On n’est jamais bien loin du cliché, mais on n’est jamais complètement éloigné de la réalité non plus. Le discours social, qu’il soit de l’ordre du fantasme ou non, renvoie à une nuée d’images corollaires (une nuée d'images corollaires?) qui finissent par créer un tableau éloquent, pas nécessairement réaliste, mais significatif. Si l’Amérique est mythique, l’écrivain l’est également (l'écrivain est allaité galamment).

Plusieurs observateurs étrangers ont parlé de cette boursouflure de l’ego qui caractérise non pas un romancier particulier issu de l’Amérique, mais la représentation idéalisée qu’on s’en fait : un être provenant d’une classe moyenne hégémonique, dépourvu de tradition littéraire, éclairé sporadiquement par le génie de l’ambition pure, plus près de l’usine que de l’université. Il n’y a rien de « vrai » dans ce portrait, il est une mythification en soi. Pourtant, Malcolm Bradbury, dans The Modern American Novel, cite Sherwood Anderson dans les années 1930 : «You can go everywhere. I am accepted by working people everywhere as one of themselves and am proud of that fact. »[3] En s’exprimant ainsi, Anderson (comme Thomas Wolfe et bien d’autres ont eu tendance à le faire) se voit comme le romancier américain idéal. Il veut en être, d’une certaine manière, la quintessence.

Le personnage d’Anna Wulf, dans The Golden Notebook de Doris Lessing, doit louer la chambre au deuxième étage de son logement, sous la recommandation de son amie Molly (une estie de folle), à un jeune Américain et appréhende ainsi leur cohabitation : « I said : “If he’s an American on the loose in Europe, he’ll be writing the American epic novel and he’ll be in psychoanalysis and he’ll have one of those awful American marriages and I’ll have to listen to his troubles- I mean problems.” »[4] Lessing, par l’entremise d’Anna, ne décrit pas ce qu’est un romancier américain, mais ce qu’il doit être, parce qu’une certaine vision s’est formée et qu’elle doit être maintenue, en ce qu’elle a d’idéelle. D’un côté, on peut considérer qu’il s’agit là d’un cliché qui évacue une réalité bien plus complexe. De l’autre, on peut revenir sur ce qu’écrivait Malcolm Bradbury à propos des années d’expatriation en Europe de dizaines d’écrivains, dans les années 1920 et 1930 : « […] Behind the dissent and the desire for the new there often lay a nostalgia for an older and more pastoral America; writing in the experimental ateliers of Paris, many of the expatriates wrote, at a formal distance, of a rural, often a Middle Western, American world left behind. »[5] Souvenons-nous des milliers de pages noircies par Thomas Wolfe alors qu’il écumait les routes de l’Europe de l’après-guerre, des pages toutes plus « américaines » les unes que les autres, dans leur obsession d’exprimer l’exceptionnalisme du Nouveau Monde.

Tant et si bien que le « véritable » écrivain américain n’est-il pas celui que l’on construit comme un idéal, à travers un regard externe et quasiment caricatural? Cet être plus grand que nature, à l’ego démesuré, capable de prendre le pays-continent dans sa main pour l’écraser et le caresser, s’exprimant toujours avec la fougue blessée d’un Norman Mailer : « But, as you will find later in this book, there are a couple of thirty-page fragments from my – will it be a thousand pages – from that long novel which has come into my mind again, a descendant of Moby-Dick which will call for such time, strength, cash and patience that I do not know if I have it all to give, and so will skip the separate parts, avoid the dream, and try a more modest ascent on the spiral of time[6]. »

Comme ces individus typiques (les commentateurs et les écrivains), plus grands que nature, ont tranquillement envahi l’espace de l’imaginaire et le discours social, une certaine vision s’est imposée, au long des XIXe et XXe siècles, jusqu’à ce que le mythe se confonde avec le réel. C’est donc quand le prototype devient archétype que l’observateur peut se permettre de tirer des conclusions fécondes et de faire la part des choses entre fantasme et réalité. Une distinction difficile à faire non seulement pour le regard étranger, mais pour les Américains eux-mêmes. Nous nous concentrerons donc uniquement sur le point de vue interne, c’est-à-dire à des textes provenant des États-Unis.

À partir d’une analyse du discours social américain, nous croyons qu’il est possible de distinguer trois grands axes permettant de comprendre l’image et le rôle du romancier aux États-Unis.

D’abord, l’évolution de son statut dans l’histoire des lettres et de la culture américaines. Une enquête approfondie des différents médiums de communications à travers les époques pourrait mener à des réflexions intéressantes quant à la place qu’occupe le romancier dans l’espace public. De On Native Ground d’Alfred Kazin (1942), document de référence pour tout chercheur qui se penche sur la littérature américaine jusqu’au « caméo » de Thomas Pynchon durant un épisode des Simpson’s, en 2004, nous chercherons à révéler ce que le public, qu’il soit professionnel ou profane, a dit et a pensé du romancier. Nous chercherons également à faire le lien entre ce regard extérieur et son influence sur la façon dont le romancier se perçoit (le troisième chapitre, sous l'influence de Malcolm Cowley, sera consacré exclusivement à sa façon de s'asseoir). Cela inclut les essais et les mémoires d’écrivains qui se sont penchés sur la question de leur rôle dans l’espace public, on pense notamment à Frank Norris et, plus récemment, à Jonathan Franzen.

Ensuite, nous aimerions nous attarder aux différentes postures adoptées par le romancier aux cours de l’évolution de la littérature américaine. Comme dans un jeu de miroirs, il va sans dire que si le discours social a une influence sur l’écrivain, ce dernier fait des choix personnels qui ont des conséquences sur la façon dont la société le concevra en retour. Par exemple, quand Gertrude Stein (aka the most ugly lesbian in the history of the twentieth century) a qualifié les jeunes hommes qui fréquentaient son salon de « lost generation », elle identifiait d’abord une posture d’écrivain, le désabusement mêlé d’ambition démesurée d’une certaine catégorie de romancier de l’après-guerre qui est devenue un archétype. Pourtant, tout séparait l’attitude d’un Hemingway de celle d’un Fitzgerald, l’un porté vers la violence, l’austérité et l’engagement, l’autre vers le glamour et l’opulence. Nous tenterons, à l’aide de la biographie et du commentaire critique, de faire ressortir ces différentes attitudes dans les œuvres et dans la vie des romanciers. Nous tenterons aussi d’examiner pourquoi, dans une société mercantile, autant d’écrivains sont portés à se retirer complètement de la vie publique. Qu’on pense à Salinger ou à Don DeLillo, nombreux sont les romanciers qui, au cours du XXe siècle, ont refusé de prendre part au jeu de la promotion et du vedettariat, créant ironiquement un véritable mythe autour de leur personnalité. Nous verrons s’il existe un trait commun qui parviendrait à rassembler les romanciers sous une même bannière et à les définir en tant que membres d’une communauté littéraire précise.

Finalement, nous nous pencherons sur la question de la figure, cette fois à l’intérieur de la fiction romanesque. Pourquoi, à examiner plusieurs des grandes œuvres littéraires américaines, constate-t-on d’emblée qu’elles ne sont pas peuplées d’artistes, ni d’intellectuels? Pourquoi n’y a-t-il pratiquement aucun romancier? Même ceux qui ont écrit des romans extrêmement intellectuels l’ont fait généralement en mettant en scène des êtres ordinaires, des citoyens ordinaires. Tout se passe comme si l’Amérique n’était abordable que par le biais d’une fiction évitant comme la peste l’écriture en tant que sujet. Thomas Wolfe est celui qui s’est le plus approché d’une réelle mise en abîme de l’écriture comme acte descriptif et créateur, en inventant son double littéraire. Mais il a tenu à remplir ses écrits de paysans et de travailleurs, de machinistes et de parieurs compulsifs. L’Amérique s’est écrite à travers la parole de ceux-ci, comme le disait Dos Passos.

De grandes exceptions sont évidemment à considérer, en commençant par le Pierre de Melville. On peut aussi penser à Saul Bellow et ses professeurs et à Philip Roth avec Nathan Zuckerman. Ainsi, nous examinerons le traitement de la figure du romancier par les romanciers eux-mêmes, à la fois dans son rôle de narrateur et comme protagoniste. Ce troisième axe nous permettra de mettre en valeur des résurgences, des traits caractéristiques, et de dresser un tableau cohérent du romancier américain à travers différentes périodes historiques et différentes sensibilités esthétiques.

Plusieurs monographies ont été publiées récemment, occupées par l’aspect mythique du romancier américain, sans toutefois s’interroger sur les causes et les conséquences de cette mythification. Depuis les années cinquante, des auteurs américains comme Leslie Fiedler et Harold Bloom ont eux-mêmes largement participé à la création du portrait décrit plus haut, notamment à cause de leur propension à l’aphorisme cinglant. Cette recherche est inédite dans la mesure où elle tentera de forger une image cohérente du romancier américain à l’intérieur de sa société à partir d’un ensemble de discours critiques, littéraires, historiques et idéologiques (pfioooooo...). Il s’agira de mettre en confrontation le point de vue américain et le point de vue externe du chercheur. Les travaux de Sacvan Bercovitch sont d’un intérêt particulier puisqu’ils se concentrent sur la force du symbole et du mythe dans la construction de l’imaginaire américain, telle que perçue du point de vue de l’étranger.

Nous privilégions une approche historique et sociocritique (qu’on retrouve entre autres chez Jean-François Chassay (Fils, lignes, réseaux, 1999) et Jean Morency, Le mythe américain dans les fictions d’Amérique, 1994) qui s’intéresse à la fois aux manifestations culturelles elles-mêmes et aux différentes interprétations de celles-ci. Autrement dit, une analyse critique de l’idéologie est inévitable : il s’agit d’être à l’affût des transformations du discours sur un même objet de réflexion. Par exemple, Herman Melville a été lu et commenté de multiples façons et son œuvre a été reçue de façons radicalement différentes selon les époques.

Une relecture des œuvres du canon littéraire s’impose donc, mais également une relecture du principe même de « canon », questionnant le discours critique et institutionnel. L’histoire littéraire est toujours à refaire et les efforts les plus récents, comme ceux de Sacvan Bercovitch à Cambridge, et de Richard Ruland et Malcolm Bradbury (From Puritanism To Postmodernism, 1996) prennent en considération la littérature et ce qu’on a dit sur elle. C’est dans cette perspective que nous nous proposons de s’aventurer dans cette recherche. Il s’agira de proposer une histoire du romancier américain sous ses multiples atours.

Le choix de la période historique analysée est dicté par le discours institutionnel et prend comme point d’appui l’ouvrage incontournable de F. O. Matthiessen, American Renaissance: Art and Expression in the Age of Emerson and Whitman, 1941. Couvrant donc un siècle et demi, la recherche s’ouvrira sur l’âge d’Herman Melville, au début de l’industrialisation, et se fermera sur celui de Philip Roth, qui vient de publier le chapitre final de la saga Zuckerman, Exit Ghost (2007).

La direction de cette thèse sera assurée par M. Jean-François Chassay.


(Pas de quoi se tirer une balle pour l'instant, il s'agit seulement de commencer...)



[1] Voir Jean-Paul Sartre, « Situation de l’écrivain en 1947 », dans Qu’est-ce que la littérature?, Paris, coll. « Folio essais », Gallimard, 1948, p. 169-170.

[2] Jacques Cabau, La prairie perdue, Paris, Seuil, 1966, p. 22.

[3] Cité dans Malcolm Bradbury, The Modern American Novel, Oxford, Oxford Paperbacks, 1992., p. 97.

[4] Doris Lessing, The Golden Notebook, New York, Harper Perennial, 1999 [1962], p. 519.

[5] Malcolm Bradbury, The Modern American Novel, op. cit., p. 61.

[6] Norman Mailer, Advertisements For Myself, New York, Putnam, 1959, p. 144.



jeudi 16 juillet 2009

Sweet sixteen, pour aujourd'hui du moins

Esti je viens de casser mes lunettes après presque cinq ans d'utilisation quotidienne, alors même que je suis allé chez l'optométriste hier et que je vais recevoir des verres de contacts demain... Talk about a strange coincidence.

Et quand je dis "casser", je veux dire une criss de grosse craque dans la lentille gauche comme celle dans les lunettes de John Lennon posées sur le balcon du Dakota, à côté du verre d'eau. La seule différence c'est que moi je ne suis pas un génie et que le côté droit de mes lunettes n'est pas maculé de sang.

En tous cas... je suis en train de me demander si je devrais effacer ce dernier paragraphe. Par pudeur, ou respect, ou je sais pas quoi. Le comparaison ne tient pas la route deux secondes. Mais comme je suis postmoderne, je préfère me pencher, m'épencher, m'étendre et me tendre sur le fait que je me pose la question. Est-ce que c'est ça le postmodernisme Will? Ne plus poser la question, mais bien peser la question?

Et en attendant, ce qui est drôle, c'est que je me retrouve aujourd'hui avec la vieille paire de lunettes que je portais au CEGEP. Sweet sixteen, mon Dan. Profites-en.

dimanche 12 juillet 2009

Random Lame



Jean Barbe m'a finalement écrit pour me demander d'être patient, parce qu'il est débordé. Je veux bien, mais il aurait pu me le demander avant. Un courriel de deux lignes, comme ça, je sais pas combien de temps ça lui a prit dans sa journée, mais je suis certain qu'il n'a pas été obligé de l'écrire dans son agenda et de déplacer, chambouler, chambarder, bombarder, galvauder, invalider, démobiliser, encrapahuter sa grille horaire ou quoi. En tous cas, d'une manière ou d'une autre, c'est bon à savoir et ça me rassure parce que je commençais à croire que tout ça c'était un canular juste pour me faire une bonne joke. Après qu'un petit plaisantin ait fait un commentaire ici, dans Saint-Henri, je suis devenu méfiant. Je regardais et relisais le courriel de Barbe et j'y voyais un piège à con. Un piège à con qui souhaite publier son premier fucking roman.

Depuis que je suis retourné à l'école pour terminer mon secondaire cinq, je pense moins à l'écriture de fiction. On dirait que je me suis trouvé. Entre un wrench et une clotche, on dirait que je me suis trouvé.

Sans compter le fait que j'ai impressionné ma nouvelle voisine avec mes connaissances sur des sujets divers comme :
-Le fonctionnement d'une arme à feu.
-Les mensurations idéales d'une serveuse.
-L'invention du katamaran (ou l'histoire de).
-L'acoustique d'une salle de spectacle au fin fond de Charlevoix.
-L'échelle de Jacob (pas le film, la vraie).
-Ce que dit vraiment Thom Yorke dans le refrain de AIRBAG, quand il marmonne Innneselarbuzymgaaaatooosaaaavaauuuunnnierrrrsss.
-
La différence entre une vadrouille au Québec et une vadrouille en France.
-L'énormité comme principe fondamental de la physique quantique (elle est partie au toilette quand j'ai abordé ce sujet alors j'ai enchaîné tout de suite à son retour avec:).
-L'ambiance générale d'être célibataire à 29 ans quand tous tes amis sont en couple et que t'as même pas de chat à caresser. Hum.

Elle est quand même assez jolie. Quand même.

Je me suis tiré dans le pied avec l'arme à feu dont je lui avais expliqué le fonctionnement.

Voici une phrase vraiment complexe pour mes amis qui apprennent le français: "Son nom, je ne m'en suis jamais rappelé, quoique, à bien y penser, je m'y sois réfléchi plus d'une fois, seul, des lunes plus tard, de celles qui brillent froides mais qui s'esquivent, alors qu'en elle je tentais d'en retrouver plus d'un, alors qu'elle m'en avait ensoleillé mille, des lustres avant."

Bon, j'ai triché, je suis même pas sûr de ce que je veux dire moi-même. Ça a l'air d'un poème cheap qui défile rapidement en orange quand la poésie prend le métro.

La semaine dernière je suis allé chez Chapter's et j'ai dépensé mon retour de TPS. J'ai acheté, évidemment, des livres extraordinaires.
-Mary McCarthy: The Group.
-Joyce Carol Oates: them.
-Hannah Arendt: The Human Condition.
-
Flannery O'Connor: The Complete Stories. (Guga, si tu veux me l'emprunter, tu me le dis.)
-Denis Johnson: Jesus's Son.
-Steven Millhauser: Martin Dressler.
-
Mordecai Richler: Selected Writings.

Petite réflexion en passant: qui a dit que le monde de l'édition anglophone faisait des livres laids? Moi? Quand j'étais petit et que je tripais à fond sur Philippe Sollers et Michel Houellebecq et d'autres estis de français? Moi j'ai dit ça? Ah. Ben je me trompais. Juste à voir la superbe jaquette de l'édition Penguin Classics Deluxe de WE HAVE ALWAYS LIVED IN THE CASTLE de Shirley Jackson, je l'ai acheté.

Excellent roman d'ailleurs, un des meilleurs que j'ai lu depuis longtemps. Rarement vu un personnage aussi fascinant, avec une voix et une pensée aussi investie.

And soooooo new-englandish.

(Nathaniel Hawthorne, awe, thorn, sure, lay, Shirley Jackson)





vendredi 10 juillet 2009

Mais Uma Tradução de Clarence L'inspecteur

Guga, c'est pour toi: je me suis amusé à traduire ton texte. Voici le lien vers la version originale en portugais: http://dirtysheep.wordpress.com/2009/07/10/carpintaria/


MENUISERIE

Par Gustavo Gessullo

Mario avait seulement Jorge et Jorge avait seulement Mario. Orphelins de père et mère à huit ans, élevés ensuite par leur grand-père, qui mourut quand ils en avaient douze, ce qui les envoya vivre chez une tante, ultime survivante de la famille, qui ne survécut pas longtemps. À seize ans, ils n'avaient déjà plus personne. Ils étaient trop vieux pour l'assistance-sociale, mais trop jeunes pour le monde, et ainsi ils eurent à grandir avant le temps, se retrouvant seuls. Ils terminèrent le collège en travaillant, suivirent un cours technique en menuiserie et ouvrirent ensemble une petite boutique-atelier. Ils ne se marièrent pas, ni n'eurent d'enfants, non plus qu'ils eurent jamais beaucoup d'argent. Le peu qui entrait sortait tout de suite pour payer le loyer de la boutique, qui appartenait plus à la banque qu'à eux-mêmes. Ils n'excellaient pas dans leur métier, mais ils le faisaient bien, le problème était leur manque d'entregent, de sociabilité, ils étaient trop introvertis, trop inhibés pour courir les opportunités, ne parvenaient pas à se faire des contacts, le travail venait à manquer, ils étaient de ceux qui attendent que l'or tombe des cieux. L'or ne tomba jamais, mais ce fut une brique qui tomba sur la tête de Jorge. Mario emmena son frère à l'hôpital, mais la brique l'avait déjà emmené au ciel. Mario pleura, et avant même de commencer à comprendre - si tant est qu'on puisse comprendre la mort - on lui demanda la manière dont il aimerait qu'on procède avec le corps. Je ne sais pas, répondit-il. Le médecin, dès lors, s'en fut chercher l'agent de l'hôpital chargé de ces cas. Mario avait trois options: l'enterrement, la crémation, ou le don du corps à la science. Il n'avait pas eu le temps de demander à son frère quelle option il aurait préféré, mais il le connaissait assez pour savoir que la première aurait été son choix. Et la première, il le savait bien, coutait les yeux de la tête. Nettoyage et préparation du corps, transport et manutention, cimetière, fleurs, et tout ce qui entrait dans le traitement des marchandises. Mario n'avait pas l'argent pour ça. Et la banque n'allait jamais lui octroyer un autre prêt, il alla jusqu'à s'imaginer le gérant ayant du mal à se retenir de lui rire au visage pour n'avoir jamais pris cette maudite assurance-vie. Les imprévus, comme la vie. Il prit un instant pour penser et retourna à la maison, se demandant ce que Jorge aurait fait à sa place, se disant qu'il aurait préféré que Jorge soit à sa place. Durant la nuit, il fabriqua un très joli cercueil qu'il apporta à l'hôpital au petit matin. Il plaça Jorge à l'intérieur et assura tout le monde que c'était son problème, qu'il allait s'occuper de tout, tout seul. Mario avait maintenant son frère dans un cercueil sans aucun endroit pour l'enterrer. Le trou était déjà creusé, dans son âme. Au milieu du chemin du retour vers la maison, au milieu de son indécision, il arrêta la voiture en face d'un chantier, le même chantier où Mario avait reçu la brique sur la tête. Et il resta là pensif, regardant le ciel et attendant qu'une autre brique tombe. Et il continua ainsi tous les autres jours. Et il décida finalement qu'on enterrerait son frère seulement à ses côtés. C'était l'unique façon de boucher le trou.

samedi 4 juillet 2009

Post Scriptum

Sans oublier cette fille si brillante qui apprenait toujours trois langues en même temps, qui venait de la grande Russie, cette fille en train de penser à quelque chose d'important, entre Novosibirsk et Krasnoyarsk. La première fois que je l'ai vue on a parlé de Sokourov et je lui ai recommandé de voir L'ARCHE RUSSE, parce que pour moi la Russie c'était ça: ce long plan séquence de presque deux heures, d'une beauté et d'une lenteur absolument renversante; une caméra invisible qui défile dans le Palais d'Hiver, à travers les salles de bal et les époques; un narrateur flottant dans le temps et dans l'espace, racontant à la fois son étonnement d'être là et l'histoire de ce qui apparaît devant ses yeux. Pour moi, la Russie c'était ça, Tarkovski, Sokourov, au cinéma, la lenteur, la splendeur; Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, l'immense oeuvre littéraire, la violence, le chaos psychologique, la démence sérieuse et noire de Raskolnikov et la démence boufonne mais non moins noire de Kovaliov. Et l'internationalisme de Nabokov et Axionov, le mélange des langues et de l'érudition infinie. J'ai pratiquement commencé à lire avec Dostoïevski et Nabokov. Avant eux je lisais de la merde, après eux je lisais de la littérature. Quand tu tombes sur LA MÉPRISE et CRIME ET CHÂTIMENT en secondaire quatre, tu ne t'en remets pas.
Et je me dis, Masha, elle est là la belle Russie, pour moi: dans les livres. C'est ça mon problème. Elle est dans l'oeuvre de Blaise Cendrars qui la traverse dans le Transsibérien. Elle n'est jamais sortie des livres, même quand je les referme sur une dernière page enneigée pour constater qu'ici aussi, il fait moins trente et que les bourrasques font claquer mes fenêtres.
Toi, quand tu imites la marche en pingouin de ces gens qui essaient de sortir du métro de Moscou à l'heure de pointe, la Russie est dans tes pieds. Et quand un choeur d'inconnus, dans une cour montréalaise, chante de vieilles litanies orthodoxes, elle est dans ta poitrine.
C'est ce que je voulais dire.
Ce n'est qu'un post-scriptum.
Je n'ai jamais connu rien d'autre de la vie que ces mots de Cendrars :

En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.
Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout.
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent...
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe...
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier
En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux
En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
La faim le froid la peste et le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode.

C'est ça un lecteur, ça ne connaît rien.

mercredi 1 juillet 2009

Finalement, ça rock pas vraiment...

OH YEAH! DU POP NÉERLANDAIS! (Merci Lulu)
http://www.youtube.com/watch?v=rLR_yC9FuRY


Dansen aan zee, Bløf

Daar komt mijn schip al aan
Ik kijk vanaf het strand
Schrijven in het zand
Is voor mij nu wel gedaan
Want de letters van je naam
Blijven in het zand niet staan
Maar de wetten van het land
Gelden niet op volle zee
Dus ik neem je naam maar mee
Gun me een vaarwel
En vergeef me dat ik hardop
Alle passen tel
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Een afscheidswals aan de waterlijn
Dansen aan zee
E�n voor je tranen
Twee voor de mijne
Drie voor de horizon
Waaraan we verdwijnen
Jij wist wel wie ik was
Zwaaiend met mijn jas
Mijn armen wijd en leeg
En een hart dat schreeuwend zweeg
Dat steeds meer verlangde
Naar de warmte van je wang
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Een afscheidswals aan de waterlijn
Dansen aan zee
E�n voor je tranen
Twee voor de mijne
Drie voor de horizon
Waaraan we verdwijnen
Zeg dat het niets was
Zeg dat ik droomde
Zeg dat ik gek was
Durf te zeggen dat ik droomde
Zeg dat ik dom was
Maar dromen deed ik niet
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Laten we dansen, m'n liefste
Dansen aan zee
Een afscheidswals aan de waterlijn
Dansen aan zee
E�n voor je tranen
Twee voor de mijne
Drie voor de horizon
Waaraan we verdwijnen

Je pratique déjà mon accent. Et j'ai acheté un costume runique en poil d'auroch comme eux au Village des Valeurs.

Aujourd'hui c'est genre la fête du Canada, ou quelque chose du genre. Tout le monde est dans la rue, pour festoyer, ils sont prêts à tout, ils amènent des tables, des chaises, des lits même.