AH BEN TABERSLACK. Moi qui trouvait qui se passait pas grand-chose dans le monde super débile écoeurant des blogs! C'est ben pour dire, j'étais même pas là: j'étais en entrevue avec Twist 'n' Serve...
Twist'n'serve: Sauf que la dernière fois que ça s'est passé, tu connaissais pas encore de vraie recette indienne.
Clarence L'inspecteur: Non, j'avais essayé un chicken masala, mais, calisse, ça goutait le cul.
T'n's: Et depuis, t'as déménagé combien de fois?
CL: Le cul littéral, là. Ça goutait le asshole. La bunda, les nàdegas - avec des ao, des nasales, pis toute le kit. Deux fois, j'ai habité dans Villeray, pis là ben j'ikéaïse St-Henri, de c'temps-citte.
T'n's: Aimes-tu ça?
CL: Ça ressemble beaucoup à rien, alors.
T'n's: Voudrais-tu élaborer sur tes intérêts pour la figure du romancier américain?
CL: Bof, pas tellement. J'ai surtout envie de parler portugais.
T'n's: Oui, bon. D'abord, voudrais-tu me dresser une liste de choses qui ne t'intéressent pas?
CL: Wow. LA question.
T'n's: Huh-huh.
CL: Je l'attendais pas pantoute, celle-là.
T'n's: Quand j'y ai pensé, je l'ai écrite sur mon petit carton, tu vois, pis j'ai dû faire une sieste parce que, je sais pas, c'est comme si mon cerveau avait skippé un beat. Des fois tu t'auto-impressionnes tellement que ça chauffe.
CL: Ben, c'est surtout qu'on est tellement habitué à faire des listes, pis surtout des listes de choses qui, tsé si elles nous intéressent pas elles ont au moins l'avantage d'être plus ou moins importantes dépendament d'où elles sont sur la liste.
T'n's: Mais là, c'est une toute autre sorte de liste. Une anti-liste.
CL: Voyons voir. Y'a tout ce qui touche aux protocoles monastiques. Ça c'est numéro un. Est-ce qu'il y a un ordre? C'est tu un palmarès?
T'n's: Non, non. Nomme des choses, et on verra après.
CL: Donc, protocoles monastiques. La course automobile. Tout ce qui est anal: l'amour, les fissures, la phase, Ricardo. C'est pas évident.
T'n's: C'est pas évident.
CL: No obvio, parce que c'est difficile de nommer des choses qui ne m'intéressent pas et de ne pas y inclure des choses que je n'aime pas. Eu no amo.
T'n's: Guantanamo?
CL: Oui, ça c'en est une affaire qui ne m'intéresse pas. Le musée du président Jacques Chirac et le fait que ça s'appelle couramment le musée du septennat, Les travaux de Clair Alan Brown, Les romans de Mary Higgins Clark écrit en duo avec sa fille dont le nom me revient pas, le fucking tour de France, les gremlins.
T'n's: Ah oui, mets-en. Donjons et dragons?
CL: Bah, pourquoi pas? Donjons et dragons, les jeux de dés et puis tout ce qui touche le cuir.
T'n's: Sauf les gants.
CL: Même les gants. Nao estou interessado.
Le blog de Will et Anne, d'où ça vient.
Capoté... J'ai tellement ri en lisant ça que mes nasales se sont dilatées. Je feel reconnaissant là. Je feel de quoi.
lundi 30 novembre 2009
dimanche 29 novembre 2009
Reflexão do dia
Demain j'ai rendez-vous avec mon ex, Charlotte, pour aller bouffer de l'indien et je dois lui ramener une sacoche qui traîne chez-nous depuis qu'on s'est laissés, il y a plus d'un an. Tout à l'heure, j'étais en train de pisser et je me disais: comment on fait pour transporter une sacoche de fille? Je veux dire, tu peux pas la traîner par les pognées, encore moins la laisser pendre à ton épaule. Si tu la prends sous ton bras, t'as l'air d'être trop conscient de ne pas vouloir la porter, comme une pièce de vêtement, comme une fille, justement. Si t'essaies de la crisser dans un sac-à-dos, en la pliant pis en poussant dessus, Charlotte va être en criss, pis ça va être normal, tu vas la comprendre. Faque qu'est-ce que tu vas faire? Tu pourrais demander à une autre fille de t'accompagner le temps de transporter la sacoche. Ouais, ça c'est ta meilleure idée depuis longtemps: appelle une fille pis demande-lui ça. Elle sont toujours prêtes à rendre service. Tu lui décriras la sacoche au téléphone.
Bon, j'ai brassé ma quéquette, j'ai remonté mon zip, je suis allé cheker mes emails, y avait rien, dimanche, faque j'ai écrit ça sur Saint-Henri.
Bon, j'ai brassé ma quéquette, j'ai remonté mon zip, je suis allé cheker mes emails, y avait rien, dimanche, faque j'ai écrit ça sur Saint-Henri.
samedi 28 novembre 2009
Coffee and no more cigarettes
Le texte précédent, "Fantasme facile", est tiré du manuscrit de mon roman MATHILDE EN DERNIER. Roman non-publié, évidemment, pour plein de bonnes et mauvaises raisons. Hier, en copiant-collant cet extrait, je me suis rendu compte que les dernières années m'avaient vraiment éloignées de la fiction, avec l'université et tout, et ça ne m'a pas dérangé. J'ai toujours été plus un lecteur qu'un écrivain de toute façon. Une éponge à influences. Les meilleurs trucs que j'ai écrit c'étaient, jusqu'à un certain point, des vols stylistiques. Quand j'étais plus jeune, comme tout le monde, Vian, Ducharme, Céline, ensuite Beckett, Nabokov, Sarraute, Kundera, plus tard DeLillo, Lispector, Cendrars, Gaddis, Pynchon, McCarthy, Bolaño, Babel. C'est sans fin.
Et tu vois, je me rends compte que ce pincement agréable que je ressens juste à écrire leurs noms, il exprime bien ce que je suis profondément et sincèrement. Ça me rappelle mes remerciements dans les pages liminaires de mon mémoire de maîtrise, qui se terminaient ainsi:
"Cela va de soi, mais je tiens à remercier également les écrivains qui m’ont stimulé tout au long de cette réflexion. Les romanciers comme les théoriciens que j’ai fréquentés ont été une source inépuisable de bonheur. Je resterai un lecteur jusqu’à la fin de mes jours et je continuerai à répondre la même chose aux gens qui me demandent ce que je fais dans la vie. Je lis."
Pis de toute façon, je pense que, comme le narrateur de HIGH FIDELITY, de Hornby, j'aime trop faire des TOP 5 pour être un vrai créateur.
Et tu vois, je me rends compte que ce pincement agréable que je ressens juste à écrire leurs noms, il exprime bien ce que je suis profondément et sincèrement. Ça me rappelle mes remerciements dans les pages liminaires de mon mémoire de maîtrise, qui se terminaient ainsi:
"Cela va de soi, mais je tiens à remercier également les écrivains qui m’ont stimulé tout au long de cette réflexion. Les romanciers comme les théoriciens que j’ai fréquentés ont été une source inépuisable de bonheur. Je resterai un lecteur jusqu’à la fin de mes jours et je continuerai à répondre la même chose aux gens qui me demandent ce que je fais dans la vie. Je lis."
Pis de toute façon, je pense que, comme le narrateur de HIGH FIDELITY, de Hornby, j'aime trop faire des TOP 5 pour être un vrai créateur.
vendredi 27 novembre 2009
Fantasme facile
Je suis sorti de l’immeuble par la grande porte vitrée en envoyant un hochement de tête à la réceptionniste et à ses seins qui, à mon extraordinaire surprise de jeune homme en couple éconduit par sa blonde qui était probablement déjà en pyjama de flanelle, m’a renvoyé un sourire explicitement sexuel. Je veux dire, je n’ai jamais été très fort pour décoder les stimuli de phéromones ou quoi, mais j’ai quand même décidé de prendre le temps de fumer une cigarette juste devant la porte en sachant très bien qu’elle pouvait me voir de l’intérieur. Elle devait avoir à peine vingt ans, avec un visage mélangé de pur sang et de fée mutine, des yeux grands comme la mer rouge et bleus comme quelque chose dans lequel tu plonges l’été quand même le mercure bouillonne. Je me suis dit que j’aurais dû laisser tomber un mouchoir pour qu’elle puisse venir me le porter, mais j’avais à peine fini de me le dire qu’elle était dans la vitre, une main posée sur la poignée et qu’elle me faisait signe avec un doigt tendu de me pousser pour qu’elle puisse l’ouvrir. J’ai souri avec un air confus et la bouffée de cigarette me sortant de la bouche pas normalement, comme échappée, laissant un goût âcre et une petite sensation d’étouffement. Avec un geste élégant et une tête un peu penchée qui laissait à ses yeux le loisir de me regarder d’en bas, ça lui donnait un air malin et sûre d’elle un peu irrésistible. Elle est sortie sur la place dans la chaleur du soir qui commençait. Le soleil descendait derrière les édifices de la Banque Nationale et de Bell et on était tout proche d’une sculpture en bronze de Jean-Paul Riopelle et des jets d’eau vrombissaient et on aurait dit qu’il n’y avait personne ou presque dans un rayon d’un kilomètre. Elle m’a demandé du feu en riant, en pointant vers le lobby vide, en me faisant comprendre qu’elle avait le temps d’en griller une avec moi si ça ne me dérangeait pas. Le vent créait de légères ondulations dans ma chemise, une brise agréable qui lui arrivait dans les cheveux à la manière d’un mot à sept lettres compte triple avec un Y au milieu. Je lui ai dit, je ne me suis pas fait prier :
-T’as l’air d’un mot de sept lettres compte triple avec un Y dans le milieu.
Elle fumait en envoyant sa fumée vers le haut, en avançant sa lèvre inférieure. Elle a soufflé sa fumée en vaguelettes de rire, toujours la tête un peu penchée, ses cils longs et comme bien placés en minuscules triangles princiers.
-C’est-tu un pick-up line?
-C’est un compliment en tous cas.
-Comment tu t’appelles?
-Fabrice. Tu fumes toujours des Gauloises?
-Juste quand je veux impressionner les gars qui ont l’air intellos que je trouve cutes.
-J’ai comme envie de rougir, mais j’ai comme envie genre d’être viril en même temps juste pour pas que tu penses que je suis un intello. Toi ton nom?
-Camille. Excuse-moi, c’est un tic. Tchèque, j’ai tout arraché la peau autour du pouce. T’aimes-tu exclusivement les femmes qui ont des beaux ongles?
-J’aime les femmes qui fument des Gauloises pour m’impressionner en tous cas.
-Même si ça leur rend les doigts jaunes.
-Coudonc, t’es-tu complexée avec tes mains?
-Non. J’aime bien mes mains, pas toi?
-Les miennes ou les tiennes?
-Facile.
-Ouais, c’est parce que tu me fais de l’effet, je perds mes moyens intellectuels, d’habitude, quand je parle avec mes chums de filles, je les fascine tellement qu’y cherchent toujours à me ramener.
-Je finis dans vingt minutes, je punch, pis je te rejoins au Starbuck’s. Avoue que t’as jamais fait ça. Moi non plus. Je pense pas qu’on peut résister. Je pense qu'on va le faire.
En pichenotant son mégot sur le trottoir et en faisant demi-tour et j’ai trompé Mathilde avec cette fille vraiment souvent, je veux dire j’assume, je plaide coupable, c’est mal, mais cette première fois là…
Fuck.
-T’as l’air d’un mot de sept lettres compte triple avec un Y dans le milieu.
Elle fumait en envoyant sa fumée vers le haut, en avançant sa lèvre inférieure. Elle a soufflé sa fumée en vaguelettes de rire, toujours la tête un peu penchée, ses cils longs et comme bien placés en minuscules triangles princiers.
-C’est-tu un pick-up line?
-C’est un compliment en tous cas.
-Comment tu t’appelles?
-Fabrice. Tu fumes toujours des Gauloises?
-Juste quand je veux impressionner les gars qui ont l’air intellos que je trouve cutes.
-J’ai comme envie de rougir, mais j’ai comme envie genre d’être viril en même temps juste pour pas que tu penses que je suis un intello. Toi ton nom?
-Camille. Excuse-moi, c’est un tic. Tchèque, j’ai tout arraché la peau autour du pouce. T’aimes-tu exclusivement les femmes qui ont des beaux ongles?
-J’aime les femmes qui fument des Gauloises pour m’impressionner en tous cas.
-Même si ça leur rend les doigts jaunes.
-Coudonc, t’es-tu complexée avec tes mains?
-Non. J’aime bien mes mains, pas toi?
-Les miennes ou les tiennes?
-Facile.
-Ouais, c’est parce que tu me fais de l’effet, je perds mes moyens intellectuels, d’habitude, quand je parle avec mes chums de filles, je les fascine tellement qu’y cherchent toujours à me ramener.
-Je finis dans vingt minutes, je punch, pis je te rejoins au Starbuck’s. Avoue que t’as jamais fait ça. Moi non plus. Je pense pas qu’on peut résister. Je pense qu'on va le faire.
En pichenotant son mégot sur le trottoir et en faisant demi-tour et j’ai trompé Mathilde avec cette fille vraiment souvent, je veux dire j’assume, je plaide coupable, c’est mal, mais cette première fois là…
Fuck.
jeudi 26 novembre 2009
De qualquer maneira
Comme je suis quelqu'un qui fait preuve d'une force de caractère exemplaire et d'une volonté sans égale, j'utilise mes patches de nicotine deux jours de suite. Je veux dire la même patche deux jours de suite. Hier soir je l'ai arrachée de sur mon bras juste avant de m'endormir et je l'ai recollée ce matin. Avec du tape parce qu'elle ne colle plus, évidemment. C'est comme juste un morceau de plastique rond, mais le tape me tire sur la peau et ça fait un peu mal, j'ai donc l'impression que l'ingrédient actif fonctionne encore, m'aidant, m'aidant.
Faque si je comprends bien, tu es quelqu'un qui, pour arrêter de fumer, a besoin de nicoderm, mais qui est trop cheap pour s'acheter une boîte par semaine, ce qui l'oblige à "récupérer" ses patches.
Non, c'est pas ça. C'est pour me prouver que je suis capable de pas fumer même sans les patches.
Mais si tu t'en crisses une "fausse" sur le bras?
Placebo.
Placebo c'est quand tu le sais pas.
Placebo pareil. Ah pis crisse-moi donc patience.
Faque si je comprends bien, tu es quelqu'un qui, pour arrêter de fumer, a besoin de nicoderm, mais qui est trop cheap pour s'acheter une boîte par semaine, ce qui l'oblige à "récupérer" ses patches.
Non, c'est pas ça. C'est pour me prouver que je suis capable de pas fumer même sans les patches.
Mais si tu t'en crisses une "fausse" sur le bras?
Placebo.
Placebo c'est quand tu le sais pas.
Placebo pareil. Ah pis crisse-moi donc patience.
mardi 24 novembre 2009
Rendement universitaire
Pour ouvrir la première séance du séminaire sur l'imaginaire de la bombe atomique, Jean-François Chassay nous a fait jouer LONDON CALLING de The Clash et j'avais jamais écouté cette toune-là avec une bande d'universitaires autour d'une table qui se forcent vraiment pour ne pas groover parce qu'ils sont sérieux et vraiment brillants. Je tapotais sur le sol avec mon pied, mais c'est tout. Sinon, j'étais immobile, avec mon air studieux d'écoute et d'analyse. J'ai même pris des notes durant la chanson: "nuclear era", etc. Et à la pause on est allé fumer des clopes en faisant des blagues en anaphores et en aiguisant nos poings américains. On a peté la gueule aux estis d'étudiants de théâtre agglutinés dans la porte de l'église.
jeudi 19 novembre 2009
C'est-tu moi ou ben
C'est bizarre cette impression qu'il ne se passe rien. On dirait que tout le monde est parti ou sous la couette ou heureux ou sans souci ou en tous cas sans temps à perdre c'est pas comme moi. C'est pas comme moi qui. Qui quoi? Qui regarde sa bibliothèque quand il hésite pour une possible phrase suivante, comme si Roberto Bolaño allait surgir et m'expliquer comment écrire en français. Comme si Doris Lessing allait venir m'expliquer comment ponctuer correctement et mettre des sujets, des verbes et des compléments dans un ordre ingénieux et ingénu aussi. Tout ça c'est des symptômes, ça veut rien dire. Ou en tous cas ça explique rien. Ou en tous cas ça dit rien sur moi. C'est juste des regards vers ma droite, furtifs, sur des tranches de vie.
mardi 17 novembre 2009
Ela é minha menina
Me perco na mata do seu cabelo.
Me mato na perda da sua cabeça.
Pode colocar tudo aquilo no plural.
Faz de conta que tanto faz.
Me mato na perda da sua cabeça.
Pode colocar tudo aquilo no plural.
Faz de conta que tanto faz.
lundi 16 novembre 2009
Ben oui
Ce que j'aime le plus d'Occupation Double, c'est qu'après quoi, six ou sept saisons, ils ont créé un vocabulaire complètement autarcique qui ne veut absolument rien dire dans la vraie vie. Quand un participant disait, lors de la première saison, quelque chose comme "on a eu des rapprochements", c'était juste une façon de parler, à la limite un euphémisme qu'il utilisait sans trop y penser. Mais maintenant c'est différent, c'est devenu un lexique complet, comme une estie de description de vin chez Ricardo, hum, boisé et fumeux, cuirassé et fort à la fois, mais rond en bouche sans trop d'emphase sur le mi bémol final... Oh mon dieu, comme j'adore la mauvaise télé.
Quelques-uns des termes choyés:
-COUP DE COEUR.
-RAPPROCHEMENTS.
-AFFINITÉS.
-COLLAGE.
-BAISER.
Faut que je m'achète un Slap Shop, un AbTronic, pis un Roll 'n' Grow.
Quelques-uns des termes choyés:
-COUP DE COEUR.
-RAPPROCHEMENTS.
-AFFINITÉS.
-COLLAGE.
-BAISER.
Faut que je m'achète un Slap Shop, un AbTronic, pis un Roll 'n' Grow.
jeudi 12 novembre 2009
L'intraduisible
De manhã senti saudade. Senti saudade de um país que nunca conheci. Pensei em São Paulo e vi a cidade na minha cabeça. Maior que tudo, grande e caótica, bela e fedida. Um lugar de milhares de cachorros e de milhões de pessoas inacreditavelmente amáveis. Uma megalópolis tão insuportável quanto ubíqua. Quis estar lá, numa redoma de amigos lindos e ao mesmo tempo distantes. Fechei os olhos e experimentei a saudade, um conceito mais gramatical que ideal, mais poderoso que todas as traduções que a gente tentou lhe impor, que pode te deixar triste e carente sem razão aparente. Olhei-me e julguei-me. Porra de rapaz sozinho num apartamento do sul de Montréal, pensando num país que jamais viu, cativado por uma língua que não só se recusa a ele, mas que também lhe dá sentimentos inalcançáveis.
mardi 10 novembre 2009
Jouer au docteur
La première fois que j’ai vu un chien mort, je me suis approché pour voir les mouches qui lui gobaient les yeux. Alice était avec moi et quand je lui ai pris la main pour l’obliger à s’approcher elle m’a giflé avec l’autre. Je me souviens d’avoir pensé très clairement que je ne pourrais pas la toucher là où je voulais la toucher. Les arbres étaient rouges et jaunes, très hauts, très droits. Quand on les regardaient d’en bas, comme ça, on recevait dans le visage une impression de vertige accentuée par le bourdonnement incessant des insectes. Elle est partie plus loin, attendre que je finisse d’être morbide. J’ai fait semblant d’être absorbé, comme un médecin. Je trouvais ça dégoûtant et beau à la fois. L’immobilité. La raideur. Le sentiment diffus de comprendre que ce cadavre de chien en savait plus sur le cercle de la vie que moi. Sa langue était grise. Je.
Pourquoi pas?
Personne, dit-on, ne connaît le vrai visage de Champlain. La statue érigée en son honneur sur la terrasse Dufferin, à Québec, porte celui de mon arrière-grand-père, Aimé Beauport-Calvert. Ma famille le sait depuis longtemps : Paul Chevré, l’artiste sculpteur, a laissé des dizaines de croquis, sans compter la majeure partie d’une correspondance touffue qui s’est volatilisée lors du naufrage du Titanic, dans la nuit du 14 avril 1912, et dont il reste quelques lettres et mémos.
Sur l’un de ces croquis au fusain, Aimé Beauport-Calvert, traits esquissés mais aisément reconnaissables à cette mâchoire prognathe typique de ma famille, souriant sous une moustache pleine aux pointes relevées, est identifié comme étant Samuel de Champlain, avec ou sans l’accord, avec toute la splendeur. Le dessin est signé par Chevré, daté de février 1897, et se trouve à l’intérieur d’un coffre de sûreté, dans une pièce retirée de la maison familiale de Longueuil. Comment il est arrivé là, accompagné de tous ses semblables, de toutes ces reliques étranges et mystérieuses, est une histoire que mon père et mon grand-père m’ont raconté bien souvent, mais que je ne laisserai jamais sortir du cercle familial.
Sur l’un de ces croquis au fusain, Aimé Beauport-Calvert, traits esquissés mais aisément reconnaissables à cette mâchoire prognathe typique de ma famille, souriant sous une moustache pleine aux pointes relevées, est identifié comme étant Samuel de Champlain, avec ou sans l’accord, avec toute la splendeur. Le dessin est signé par Chevré, daté de février 1897, et se trouve à l’intérieur d’un coffre de sûreté, dans une pièce retirée de la maison familiale de Longueuil. Comment il est arrivé là, accompagné de tous ses semblables, de toutes ces reliques étranges et mystérieuses, est une histoire que mon père et mon grand-père m’ont raconté bien souvent, mais que je ne laisserai jamais sortir du cercle familial.
vendredi 6 novembre 2009
Exercício de estilo
É apenas uma questão de vontade. Pode ser que eu não tenha o direito de falar desta maneira, pode ser que não faça sentido, mas a vontade sempre deve ser maior que o medo. Faz muito tempo que abandonei o medo, porque é impossível viver amedrontado. O medo paralisa as funções vitais, quebra os braços e as pernas, cala a boca, queima os cabelos e atrofia o coração. A gente precisa matar o medo se quiser falar. É mais simples do que você pensa. Só precisa arrancar a sua língua de dentro da boca, tirá-la de lá, cortá-la, sangrá-la, ferí-la, achatá-la no chão e olhá-la morrer. Após a morte dela, é só falar com os dentes vermelhos, e com a saliva e o sangue que espirram da boca. Com sua língua morta, à sua frente, no chão, só te falta a vontade de falar. Falar essas excreções, essas secreções, esses segredos que te mantém vivo.
mercredi 4 novembre 2009
Algumas coisas
Réalisation du jour: Je viens d'atteindre un plateau dans mon apprentissage du portugais. Qui va durer un moment je crois: j'entre dans la période de frustration où je comprends presque tout mais je suis incapable de soutenir mon côté de la conversation. Débalancement total entre la compréhension et la production de sens.
Félicitations du jour: Dany Laferrière, un des mes grands écrivains, vient de recevoir le prestigieux prix Médicis pour son roman L'ÉNIGME DU RETOUR. Que orgulho! Agora so tenho que ler o livro.
Livre du jour: THE UNIVERSAL BASEBALL ASSOCIATION, J. HENRY WAUGH, PROP, de Robert Coover. J'en connais un qui va être fucking fier de moi. Un qui n'est ni quelqu'un ni anonyme.
Stress du jour: Samedi prochain, je vais présenter une communication sur Gertrude Stein dans le cadre de la conférence annuelle de la Modernist Studies Association. Je me suis chronométré cet après-midi: 20 minutes 14 secondes. J'enlève deux raclements de gorge et je suis pile flush right on time.
Définition intuitive du jour: CONTEMPORAIN: première époque de l'histoire où les défenseurs du passé ne sont pas perçus comme des réactionnaires. Première époque où les "disparitions" sont vécues comme des crises par les progressistes. Ah pis ta yeule. T'es pas dans un hostie de séminaire. Va donc te crosser au même rythme que tu te brosses les dents.
Vision du jour: Mon chat qui revenait. You wish.
Félicitations du jour: Dany Laferrière, un des mes grands écrivains, vient de recevoir le prestigieux prix Médicis pour son roman L'ÉNIGME DU RETOUR. Que orgulho! Agora so tenho que ler o livro.
Livre du jour: THE UNIVERSAL BASEBALL ASSOCIATION, J. HENRY WAUGH, PROP, de Robert Coover. J'en connais un qui va être fucking fier de moi. Un qui n'est ni quelqu'un ni anonyme.
Stress du jour: Samedi prochain, je vais présenter une communication sur Gertrude Stein dans le cadre de la conférence annuelle de la Modernist Studies Association. Je me suis chronométré cet après-midi: 20 minutes 14 secondes. J'enlève deux raclements de gorge et je suis pile flush right on time.
Définition intuitive du jour: CONTEMPORAIN: première époque de l'histoire où les défenseurs du passé ne sont pas perçus comme des réactionnaires. Première époque où les "disparitions" sont vécues comme des crises par les progressistes. Ah pis ta yeule. T'es pas dans un hostie de séminaire. Va donc te crosser au même rythme que tu te brosses les dents.
Vision du jour: Mon chat qui revenait. You wish.
mardi 3 novembre 2009
They talk funny down there
Well, there goes another Spike Lee joint. Cette fois-ci : CROOKLYN.
Depuis que j'ai commencé mon marathon il y a quelques semaines, j'ai vu JUNGLE FEVER, 25TH HOUR, DO THE RIGHT THING, MALCOLM X et BAMBOOZLED. Je continue.
Il y a définitivement quelque chose qui me parle chez Lee, peut-être cette idée que finalement la seule chose qui nous définie en tant qu'êtres humains c'est la différence. Et que pour cette raison le racisme va toujours exister parce qu'il ne peut pas se résumer à la haine ou au mépris, il est omniprésent dans la simple reconnaissance de l'autre. C'est un problème insoluble, éternel, fascinant, d'une complexité incommensurable. Spike Lee n'a jamais parlé d'autre chose parce qu'il sait qu'au fond, il n'y a pas d'autre sujet possible. Il n'y a pas de sujet plus grand que la rencontre avec l'autre, que ce soit dans la violence avec MALCOLM X, ou dans l'attraction/répulsion de JUNGLE FEVER.
Il y en a qui trouvent ses films longs (en effet, jamais moins de deux heures), mais c'est qu'ils ne comprennent pas sa façon d'écrire un scénario et de le filmer ensuite. Spike Lee ne raconte jamais une seule histoire, il en raconte toujours au moins trois à la fois. Ses films tournent autour de quelques personnages, mais surtout autour de la ville, du bloc, Harlem, Brooklyn, la vie quotidienne des habitants. Il est le seul réalisateur que je connaisse qui filme ce que j'appellerais des "scènes sociologiques", c'est-à-dire des moments qui n'ont pas de lien avec le récit, la narration, sauf d'avoir lieu à proximité. Ces moments illustrent et définissent le milieu dans lequel l'histoire qui nous est racontée se passe, ils nous aident à la comprendre. Ils en sont les ramifications. Pour moi, ils sont de purs instants de jouissance cinématographique, parce qu'ils me montrent la vie en dehors du cadre standard de la caméra. Et no wonder les films sont longs: parfois ces scènes peuvent durer le temps d'une chanson au complet.
De CROOKLYN, je vais me rappeler l'extraordinaire performance des acteurs, en particulier la petite fille qui joue Troy, et la scène dans le dépanneur où RuPaul danse au ralenti. Wow.
Et vraiment, pour ceux qui n'ont jamais vu de Spike Lee, prenez le temps de regarder ce passage de 25TH HOUR. Je veux dire, that's New York for you.
Depuis que j'ai commencé mon marathon il y a quelques semaines, j'ai vu JUNGLE FEVER, 25TH HOUR, DO THE RIGHT THING, MALCOLM X et BAMBOOZLED. Je continue.
Il y a définitivement quelque chose qui me parle chez Lee, peut-être cette idée que finalement la seule chose qui nous définie en tant qu'êtres humains c'est la différence. Et que pour cette raison le racisme va toujours exister parce qu'il ne peut pas se résumer à la haine ou au mépris, il est omniprésent dans la simple reconnaissance de l'autre. C'est un problème insoluble, éternel, fascinant, d'une complexité incommensurable. Spike Lee n'a jamais parlé d'autre chose parce qu'il sait qu'au fond, il n'y a pas d'autre sujet possible. Il n'y a pas de sujet plus grand que la rencontre avec l'autre, que ce soit dans la violence avec MALCOLM X, ou dans l'attraction/répulsion de JUNGLE FEVER.
Il y en a qui trouvent ses films longs (en effet, jamais moins de deux heures), mais c'est qu'ils ne comprennent pas sa façon d'écrire un scénario et de le filmer ensuite. Spike Lee ne raconte jamais une seule histoire, il en raconte toujours au moins trois à la fois. Ses films tournent autour de quelques personnages, mais surtout autour de la ville, du bloc, Harlem, Brooklyn, la vie quotidienne des habitants. Il est le seul réalisateur que je connaisse qui filme ce que j'appellerais des "scènes sociologiques", c'est-à-dire des moments qui n'ont pas de lien avec le récit, la narration, sauf d'avoir lieu à proximité. Ces moments illustrent et définissent le milieu dans lequel l'histoire qui nous est racontée se passe, ils nous aident à la comprendre. Ils en sont les ramifications. Pour moi, ils sont de purs instants de jouissance cinématographique, parce qu'ils me montrent la vie en dehors du cadre standard de la caméra. Et no wonder les films sont longs: parfois ces scènes peuvent durer le temps d'une chanson au complet.
De CROOKLYN, je vais me rappeler l'extraordinaire performance des acteurs, en particulier la petite fille qui joue Troy, et la scène dans le dépanneur où RuPaul danse au ralenti. Wow.
Et vraiment, pour ceux qui n'ont jamais vu de Spike Lee, prenez le temps de regarder ce passage de 25TH HOUR. Je veux dire, that's New York for you.
lundi 2 novembre 2009
Nouveau personnage
Est-ce que je voulais vraiment raconter ça? Ils avaient tous été membres du FLQ ou anciens combattants. Ils avaient entre 60 et 85 ans maintenant, et leurs petits fils et leurs petites filles grimpaient sur la scène en bois avec un tel aplomb que leurs talons semblaient faits de métal. J’attendais mon tour. Albert portait des bretelles et des lunettes, des culottes courtes, un polo blanc, je le détestais, mais son grand-père était débarqué en Normandie. Il a sauté sur la scène sans utiliser les trois marches sur le côté. La feuille qu’il traînait dans sa main était fripée et j’ai eu l’impression qu’elle avait été une boule, qu’elle avait d’abord été une boule, qu’il l’avait déroulé pour en faire une feuille, que sa feuille n’était qu’une boule de papier qu’il avait trouvé dans une poubelle et qu’il avait déplié pour en faire une feuille et sauter sur la scène d’un seul bond. Il souriait. Il m’a souri, dans ma direction.
Au moment où Albert a sauté sur la scène, même ma mère a fait un petit son admiratif. Elle a serré ma main dans la sienne et j’ai senti qu’elle tournait la tête vers moi, qu’elle la baissait vers mon crâne et ça m’a picoté dans les cheveux. C’est elle qui m’avait proposé d’en parler ouvertement. Elle avait dit que c’était intéressant d’une manière ou d’une autre. Que malgré tout c’était une histoire intéressante et que les autres n’avaient qu’à bien se tenir. Elle avait dit que mon père aurait sûrement été d’accord, s’il avait été là. J’avais répondu : « On peut l’appeler. Pour y demander », mais non. On ne pouvait pas l’appeler.
J’avais envie de sacrer, en regardant Albert. Ses broches me luisaient dans les yeux, à cause de l’éclairage blanc des spots. Ses broches luisaient dans ma direction, et j’entendais dans le micro sa respiration. Toute la salle était silencieuse, on entendait seulement le son qu’il faisait constamment avec sa bouche toujours ouverte à cause de son nez bouché en permanence. Je l’haïssais, mais son grand-père avait libéré la France pendant que le mien faisait des discours fascistes sur le coin du boulevard St-Joseph et de St-Laurent.
Au moment où Albert a sauté sur la scène, même ma mère a fait un petit son admiratif. Elle a serré ma main dans la sienne et j’ai senti qu’elle tournait la tête vers moi, qu’elle la baissait vers mon crâne et ça m’a picoté dans les cheveux. C’est elle qui m’avait proposé d’en parler ouvertement. Elle avait dit que c’était intéressant d’une manière ou d’une autre. Que malgré tout c’était une histoire intéressante et que les autres n’avaient qu’à bien se tenir. Elle avait dit que mon père aurait sûrement été d’accord, s’il avait été là. J’avais répondu : « On peut l’appeler. Pour y demander », mais non. On ne pouvait pas l’appeler.
J’avais envie de sacrer, en regardant Albert. Ses broches me luisaient dans les yeux, à cause de l’éclairage blanc des spots. Ses broches luisaient dans ma direction, et j’entendais dans le micro sa respiration. Toute la salle était silencieuse, on entendait seulement le son qu’il faisait constamment avec sa bouche toujours ouverte à cause de son nez bouché en permanence. Je l’haïssais, mais son grand-père avait libéré la France pendant que le mien faisait des discours fascistes sur le coin du boulevard St-Joseph et de St-Laurent.
dimanche 1 novembre 2009
45 tours
Je vais accélérer le rythme, en écrivant moins plus souvent, plus souvent moins, moins de lignes plus souvent, moins de mots mais plus de fois.
En ce jour d'élection municipale, j'ai eu envie de savoir combien de gens lisent ce blog. À peu près, j'imagine une dizaine, quelque chose du genre, des gens qui me connaissent personnellement et qui peuvent me juger en pleine face, des gens qui ne m'écrivent rien parce qu'ils préfèrent me parler. Alors bon, histoire de s'amuser, quand tu liras ce post, inscris un commentaire selon la méthodologie suivante:
[Ton nom ou ton nom de code] was here.
Pis si tout fonctionne bien, ça va peut-être ressembler à un banc de parc, ou à de l'écorce de bouleau dans la cour d'école.
En ce jour d'élection municipale, j'ai eu envie de savoir combien de gens lisent ce blog. À peu près, j'imagine une dizaine, quelque chose du genre, des gens qui me connaissent personnellement et qui peuvent me juger en pleine face, des gens qui ne m'écrivent rien parce qu'ils préfèrent me parler. Alors bon, histoire de s'amuser, quand tu liras ce post, inscris un commentaire selon la méthodologie suivante:
[Ton nom ou ton nom de code] was here.
Pis si tout fonctionne bien, ça va peut-être ressembler à un banc de parc, ou à de l'écorce de bouleau dans la cour d'école.
Inscription à :
Messages (Atom)