samedi 23 janvier 2010

L'autobiographie de tout le monde

Ok, je sais pas vraiment à qui s'adresse ce post, peut-être juste à moi et Will un peu, mais comme je suis pas en train d'écrire une comm., ni un travail de longue haleine sur Gertrude Stein, j'ai pas d'autre endroit où l'écrire que Saint-Henri.

Gertrude Stein a toujours écrit des phrases grammaticales, des phrases syntaxiques, des phrases de ponctuation et des phrases verbales. Ça peut sembler tautologique, mais c'est que chez elle la phrase en soi, dans sa construction, dans son sens le plus pur d'un ensemble de mots influant les uns sur les autres, prime sur le sens convoyé. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne veut rien dire. Ça veut seulement dire que les mots écrits, graphiquement, linguistiquement, sont l'objet et le sujet ultime de la phrase.

Des phrases comme Little by little we never met again, ou Perhaps I am not I even if my little dog knows me but anyway I like what I have and now it is today, montrent à quel point elle était capable de composer de superbes moments de prose classique à l'intérieur du système très codifié de sa propre grammaire.

Stein ne fait jamais d'images, elle décrit directement, elle est presque toujours au premier degré. Or, il se trouve que j'ai trouvé un endroit dans EVERYBODY'S AUTOBIOGRAPHY où Stein utilise une métaphore, ce qui est extrêmement rare. Ça m'a frappé parce que j'ai soudain eu l'impression qu'elle "trichait" ou du moins qu'elle se laissait aller. C'est à la fois perturbant et agréable de trouver de petites aspérités comme celles-là dans l'écriture d'écrivains hyper idiosyncratiques. Ça m'est arrivé une fois avec Gombrowicz, je crois dans TRANSATLANTIQUE, mais j'ai oublié le passage. Voici la phrase de Stein:

My writing is clear as mud, but mud settles and clear streams run on and disappear, perhaps that is the reason but really there is no reason except that the earth is round and that no one knows the limits of the universe that is the whole thing about men and women that is interesting.


2 commentaires:

  1. Je remarque que c'est la deuxième fois que tu parles de Gombrowicz. Tu le connais bien? Je l'ai découvert l'année dernière avec Cosmos, je me suis procuré la totale, collection Quarto et Journal. Je suis un fan. Mais j'avoue le lire lentement, et me méfier des interprétations. Je le lis même dans l'ordre chronologique de sa production (hormis pour Cosmos, évidemment, qui m'a lancé), alors je finis présentement pout-pout son premier recueil de nouvelles, Bakakaï. Ensuite, ce sera Ferdydurke. J'ai vu que Dominique Garand en est «spécialiste», j'ai lu quelques passages de ses affaires sur le net et je t'avoue que ce genre de discours me décourage de la possibilité même d'un doctorat. Crossage de synapses total. Anyway, vivement Gombro. Quelle tête enflée.

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  2. Je me souviens d'un corpus d'auteur au bacc, avec D. Garand. Il est le grand spécialiste de Gombro à l'UQAM. Il nous avait demandé quel était le temps du récit dans "Ferdydurke" et j'avais levé une main gênée pour la première fois en trois ans d'études universitaires. J'avais répondu plusieurs jours, à cause d'une phrase importante que soudainement je ne retrouvais plus dans mon exemplaire, qui disait quelque chose comme "les jours passent...". Garand m'avait contredit avec un sourire en coin. Frustré et intimidé, j'avais finalement retrouvé mon passage et j'étais allé lui montrer durant la pause. Faussement repentant, il avait dit à la classe, au retour, que différentes "interprétations du temps" dans le récit étaient possibles. Fuck.

    Plus tard, bien plus tard, lors d'un colloque sur l'imaginaire du Nord, j'ai utilisé Gombro comme point d'appui de ma réflexion et une fan de Garand, genre doctorante, m'avait dit après la conférence que je devais faire attention avec Gombro, qu'il fallait le prendre avec des pincettes, que ce n'est pas tout le monde qui pouvait l'utiliser, qu'il y avait des spécialistes, etc. Elle m'a demandé si j'avais lu les articles de Garand. J'ai dit non, j'ai dit il me semble que s'il y a un auteur qu'on peut s'approprier sans le fucking recours à l'institution et au "discours consacré" sur son oeuvre, c'est bien Gombrowicz. Fuck.

    So much for university bullshit. Crossage de synapses indeed.

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