
Je me suis constitué un corpus préliminaire pour ma thèse. Ce sont tous des romans américains qui mettent en scène de près ou de loin, plus de près que de loin, une figure de romancier. Le but n'est pas d'en faire des analyses métatextuelles, ou autotéliques, mais bien de les utiliser à la manière de prismes reflétant certaines postures et attitudes d'écrivains, fictifs et réels, au cours de l'histoire littéraire des États-Unis, de manière à illustrer le statut fluctuant des romanciers et le rôle qu'ils ont joué dans la formation de l'imaginaire national. Je m'intéresse particulièrement aux stratégies intellectuelles, éthiques, biographiques, employées par les romanciers pour arriver à s'écarter (symboliquement ou physiquement) de la nation afin de la "faire parler" et, en retour, à l'emprise de l'idéologie américaine sur leurs proses et leurs vies.
Ces romans n'appartiennent pas tous au "canon officiel", mais ils sont représentatifs soit d'une posture précise (comme celle de l'expatrié, de Henry James à Gertrude Stein), soit d'un moment historique important (comme l'entre deux-guerre et la "lost generation", de Hemingway à Fitzgerald, en passant par Faulkner).
Pour l'instant j'en ai 13. En ordre chronologique ça donne:
1852, PIERRE OR THE AMBIGUITIES, de Herman Melville.
1868, LITTLE WOMEN, de Louisa May Alcott.
1901, THE OCTOPUS, de Frank Norris.
1938, THE GREAT AMERICAN NOVEL, de Clyde Brion Davis.
1940, YOU CAN'T GO HOME AGAIN, de Thomas Wolfe.
1962, ANOTHER COUNTRY, de James Baldwin.
1968, EXPENSIVE PEOPLE, de Joyce Carol Oates.
1971, THE TENANTS, de Bernard Malamud.
1978, THE WORLD ACCORDING TO GARP, de John Irving.
1979, THE GHOST WRITER, de Philip Roth.
1979, LETTERS, de John Barth.
1991, MAO II, de Don DeLillo.
1995, INDEPENDENCE DAY, de Richard Ford.
Évidemment, la grande période de la métafiction américaine (circa 1960-1980) est particulièrement féconde (proportionnellement aux autres "périodes historiques") en termes de romanciers protagonistes et de récits sur l'écriture, mais mon hypothèse de base prétend tout de même que la fiction américaine s'est tenue assez loin de ce type de narration, contrairement aux grandes traditions littéraires européennes (française et anglaise surtout) qui, depuis le Nouveau Roman, abondent en romans de romanciers, en récits enchâssés, en histoires de pannes d'écrivains, etc.
Tout ça commence à se placer dans ma tête de thon.
Oué ben, par rapport à l'absence de la métafiction américaine (encore là, y a John Barth qui joue bien le rôle de porte-parole dans ton corpus), j'ai l'impression que ce qui t'intéresse, c'est moins les effets d'une mise en abîme de l'écriture que les différentes représentations de l'écrivain comme FIGURE. Des romans comme The Universal Baseball Association... de Coover mettent certainement en scène une métaphore de l'ACTE d'écriture (donc, par extension, les préoccupations du romancier quant au travail de représentation), mais les liens sociocritiques deviendraient plus ténus si tu insistais pour y voir une véritable figure du romancier.
RépondreSupprimerC'est beignintéressant, en tu cas.
J'aime bien la présence, aussi, de John Irving dans tout ça. Je le vois pas souvent dans les corpus d'études sur la litt. américaine, pourtant fuck, The World According to Garp, c'est génial.
RépondreSupprimerOuais, pour un projet sociocritique et historiographique comme le mien, c'est en effet assez premier degré comme approche. Je ne suis pas en quête de métaphore du processus créateur ou de l'acte scriptural ou whatever. Je suis en quête de représentations physiques, en chair et en os, d'écrivains écrivant, ou n'écrivant pas, adoptant des postures politiques (au sens large de s'inscrire dans une culture) et esthétiques (au sens stratégique de trouver une manière de "dire" cette culture). La figure fictive est un écho de la figure biographique, elle y renvoie en l'éclairant et vice versa.
RépondreSupprimerEt quant à John Irving, c'est vrai que "Garp" est génial. Je serai très content de me le retaper en temps et lieu, dans le texte original, moi qui l'ai lu il y a des années, en fucking français de France.
Will, je t'ai tu déjà dit que je t'aime ben?
Same here, bro.
RépondreSupprimerFuck, le dernier mot de passe était:
RépondreSupprimerpooner
Sauf que le suivant était:
RépondreSupprimernoble
Moi je suis bien contente que "Little Women" fasse partie de ton corpus. Tsé Daniel, si t'as envie d'écouter le film avec moi en pyj' en mangeant des Doritos, t'es toujours le bienvenu chez nous.
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