Je viens de terminer un bouquin de l'extraordinaire et sous-estimée Shirley Jackson, LIFE AMONG THE SAVAGES, petite plaquette autobiographique racontant ses déboires domestiques, entre ses ambitions littéraires, ses quatre enfants, son mari, ses angoisses monétaires, une fournaise brisée, des allés-retours à l'hôpital pour accoucher, une maison qui craque et qui gémit, et une voiture qui refuse systématiquement de démarrer. Tout ça dans le monde révolu des années cinquante où on laissait les kids partir tous seuls pour la première journée d'école, où on fumait une clope pour relaxer entre deux contractions, où on tapait des petites fesses en public plus pour humilier l'enfant que lui faire mal.
Et j'ai ressenti une soudaine nostalgie de cette époque qui avait d'autres certitudes que les nôtres. Cette époque où si t'aimais pas l'hiver et qu'il y avait un hiver chaud, tu pouvais ouvertement manifester ta joie sans avoir l'air de te crisser du sort de la planète. Cette époque où au dépanneur tu pouvais acheter des bonbons en fucking forme de cigarette, avec même le petit bout rose allumé. Cette époque où quand un monsieur d'un certain âge s'approchait de ton kid pour te dire qu'il était mignon, tu pensais pas tout de suite à la liste des prédateurs sexuels. Cette époque où personne te jugeait si tu voulais utiliser des couches jetables et où tout le monde faisait wow en regardant passer ton esti de grosse Buick avec le nuage de boucane noire en arrière.
Pis quand tu voyais un hipster, genre beatnick ou orientaliste, tu lui criais que le patchouli ça pue.
Ça, ça a pas changé.
Ça fait trois fois que je passe à un poil de l'acheter au Cheap Thrills. Je me dis toujours que je devrais lire un peu plus de sa fiction avant de lire ça...
RépondreSupprimerTu m'as d'ailleurs jamais dit comment t'avais aimé "The Lottery".
C'est MALADE !!!
RépondreSupprimerEs-tu convaincu?
Le meilleur: WE HAVE ALWAYS LIVED IN THE CASTLE.
Tu devrais vraiment lire du Stephen King.
RépondreSupprimerJe trouve ça étrange justement qu'on la classe sans arrêt dans la littérature d'horreur, ou d'épouvante. Je veux dire, j'ai lu quatre de livres de Jackson jusqu'à présent, dont son fameux THE HAUNTING OF HILL HOUSE, et je n'ai jamais, jamais, été en présence d'éléments ouvertement surnaturels ou de monstres ou de fantômes. Elle est beaucoup plus proche de l'angoisse existentielle de la "normalité" que du "outright scary" de psychopathes ou d'esprits maléfiques. Ce sont les humains ordinaires qui la fascinent. Ses nouvelles sont hyper réalistes dans la facture, elles mettent presque toujours en scène des psychologies presque banales où un subtil, mais subtil, décalage face à la réalité s'installe lentement. C'est ce qui cause le sentiment d'inquiétante étrangeté chez le lecteur, pour dire comme l'autre. Et elle écrit, elle décrit, vraiment bien.
RépondreSupprimer@Anonyme: est-ce que je retrouverais ça chez King? Dans lesquels en particuliers?
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RépondreSupprimerNão concordo ao comment acima, nostalgia dói e é um tipo de saudade.
RépondreSupprimerCe que tu retrouverais chez King serait la nostalgie de cette époque, des fifties (ou whatever quand, je suis nulle dans les dates et l'histoire en général) américains, de toutes les choses pop et middle class USA dont tu parles. Peut-être Rage de Richard Bachman, c'est psychopathe mais pas surnaturel... Sinon, chez King il y a toujours du gruesome surnaturel, ou psychopathologique intense... mais dans des décors bien évoqués et richement détaillés.
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