lundi 28 juin 2010

Mi maille sèlphe aine d'ail.

Il y a un livre sur Adrien Arcand qui vient de sortir, chez Lux éditeur. On me l'a prêté, et j'ai hâte de m'y plonger, parce que c'est un sujet qui me fascine depuis longtemps. Quand j'étais plus jeune, quand j'écrivais des romans, en me considérant comme un génie, quand j'avais la vigueur d'un buffle assoiffé et la rigueur d'une perruche saoule, il se trouve que j'ai écrit des dizaines de pages sur Adrien Arcand, sur le mystérieux Dr Paul-Émile Lalanne et sur Maurice Duplessis, sans me renseigner outre mesure parce que mon concept c'était "est-il-possible-d'écrire-un-roman-historique-sans-savoir-de-quoi-on-parle". Un genre de roman historique purement fantasmatique. J'étais alors sous le charme des grands récits paranoïaques de Thomas Pynchon et je m'attribuais à la fois la verve de Gabriel Garcia Marquez et la concision de Milan Kundera. J'étais beau comme un cœur, aussi. C'est drôle, quand j'y repense, j'ai envie d'être indulgent avec moi-même, préférant me souvenir de mes grandes envolées lyriques en arabesques que de mes participes passés mal accordés.

Un extrait de mon roman mastodonte Les Éboulements:

Il avait cousu la croix gammée à l’intérieur, sur la doublure de son sarrau blanc. Un peu pour l’avoir sur le cœur, et surtout pour éviter que les gens ne la voie. Il avait ses convictions, mais il avait aussi ses peurs. Parmi celles-ci, la peur d’assumer ses convictions était encore la plus forte. Ça ne durerait pas toute une vie, il ferait des efforts pour la surmonter. Un jour il serait un géant que tout le monde craindrait, mais pour l’instant, à vingt-quatre ans, il se contentait d’un revers de sarrau, de quelques réunions secrètes, de quelques poignées de mains avec des gens importants. Il commençait dans le milieu. Venait de faire la connaissance de son homonyme, Adrien Arcand, un soir de meeting politique dans un petit appartement miteux du quartier Rosemont. L’homme public l’avait marqué par son standing, son veston gris coupé droit et sa coupe de cheveux brillantinés impeccable. Ils s’étaient serré la main, le jeune médecin expliquant en agitant sa poigne ferme, qu’il avait été recruté (le mot était mal choisi, ça paraissait sur les visages) par le Dr Lalanne, de la faculté de médecine à l’université de Montréal. Ce dernier n’était pas présent, retiré qu’il était dans son île du lac Saint-François, près de Valleyfield.
-Et vous vous êtes connu comment ? Il a été votre directeur d’internat ? lui avait demandé Arcand.
-Exact.

-Bien.
-Il m’a introduit à Mein Kampf avant même de me tester sur un patient. Je veux dire j’ai lu Mein Kampf avant même d’opérer un patient. Je veux dire.
Arcand approuvait de la tête. D’une bonne tête de plus haut que lui. Presque. Il donnait l’impression d’être continuellement filmé par en-dessous, ça le grandissait. Ça lui donnait une stature.

-Mein Kampf est un livre extr.
-Je le lis dans le texte.

-Vous.

-Je le lis dans le texte.

-Vous, ah, en allemand directement.

-Oui, j’ai appris très jeune, éducation bourgeoise, précepteur, gouvernante, tout le gratin. -Impressionnant. Et un atout pour nous, pour sûr, pour notre campagne.
Leurs mains s’étaient séparées depuis longtemps et Arcand lui asséna une bonne tape dans le dos, juste en-dessous des omoplates, comme pour dire bienvenue et pour dire aussi calme-toi les nerfs avec ton éducation supérieure. On en a vu d’autres. C’était en juin dernier, lorsque l’été s’amenait lentement sur la ville avec un paquet de feuilles vertes à accrocher aux arbres, tâche herculéenne. Et lors qu’Arcand était supposé être en prison au Nouveau-Brunswick.


("Et lors"... ??)

12 commentaires:

  1. Pas mal, mais...
    coupe de cheveux brillantinée impeccable... tâche herculéenne... haha.

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  2. Ok pour qu'on rit de moi ensemble, mais nomme-toi, c'est la moindre des choses...

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  3. J'avoue que mon commentaire a l'air hostile, d'autant plus qu'il est anonyme!
    C'est justement parce que ton talent me semble évident (genre: incontestable) que je me suis permise de rire un peu du fait que tu as déjà utilisé des tournures de phrase qu'on a lu mille fois dans mille livre (mais, tsé, ça nous est tous déjà arrivés de faire dans le cliché; y en a même qui bâtissent leur carrière là-dessus).
    (Et je comprends que l'anonymat peut être gossant. Tu peux effacer mes messages, aussi.)

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  4. (j'ai fait une faute à arrivé. en tout cas.)

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  5. t'as oublié ton S à mille livres, itoo.

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  6. Mon avis est qu'il faut connaître l'histoire à tel qu'on puisse la réfuter, la jouer, la démolir, la réécrire.
    *
    C'est drôle, je voulais aussi écrire sur Arcand, Victor Barbeau, leur rencontre avec Céline et son intervention à l'Académie canadienne-française. Mais le plouc à Nadeau a publié son livre pis ça m'a coupé les jambes. N'empêche que tu me le prêteras peut-être, le livre?

    Max

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  7. à tel point, dis-je

    max

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  8. Que connaîs-tu du Dr Lalanne? Je cherche de l'information sur ce mystérieux homme.

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  9. Je ne connais pratiquement rien... C'était ça qui m'attirait quand je voulais écrire sur lui.

    Peut-être devrais-tu essayer d'entrer en contact avec M. Hugues Théorêt, le conférencier du lien que j'ai ajouté sur le nom de Lalanne.

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  10. j`ai une emission qui a passe sur le canal historia concernant le dr paul emile lalanne

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  11. Les «rumeurs» sur le docteur Lalanne sont fausses. Il y a eu beaucoup (trop même) de parlé à son sujet et je peux dire que l'émission d'historia, disant qu'il faisait des «avortements» est 100%. En effet, Adrien Arcand n'aurait jamais toléré une personne faisant cela, car il était avant tout un GRAND CATHOLIQUE.

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