La fille est sortie de mon bureau. Mèches de travers. Une fine pellicule de sueur la recouvrant. Elle en a laissé en suspension derrière elle. Mèches emmêlées. J'ai attrapé la boîte de mouchoirs à portée de main. Entre mes doigts elle avait perdue un cheveu. Je me suis essuyé et reboutonné le pantalon. Elle sentait encore. Je pouvais la sentir encore. J'enroulais et je désenroulais son cheveu. Elle est sortie du bureau pleine de mèches rebelles. On lui avait recommandé de venir me voir. J'ai fumé. En sortant elle a prononcé son nom. Deux syllabes et un nombre incalculable de sentiments mélangés. Il ne m'avait pas parlé d'elle. J'ai sorti le dossier. La fumée dans mon œil. Hortense. Sur le dessus de la pile il y avait le transcript que j'avais fait de sa dernière entrevue. Les murs de mon bureau renvoyaient la fumée en angles droits. Le rayon de soleil pénétrait et coupait la sueur en tranches. Je me suis souvenu de sa bouche à lui. Le zippo sur ma table est tombé. J'ai cru entendre un bruit sous mes acouphènes. Sa bouche. Hortense n'avait pas pleuré devant moi. Il n'y avait pas de place pour ça. Le dossier était presque aussi épais que son premier roman. Ma note initiale remontait à 1998. 27 rue de Fleurus Paris 6e. J'enroulais le cheveu entre mes doigts. J'ai fumé. J'ai relu l'entrevue. Quelque chose. Je sentais son odeur à lui. Quelque chose. Je voyais sa bouche. Quelque chose me tracassait. Elle était entrée pour me demander de faire mon métier. Sa bouche à elle. Elle était entrée pour m'engager. On lui avait dit de venir me voir. Qui? Ça n'a pas d'importance. Tout en a. Tout avait de l'importance. J'ai remis le zippo debout. J'ai fumé des centaines de cigarettes en écumant mes notes. Entre temps je suis sorti dîner. Entre temps j'ai découvert des choses. Entre temps j'ai revu Hortense plusieurs fois. Elle ne pleurait jamais. Elle était la fille de Rizzano et je lui ai demandé des détails. On baisait souvent à des heures étranges. Il lui avait posé des questions sur son père. Trop de questions. Des questions sur la famille de son père à Naples. Il lui avait posé des questions sur les opérations familiales. Il était souvent impertinent. J'ai relu mon dossier pendant un an. J'ai relu ses romans. J'ai fumé avec lui mais sans lui en me souvenant de sa bouche. Toute cette merde à propos de la mafia. Sa grandiloquence à la télévision. Son arrogance et sa bouche entre mes cuisses. En 2009 j'avais griffonné il s'arrange pour se faire descendre. Hortense ne pleurait pas et moi non plus. On baisait. J'astiquais mon revolver. Il y avait une ville à l'extérieur. Elle est sortie de mon bureau et nous avions déjà commencé une aventure. Elle était féroce et irrésistible. Ses cheveux teints. Il était mort maintenant et elle était encore une chose que je lui devais. On baisait à des heures étranges et j'étais amoureux. Leurs visages se mélangeaient dans mon esprit. J'avais toujours un fusil sous la main. Il y avait une villa à explorer à Capri.
J'ai dit:-Je pense que j'ai peut-être trouvé qui l'a fait tuer.
-Qui?
-Ça n'a pas d'importance.
-Tout en a, c'est toi-même qui l'a dit.
-Elle s'appelle Hortense.
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (I)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (II)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (III)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (IV)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (V)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (VI)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (VII)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (VIII)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (ANNEXE I: TRANSCRIPT DE LA DERNIÈRE ENTREVUE)
LA MORT D'UN SOUBRESAUT (ANNEXE II ET III: AVIS DE DÉCÈS ET LETTRE MANUSCRITE)
Man c'est tellement bon! Esti que tu es bad-ass Clarence. Sérieux.
RépondreSupprimer«-Je pense que j'ai peut-être trouvé qui l'a fait tuer.
-Qui?
-Ça n'a pas d'importance.»
Wouah. J'adore.