vendredi 5 novembre 2010
Pagayer (variation)
Hier soir j'avais rendez-vous au Croissant de Lune avec Rodrigo et Juliana, des amis à moi Brésiliens qui vivent à Montréal, pour leur remettre des petites choses que des membres de leurs familles m'avaient demandé de rapporter de São Paulo. Pour Rodrigo, j'avais quatre sacs de café et un sac de farine de manioc, envoyé par son chum. Pour Juliana j'avais un t-shirt jaune avec le drapeau du Brésil et un porte-clé en bois gravé à son nom, envoyé par sa sœur. On a bu des cappuccinos, c'était sympa. Juliana voulait que je lui raconte tout tout tout. Rodrigo voulait que je lui explique mon plus gros choc culturel. À un moment donné, le chum de Juliana est arrivé, Jacob. C'était ma première expérience avec un Danois. Beau, grand, blond, anglais parfait. On s'est mis à discuter, à parler du Brésil, où il est allé il y a quelques mois avec Juliana. Il ne parle pas portugais. Il a été malade à cause de la bouffe exotique dans le nord-est du pays. On s'est amusé à faire des comparaisons culturelles. J'ai expliqué qu'une des choses qui m'avaient frappées, à São Paulo, c'était l'aspect sale et décrépit de l'urbanisme en général, des rues, des trottoirs. Que j'avais l'impression parfois qu'une guerre civile venait de se terminer dans les quartiers que je visitais. Jacob a dit qu'il avait ressenti la même chose en arrivant ici, à Montréal, depuis Copenhague. On a tous ri, c'est effectivement une question de perspective. On s'est mis à faire des généralités, comme d'habitude, les Brésiliens sont comme ci, les Argentins sont plutôt comme ça, les Québécois sont froids et pas vraiment latins. On était tous plus ou moins d'accord avec chacune des affirmations qu'on avançait. On s'est mis à comparer l'espagnol et le portugais. J'ai dit en riant que les deux langues étaient tellement similaires parfois qu'on a l'impression qu'elles se sont chicanées quelque part au Moyen-Âge et qu'elles se sont mises à bouder chacune de leur côté. À partir de maintenant, nous ne parlons plus le même idiome. Juliana était assez d'accord avec moi. Rodrigo l'était moins. Jacob nous a interrompu soudainement et a demandé quelque chose du genre vous arrive-t-il souvent d'être en désaccord ainsi? Est-ce un désaccord typique? Sur une échelle de dix, où placeriez-vous la teneur de ce désaccord? Pourriez-vous me donner quelques autres exemples du genre de désaccord que vous entretenez? J'avais tellement l'impression d'être en face de la sagesse kierkegaardienne en personne que je suis resté bloqué pendant une minute. Chaque fois que j'amenais une précision, ou un point, il répondait par un sous-point. Et pas des sous-points en forme de oui, mais... comme pour me contredire, non. Des sous-points en forme de d'accord, je comprends, je vois, intéressant, pourrais-tu élaborer là-dessus? À la fin, on en était rendu à analyser très précisément le genre de joute intellectuelle que Rodrigo et son chum ont quand ils essaient de choisir l'assaisonnement d'un plat. On s'éloignait loin loin loin des généralités et des préjugés et des clichés à cinq cennes, on était content. On ramait en pleine péninsule scandinave, guidés par les indications claires et lumineuses d'une vieille âme viking.
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J'adore que vous citiez l'auteur de «Ou bien ou bien» cette nuance dont vous parlez allège le mois de novembre aujourd'hui.
RépondreSupprimerVous pouvez aussi lire mon commentaire ainsi :
J'adore que vous citiez
L'auteur de «Ou bien ou bien»
Cette nuance dont vous parlez
Allège le mois de novembre...
Aujourd'hui.
C'est vrai que le ciel est lourd aujourd'hui, je me demande il fait quoi comme temps, à Copenhague...
RépondreSupprimerEn portugais, comment sonnent les premiers vers de Spleen?
RépondreSupprimer« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,»
C'est une curiosité...
Je t'ai trouvé la première strophe, version officielle portugaise de Delfim Guimarães:
RépondreSupprimer"Quando o cinzento céu, como pesada tampa,
Carrega sobre nós, e nossa alma atormenta,
E a sua fria cor sobre a terra se estampa,
O dia transformado em noite pardacenta"
C'est très approximatif, pour que ça sonne bien. Mais je préfère la mienne, hehe, qui rime pas, mais qui est plus fidèle:
"Quando o céu baixo e grave pesa como uma tampa
No espírito gemendo preso dos longos tédios,
E que do horizonte abraçando todo o círculo
Ele verte-nos dia preto mais triste que as noites..."
eh ben! si vite!
RépondreSupprimerJe pense que je comprends mieux votre amour de cette langue. Je préfère aussi votre version et le mot «horizon» est définitivement plus «branche» (oui oui, «branche» sans accent) en portugais, «horizonte». On perd peut-être les rimes, mais c'est plus musical que les 4 rimes en « a » de toute façon... et oui, on reconnait à fond.
C'est gentil à vous ;)
Mon seul rapport avec le portugais s'appelle Pesoa (à une époque c'était «branche» ça aussi, mais on ne disait pas encore «branche») et c'est grâce à lui que j'ai rencontré Khayyam
Juste comme ça, Portugais + Lispector, connaissez-vous un certain «Cochran par hasard?
shit! peSSoa pis en plus c'est dans l'entête de votre blogue...
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