Elle ne l'a pas revu depuis. Si ça arrive ça arrive. Elle n'a pas cherché ses empreintes dans la neige en face de chez elle, n'a pas non plus ouvert plusieurs fois sa boîte aux lettres, ni sa boîte de courriels, ni sa boîte en fer blanc où elle garde des trucs reliés à bien avant lui, des trucs en plastique et en carton, histoire de faire semblant, histoire de faire qu'il n'ait été qu'une ponctuation entre un souvenir et une sensation inédite. Les histoires de faire comme si, ça donne de l'importance, ça pointe. Ça fait seulement souligner. Pourtant, c'est difficile, parce que le langage fonctionne comme ça: elle ne peut pas ne pas dire qu'elle a recommencé à fumer. Elle ne peut pas ne pas dire qu'en toute honnêteté le café est bon même si c'est sa cafetière à lui. Elle pourrait ne rien dire, mais elle serait obligée de dire qu'elle a commencée à ne rien dire. Elle fait des efforts qui n'ont rien à voir avec lui. Comme monter l'escalier du métro au lieu de prendre l'escalier roulant. Comme acheter une nouvelle marque d'exfoliant. Comme déneiger le balcon sans tout envoyer chez le voisin. Elle n'a rien jeté, ni sa bague ni le livre en anglais qu'il a laissé sur le bureau. Si elle se dit qu'elle ne se rappelle plus s'il était là ou ici quand il est parti, ce n'est pas parce qu'elle a oublié, c'est parce qu'elle n'est plus au même endroit. La perspective s'est déplacée, alors que tout est à la même place. Tout a à peine bougé. Il y a un rond de suie sur la cuisinière, elle en fait le tour avec une éponge et de la minutie.
J'adore.
RépondreSupprimerMerci, Anonyme!
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