dimanche 31 janvier 2010

Drove to Chicago, all things know, all things know


Je crois que je vais commencer à organiser sérieusement ma fête de trente ans pour qu'elle soit aussi cool que celle d'Anna. Chicago commence à me tenter pour vrai. On pourrait partir pour quelques jours, en voiture, en plusieurs voitures, Anna, mon frère Julien, William, Anne-Marie, Guillaume, Amandine, moi, pour le Pitchfork Music Festival, en Juillet. Faire la route des Grands Lacs pis chiller dans cette ville qui m'appelle de plus en plus pis écouter de la musique aussi bonne que ta mère.

Ça vous tente trop, comon.

vendredi 29 janvier 2010

Family ties

Elle est fascinante la relation que l'on entretient avec sa langue maternelle, quand on met cette dernière en confrontation avec une langue seconde. On est si souvent choqué par des écarts qui nous semblent absurdes, invalides. Il existe tant d'évidences tacites dans une langue donnée, qui sont à la fois intraduisibles et inexplicables, mais qui rendent compte de la complexité du langage dans ses développements, dans ses embranchements et dans ses racines communes.

Je prends l'exemple des prépositions "pour" et "par", qui existent dans toutes les langues latines, mais qui n'ont pas la même fonction. En portugais et en espagnol: "para" et "por". Alors qu'en français je dis merci pour le cadeau que tu m'as donné, les lusophones et hispanophones disent plutôt merci par le cadeau. Au début de l'apprentissage, on bloque, on remet en question, on se dit, mais non, la logique veut qu'on remercie "pour" quelque chose, c'est évident. Mais non, ce n'est pas évident. Au contraire, c'est toute une conception du monde qui change avec des petites prépositions inoffensives. Passer pour un menteur, passar por um mentiroso. Les définitions des différents dictionnaires n'aident pas, parce que ce sont des mots moteurs qui ne peuvent être définis que par l'exemple, et non le contre-exemple.

Je pense aussi aux verbes. Pour un francophone, apprendre à faire la différence entre les deux verbes être de l'espagnol et du portugais est une tâche quasiment socratique. Distinguer ser et estar, le premier indiquant l'essence d'une chose, le second son emplacement ou son statut temporaire, relève d'un questionnement existentiel presque impossible à faire correctement dans certains cas limitrophes, mais un lusophone ou un hispanophone ne pourrait pas confondre les deux, tellement ils participent de l'évidence de la langue. Posséder deux verbes êtres et deux verbes avoir (ter et haver, en portugais) semble ajouter une profondeur langagière qui prend des allures d'abysse pour un francophone.

Je m'interroge aussi sur l'autre côté, sur les conceptualisations non binaires de l'espagnol et du portugais, qui donnent la fausse impression que le français est plus riche. La distinction francophone entre les concepts d'attendre et d'espérer (esperar), de souhaiter et de désirer (desejar), d'exploration et d'exploitation (explorar) de familier et de familial (familiar) est fondamentale. Encore une fois, c'est tout le rapport à la réalité qui est différent, la façon dont le sujet parlant se défini par rapport au monde. Le francophone qui a deux mots bien distincts pour deux idées bien distinctes n'arrive pas à comprendre que ces deux idées ne sont distinctes qu'à l'intérieur d'une forme langagière arbitraire et autarcique qui a créé, au cours des aléas de son histoire, des branches conceptuelles indépendantes. Il ne peut que percevoir un manque dans la langue seconde, une simplification à la fois étrange et déstabilisante.

Apprendre une langue, c'est aussi faire le deuil de milliers de présupposés avec lesquels on a grandi. Moi qui ai toujours pensé que je luttais pour des idées, mais non, eu estava lutando por ideias. Je luttais par des idées.

jeudi 28 janvier 2010

Brève rencontre

Le chauffeur m’a souhaité joyeux Noël, mais je scrutais son visage à la recherche d’une trace d’insincérité, de sarcasme. Je décelais dans sa voix une sorte de ton, juste un peu décalé, un peu proche de l’ironie. Il portait une moustache comme tu ne pensais plus que ça existait. Une moustache qui poussait probablement exclusivement dans certains états américains, genre au Nouveau-Mexique, ou au Kansas. J’ai seulement remué un peu la tête, avancé le menton, en lui montrant ma carte et me suis dirigé vers l’arrière. Il n’y avait absolument personne à l’intérieur. Tout était d’une blancheur de néon. Je me suis laissé tombé sur un banc en fouillant dans mon sac à la recherche de mes écouteurs. Ça m’a pris un moment pour m’apercevoir que l’autobus n’était pas reparti. J’avais la bouche entrouverte, mon œil gauche me faisait mal. Du fond du véhicule j’ai compris que le chauffeur me fixait dans son miroir. J’ai remarqué son regard pointé sur moi, plein de sérieux et plein de reproche silencieux. Il a parlé :
-Eye, toi.
-Moi ?
-T’as-tu un problème?
-Qui ça, moi ?
-T’es-tu toujours bête de même?
-Qu’est-ce qu’y a?
-Je t’ai souhaité joyeux Noël. T’es-tu gelé?
-Quoi? Pourquoi vous partez pas?
-C’est quoi ton problème?
-J’ai pas de problème. Pourquoi vous partez pas?
-Je vais partir quand tu vas m’avoir dit c’est quoi ton problème.
-…
-T’es-tu drogué?
-Non, je.
-Sacraman.
Sa moustache ressemblait à une caricature de soldat de la confédération, toute garnie, toute grise, toute en pointes vers le haut. C’est à peine si elle ne se recourbait pas en spirales au deux bouts.
-Je.
-Descends, petit bum.
-De quoi? Come on.
-J’ai dit descends. J’ai pas besoin de ça à soir. Déjà que je vais perdre ma soirée avec ma famille, j’ai pas besoin de bums dans mon autobus à être bête comme des porcs pis à m’envoyer promener.
-Je vous ai pas envoyé promener. J’ai rien dit.
-T’en as dit assez, sors.
-J’ai rien dit pantoute.
-Sors, mon petit sacraman, ou ben c’est moi qui va te sortir.
Il a coupé le moteur. J’étais complètement apeuré. J’ai attrapé mes affaires et je me suis dépêché vers la porte au milieu, qui ne s’ouvrait pas. Comme le moteur ne tournait pas, j’avais beau pousser sur les poteaux en plastique, agiter ma main sous la lumière verte, rien n’y faisait. J’allais être obligé de sortir par l’avant, de passer à côté de lui. J’ai eu peur qu’il ne sorte une carabine, ou un couteau de chasse. Il était parfaitement immobile, son ventre était presque déposé sur le volant. Un tatou extrêmement élaboré ornait son bras. Il portait une montre et deux ou trois bracelets argentés. Il n’a rien dit quand je suis passé rapidement, comme sur le bout des pieds, mon sac dans la main et les dizaines de foulards bien enroulés autour de mon cou. Il n’a rien dit, sauf petit cave, que j’ai bien entendu même par-dessus le brouhaha du moteur qui avait recommencé à ronfler, par-dessus le son de la pression relâchée dans le mécanisme des portes, par-dessus le crissement de ses pneus sur l’asphalte glissante. Je suis resté planté là, à deux maisons de chez mes parents. J’ai cru percevoir une silhouette dans la fenêtre du salon, un semblant de Hitchcock, une silhouette menaçante et lointaine qui cherchait à m'expliquer quelque chose. Mon cœur battait la chamade et j’ai sorti mon cellulaire et vraiment longtemps après le taxi est arrivé.

RIP

Aujourd'hui, j'apprends encore sur Facebook la mort de deux grandes personnes.

Howard Zinn, historien et sociologue de la gauche américaine, auteur de A PEOPLE'S HISTORY OF THE UNITED STATES.

J. D. Salinger, grand romancier et nouvelliste américain, auteur de THE CATCHER IN THE RYE et FRANNY AND ZOOEY.

Leurs pages Wikipedia respectives ont déjà été mises à jour.

Pis Scott Eric Kaufman en parle très bien ICI.

lundi 25 janvier 2010

Proofreading

Hier soir, en mangeant un club sandwich et une poutine dans laquelle on se demandait où était l'emmental, avant d'aller voir une pièce plate mais gratos faque c'est pas grave, entre deux regards complices et deux imitations d'un accent du Saguenay, je lui disais à quel point lire certains auteurs me donnent le goût d'écrire comme eux. Chaque fois que je lis Gertrude Stein j'ai envie d'écrire comme elle, parce qu'elle réussit à me donner l'impression que sa façon d'écrire c'est la seule façon possible, alors pourquoi veux-tu ben me dire écrire autrement, comment veux-tu ben me dire écrire autrement?

Je lis Stein en ce moment, je ressens le besoin de la citer à tout le monde, d'envoyer un email à chaque personne que je connais parce que ça les concerne parce que dans EVERYBODY'S AUTOBIOGRAPHY elle parle de tout le monde elle fait l'autobiographie de tout le monde. Alors ça concerne tout le monde en même temps, ça explique tout le monde chacun à son tour et tout le monde à la fois.

Ici ça m'explique moi:

You can read a book over and over again until you remember everything and even then you can read it over again if you begin at the beginning. That is very important about reading a book over again you must really begin at the beginning. In that way you can read it over and over again.


Ici ça explique William:

I think that what is going to happen is that a written language is going to be existing like it did in old civilizations where it is read with the eyes and then another language which only says what everybody knows and therefore is not really interesting which is read with the ears.

Ici ça explique JFC, mon directeur de thèse:

Two things are always the same the dance and war. One might say anything is the same but the dance and war are particularly the same because one can see them. That is what they are for that anyone living then can look at them. And games do do both they do the dance and war bull-fighting and football playing, it is the dance and war anything anybody can see by looking is the dance and war.

Ici ça l'explique elle:

I like anything that a word can do. And words do do all they do and then they can do what they never do do.



***

Et qu'est-ce qui me prend d'écrire de la poésie en portugais? J'écris jamais de poésie. J'haïs ça la poésie. Sauf la poésie de Stein. Pis celle de Whitman. Pis celle de William Carlos Williams. Pis le dernier poème de John Shade qui s'appelle Pale Fire, qui commence de même:

I was the shadow of the waxwing slain
By the false azure in the windowpane

Tu peux le lire, Charles Kinbote en a fait une criss de bonne analyse.

dimanche 24 janvier 2010

Cansei

Fui comprar um coração já feito, pra te mostrar a diferença entre um sentimento e uma ideia. O objeto vivendo pulsando sangrando nas mãos, eu te expliquei bem devagarinho, pra você entender. Pra você se lembrar. Assumi o meu papel de poeta. Tomei a minha voz de escritor, que parece escrita. Ergui um dedo firme.

É isso, simplesmente:

Um sentimento não sangra. É a ideia do sangue que causa o sentimento.

Agora não esqueça.

samedi 23 janvier 2010

L'autobiographie de tout le monde

Ok, je sais pas vraiment à qui s'adresse ce post, peut-être juste à moi et Will un peu, mais comme je suis pas en train d'écrire une comm., ni un travail de longue haleine sur Gertrude Stein, j'ai pas d'autre endroit où l'écrire que Saint-Henri.

Gertrude Stein a toujours écrit des phrases grammaticales, des phrases syntaxiques, des phrases de ponctuation et des phrases verbales. Ça peut sembler tautologique, mais c'est que chez elle la phrase en soi, dans sa construction, dans son sens le plus pur d'un ensemble de mots influant les uns sur les autres, prime sur le sens convoyé. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne veut rien dire. Ça veut seulement dire que les mots écrits, graphiquement, linguistiquement, sont l'objet et le sujet ultime de la phrase.

Des phrases comme Little by little we never met again, ou Perhaps I am not I even if my little dog knows me but anyway I like what I have and now it is today, montrent à quel point elle était capable de composer de superbes moments de prose classique à l'intérieur du système très codifié de sa propre grammaire.

Stein ne fait jamais d'images, elle décrit directement, elle est presque toujours au premier degré. Or, il se trouve que j'ai trouvé un endroit dans EVERYBODY'S AUTOBIOGRAPHY où Stein utilise une métaphore, ce qui est extrêmement rare. Ça m'a frappé parce que j'ai soudain eu l'impression qu'elle "trichait" ou du moins qu'elle se laissait aller. C'est à la fois perturbant et agréable de trouver de petites aspérités comme celles-là dans l'écriture d'écrivains hyper idiosyncratiques. Ça m'est arrivé une fois avec Gombrowicz, je crois dans TRANSATLANTIQUE, mais j'ai oublié le passage. Voici la phrase de Stein:

My writing is clear as mud, but mud settles and clear streams run on and disappear, perhaps that is the reason but really there is no reason except that the earth is round and that no one knows the limits of the universe that is the whole thing about men and women that is interesting.


vendredi 22 janvier 2010

I would never belong to a club that would accept me for a member

Je me suis finalement décidé à aller porter du cash à ma proprio qui n'a pas encore déposé mes chèques de loyer des mois de novembre, décembre et janvier. Fuck. Je trouve ça inadmissible. Tout le monde me dit que je capote pour rien, que ça change rien puisque cet argent-là ne m'appartient pas de toute façon, je le sais. Mais pour un angoissé comme moi, c'est comme si se lever un matin, vérifier AccèsD et avoir tout-à-coup plus que 2000 piasses en moins, c'était un peu la fin du monde. J'arrive pas à regarder ma colonne d'avoir en me disant que ça serait exactement la même chose si les loyers avaient été déposés normalement, à intervalles réguliers. J'ai fucking l'impression que j'aurais plus d'argent si ce gros montant ne menaçait pas de disparaître chaque jour. En tous cas, là c'est fait, je l'écris ici pis j'en parle plus.

Je suis pas cheap, juste un peu loser.

jeudi 21 janvier 2010

This American Life

Thomas Jefferson est mort à midi, le 4 juillet 1826, exactement cinquante ans après la signature de la Déclaration d'Indépendance. Ses derniers mots: "Is it the fourth?"

Moins de douzes heures plus tard, John Adams mourait dans sa maison de Quincy, au Massachusetts. Ses derniers mots: "Thomas Jefferson survives."

Le protagoniste de THE HOUSE OF THE SEVEN GABLES, de Nathaniel Hawthorne, est un personnage historique qui s'appelle Jaffrey Pyncheon. Il est un ancêtre du romancier Thomas Pynchon.

L'action de THE SCARLET LETTER, du même Hawthorne, a lieu dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle et prend racine dans les célèbres procès de Salem où plusieurs hommes et femmes furent jugés et pendus pour sorcellerie et connivence avec le Diable. John Hathorne, juge de la cour supérieure, officier au procès, était l'arrière-arrière grand-père du romancier.

Le livre autobiographique de Rick Moody, THE BLACK VEIL, est un plongeon sombre dans l'histoire de sa famille, qui remonte aussi jusqu'aux sources puritaines de l'Amérique. Son ancêtre, Joseph "Handkerchief" Moody, un ministre puritain qui s'est un jour voilé le visage en refusant d'expliquer ses motifs, est l'inspiration derrière la nouvelle d'Hawthorne THE MINISTER'S BLACK VEIL. Le livre de Moody se termine sur ces mots: "To be an American, to be a citizen of the West, is to be a murdeder. Don't kid yourself. Cover your face."

Quand William Gaddis a voulu présenter le manuscrit de son premier roman, THE RECOGNITIONS, à T.S. Eliot, un de ses modèles, ce dernier a poliment refusé de le lire, disant qu'il ne s'intéressait pas beaucoup à la production de la nouvelle génération.

Quand toute la clique littéraire pensait que Thomas Pynchon, romancier fantôme dont la dernière photo connue remonte à sa jeunesse dans les marines, était en réalité un pseudonyme de William Gaddis, ce dernier a écrit un communiqué pour démentir la rumeur. Il disait qu'il avait vaguement entendu parler d'un certain Pynchon, mais qu'il ne l'avait jamais lu, ne s'intéressant pas beaucoup à la production de la nouvelle génération.

MAO II, un roman de 1991 de Don DeLillo, raconte les pérégrinations physiques et psychologiques d'un romancier fantôme de la trempe de Thomas Pynchon, véritable monument littéraire et mythe national. Sur l'édition originale, hardcover, chez Viking, il y a un seul commentaire critique (blurb):

This novel's a beauty. DeLillo takes us on a beathtaking journey, beyond the official versions of our daily history, beyond all easy assumptions about who we're supposed to be...
-Thomas Pynchon

mercredi 20 janvier 2010

Sans fil conducteur


























1) Je pense que la phrase qui m'énerve le plus dans la vie c'est celle qui commence par "Je suis pas raciste, mais..."

2) Les poules, ça me connaît.

3) Je viens d'apprendre que le père de John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln, était un acteur anglais très connu de la première moitié du XIXe siècle, qui s'appelait Junius BRUTUS Booth. Je veux dire: Brutus. Est-ce que ton héritage pourrait être plus écrit dans ton nom?

4) J'ai appris aussi que John James Aubudon, le peintre animalier qui a réalisé le célèbre THE BIRDS OF AMERICA, entre 1827 et 1838, shootait allègrement les oiseaux avant de les peindre.

5) Tout le monde me parle tout le temps de l'intensité des scènes dans INGLORIOUS BASTERDS, de l'intensité, des montées de tension. Moi je les trouve poches, les montées de tension. Si tu veux des montées de tension, réécoute NO COUNTRY FOR OLD MEN, des frères Coen. La scène du coin toss avec le garagiste. La scène du meurtre de Carson Wells. La scène de l'hôtel juste avant que Moss reçoive la serrure de la porte dans la poitrine, quand il est en train de se demander pourquoi Chigurh est allé fermé la lumière du couloir. À côté de ça, la scène du bar dans le dernier Tarantino ressemble à une description d'escalier viennois dans un roman balzacien.

6) Qui c'est qui prend un rendez-vous chez le gynéco le jour de sa fête?

7) Je parlais avec Guillaume, je lui demande c'est quoi la scène la plus violente dans l'œuvre de Cormac McCarthy? Il me répond, en souriant un peu, comme dans un coin, ben, il y a cette moment dans BLOOD MERIDIAN où le Kid arrive face-eu-face euvec une bush, comment tu dis bush, un bosquet, un bouisson, yes, un bouisson d'enfants, des bébés, écorchés vifs. Ouais. Ils sont comme tous accrochés aux branches du buisson, comme like, sliced? Peeled? That must have been a sight.

8) La prochaine fois que j'entends le mot "Juif" associé à un truc monétaire, ou financier, je pète ma coche.

9) En trois lignes:
Philippe était le genre de gars qui sautillait en marchant, chacun de ses pas était comme un sursaut avorté avant d'aller dunker dans un panier de basketball, la fraction de seconde avant d'aller marquer un point.

10) Histoire vraie: j'ai genre une blonde. Elle m'a demandé de sortir avec elle hier soir. J'ai fucking dit oui. Pis je l'ai embrassé. Va lire son blogue, elle parle de nous sans arrêt. Je suis pas mal plus intéressant dans ses trucs à elle que dans les miens. Est-ce que tu vois mon sourire? Il t'aveugle pas mon sourire?

lundi 18 janvier 2010

Yup

Des fois je me demande si je m'essuie normalement après avoir chié. Je veux dire, y a des fois dans la vie où tu veux juste être fucking normal.

Tu vois, je me dis ça pis en même temps je me dis, c'est même pas inédit c't'affaire-là. J'ai piqué ça à quelqu'un, mais qui? Ça me rappelle quelque chose.

Pis tu vois soudainement ça me revient, ça me rappelle ça, que j'avais écrit à vingt ans, qui me fait penser que j'ai crissement pas évolué:

Étienne fixait sa cigarette, précisément l’extrémité embrasée de sa cigarette et, à intervalles réguliers, se la mettait dans la bouche et à ces instants il n’avait plus rien à fixer alors il fermait les yeux la plupart du temps. Il fermait les yeux comme si sa cigarette était un fromage extraordinairement bien vieilli par des méthodes à l’ancienne, comme dans une grotte, ou une caverne, un chèvre vieilli en caverne, et il plissait les joues pour aspirer, et il ne la déposait jamais, il tapait la cendre à toutes les vingt secondes et je me disais c’est le genre de gars qui a des habitudes de vie bien précises, qui viennent de quelque part, d’une réflexion, d’une tradition d’élégance ou je ne sais pas, mais qui s’appuient sur des fondements sociaux bien établis. Je me formulais cette idée, tout en n’étant pas tout à fait sûr de ce qu’elle impliquait, mais ça me rassurait de mettre en mots ma pensée et aussi ce que je voyais de lui qui influait sur ma pensée. Étienne, par exemple, était le genre de gars qui avait ri de moi quand je lui avais avoué me rincer les cheveux, dans la douche, dos au jet, c’est-à-dire la tête penchée vers l’arrière, me lissant la chevelure avec les mains, dans des gestes caressants. Je lui avais avoué ça, bien que je ne me rappelle plus les circonstances qui entouraient la confession, et il avait ri, littéralement ri de moi, en disant, dans une de ses rares incursions dans le domaine des gens ordinaires, du peuple : Tu veux dire, comme Passe-Montagne, tu te rinces les cheveux comme Passe-Montagne. Il m’avait dit ça, en riant, très clairement, de moi. C’est un souvenir très limpide, très présent pour moi, qui me revient presque chaque fois que je me lave, chiant, pendant qu’inconsciemment je me force à me rincer face au jet, l’eau que je reçois dans le visage, et je frotte vigoureusement ma tête, pour éviter de me donner l’impression que je me caresse. Je veux éviter absolument tout geste qui ressemble à une caresse, parce qu’automatiquement j’ai l’image de Passe-Montagne qui m’agresse et qui me tourmente. Étienne était ce genre de personne-là, qui pouvait te faire douter de tes habitudes intimes, de celles qu’on fait toujours en privé, qui ne concernent que nous, mais qu’on veut absolument faire entrer dans un moule, dans le moule de la normalité, parce qu’on a beau être excentrique, on ne veut pas s’essuyer le cul de manière excentrique, on veut à tout prix s’essuyer le cul de la manière la plus normale possible, même si personne ne saura jamais ce qu’il en est. D’une façon ou d’une autre, il avait à peu près tout le temps raison sur à peu près tous les sujets abordés, dans à peu près toutes les situations de la vie. Si on peut dire qu'avoir raison et avoir le dernier mot c’est la même chose.


dimanche 17 janvier 2010

Le doctorat est fucking commencé

Je me suis fait ramasser, comme prévu, dans mon séminaire de thèse, première sécance: sujet trop large, trop vaste, trop flou, sujet intéressant, comme tous les sujets, mais de quoi tu veux parler vraiment, au juste? Du romancier maintenant ou du romancier d'avant? Et c'est quoi le lien avec la Nation comme construction symbolique, avec l'identité nationale? Tu veux dire que tu veux parler des romanciers qui s'identifient à la Nation, dans un processus... Pis quels romanciers? As-tu un corpus? De qui tu veux parler? Tu veux parler de Melville et de Roth, pis de qui d'autre? Pis de quels livres de qui, en particulier? 1850 jusqu'à 2007? C'EST ÉNORME! Ce que tu veux faire, c'est une vie littéraire des États-Unis, au fond? Une typologie du romancier? Sois plus précis, s'il-te-plaît, qu'est-ce que tu entends au juste par "figure".

J'avais ma thèse qui s'écrivait dans ma tête à mesure... J'étais juste incapable de la leur faire lire, genre, en direct.

Je pensais pas que le séminaire de thèse ça servait à faire le deuil d'une idée pleine de potentielle. Mais au fond c'est logique, c'est évident. J'aurais dû m'en douter.

Pour l'instant ça porte le titre suivant, que j'affectionne, mais bon:

Statut, posture et figure du romancier aux États-Unis. De Herman Melville à Philip Roth.


En gros il m'ont dit : calme-toi les nerfs, le grand. Mais ils ont utilisé le mot "balises", au pluriel, parce qu'on est quand même au 4e étage du Judith-Jasmin.

samedi 16 janvier 2010

Expect the, well, you know (IV).

And then I stopped for two seconds to think about those strange American names from the Civil War. General's names, Yankee's names, Confederate's names, names like cutting knives or extremely tight and volatile gun powder. All over the American landscape, burning. What did they mean, those names? What did they implied? How come you could have a name like that? How come somebody could name you like you were the crossing line between some kind of quaint machine and a really efficient and elegant race horse? I said to myself, man, look at those names, before plunging into reminiscences of Ariane.

Ulysses Simpson Grant.

William Tecumseh Sherman.

Ambrose Burnside.

Braxton Bragg.

Jubal A. Early.

I don't know why, but it helped me remember. Their crystalline quality, syllable upon syllable, helped me remember Ariane more vividly. It was strangely compelling.

vendredi 15 janvier 2010

Jogos de palavras

Je lis BIRDS OF AMERICA, un recueil de nouvelles de Lorrie Moore. Évidemment, c'est fucking bon. Je pense que je me rappelle même pas de la dernière fois que j'ai lu un livre qui était pas fucking bon.

Dans une des histoires, la jeune femme, une bibliothécaire, s'amuse à faire ce qu'elle appelle des "Tom Swifties". Je sais pas comment ça s'appelle en français, mais ça m'en donner le goût d'en faire, moi aussi.

Cette fleur sent si bon, merci, me dit-elle toxiquement.

L'édifice devra compter onze étages, dit-il ingénieusement.

J'ai seulement six ans, me lança-t-il vénérablement.

Je dois vraiment me taper tout le trajet avec ça sur le dos? demandait-elle insupportablement.

Je crache du charbon depuis ma retraite, toussa-t-il minablement.

Je fais du jogging tous les matins le long du canal, répétait-elle couramment.

Expect the, well, you know (III).

Peacefully, I finished my coffee, looking into the vague, building in my head a series of linguistic hypotheses about the eventual wording of that speech that was already tormenting me. I was extracting a number of esthetic possibilities from it, with some kind of play on the form itself that would bring out the ambiguity of the whole situation. The point of view of the murderer, literarily speaking, was interesting, as a way of entering the mind of an individual. I was engulfing myself in that psychological mess at once disturbing and so, what, real. I was evaluating the possible avenues, the detours and dead ends, the cracks and bumps. I was engaged on that road full of signalisation and directions, I was beginning to get really excited, you know, when my eyes fell on the newspaper article again to get to the details and the specifics. I didn't want to invent. I didn't want to know anything about invention. What I wanted to write was a loyal and plausible rendition of what he had said to the authorities at the moment of his arrest. Nothing else was important to me. I mean, at least nothing was important until the whip blow slapped me square in the face.
The article ended with this quite simple sentence: "The family of the victim, Ariane C., invites kins and friends at the funeral, which is going to be held in *** Church, this Wednesday at noon." A violent whip blow, direct and incredibly vicious. I lifted myself from my chair, I looked around me for help. I sat again. Clients were now eyeing in my direction with suspicious looks. I sat and reread the article four times. At the fifth time, I stood up, left money on the table and walked out. I came back in the café, took my coat and my newspaper and walked out in the cold morning air.
I kind of ran to my appartment and when I got there I fell on the sofa. I stood up to get my cigarettes in the kitchen and I went back to fall in the sofa a second time. I lighted a cigarette and I stood up to get a glass of water in the kitchen. I read the article again and I burned my lips with the butt of the smoke. I threw the paper on the floor and then I almost cried.
Almost, because I never cry. Not that I am completely insensitive, no, that's not it.
I lighted another cigarette and I started thinking. Everything, I mean, yes, was turning itself upside down, tumbling into irrationality. That was unacceptable. That was not possible. That was absolutely impossible. Me being there, cradling into my sofa, chain-smoking, into a state of alert this spell-binding, me being there, completely shaken by fatality, it was inconceivable. I wasn't having any of it.

mercredi 13 janvier 2010

Expect the, well, you know (II).

Keep reading. It gets better.

Like everybody else, I learned about Ariane's death in the newspaper. I like news, miscellanous, first pages, I read them with pleasure, so I didn't make the connection right away. The story talked to me at first, I must confess, I smiled a bit and I imagined the scene, in all its atrocity. Her name didn't appear before the end of the article and I had lifted my eyes off the paper from the very first lines so as to plunge myself into a kind of perverse reverie. I won't try to convince you that this kind of morbid scenario doesn't stimulate my imagination. Not that I'm a nutcase, no, that's not it. I was clearly seeing the hands of the guy closing up upon the neck of that woman and what? Tighten. Tighten until the two of them, him and her, fall, exhausted. Her dead and him getting slowly up, ready to assume the consequences of his action. The article was saying that he delivered himself to the police right away, shook, I don't know, took by a sudden and delirious crisis of justification. I was closing my eyes and looking everywhere inside me for the speech of that lost man, I wanted to reformulate it, reconstruct it, retell it. Obviously, in my head, at that time, in the monologue I was remaking, there was no space for remorse, regret, second guessing. There was nothing but passion and real love for that dead woman he had just killed. You know, his love was clear, that was what shone bright from his talk. A feeling so deep and so strong he was incapable of sharing it, or of transmitting it correctly. I was placing sentences one after the other, without a conducting line, and this way and that way I was reconstituting the scene of the crime and the looks of the murderer. My first reaction was to absolve him, right away, like that man saying they shoot horses don't they? The farmer and his horse with a broken leg. He shoots it in compassion, because of compassion, because he knows that the suffering is at once useless and unbearable. At the same time, he was watching her live, get slowly away from him, escape soundlessly, little by little, and he had to do something. His love was meant to be stronger than such an escape. Greater than some kind of point of no return. The beauty of that woman was her broken leg, I mean everybody knows that a beautiful woman is as sad, sadder even, than an ugly one. Strangling her, he was freeing her, saving her from her suffering. From their common suffering. I came to a point where I said to myself that her death was absolutely inevitable, if just because all probabilities were against it.

mardi 12 janvier 2010

Expect the, well, you know (I).

Often I foresaw the end of humanity as a flabbergasting coincidence. A crack in the theory of probabilities. A reversal of statistics. If only because every statistic, grinded in the filter of reality, becomes absurd. I’m playing with that idea. You see, according to me, once on the plane, the only possible equation is either I’m falling or I’m not falling. Either I crash or I don’t crash: yes or no. I die or I don’t die. In real life, far away from the abstraction of mathematics and numbers, everything comes down to yes or no. Chances are thus perfectly even, everything is equal: fifty-fifty. And this applies in every domain, in every time period, in every house of every city of the planet. I’m well aware that my model doesn’t work, that it is not logical, that I have a naïve and simplistic and binary view of reality… But this has nothing to do with anything. What has something to do with something is fear. It is to know, to understand that, in front of the overwhelming power of fear, no statistic can be of any help. I know I’m not making any sense, I know I’m being abstruse… But I don’t mind. I don’t want to prove probabilities wrong, I don’t want to crush them, I’m not questioning their cold and slippery perfection. I’m only saying that when I cross the street, way too often, I literally see the car hit me; that when I walk under a window I can feel, on the back of my neck, the premonitory itch of a falling piano. I’m only saying that every other second, I die in a certain way. And you too, and everybody. And that we forget it.
So. Often it occurred to me, in dark moments of depression or luminous moments of lucidity, to foresee this possible second, yes, why not, this possible instant when the whole of humanity would end. I mean: in a second. A second of absolute cruelty of fate. Not that I believe in fate, no, that’s not what I’m driving at. This second, really a fraction of an instant, would mark the total obliteration of human kind. Let’s give it a shot: suddenly (and at first glance it can look like an incredible example, but bear with me) everyone, at exactly the same time, on the whole Green Earth, would get entangled in the laces of their shoes, and would be standing near a deep hole, or near a big fire, or near a fence with extremely sharp ends, or near a lake for those who don’t know how to swim. You follow me? And everybody right there to collapse, the one in his hole, the one in his fire, the one in his lake. At the exact same time, in the blink of an eye, at that exact second that would from then on coincide with the extinction of the species. Don’t tell me that it’s impossible, that it’s improbable even, I planned everything. I mean, there’s this desperate movement of every other pilot in every other plane in every other air corridor who, discovering the fallibility of his knots, dangerously kneels, bumping his head on the automatic pilot, changing the trajectory of the machine, making it fall who knows where, killing everyone on board. All this happening at the very same terrible and fateful moment in time.
And the small kids with Velcro shoes, you’re going to tell me, they will survive, they won’t die, saved by their ignorance. Well, what can I reply to that except that in this diabolic plan (not that I believe in the devil, no, that’s not it) which constantly works on my brains, which feeds on my intelligence, no one is spared. Not even our kids, our own dear kids. There is no way out. If only because the kid always puts his hand in the hand of an adult nearby: the kid always offers his innocence and vulnerability to the hand of an adult. The adult who takes the hand of the kid, to protect him against the evils of this world, pulls him to his death. This is well known, in moments of stress, muscles contract. Thus the adult pulls, before falling, on the small innocent hand. The adult applies a strong pressure, the kid whines, I mean what can Velcro do against a love like that? What can Velcro do against the irremediable?
Because it is, I can assure you. Probabilities don’t mean a thing, they tend to simplify life, always, and they are much more dangerous than any one of my nightmares. And when it happens we all look amazed. Well, we shouldn’t. Probabilities are just out there to prevent fear. But why is fear in here?

dimanche 10 janvier 2010

En trois lignes

J'ai souvent fantasmé sur la description minimaliste d'une personne qui commencerait par "Il était le genre de gars qui..." et qui mettrait en relief un élément de personnalité tellement éloquent qu'il résumerait, synthétiserait, matérialiserait dans ta face, un être au complet.

Marc était le genre de gars qui, en amenant son curseur d'un point à un autre de l'écran, faisait toujours une boucle avec la souris, une sorte de petite virevolte quoi? Primesautière.

Portrait (vampirisation)

Guillaume c'est l'Américain du département, celui à qui on demande de lire nos citations anglophones durant les exposés parce que ça sonne bien en criss avec son accent du sud mêlé de pointes mi-californiennes mi-londoniennes. Du genre duuude, how's it goeuing, man? Il a un accent gros comme mon, quand il parle français, mais je le comprends quand même mieux que les estis de parisiens qui ont comme oublié c'était quoi articuler quelque part en 1995. Guillaume vient du Tennessee, t'imagines venir du Tennessee? Qu'est-ce que ça veut dire? Qu'est-ce que ça implique? C'est un grand bonhomme charmant qui sort avec une française qui vient d'immigrer ici juste pour ses beaux yeux.

Guillaume a fait son collège à Athens, en Georgie, il a passé genre trois ans de sa vie à chiller avec les gens du collectif musical Elephant 6. J'ai dit WHAT? J'ai dit WHAT? Like, you know Jeff Mangum? Il m'a répondu I've seen the guy a couple of times, he was involved in an animal defense group with some of my friends, back then. J'ai dit WHAT? Guillaume a travaillé durant quelques mois dans une espèce de café alternatif vegan/slash/anarchist à Athens, en Georgie. Il a chillé avec les gars de Elf Power.

Guillaume est à moitié français, par son père. Il a longtemps vécu en France. Il a une tendance toute américaine à trouver tout le monde autour de lui vraiment brillant et à te sortir des qualités inusités, like man, you have such a great work ethic, I wish I was like you.

Il m'a dit now I kind of have a love-hate relationship with France, I'm sick of prejudices against the US, you know. Like, Oh, you're from the South, so you must have married your sister or something, you must be a religious fanatic. And I'm like do you listen to rock & roll, man? Yes? Well you can thank my fucking state for that. I mean, I was fucking born where rock&roll was born. I was born between Memphis and Nashville, man. And I'm sick of those skater boys in like, Bordeaux. Get a life, dude.

vendredi 8 janvier 2010

Americana

Don DeLillo.

Don DeLillo c'est quelqu'un que quand tu le lis, t'as envie de sortir dans la rue et de crier, crier, à un inconnu à quel point c'est beau. À quel point cet inconnu, si c'est un humain, devrait être en mesure de comprendre à quel point c'est beau, de le comprendre en même temps que toi exactement. Don DeLillo, il te donne l'envie, le besoin viscéral de relever la tête pour citer des phrases à haute voix à la personne que t'aime qui essaie d'être tranquille, juste à côté, avec son verre de vin. C'est une communion du lecteur avec l'auteur tellement intense que t'as besoin de la partager. C'est pas possible écrire des phrases de même. Une après l'autre, estie. Une après l'autre.

He wanted to fuck her loudly on a hard bed with hard rain beating on the windows.

Watching Bill's face begin to change. How the jaw muscles slackened and the eyes grew calm. A great man's face shows the beauty of his work.

"When I think of China, what do I think of?"
"People," said Karen.
"Crowds," Scott said. "People trudging along wide streets, pushing carts or riding bikes, crowd after crowd in the long lens of the camera so they seem even closer together than they really are, totally jampacked, and I think of how they merge with the future, how the future makes room for the nonachiever, the nonagressor, the trudger, the nonindividual. Totally calm in the long lens, crowd on top of crowd, pedaling, trudging, faceless, sort of surviving nicely."

He knew it was evening by the war noise. In the early weeks it began at sundown. First the machine-gun clatter, then car horns blowing. It's interesting to think of traffic jams caused by war. Everything is normal in a way. All the usual cursing complaints.

I've always seen myself in sentences. I begin to recognize myself, word by word, as I work through a sentence. The language of my books has shaped me as a man. There's a moral force in a sentence when it comes out right. It speaks the writer's will to live.

-DON DELILLO, MAO II, 1991.

C'est du langage tellement comme concentré, c'en est perturbant. Tu veux écrire des livres, man? Ben c'est ça le standard.

jeudi 7 janvier 2010

Tough

Ces derniers jours, j'ai été un très mauvais ami. Pas de retours d'appels. Rendez-vous déplacés à la dernière minute. Indisponibilité chronique. Présence virtuelle plus que physique. Je m'en excuse auprès des gens qui m'aiment et que j'aime. Je vais vous dire un secret: je suis fucking heureux.

Mais ceci dit, ça veut pas dire que je vais transformer ce blogue en espace d'amoureux transi. Je suis un tough. En plus, l'école recommence, je vais avoir plein de jokes d'intello à raconter, plein d'anecdotes de littéraires fendants qui pensent que lire Baudrillard, c'est genre, cool. Sans parler de le citer en classe.

Cette session, c'est mon séminaire de thèse. Va falloir que j'arrête de lire en portugais pis que je me replonge d'aplomb dans mes ouvrages sur l'américanité. C'est pas grave. L'américanité, ça c'est cool en criss.

Indeed, what first attracted me to the study of the jeremiad was my astonishment, as a Canadian immigrant, at learning about the prophetic history of America. Not of North America, for the prophecies stopped short at the Canadian and Mexican borders, but of a country that, despite its arbitrary territorial limits, could read its destiny in its landscape, and a population that, despite its bewildering mixture of race and creed, could believe in something called an American mission, and could invest that patent fiction with all the emotional, spiritual, and intellectual appeal of a religious quest. I felt then like Sancho Panza in a land of Don Quixotes. Here was the anarchist Thoreau condemning his backsliding neighbours by reference to the Westward errand; here, the solitary singer Walt Whitman, claiming to be the American Way; here, the civil rights leader Martin Luther King, descendant of slaves, denouncing segregation as a violation of the American dream; here, an endless debate about national identity, full of rage and faith, Jeffersonians claiming that they, and not the priggish heirs of Calvin, really represented the errand, conservative politicians hunting down socialists as conspirators against the dream, left-wing polemics proving that capitalism was a betrayal of the country’s sacred origins.
-SACVAN BERCOVITCH, The American Jeremiad

mercredi 6 janvier 2010

Crap

Moi: En me promenant dans la blogosphère, je suis tombé sur la page d'un gars qui signe "L'arrache-Cœur", qui vient de décider d'arrêter de bloguer parce que l'inspiration lui fait défaut. En haut à droite de sa page, il y avait un lien menant à son "post le plus commenté", intitulé: "Rejoignez le groupe Facebook Fans des jokes de Cédrika Provencher"... 108 commentaires. Un déversement. Wow.

Elle: En écoutant TQS, elle est tombée sur un combat extrême, avec deux dudes qui se pètent la yeule sans aucun règlement. Elle m'a dit, euh, c'parce que le gars vient genre du tuer l'autre avec un fuckin coup de pied dans le nez. Pis y gagne pareil. Scandaleux.

Anne: Elle vient d'entendre une chronique de mongols sur le décès de Lhasa de Sela, pis elle est fâchée. Elle trouve ça limite blasphématoire. Non, c'est faux, elle trouve ça tout-à-fait blasphématoire. (Pfioouuu, je viens de l'écouter, c'est du grand art. Tabarnack.)

Moi: J'ai appris la mort de Nelly Arcan sur Facebook, parce qu'on apprend tout sur Facebook maintenant. Le matin il y avait une ou deux personnes qui avaient commenté sobrement. Et deux heures plus tard, les jokes de putain ont commencées. Ont a eu droit à un "Peut-être qu'elle s'est étouffée avec un cum shot."

mardi 5 janvier 2010

Middle of the day

Je suis en train de lire un livre de maison hantée. Je me demande, est-ce que ça m'est déjà arrivé d'avoir peur, je veux dire, fucking peur en lisant un livre? Je me rappelle que mon ami Laurent me racontait que son père avait fait l'erreur, une fois, de lire IT, de Stephen King, dans une tente, au milieu d'une forêt. J'ai déjà eu fucking peur dans une forêt, mais j'avais pas besoin de livre pour ça. Juste la ligne des premiers arbres autour de notre feu c'était assez pour être tellement un ailleurs que j'aurais pas pu y aller tout seul. Même avec le fanal. Surtout pas avec le fanal. Même avec les deux dudes qui étaient avec moi. Je me souviens qu'on avait décidé d'aller dormir dans la grange, à un kilomètre environ, mais juste le chemin pour s'y rendre, ça l'avait rendue un plus mauvais choix encore que notre campement. Si j'avais eu THE HAUNTING OF HILL HOUSE avec moi cette nuit-là, j'aurais eu peur en lisant un livre. Mais ici, dans St-Henri, en plein mois de janvier, avec les déneigeuses qui font un bruit d'enfer dans ma rue, j'ai même pas peur.

Par contre, les films c'est une autre histoire. Il y a plein de films ratés qui m'ont pas fait peur en criss. Ou que je revois maintenant et qui ont vraiment mal vieillis. PEUR BLEUE, avec le loup-garou qui me faisait quasiment brailler, est un bon exemple. Il y a aussi plein de films qui me font encore freaker ben raide comme THE SHINING, même si je le connais tellement que je sais ce qui va arriver. Mais le bruit du Big Wheel dans les corridors de l'hôtel, tapis, pas de tapis, tapis, pas de tapis, ouf. Sauf que je pensais pas qu'un film pouvait me faire aussi peur avant que je vois THE STRANGERS, qui est sorti récemment. That is a fucked up movie, man. J'ai vraiment chié dans mes culottes, là, tout seul dans St-Henri, sans déneigeuses pour m'envoyer leurs sirènes rassurantes, d'en bas dans ma rue.

***

Ajout: Pis Dead Man's Bones, je trouve ça pas pire pantoute. Il y a comme une esthétique kitsch gothique/slash/far west un peu ironique, un peu bancale, qui s'assume et que j'aime bien. Il y a des enfants qui crient vraiment fort, pas tellement à l'unisson "My body's a zombie for you!!", pis des bruits de pas dans des couloirs qui craquent, pis des références à ta tombe pis à la mienne. C'est plus proche d'une fête des morts mexicaine, de UNDER THE VOLCANO, de Tim Burton, d'un cool soundtrack d'halloween, que d'un trip de emos, il me semble. Let's make those kids sing.

samedi 2 janvier 2010

Autre truc, genre parallèle

Je commence aujourd'hui la traduction non-officielle d'un livre pour enfants de Clarice Lispector que je propose en épisodes sur le blogue suivant "La Vie Intime de Laura".

C'est un petit texte mignon et évidemment très "lispectorien" qui est difficile à trouver en français près d'ici.

Dès lors ce chantier que je me fais un plaisir d'inaugurer.

Fica à vontade.

vendredi 1 janvier 2010

Trucs inconséquents

Y'a tellement rien à manger dans mon frigo en ce moment que tu peux comme aller au fond des choses.

Mon petit frère vient de partir pis on a joué au XBOX durant toute l'aprèm pis toute la veillée pis je lui ai raconté mes aventures de débile en mangeant des roteux au Nouveau Système, le seul resto ouvert sur Notre-Dame un premier Janvier. La yeule y est tombée. Il a treize ans, faque il me dit, la prochaine fois, faudrait que t'organise quelque chose dans le métro, ça serait malade, toutes les stations, genre, pis là tu lui donnes plein de rendez-vous différents, pis là pis là.

Je suis encore à l'ordi, j'ai mal aux doigts, mais je suis fucking plus nice qu'un geek qui joue à World Of Warcraft avec son TV Dinner à côté pis son truc micro/slash/écouteur pour pouvoir avertir un autre geek en France qu'il s'en va tuer Gosgoumack, ou un autre nom de geek, pour faire monter ses levels, son stamina, pis son charisme.
T'inquiètes pas.
J'ai des rapports face-à-face.

Pis toi?

Hier soir je parlais avec mes amis autour d'un Gin&Tonic, pis on se disait esti que c'est cool Montréal parce que maintenant, peu importe dans quel quartier tu vis, ton quartier est VRAIMENT PLUS HOT QUE LE PLATEAU. On est tous rendus vraiment patriotes avec nos Saint-Henri, pis nos HoMa, pis nos Centre-Sud, pis nos Villeray, pis nos Parc Ex.

Euh, pis... ça vraiment pas rapport, mais hier soir un peu après minuit, j'étais en train d'embrasser une jolie fille avec les orteils gelés dans mes converse. Ouaip.

Toi qu'est-ce que t'as fait?

Menina

Gostei do teu sorriso.

Gostei do teu perfume.

Gosto do teu nome.

Gosto de você.