vendredi 30 avril 2010

La mort d'un soubresaut (I)

On se rappelle de son œuvre, certaines personnes la lisent encore, mais lui reste un mystère. Il y en a qui disent que sa mort a ressemblé à ses écrits, qu'elle en a été le complément d'objet direct. D'autres disent que sa mort n'a rien à voir avec ça, qu'elle a été tellement gratuite et violente que personne n'aurait pu la prévoir. On s'amuse à spéculer, non, on ne s'amuse pas, on est tous tristes. On l'aimait. Et il écrivait bien, des choses importantes. On spécule. Qu'est-ce qui a bien pu se passer cette nuit-là. Qu'est-ce qui a bien pu arriver. On met tout en italique, mais ce ne sont pas des questions. L'un de nous a dit qu'il avait vu Naples. Les autres se sont tournés vers lui. Il a répété qu'il avait vu Naples. On a froncé les sourcils. Il a dit qu'il ne lui restait plus qu'à mourir. Il a presque souri et on a pensé au mot dépit. Dépit. Par. Par dépit. On ne sait plus quoi penser. On spécule et on sourit par dépit en jouant sur les mots, parfois sur les siens. Comme quand il parlait d'une hystérie gangrénée qui peine à se tenir sur ses jambes. On se demande ce qu'il entendait par là. On se demande aussi souvent ce qu'il est allé faire là-bas. On se parle en forme de cercle, en ruminant de faux souvenirs chaleureux, de fausses promesses non tenues juste avant qu'il ne parte. On se parle en cercle, nous, et il est absent. Il est mort.
Est-ce qu'il est mort parce qu'il a pris le bateau au lieu de l'avion?
Est-ce qu'il est mort parce qu'il est descendu à Naples et pas en Sicile?
S'il avait accosté en Sicile il serait devenu un grand écrivain vieillissant.
Est-ce qu'il s'est fait assassiné exclusivement parce qu'il était suicidaire?
Est-ce qu'il s'est fait poignarder, poignarder, taillader, éventrer et ensuite écraser sous les roues d'une Fiat uniquement parce qu'un jeune napolitain se considérait comme sa muse?
S'il avait accosté en Corse il serait devenu un humain sublime et agé qu'on aurait regardé avec des yeux cernés de n'être pas capable de dormir en sa présence constante, rassurante, enveloppante.
Est-ce qu'il s'est fait tuer par un jeune poète italien qui voulait sa peau contre sa peau?
Est-ce que les roues de la Fiat lui on fait mal, comme ferait mal un coup de grâce reçu en pleine ascension?
C'est moi qui a prononcé la dernière phrase, et ils m'ont regardé en se disant calme-toi les nerfs, en cercle, on spéculait en cercle, avec de l'alcool et des cigarettes, calme-toi les nerfs c'est tiré par les cheveux cette image, c'est pompeux. J'ai répondu qu'il aurait pu l'écrire. Ils m'ont dit non. Ils m'ont dit de toute façon tu n'as jamais rien compris à son œuvre.
L'un d'entre nous a répété qu'il avait vu Naples et que maintenant il était mort. Il a dit je veux dire pourquoi chercher plus loin. Le Christ s'est arrêté à Eboli et lui ne s'est même pas rendu à Capri.

jeudi 29 avril 2010

Projets

Écrire un roman sur une fille qui devient chaude comme l'élément du four pendant la nuit.

Écrire une nouvelle sur un gars qui voit Naples pis qui meurt après.

Écrire un conte sur un nain qui rêve juste de devenir maire.

Écrire un poème sur une lecture à haute voix des Contemplations de Hugo dans un lit à sept heures et demi du matin.

Écrire une phrase sur un mur lavé(e) par des cols bleus.

mercredi 28 avril 2010

Insectes


Hostie pis ça m'a rappelé cette fois-là, chez Mathilde, quand on avait eu une invasion de mouches grosses comme ta queue dans le sous-sol. C'étaient des mouches comme molles, qui volaient pas, grosses comme ma queue. Elles étaient collées sur les vitres, sur les meubles, sur les cadres, on les aspiraient avec la balayeuse pis elles se sauvaient même pas, elles étaient comme genre repues, je sais pas. On a fini par trouver un oiseau mort dans un coin, qu'un des chats avait ramené sans nous le dire. C'étaient des mouches immobiles, obèses, qui avaient comme germées dans le ventre mort d'un oiseau pis qui avaient probablement eu tellement la vie facile qu'elles étaient là, à juste exister sur les murs, trop vedges pour se sauver. On approchait l'aspirateur pis elles se laissaient gober, pis ça faisait poc poc dans le tuyau hostie c'était dégueulasse. Il y en avait tellement, certains murs étaient noirs. On pouvait quasiment faire des formes dans le tas dans les fenêtres. Je me souviens plus qu'est-ce qu'on a fait avec le sac de la balayeuse, mais je me souviens de leurs ailes pis de leur ventre pis de leurs yeux pis de leur look de mouches breedées au foie gras dans un corps mort d'oiseau pourrissant.

mardi 27 avril 2010

Rencontre d'après-match

La deuxième rencontre entre Eddie Vedder et Clarence L'inspecteur se décline pour l'instant en trois chapitres:

1 - Pub Irlandais.

2- High Five Manqué.

3- Halak It Like That.

Et c'est toujours aussi délicieux.

Fucking Great American Novel

Je suis rendu à la page 824 sur 956 du roman THE RECOGNITIONS, de William Gaddis. C'est la troisième fois que je le lis et je ne suis pas encore certain de tout comprendre. La narration est tellement complexe et tellement dense et tellement allusive par moments que j'ai l'impression d'entrer dans un vortex de voix et de mythes qui entrent en collision. Au milieu de la seconde partie, un homme meurt dans sa maison durant un cocktail et même si je connais ce livre depuis plus de dix ans, je suis encore incapable de comprendre exactement ce qui arrive durant la scène fatidique, ce qui se passe. C'est comme si je n'arrivais pas à avoir accès à l'image, comme si je lisais à travers un filtre ou un miroir déformant: il y a trop de mots, trop de paroles en confrontation, trop de monde. L'écriture de Gaddis ressemble parfois à une jungle extrêmement touffue et il te manque une machette, et le narrateur est tout sauf ton guide. Tu avances péniblement, aveugle, en sachant seulement deux choses: d'abord qu'au bout du chemin il y a un trésor, ensuite que partout autour de toi il y a des bijoux. Et ça miroite, et c'est là, et c'est tout près, tout le temps.

Sticking from an ashcan halfway down the block he saw a cane. He looked about him quickly, to establish his loneliness in fact; and when the four notes struck in finale he was beyond reach, moving slowly, escaping again in unconscious defiance of something he did not understand, affirming with each step an existence still less comprehended, so crowded were its details, so clamorous of worth, until heeded, and then speechless as the night itself.
(p. 541)

Je veux dire, c'est tellement exactement ça, et c'est tellement bien dit: ...so crowded were its details, so clamorous of worth, until heeded...

Toute la reconnaissance de l'œuvre est dans ce passage. Dans les voix encombrées, dans les détails surpeuplés.

Pub irlandais

J'ai encore croisé Eddie Vedder au Burgundy hier soir. Chui pas sûr, mais je pense qu'il était gelé comme une balle. La game venait de finir, je signais mon nom sur un reçu de carte de crédit, quand il est entré en grandes pompes. Je l'ai fixé. Il m'a fixé. Un genre de eye contact du genre tu sais que je suis pas le chanteur de Pearl Jam mais tu sais pas qui je suis pour vrai pis toi tu sais que je suis pas vraiment un inspecteur pis que je m'appelle pas Clarence mais t'as aucune idée de qui je suis pour vrai. Un genre de regard à la RECOGNITIONS, de Gaddis, mélangé au regard sondeur et frondeur de Larry David dans CURB YOUR ENTHUSIASM. J'ai fait une faute dans mon nom et il s'est avancé vers moi et j'ai spillé de l'encre sur le papier et il s'est craqué le cou sans les mains et j'ai cru bon de déchirer le reçu pour l'empêcher de lire ma véritable identité et il a baissé les yeux juste une seconde trop tard et j'ai souri, malicieux, et il avait les yeux rouges d'un grunge en pleine possession des années quatre-vingt-dix. On a fait un high five un peu awkward, à moitié raté, et il m'a dit sans rancune... Clarence. Et j'ai répondu sans rancune... Eddie. Le crowd du Burgundy a crié pour rien, a fait la vague, une serveuse m'a frôlé avec ses seins pis ses bretelles, je me suis retourné vers ma jolie date et j'ai dit c'mon girl, let's get the fuck outta here. En sortant elle m'a dit pourquoi tu parles en anglais et j'ai pas su quoi répondre, faque je lui ai donné un french kiss.

lundi 26 avril 2010

Luto violento

Li num jornal sobre tua morte. Nem me lembro das circunstâncias exatas.
Disseram que...
Falaram que...
Explicaram que...
Sei lá, porra. Nem sequer me lembro. Me esqueci imediatamente dos detalhes.

Tudo tava tranqüilo, de manhã, eu tava bebendo café, fumando cigarro, quando caí sobre a notícia. Joguei o jornal no chão. Fiquei imóvel. Pisquei os olhos. A vida diurna começou a se delinear ao meu redor. O sol de abril tava aparecendo, tava subindo num céu azul e ainda frio. As ruas ainda tavam húmidas da chuva de ontém. O ar era extremamente claro, diáfano, eu quase podia ver o futuro se esboçar na janela.

Você não existia mais.

Pode ser que um dia eu conte a nossa história.

Mas por enquanto, vai se foder.

***

I read in a newspaper about your death. I don't remember the exact circumstances.
They said that...
They wrote that...
They explained that...
Shit, whatever. I don't even remember. I immediately forgot the details.

Everything was calm that morning, I was drinking coffee, smoking my cigarette, when I fell upon the article. I threw the paper on the floor. I didn't move. I winked. Daily life started to delineate itself around me. The april sun was appearing, was slowly climbing into a blue and still cold sky. The streets were still wet from yesterday's rain. The air was extremely clear, diaphanous, I could almost see the future sketch itself in the window.

You weren't existing anymore.

It can be that one of these days I'll tell our story.

But for now, go fuck yourself.

samedi 24 avril 2010

Soleil d'avril

Petite ballade le long du canal Lachine cet après-midi avec mon petit frère. Il m'a demandé à quoi ça me servait d'aller à l'école, d'étudier la littérature, de faire un doctorat, de lire des livres tout le temps. J'ai pris mon ton professoral.

Or donc.

Sache que.

Il se trouve.

Il s'agit bel et bien de.

Dans la mesure où.

On constate fréquemment.

Il ne saurait y avoir.

De prime abord.

En quelque sorte.

La question demeure entière.

Arrivés au 1000 de la Gauchetière, j'avais à peu près réussi à lui expliquer que l'idée c'était un peu de faire tourner la roue du savoir, en me servant du frisbee comme métaphore.

Tu vois, ça c'est la roue.

Il a dit ouais...

Ben moi je la fais tourner.

Il a dit ahhhhh...

Pis il s'est commandé une crêpe au Nutella.

Boule de neige

Eh bien, la tag du SOUVENIR AIGRE-PIQUANT a fait du chemin, moule des capotes, éventre des grenouilles, prend son bain sur les hautes, freake devant la précocité féminine, s'extasie en face d'une poitrine prolétaire, fait pousser des bosses, se saoule en région, s'effraie au McDo...

ET ELLE EST MAINTENANT DEVENUE UNE BD, chez Iris!!

Comme quoi, on se tanne pas de ces jeux-là.

vendredi 23 avril 2010

Being Paul Giamatti

Je viens de regarder un film vraiment poche. C'est rare que je trouve les films vraiment poches, surtout les films qui sont pas supposés être vraiment bons. Je suis assez bon public. Fuck, je suis allé voir CLASH OF THE TITANS avec mon petit frère pis j'ai passé un bon après-midi. Mais les films qui se pensent bons, ça me gosse. Les films qui ont pas compris que si Charlie Kaufman écrit des films comme Charlie Kaufman, ça vaut pas la peine d'essayer de faire du Charlie Kaufman. Faire du sous Charlie Kaufman, ça rend ton film encore vraiment plus mauvais qu'un mauvais blockbuster. Ça a l'air prétentieux, à côté de la plaque, bidon, calqué, gratuit. Fais autre chose. Essaye-toi même pas. Fais juste autre chose. Ou bien inspire-toi de quelqu'un qui a moins chamboulé complètement la façon d'écrire des scénarios dans les dernières décennies.

COLD SOULS est un film sans aucune profondeur, tout en prétendant être "soul-searching", où tous les petits éléments étranges ou surréalistes qui auraient pu me sembler intéressants s'il était sorti il y a dix ans semblent aujourd'hui complètement remâchés.

Je viens de lire sur IMDB qu'en plus la réalisatrice et scénariste, Sophie Barthes, "is sick with comparisons with Kaufman's work"... Ben criss, à quoi tu t'attendais, c'est comme une version cheap de BEING JOHN MALKOVICH ton truc. Il y a même une scène de l'intérieur de l'âme, style freudien, comme quand Lotte et Maxine restent coincées dans l'inconscient de Malkovich.

Beurk.


Fréquence


Fuck, c'est tellement le calme plat à Saint-Henri. C'est comme s'ils faisaient des travaux dans la rue, à moins que ce soient les gars de Vidéotron qui fuckent le trafic, en gossant dans les fils, dans la bande, dans le désintérêt ambiant.

Silence radio depuis quelques jours.

Mes tags pognent pas. Personne commente. Mon blogroll est immobile.

C'est drôle ces ups and downs. On dirait Livia dans BIG BROTHER.

SAMPA !

Tem alguém que me lê de São Paulo.

Cara! Fala um oi!

La fois où je suis pas allé à Québec

La fois où je suis pas allé à Québec il y a pas eu de tintamarre, il y a pas eu quelque chose d'extraordinaire. J'ai pas passé le Madrid sur la 20 en faisant semblant de pas tchéker les dinosaures en plastique pis les monster trucks. Je suis pas arrêté pisser dans une cabane avec une fleur de lys pendant que mon lift fumait une cigarette accoté sur la porte de la Camry. La fois où je suis pas allé à Québec j'ai pas vu le pont se définir dans le lointain pis j'ai pas pensé à ma grand-mère toute seule dans sa résidence à Sainte-Foy. J'ai pas marché dans la Basse-Ville pis dans le Petit Champlain comme un esti de touriste pis je me suis pas arrêté au Cochon Dingue pour manger deux trois beignes avec un expresso. La fois où je suis pas allé à Québec y s'est pas passé grand chose. J'ai pas vu le fleuve se rétrécir pis devenir l'Île d'Orléans pis j'ai pas cru reconnaître mon visage dans la statue de la terrasse Dufferin. Je suis pas allé chez Pantoute ni chez Oclan ni chez Simon's ni chez mon oncle à Cap Rouge. J'ai pas traversé Sillery en riant des bourgeois. J'ai pas traversé Saint-Roch en écoutant une toune plate de Loco Locass. J'ai vraiment pas mis le pied dans la ville, j'ai même pas mis le pied dans des draps. J'ai même pas vu le traversier pour Lévis partir, avec le château dans le dos. Je suis même pas allé prendre une bière à cette place-là, vraiment cool, après un show de Malajube. La fois où je suis pas allé à Québec j'ai même pas couché avec toi.

jeudi 22 avril 2010

Ironique



Case 1: Cent nains japonais vont te jouir dans la bouche, après ça on va enregistrer la scène du bain de pisse.

Case 2: Je pense que je vais avoir besoin d'une cloppe.

Case 3: Vraiment désolé, c'est interdit de fumer dans les locaux fermés.

Tag: le mauvais coup


La fille au pets de plote a rapport là-dedans. Elle est comme une chape de plomb, non, une cloche de verre, non, une instance kabbalistique, ben non, une mnémosyne odorante et diaphane en surplomb, genre. Tout partait de chez elle, d'elle, de ses yeux tellement rieurs et sûrs d'eux entre une ligne de poudre et un jet d'eau du robinet lancé dans la bouteille de vodka de son père pour ramener le liquide à la hauteur de la ligne tracée au feutre. Je ne me souviens plus si c'était la même soirée que le strip-poker, mais c'était le même été en tous cas, chaud comme un chapitre de viol dans un roman de William Faulkner, entre un épi de maïs dépuceleur et un champ de coton tanguant sous les éclairs. On était à Ville Saint-Laurent, loin du chez-soi de chacun d'entre nous, détachés de tout lien émotionnel qui aurait pu nous affaiblir, on était des petits criss vraiment décidés et vraiment insouciants. Pour nous, acheter des canettes de peinture en spray, c'était aussi stressant que d'acheter des capotes, mais on le faisait quand même, on faisait les deux, on achetait nos capotes en baissant les yeux et on achetait nos cans de peinture en fixant dans le lointain, derrière le comptoir, l'air de dire c'est pour un projet à l'Expo-Science, pose-moi pas de questions. On se trouvait vraiment toughs parce qu'on volait des vêtements au Village des Valeurs, on entrait dans la cabine d'essayage en pesant 150 livres et on en ressortait obèses. On riait des handicapés mentaux qui étudiaient dans une partie spéciale de la polyvalente. On jouait au trou-de-cul avec une terminologie différente, genre trouduc, trou-de-cul, méga trou-de-cul, esti de trou-de-cul. Pas de président dans notre affaire, fuck off.
On est sorti, ce soir-là, par la ruelle et on y est resté. On a décidé de s'attaquer à la ruelle avec nos cans de peinture noire. On avait pas compris le principe non-écrit du tagueur: plus c'est facile, moins tu prends de risque, plus t'es fif. On avait pas compris ça. Non, on se trouvait pas fifs, loin de là, au contraire, nos cheveux verts et nos moons au milieu du boulevard en plein jour et nos kickflips ratés dans le parking en face de chez Seb nous confirmaient sans arrêt notre virilité précoce. Fuck, je veux dire, je faisais du skate avec L'ÉCUME DES JOURS dans ma poche arrière de jeans. Talk about coolness.
On est sorti par la ruelle avec nos cans et on s'est mis à tagger les clôtures. Le son de la bille à l'intérieur quand on brassait la can nous rappelait. Nous rappelait. Rappelait. Nous. Le son rappelait. La bille nous rappelait les bearings du skate, ouais. Ouais.
Tchak-a-tchak, quand tu brassais la canette, tchak-a-tchak, et c'est Thomas je pense qui a remarqué en premier la Civic blanche stationnée presque au bout de la ruelle. On s'est approché, muets comme quand t'es pas certain d'une conjugaison, mais en même temps tu t'en crisse, parce que tu penses juste à faire des belles images. On a encerclé la Civic, avec nos canettes noires, bleues foncé, cramoisi, ventre-de-biche, et on s'est regardé et on a compris qu'il n'y avait qu'une chose à faire: se changer, le temps d'une épiphanie négative, en vrais voyous sortis tout droit de OLIVER TWIST ou d'une chanson de Lagwagon, rester silencieux mais se parler dans nos têtes avec un accent mi-cockney-slash-prolétaire londonien, mi californien-slash-surfwax america-slash-dude where's my car.
Tchak-a-tchak. Et j'ai parti le bal. Un gros

FUCK YOU

directement sur le capot. Écrit en lettres détachées. Ensuite Félix s'est attaqué aux miroirs et Victor à l'aileron arrière. Pendant qu'elle vérifiait si personne n'arrivait. Elle. Pendant qu'elle montait la garde. Dans le pare-brise j'ai écrit en vraiment gros

NOFX

parce que NOFX c'était notre band. Notre autre band c'était Propagandhi, mais on avait pas encore compris qu'ils auraient sûrement condamné notre geste, parce que tout ce qu'on comprenait de leurs paroles c'était fuck religion, fuck religion, fuck americanism, fucking fuck fuck fuck you dumb motherfucker fuck fuck shitty fuck fuck. Alors on a reproduit les paroles de Propagandhi sur une Civic blanche dans une ruelle.

fuck fuck you shitty asshole motherfucker fuck you fuck your mother and your religion fucking fuck dumbshit fuck meat be vegan man!

Tout y est passé, les pneus, les phares, les vitres, les portes, le coffre.

Le lendemain après-midi, on chillait chez Félix, on était revenu à Brossard, un peu stressés, on essayait de se laver les mains, et elle nous a téléphoné en panique. La police était venue chez elle, elle avait été obligée de nous dénoncer. Noms, adresses, numéros de téléphone des parents. Fuck, what? Elle a tenu son bout jusqu'au lendemain avant de nous rappeler complètement crampée ah esti que je vous ai trop eu bande de fifs, avouez que vous avez trop chié dans vos culottes. Et elle a reniflé.

mercredi 21 avril 2010

Bits and pieces

J'avais quelque chose à vous proposer: une tag sur le pire mauvais coup d'enfance ou d'adolescence. N'importe quoi, petite niaiserie, délinquance juvénile, mini acte criminel. Perso, j'en ai un bon à raconter. Je m'y mets demain matin.

Aujourd'hui, j'ai pas lu une seule ligne pour la première fois de ma vie depuis genre quinze ans. Je me demande qu'est-ce que j'ai fait à la place.

Bertrand G. m'a bel et bien demandé si ça m'intéresserait de participer à un colloque de l'Association Brésil-Canada, à Salvador de Bahia. Il va m'envoyer des nouvelles là-dessus. Flasheux.

Hier j'ai rien écrit sur Saint-Henri pis j'ai eu genre 16 visites. Fucking stats poches.

Moi je suis down en criss pour cette raclette. Chez Émilie ou chez Simon?

lundi 19 avril 2010

Plote

Hier soir on parlait de pets de noune, pis ça m'a rappelé cette vieille amie à moi qui habitait Ville Saint-Laurent pis qui avait sorti avec Jean-Paul pis qui était tellement plus hardcore que nous au secondaire avec ses histoires d'aller sniffer des lignes dans les toilettes entre deux cours pis ses histoires de parents séparés qui voulaient pas vraiment d'elle ni l'un ni l'autre. On allait chez elle, au métro Du Collège, juste à côté du cégep, pis on sortait la nuit pour faire des mauvais coup pis du vandalisme pis d'autres affaires juste bizarres, genre échanger les pots de fleurs du balcon d'une maison à un autre. Ou monter des murs de sacs de poubelles devant l'entrée de garage de quelqu'un. Une fois on avait décidé de jouer au strip-poker dans le sous-sol de la fille, il y avait Étienne, Valérie, JP, Laurent, la fille et moi. On a fini par se ramasser tout le monde à poil vraiment vite parce que personne savait vraiment jouer au poker faque on a joué aux dés à la place. Genre le plus petit nombre perd. En tous cas, tout ça pour dire que la fille (je me rappelle plus si elle était complètement nue, mais il me semble que ça se peut pas, c'est trop dégueu) était capable de faire des pets de noune à répétition pis qu'on trouvait donc ça drôle quand elle s'envoyait les jambes par dessus la tête pis que ça faisait un son vraiment long, vraiment quoi, ondulé, vraiment juteux, comme un cheval qui s'essouffle.

Souvenir d'enfance aigre-piquant: Gustavo Gessullo

Voici la contribution de mon grand ami Gustavo, que je vous traduis avec un plaisir immense.


Moi et Elisete et personne d'autre


Je viens de la classe moyenne de São Paulo. Je suis d'une génération où les hommes travaillaient toute la journée et leurs femmes restaient à la maison. La plupart des familles étaient comme ça, elles étaient rares les femmes qui s'aventuraient dans le monde machiste du travail, c'était plus confortable de rester à la maison: laver, repasser, cuisiner, écouter des émissions de télé abrutissantes, des soaps, attendre que le mari revienne à la maison pour l'écouter se plaindre de sa journée. Et à cette époque presque toutes les familles de classe moyenne avaient une femme de ménage, une femme qui aidait l'épouse dans les tâches domestiques. Chez moi, on était trois garçons, en fait quatre, parce que mon père lui non plus ne faisait absolument rien pour aider. Il arrivait du travail épuisé, il mangeait, laissait son assiette sale dans l'évier, laissait tomber ses vêtements sur le plancher de la salle de bain, prenait une douche et s'en allait s'installer dans le sofa pour écouter la partie de soccer. Moi et mes frères on s'installait là avec notre père et ma mère restait dans la cuisine avec sa femme de ménage, ramassant tout et laissant tout bien propre pour le lendemain où le même labeur allait recommencer bien assez tôt. À six heures du matin ma mère était déjà debout, elle allait à la boulangerie acheter du pain et revenait vite presser des oranges pour le jus matinal de mon père, qui devait être bien froid et prêt à son réveil. Et moi je me rappelle d'Elisete, la femme de ménage de ma mère. Elle aussi elle se réveillait à six heures du matin, elle avait une toute petite chambre dans l'aire de service de la maison, avec son lit, ses choses, et elle habitait là toute la semaine et les fins de semaines elle retournait à sa vraie maison dans les banlieues de la ville. Elisete avait des seins incroyables. Je revenais de l'école et je me mettais à tourner autour d'elle, je lui posais des questions, en l'observant travailler, en espionnant ses seins se balancer alors qu'elle repassait mes caleçons. Mon frère cadet Rafa était encore bien trop jeune pour comprendre ça et Léo, le plus vieux, était un adolescent qui avait déjà de petites amoureuses et une chambre juste à lui où il restait enfermé la soirée entière à se jouer avec les hormones. Et moi j'avais une dizaine d'année, je ne voulais plus rien savoir des jouets et les seins d'Elisete m'intéressaient au plus haut point. Je me rappelle que vers la fin de l'après-midi, Elisete allait se reposer dans sa chambrette, elle écoutait la télé, elle tricotait et moi je lui demandais si je pouvais rester là avec elle, assis au pied du lit, bien élevé. Elisete riait en regardant les jeux télévisés et moi je n'en avais que pour ses seins. Je voulais les voir pour vrai, les toucher, mais j'avais vraiment peur qu'Elisete me gronde, qu'elle aille raconter ça à ma mère qui attendrait le retour de mon père pour le lui raconter à lui et enfin que je me prenne une claque sérieuse. Mais bon, la claque en valait la peine. Je pense que c'est la première chose que j'ai apprise en tant qu'homme, que parfois ça vaut la peine de se prendre une claque pour voir des seins. Ouais, donc un jour je suis revenu de l'école bien décidé. En fin d'après-midi Elisete est entrée dans sa chambre et je l'ai suivie, ma mère était loin et là je lui ai dit: "Elisete, est-ce que je peux voir tes seins?" Elle s'est mise à rire, elle a passé la main dans mes cheveux et comme ça, d'un coup, elle a ouvert sa blouse. Mes yeux ont cliqué et elle a enlevé son soutien-gorge. Les seins merveilleux d'Elisete ont surgi en face de moi, ils sont restés là, fermes et dansants, pour quelques secondes. Elle s'est rhabillée et m'a dit: "Tu ne dis rien à ta mère, hein." Et c'était devenu notre secret. Et c'était comme ça tous les soirs, pour quelques petites secondes. Moi et Elisete et personne d'autre.


La version originale:


Eu e Elisete e mais ninguém

Venho da classe média de São Paulo. E sou de uma geração onde os homens trabalhavam o dia todo e as suas esposas ficavam em casa. A maioria das famílias era assim, eram raras as mulheres que se aventuravam no mundo machista do trabalho, era mais confortável então ficar em casa: lavar, passar, cozinhar, assistir programas de televisão emburrecedores, novelas, esperar o marido chegar em casa para escutá-lo reclamar do seu dia. E então quase toda família de classe média tinha uma empregada, uma mulher que ajudava as donas de casa nos serviços domésticos. Na minha casa éramos três moleques, na verdade quatro, pois meu pai também não ajudava em nada, chegava em casa cansado, comia, deixava o prato sujo na pia, jogava as roupas no chão do banheiro, tomava um banho e ia para o sofá ver um jogo de futebol. Eu e meus irmãos acompanhávamos meu pai e minha mãe e sua empregada ficavam lá na cozinha, deixando tudo limpo para a labuta que começava bem cedo no dia seguinte. Às seis da manhã minha mãe já estava de pé, ia à padaria comprar pão e voltava para espremer laranjas para o suco do meu pai, que tinha sempre de estar bem gelado quando ele acordasse. E eu me lembro da Elisete, a empregada da minha mãe. Ela também acordava as seis da manhã, ela tinha um quartinho na área de serviços de casa, sua cama, suas coisas, ela ficava ali a semana toda e aos fins de semana voltava para sua casa de verdade nos subúrbios da cidade. Elisete tinha peitões incríveis. Eu voltava da escola e ficava circundando Elisete, perguntando coisas para ela, observando-a trabalhar, espiando seus peitões balançarem enquanto passava minhas cuecas. Rafa, meu irmão caçula ainda era muito pequeno para entender aquilo e o Léo, o mais velho, era um adolescente que já tinha suas namoradinhas de verdade e um quarto só dele onde ficava trancado a tarde toda brincando com seus hormônios. E eu tinha uns dez anos, não queria mais saber de brinquedos e então Elisete e seus peitões me interessavam demais. Eu me lembro que no meio da tarde a Elisete ia descansar um pouco no seu quartinho, assistir TV, tricotar e eu pedia para ficar ali com ela, sentado no pé da cama, bem comportado. Elisete ria com os programas de auditório e eu só achava graça nos seus peitos. Eu queria olhá-los de verdade, tocá-los, mas eu temia que Elisete me repreendesse, que ela contasse para minha mãe que ia esperar meu pai chegar e contar para ele e enfim eu tomaria uma surra das grandes. Mas a surra valia a pena. Acho que foi a primeira coisa que aprendi como homem, que vale a pena uma boa surra para ver uns peitões. Então cheguei um dia da escola decidido. No meio da tarde Elisete entrou no seu quarto e eu entrei em seguida, minha mãe estava longe e aí eu disse “Elisete, posso ver seus peitos?”. Ela deu uma risada, passou a mão nos meus cabelos e assim de repente tirou sua blusa. Meus olhos estalaram e ela então tirou o sutiã. Os peitos maravilhosos de Elisete brotaram na minha frente, ficaram ali firmes e dançantes por alguns segundos. Ela se vestiu novamente e disse “Não conte nada à sua mãe”. Aquele então era o nosso segredo. E assim foi, todas as tardes, por alguns poucos segundos. Eu e Elisete e mais ninguém.

dimanche 18 avril 2010

Los Hermanos

Le rock contemporain brésilien, c'est pas fort. Souvent ça suce en estie. De pâles imitations de groupes Nord-Américains et British. J'ai plein de trucs sur mon Ipod que j'écouterais vraiment pas si j'étais pas en train d'apprendre le portugais, parce que la musique est kétaine et les paroles sont moches, mais que je garde parce que c'est de la bonne pratique. J'ai par contre trouvé une exception chez un band qui s'appelle LOS HERMANOS et qui rentrait exactement dans ma catégorie de "corny rock" avant que je découvre leur dernier album, QUATRO.

Will et Max, je m'adresse à vous ici, j'aimerais savoir ce que vous pensez de ces deux chansons qui me font vraiment triper. Je trouve qu'il y a là une recherche sonore et mélodique très sérieuse et il me semble que ce n'est pas du rock de deuxième zone, ou juste une copie de copie d'influences étrangères.

La première pièce s'appelle POIS É (Bien sûr). La guitare est particulièrement intéressante.



La seconde pièce s'appelle É DE LÁGRIMA (C'est avec des larmes). La mélodie est superbe d'après-moi, et il y a une espèce d'étrange bridge style "stadium rock" au milieu, comme vraiment trop fort, exagéré.




Ce sont deux morceaux très mélancoliques, mais ce n'est pas nécessairement représentatif de tout l'album, qui est assez éclectique, avec beaucoup de références à la musique traditionnelle brésilienne (samba, bossa, etc.).

Je sais pas si c'est mon côté emo qui ressort, mais je trouve ça vraiment beau.

Pis demandez-moi pas pourquoi leur nom est en espagnol, j'en ai aucune espèce d'idée.

samedi 17 avril 2010

Souvenir d'enfance aigre-piquant

Celui de Philippe.

Celui d'Alexie.

Celui d'Anne.

Celui de Simon, qui triche comme un p'tit criss, mais bah, c'est un bon texte.

Celui d'Émilie.

(Mine de rien, on est rendu à six)


Elle habitait dans Centre-Sud, pas loin de la station Papineau, d'où on prenait l'autobus pour se rendre à La Ronde, cet été là où ma mère avait enfin accepté de m'acheter la passe de saison. Elle était plus grande que moi, blonde comme quoi, les blés. Valérie. Ma première blonde. Alizée avait réussi à nous matcher quelques semaines plus tôt, ou plutôt avait réussi avec toute la subtilité d'une fille de 12 ans, à me faire comprendre que je tripais à fond sur Valérie et que cette dernière n'attendait qu'un signe. Nos première rencontre de couple s'étaient passées sur la Rive-Sud, de mon côté du fleuve, tout près de chez moi, dans la maison de Laurent, où on allait tout le temps parce qu'il était enfant unique et ses parents étaient tellement cool. On ne s'était pas vraiment encore touché, juste frôlé, juste pour dire, juste comme effleuré, sans parler des frenchs, dont l'éventualité m'angoissait parce que je ne pouvais pas m'empêcher de me souvenir de la bouteille en cinquième année, dans le sous-sol de Philippe, quand j'avais fait un fou de moi en proposant ma bouche ouverte, langue déjà sortie, et mes yeux ouverts, pupilles dilatées, à la fille que le hasard avait désignée. J'étais extrêmement nerveux quand j'étais avec Valérie parce qu'à cet âge-là c'est vrai qu'il y a tellement une différence de maturité entre les gars et les filles. Elle avait à peine un an de plus que moi, mais elle me donnait l'impression d'être si grande et si faite et si prête. Prête à aimer correctement et à faire les bons moves au bon moment, gracieuse et full déniaisée. Cette fois-là je suis arrivé chez elle, dans son quartier ouvrier qui me faisait un peu peur et j'ai été accueilli comme un nouveau membre de la famille. Sa mère et son beau-père m'ont ouvert la porte, encore jeunes, encore pas tout-à-fait décidés à être des adultes comme mes parents à moi, encore un peu cabotins, un peu railleurs, des Montréalais. Ils nous ont envoyé dans la chambre de Valérie, fermant la porte et nous souhaitant un bon après-midi. Elle avait des poèmes et des dessins sur son mur. Elle avait des taches de rousseurs d'été. Elle avait le corps d'une fille d'au moins 16 ans. Elle avait un abat-jour rose et des couvertures jaunes. Elle avait un joli nez retroussé et de grands yeux bleus comme quoi, le ciel. Et soudainement elle avait dans la main un truc en forme de carré, une sorte d'enveloppe de plastique, c'est ce que j'ai cru voir. Elle s'est retourné vers moi et elle tenait un condom encore enveloppé dans son plastique protecteur, un condom neuf, prêt à être utilisé. J'ai eu une image vraiment traumatisante de pénis en bois et de cours de sexe, je suis devenu blême, je n'étais pas prêt, je veux dire, je n'étais pas prêt. Elle avait un beau sourire moqueur et elle m'a dit veux-tu une gomme? Et je ne me suis pas évanoui, même quand elle s'est mise à rire en me demandant qu'est-ce que tu pensais que c'était? Je ne me suis pas évanoui, mais je n'étais pas prêt. On avait tout notre temps. On avait toute la vie, je veux dire, on a sorti ensemble jusqu'en secondaire 5.

A Bauer presentation

Ok, petit billet rapide parce que Guillaume B., au téléphone, vient de m'en sortir une trop bonne et je dois la noter. On parle de Bertrand G. et de sa tendance à sur-utiliser l'expression "bel et bien"; "La toile est bel et bien un avatar du blabla...", "On y perçoit bel et bien la trace d'un conflit blabla...", "Dans une certaine mesure, c'est bel et bien d'un même état dont blabla..." Guillaume, Américain, qui traduit vers l'anglais un texte de Bertrand, a de la difficulté à cerner le pourquoi et le comment de ce bel et bien tant adoré, il trouve ça compliqué, il a de la misère à le rendre en traduction. Et soudain il me shoote:

Man, that bel et bien, to me, you know, it kind of sounds like finding a used diaper in a really forgotten place.

Et:

Man, that bel et bien, it kind of reminds me of the sound of an adult hand slapping aggressively on a baby's bottom, you know?

POUAAHHHAAAAA!!!!!

Fucking delicious. Je suis trop crampé.

vendredi 16 avril 2010

Rhétorique et mise en marché: le blogue du parfait salaud

Le gars qui écrit ICI, c'est genre moi quand j'avais 23 ou 24 ans. Pas pour ses histoires de cul, parce que j'avais une blonde à cette époque, mais pour son arrogance. Et son impression tellement sans faille d'être un génie. Dans son petit univers fermé un génie reconnu. Dans le reste de l'univers en expansion un génie incompris. D'un côté et de l'autre un génie à qui l'on doit quelque chose de toute évidence.

J'imagine que si j'avais eu un blogue en 2002, j'aurais moi aussi posté mes lettres de refus d'éditeurs en les entourant de commentaires incisifs sur leur incompétence et leur incapacité fondamentale à reconnaître le vrai talent là où il se trouve. Je n'ai aucune difficulté à m'imaginer en train de faire ça. J'y pensais sans arrêt, je n'avais simplement pas de plateforme où étaler ma frustration et mon désarroi face à l'imbécilité de ces gens qui refusaient de voir à quel point ce que j'avais écrit était non seulement magnifique, mais original. On a tous l'impression de refaire le monde quand on écrit un livre. On a juste tendance à oublier que le monde se refait très bien tout seul.

Quand j'étais plus jeune, j'envoyais même des manuscrits chez Gallimard (mon ami Maude, à Paris à ce moment-là, s'était chargée de le leur remettre), en me disant qu'ils allaient sauter sur cette occasion de marketing extraordinaire qu'aurait représentée un second, un nouveau, un jeune, un fringuant Réjean Ducharme. J'incluais même dans le roman des craques à propos de Philippe Sollers, qui siégeait au comité éditorial, pensant qu'il ne pourrait pas ne pas voir la subtilité de mon jeu ironique sur sa personnalité.

Maintenant j'envoie des trucs à Mélanie Vincelette, du MARCHAND DE FEUILLES, en souhaitant que des contacts internes puissent enclencher un processus qui a finalement si peu à voir avec le génie, et même avec le talent, qu'on finit par se changer en humble stratège, avec les années. Et on se dit que c'est peut-être mieux en bout de ligne d'être un peu un vendu en librairie que d'être juste un fendant de plus sur la toile.

D'une façon ou d'une autre, le gars sait écrire, il a une plume, comme on dit. Il va sûrement réussir à publier son livre. On verra alors si c'est à ce point meilleur que cette "crap" ambiante qui se publie au Québec, comme il le dit lui-même, tellement prompt à sauter à pieds joints sur ceux qui ont été acceptés pour "toutes les mauvaises raisons". Son blogue (Max tu aimerais ça) est un chleuasme à la puissance dix, mais il a au moins le mérite d'être tellement peu subtil dans sa stratégie qu'il donne l'impression d'en être conscient. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

jeudi 15 avril 2010

Brincadeira

Je trouve ça vraiment drôle que le mot clé utilisé le plus souvent par des inconnus qui tombent sur Saint-Henri soit "aula de português" (cours de portugais). Ils cliquent sur premier lien Google et ils arrivent ici, sur ce petit texte de grammaire féministe que j'ai écrit il y a un mois ou deux:

Aula de português, nivel básico

Água é feminino, mas todas as coisas que contenha-a não são.

Copo.
Poço.
Rio.
Mar.
Oceano.

Portanto pode-se concluir que o contéudo sempre é feminino mas as delimitações sempre são masculinas.

Mais c'est une vrai joke, c'est n'importe quoi. En gros, en français, ça donne quelque chose comme:

Cours de portugais, niveau de base

L'eau c'est féminin, mais toute les choses qui en contiennent sont masculines:

Verre.
Puits.
Fleuve.
Mer (en portugais et en espagnol c'est masculin : o mar, el mar).
Océan.

Il est donc possible de conclure que le contenu est toujours féminin, mais que les délimitations sont toujours masculines.

Ha.
Je suis tellement, comment tu dis, fin?

Liseur

Je suis tombé sur cette belle phrase d'un écrivain brésilien, dans une entrevue:

"Acho que todas as pessoas têm um livro que foi escrito pra elas, é só encontrar. As pessoas são meio preguiçosas, têm que ir buscando."

-Lourenço Mutarelli.

Je pense que chaque personne a un livre qui a été écrit spécialement pour elle, il s'agit seulement de le trouver. Les gens sont paresseux, il devrait partir à sa recherche.


Ça me rappelle quand j'ai lu Yukio Mishima pour la première fois, CONFESSIONS D'UN MASQUE. Et Vladimir Nabokov, LA MÉPRISE. Et la première fois que j'ai lu Gombrowicz, FERDYDURKE. Et aussi Milan Kundera, qui te change une vie quand tu as 18 ans, fuck, L'INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DE L'ÊTRE. Et plus récemment quand j'ai découvert Clarice Lispector, PERTO DO CORAÇÃO SELVAGEM (PRÈS DU COEUR SAUVAGE). Tous ces livres ont été écrits pour moi, ça ne fait aucun doute, ils m'ont à la fois permis de comprendre qui j'étais et ont fait de moi ce que je suis. Parfois je suis content quand je pense à ce moi actuel que ces livres ont tranquillement sculpté, d'autres fois un peu moins, mais je n'ai jamais douté une seule seconde de la valeur incalculable de leurs coups de pioche.

mercredi 14 avril 2010

!

Will et moi on lit en même temps un des plus grands romans du XXe siècle: THE RECOGNITIONS, de William Gaddis. J'aime ça dire des affaires de même. Je suis un gars de superlatifs. T'es un gars de quoi? De superlatifs.

-C'était-tu bon?
-C'était le MEILLEUR show de toute la vie.

-T'as-tu aimé ça?
-C'était le PLUS BON souper du monde.

Ouais. Tout est pas mal génial par icitte.

On s'en reparle.

Nueva tecnología

J'ai pêché ça sur le blogue de Guga.

Bon, c'est en espagnol, mais c'est très comique, donc je mets le lien ici, pour vous permettre de découvrir cette publicité assez bien foutue sur la nouvelle invention révolutionnaire qu'est:

THE BOOK.

***



J'ai un peu de difficulté à comprendre comment ajouter des vidéos sur le blogue, comme Will le fait souvent. Si quelqu'un pouvait prendre le temps de me l'expliquer autrement qu'en java script, j'apprécierais.

En attendant, allez voir le petit truc sur Youtube, ça vaut la peine. Et moi, je vais le faire jouer cet après-midi, durant la seconde table-ronde de l'O(bservatoire) I(maginaire) C(ontemporain), intitulée "AUX FRONTIÈRES DU LIVRE".

Ça a l'air pompeux, de même, mais c'est rien à côté de "POURQUOI LE TEMPS?"

***

Ça a pas rapport, mais fuck, je suis horny. Je vais aller fumer une clope.

AJOUT: Merci Guga et Anonyme pour le truc. J'ai réussi. C'était fucking bébé fafa finalement.

mardi 13 avril 2010

A descoberta do erro

Devia ser proibido debochar de quem se aventura em língua estrangeira.
-Chico Buarque, BUDAPESTE



Pessoal!

Ontém fiz uma descoberta bacana. Escutem aí. Fui ao local dum grupo de pesquisa da UQAM, o "NT2", para dar uma olhada salivada aos livros, récem-chegados da California, via UPS, da pequena editora norte-americana MCSWEENEY'S. O Nt2 agora possui o catálogo integral, que é uma verdadeira mina de ouro pra quem se interesse à literatura dos Estados-Unidos como eu.

Então.

Eu tava desfrutando dos belos objetos quando caí sobre uma capa amarela na qual pude ler um nome que soava lusófone: José da Fonseca. O livro se chamava ENGLISH AS SHE IS SPOKE e se tratava de um "phrasebook" do português pro inglês. Até então tudo bem. Nada de se impressionar. Abri o livrinho e começei a ler a apresentação, escrita em inglês.

De repente, dei uma gargalhada bem forte: de fato, esse tal de José da Fonseca escreveu aquele NOVO GUIA DA CONVERSAÇÃO, EM PORTUGUÊS E INGLÊS, EM DUAS PARTES, em 1855, pra ajudar os alunos portugueses et brasileiros na sua aprendizagem do inglês. O único problema é que o cara não sabia nada do inglês! Nem o falava, nem o entendia!

Na introdução do livro, dizem que desde o seu lançamento, há mais que 150 anos, o "phrasebook" do da Fonseca conheçeu uma carreira literária bem interessante no mundo anglo-saxão, se tornando um exemplo típico de humor não intencional.

Claro que pedi pra tomar emprestado! Depois fui embora, o livro sob o braço e mergulhei com prazer naquele mar de besteiras linguísticas.

Seguem alguns trechos particularmente engraçados:

FRASES

Certificái-o ôu certifíque-o dâ mínha lembrânça.
Assure him from mi remembrance.

 quem falláis?
Which do you speak?

Cânte úma ária.
Sing an area.

Esse retráto é, está um pouco embellecido.
This portrait is a little flatted.

Agóra dêo úma hóra.
One clock comes to strike.

DIÁLOGOS

Âs súas pistólas estão carregádas?
Your pistols are it loads?

Não. Esquecêu-me comprár pólvora ê bála. Piquêmos, vâmos máis depréssa. Núnca vi peior bêsta. Não quér andár, nêm pâra diânte, nêm pâra trâz.
No; i forgot to buy gun-powder and balls. Let us prick. Go us more fast never i was seen a so much bad beast; she will not nor to bring forward neither put back.

**

Já mê tárda comêr nózes nóvas; tóma sentído, não dêixes passár â estação.
It delay me to eat some wal nuts-kernels; take care not leave to pass the season.

Fíque descançádo; hêi-de colhêr-lh'as êm quânto tivérem â cásca bêm verde.
Be tranquil, i shall throw you any nuts during the shell is green yet.

E âs alcachófras médrão?
The artichoks grow its?

Tráto-as côm tôdo ô cuidádo, porquê sei quê Vm. gósta múito dê lhês cômer ô interiôr.
I have a particular care of its, because i know you like like the bottoms.

ANEDOTAS

Certa senhora, quando jantava, ralhou com uma criada, por não ter deitado bastante manteiga numa iguaria. Deseulpou-se a rapariga, trazendo-lhe um gatinho, e dizendo o apanhara acabando de gramor os dous arrateis de manteiga que restavão. A dama empolga o gato; lança-o numas balanças; e este animalejo apenas pesava libra-e-meia.

A Lady, which was to dine, chid to her servant that she not had used butter enough. This girl, for to excuse him selve, was bring a little cat on the hand, and told that she came to take him in the crime, finishing to eat the two pounds from butter who remain. The Lady took immediately the cat, was put into the balances it had not weighed that one an half pound.

**

João II, rei de Portugal, foi decisivo. Achando-se em sua corte cous embaixadores castelhanos, para tratarem da paz, e vendo o monarcha lusitano que elles dilatavão a negociação, entregou-lhes dous papeis, em um dos quaes estava escrito paz, e no outro guerra, dizendo-lhes: "Escolhão."

John II, Portugal king, had taken hir party immediately. He had in her court castillians ambassadors coming for treat af the peace. As they had keeped in leng the negotiation, he did them two papers in one from which he had wrote peace, and on the the other war, telling them: "Choice you."



Irado, né?

NB

Pour ceux et celles qui n'auraient pas compris, le texte précédent est bien sûr une réponse amicale et thématique à celui de Simon, qui m'a lancé un "pas game", hier après-midi, live on Facebook.

Il y a des jours de même, on s'amuse en sale.


OH YEAH! TWIST 'N SERVE VIENT DE RAJOUTER SON GRAIN DE SEL!

RE OH YEAH! LA FEMMEFONTAINE S'Y MET ELLE AUSSI!

lundi 12 avril 2010

Oi

Jennifer, est-ce toi qui me lis d'Istanbul?

Si oui, ben, allo.

Quote unquote

Lu ce matin dans les SELECTED POEMS, de Frank O'Hara:

It is easy to be beautiful; it is difficult to appear so.

MEDITATIONS IN AN EMERGENCY, 1954


Rien à rajouter.

dimanche 11 avril 2010

Contine

William trouve que le point est trop bruyant.

Anne se demande si l'image cache l'image.

Émilie soutient que les pronoms sont bien investis.

Mélanie affirme que l'absolu est palpable.

Alexie propose que le discontinu est incommensurable.

Simon avance que les finales sont des impostures.

Sara suggère une conférence sur le quotidien du noir.

Amélie se faufile entre des tronçonneuses et des bombes.

Audrey ne prétend pas reconstruire le processus.

Clarence a un beau blogroll.

Mais c'est dimanche.

Dialogue avec mon père

-Pis le travail ?
-Je sais pas. Correct. J’ai le goût de voyager. Je pensais peut-être aller en Angleterre bientôt.
-Pourquoi pas l’Irlande, toi qui aimes l’action, tu pourrais aller à Belfast, y’a encore une gang de tatas qui vient de faire sauter un building. Juste hier.
-Pourquoi tu dis que j’aime l’action? C’est quoi le rapport?
-Je sais pas, toi qui aime tellement les révolutionnaires.
-Papa, je t’ai pas achalé avec des révolutionnaires depuis que j’ai quinze ans, genre. La dernière fois que j’ai dessiné Mao, ça t’a pris à peu près quinze minutes pour me convaincre que c’était pas le héros qui était décrit sur le site du parti Marxiste-Léniniste.
-T’allais sur ces sites-là toi?
-Ben oui. Tu le sais. Tu le sais aussi que j’y vais pus depuis longtemps, mais tu restes accroché à une vieille idée de moi comme gauchiste de service parce que m’man est pas de taille à te contredire pis t’as besoin de quelqu’un pour te contredire. Pis tu le sais que je suis pas capable de pas te contredire. C’est viscéral, je suis pas capable d’être d’accord avec toi.
-C’est ça, t’es comme tout le monde, tous ceux qui ont pas d’arguments mais qui tiennent mordicus à être du « bon » côté de la veuve et de l’orphelin parce que c’est tellement plus facile.
-Ça a rien à voir avec.
-Ben y en a pas de solution facile, tu sauras.
-Je le sais qu’y en a pas je.
-On peut pas toujours tout réduire à une question de David et Goliath.
-De quoi tu parles.
-C’est un raisonnement sophiste de croire que c’est nécessairement, systématiquement, le gros qui est le méchant et le petit qui est le bon.
-Je le sais, je suis d’accord avec toi. C’est ce que j’essaie de te dire. Je suis pas en désaccord avec toi. Je suis pas capable d’être d’accord avec toi quand je parle avec toi. C’est tout. Je suis d’accord avec toi quatre-vingt pour cent du temps. Je suis juste pas capable d’être d’accord avec toi quand tu le dis. C’est viscéral. Il faut que je te contredise. Sinon tu.
-C’est donc ben compliqué ton affaire.
-Ça a rien de.
-T'as-tu vu? T’as lu le journal? Ils viennent encore de bombarder Israël.
-Euh.

samedi 10 avril 2010

Foutrement

Ouais, ben, fucking bon show de danse avec É ce soir au théâtre La Chapelle. À peine une heure, mais de sublime, de mouvements un peu désynchronisés, un peu violents, absolument exténuants. Un gars entre deux filles, incapable de choisir, faisant mal aux deux, se faisant mal à lui aussi. Des pointes, des arabesques et du zignage aussi. Des ceintures qui volent dans les airs et des respirations tellement fortes qu'elles couvrent les notes du piano.

Je pense que la danse contemporaine et moi on s'entend vraiment bien. Il n'y a pas de spectacle qui me donne autant l'impression d'être au bon endroit au bon moment. Au théâtre, je m'emmerde souvent, même si je suis capable de me convaincre rationnellement que c'est bon ce que je suis en train de regarder, mais la danse, ça me légitime, ça m'explique à chaque pas, à chaque étreinte, que c'est ça que j'étais supposé faire, là, maintenant: les regarder bouger.

É et moi, on s'est dit qu'on allait aller en voir d'autres. Genre partners.

Ressaca

Tava tão bêbado que quase caí no chão, em frente ao seu prédio. Havia muita gente, ou pelo menos eu tive impressão disso. Peguei o meu violão e te gritei uma musiquinha bonitinha de minha invenção. Letras fodas, sobre o mar, o sol, uma ilha deserta, um barco e uma corajosa operação de resgate. Entre dois refrãos, peidava pra bater o ritmo. Aquela feijoada queria sair, e logo. Parei de cantar e agradeçi o público com um gesto circular. Dei uns passos pra trás e olhei pro seu andar pra verificar se você estava na janela. Tava lá, claro, debruçada, e me jogou uma garrafa de vidro sem nenhum pedido de socorro dentro dela. Uáu! Fez um barulho de fracasso na rua. Entendi, porra, não sou burro. Você nem tava precisando dum chorinho, tava precisando duma pancada.

vendredi 9 avril 2010

Limerick

Passage exquis de William Gass, dans THE TUNNEL:

"She knew she was A LASS WITHOUT A LACK. And I a groan. Put my small penis in her. Only the chair was moved. And I came like an ad in the mail."

As-tu bien lu?

"Only the chair was moved."

"I came like an ad in the mail."

Ça c'est de la métaphore. Pauvre fille.

jeudi 8 avril 2010

Balle en argent


Pendant qu'on est dans le thème de l'enfance, reniée, sublimée, idéalisée, cannibalisée, je voulais vous demander quelle sorte de monstre ou de phénomène vous faisait le plus peur. Je pense à ça parce que j'ai ouvert la télé tout à l'heure et je suis tombé exactement à ce moment-là sur un œil de loup dans un œil-de-bœuf, jaune et pénétrant. Une annonce pour une série américaine à Radio-Can.

Ça m'a rappelé à quel point ce qui me faisait le plus freaker, et de loin, quand j'étais petit, c'étaient les Loups-Garous. Ayayaye. Le vidéoclip de THRILLER me faisait tellement peur, tu peux même pas imaginer. Pis un film tiré d'un roman de Stephen King, qui s'appelait PEUR BLEUE (SILVER BULLET, en version originale, 1985), où le prêtre du village se transformait en Loup-Garou les nuits de pleine lune. Je me rappelle d'une scène où le petit cul, le héros, handicapé et en chaise roulante hyper cool hyper motorisée, est tout seul sur un pont durant la nuit et lance des feux d'artifices. Et soudain il entend un bruit, un craquement dans la forêt.

J'étais pas mal fan de la série "Fais-moi peur". Pis je lisais des "Frissons". Pis j'avais des t-shirts roses fluo pis des converses avec des lacets de couleurs différentes. Pis ça c'est sans parler de mes pants.

mercredi 7 avril 2010

Souvenir d'André-Laurendeau

J'ai rien à écrire de particulièrement intéressant, faque je vais m'auto-niaiser. Voici le premier texte que j'ai publié dans ma vie, dans la revue XYZ de l'automne 1999. J'avais 19 ans, je finissais le cégep, le 11 septembre était juste une date (sauf pour les Chiliens), je me prenais pour un génie, et je croyais sincèrement à l'art pour l'art. Ça s'intitule LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE et je vais me faire un plaisir fou à le recopier ici.

Ça s'ouvre comme un livre maigre, entre deux oeuvres puissantes. Avec nos doigts gluants de colonisés bâtards, qui déversent des songes pour croire en leur importance. Avec des plaies aux extrémités anguleuses. Avec un mal lancinant qui ronge sa propre absurdité: j'ai de la souffrance sous les ongles comme ça c'est con je comprends pas. Toute une vérité de quelques siècles, plongée sous des pitounes polluantes, qui tournent en remontant le fleuve. Toute une vérité de draveurs carottés, de Français venus de si loin, repartis si vite, si bien. Toute une engeance qu'elle croit embrasser, l'épouse de nos mains sales, la plume fleurdelisée, ses pics blancs dans l'onde bleu foncé du drapeau, pour la cause qu'elle dit, pour la cause parce qu'on l'aime notre terre de Québec et qu'y faut la sauver et qu'elle est en péril en mer le fanion sous le feu Saint-Elme le mythe d'Icare et brûlons nos ailes maudites de faux guerriers banalisés. Toute une création de ces derniers temps courbée sous l'héroïne et les néons d'une Montréal noire de génération X au discours si persécuté les paumes clouées sur la croix du reniement de Dieu et essais de renouveau par la critique des ainés et reniement de l'avant pour le monde NOW! Et remaniement d'escortes de pimps d'assistés sociaux et de paumés accusateurs qui ne lèvent les doigts que pour gorger de la bière. Toute une vitalité biaisée par la haine d'autrui partout le réflexe défensif: c'est pas moi c'est les autres c'est les anglos les cons les exploiteurs si je meurs c'est de leur faute les salauds envahisseurs de territoire sacré qui brûle sous les lampions notre protection divine celle d'un De Gaulle scandant des inepties le ventre plein de poutine n'oublions jamais et ressassons et retournons et continuons de prescrire l'intolérance parce qu'après tout on peut bien être raciste un peu les Américains sont bien pires. Toute une littérature sale, qui s'ouvre comme un livre, qu'on lit comme une histoire de vengeance, de mentalités d'assiégés et de crucifixion à l'amiable. Toute la laideur d'un peuple aux tentations subversives, aux grincements du manque d'huile et faisons je nous en prie de nous dès lors des poètes et non des soldats: la plume étendard.


Esti de petit snob prétentieux de criss. J'ai l'air de Biz qui serait l'enfant secret de Pierre-Elliott Trudeau. Merde, j'ai gagné un prix avec ça, au cégep, pis c'est genre Bruno Roy qui était sur le comité de sélection. Veux-tu ben me dire comment Bruno Roy a pu me donner un prix pour ce texte-là? Ça me fait penser que j'aurais peut-être pu participer à la soirée organisée par M. Arsenault, où des poètes lisaient de vieux trucs spongieux sans les essuyer. L'année prochaine peut-être. Ou je l'envoie à Biz, juste pour le provoquer à un concours de calembours, yo.

mardi 6 avril 2010

Deux choses

Une chose que je trouve drôle: J'écoutais MAD MEN, hier soir, et durant le premier épisode de la saison 2, le protagoniste, Don Draper, lit des passages du livre MEDITATIONS IN AN EMERGENCY, de Frank O'Hara. J'ai trouvé ça tellement bon que cet après-midi je suis allé m'acheter les SELECTED POEMS du dude. Or, j'ai vérifié avant ce qu'il y avait de disponible pas cher sur Amazon et il se trouve que je ne suis pas le seul à prendre des suggestions de lecture dans MAD MEN. Sur la page Amazon de MEDITATIONS IN AN EMERGENCY, dans la section "Customers Who Bought this Item Also Bought", on retrouve ATLAS SHRUGGED de Ayn Rand, célèbre romancière et figure de proue du mouvement "libertarian" aux États-Unis. Ce livre est cité plusieurs fois comme un chef-d'œuvre par la tête dirigeante toujours déchaussée de l'agence où travaille Draper: le mystérieux Bert Cooper. Émilie, je t'ai menti, c'est pas vrai que j'aime pas ça la poésie. J'aime ça la poésie de Frank O'Hara. Pis de Gertrude Stein. Pis de Walt Whitman. Pis de William Carlos Williams.

Une chose que je trouve pas drôle: Je sais pas si vous l'avez vu, mais il y avait un reportage d'enquête ce soir au Téléjournal de Radio-Canada (ça vient de finir en fait), qui parlait d'un pédophile récidiviste qui a fait partie des Grands Frères, à Chicoutimi, dans les années 80. Pauvre garçon qui est tombé sur ce gars-là. Man, je suis tellement en colère. Ça me perturbe profondément. Je pense à mon Petit Frère pis je me dis c'est tellement cool ce qu'on vit ensemble, c'est tellement une belle invention cet organisme. Fuck.

J'aurais aimé que ces enfants agressés par Camil Girard puissent vieillir et s'épanouir et devenir des poètes comme Frank O'Hara. J'aurais aimé qu'ils puissent réciter ça, parce que c'est beau:

When I was a child
I played by myself in a
corner of the schoolyard
all alone.

I hated dolls and I
hated games, animals were
not friendly and birds
flew away.

If anyone was looking
for me I hid behind a
tree and cried out "I am
an orphan."

And here I am, the
center of all beauty!
writing these poems!
Imagine!

(AUTOBIOGRAPHIA LITERARIA, 1949)


Ou quand

Hier, faut que je l'avoue, j'ai littéralement couru à partir du métro jusqu'à ma porte d'entrée parce qu'il était 19h03 et BIG BROTHER venait de commencer.

Ce soir, c'est LOST, pis c'est à 19h, en même temps que BIG BROTHER. Fudge.

La question c'est: est-ce que je vais sortir mon vieux VHS pour enregistrer une des deux émissions? J'ai le goût de le faire, juste pour me traiter de cave en le pensant pas vraiment. Un peu comme je me traite de cave quand j'essaye de brancher un fil dans la plogue qui est derrière le meuble en refusant catégoriquement de prendre le temps de déplacer le meuble. Ou quand je suis à genoux en train de laver et d'essuyer la pisse que j'ai shooté partout autour du bol parce que j'étais un peu bandé. Ou quand je m'enlève de la mousse de nombril grise alors que mon t-shirt est rouge et que je m'exclame what the fuck? Ou quand je gratte avec le coupe-ongle la saleté bien incrustée entre la peau de mon gros orteil et l'ongle et que je peux pas m'empêcher de l'approcher de mon nez pour la renifler. Fuck, desfois je me dis une chance que je suis pas filmé.

Fey, esti qu'est laide.

lundi 5 avril 2010

Quote unquote

Don Draper, MADMEN, saison 2, épisode 1:

"Young people don't know anything. Especially that they're young."

Got to love this one.

Approbation

Esti que je suis soupe-au-lait et plein de ressentiments pas beaux pas nobles pas avouables. Je repense encore à ma soirée entre amis de l'autre jour. Ils viennent pour la première fois chez nous, dans Saint-Henri, je suis super content de les recevoir, tout le monde me fait des commentaires super positifs sur mon appart, c'est vrai qu'il est bien ton appart, tout le monde s'exclame, ah t'es vraiment bien ici j'adore, et je suis super content parce que c'est mon chez-moi et j'ai envie que mes amis approuvent mon chez-moi et approuvent les super belles photos de Charlotte et approuvent ma fucking nice bibliothèque qui est ma fierté évidemment, ma vie en ordre alphabétique, et c'est comme mon moment de gloire, mon quinze minute de célébrité avant qu'il arrive, et que tout le monde lui demande qu'est-ce qu'il va faire avec son prix, et il arrive en dernier et tout ce qu'il trouve à dire c'est on dirait l'appart d'un gars qui vient de déménager pis qui est pas encore complètement installé et je réponds ouin c'est vrai qu'il y a pas beaucoup de meubles.

(Mon "chez-moi", ça prend un trait d'union, non?)

dimanche 4 avril 2010

Ithaca, whereabouts

So, to make a long story short, when I was studying at Cornell, couple years back, my friends and I used to pour shoe polish in the frathouse's janitor's aquarium. There was this goldfish once, yeah, and he died, and we were kicked out, yeah. So. That's about it. No big deal, you know. Shit happens. Now I sell the damn stuff at Foot Locker. So. Yeah. Damn expert in shoe polishing. Just thought you should know. Dave Eggers would say this is not what irony is. Irony is something else. Well fuck you Dave Eggers.

samedi 3 avril 2010

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Bon ben je pense que là là, juste là, maintenant, je peux dire que j'ai recommencé à fumer.

Du leste

J'aime beaucoup mes amis d'enfance. Mais je ne suis pas sûr d'aimer beaucoup mon enfance. Je veux dire le souvenir que j'en ai. Le moi que j'étais et que je suis dans ma mémoire. Le problème, quand je suis avec mes amis d'enfance, c'est que je suis confronté un peu trop à mon goût à ce petit garçon que j'étais et qui n'a pas grand chose à voir avec la personne que je suis maintenant. Quand je suis avec eux, j'ai l'impression qu'ils sont incapables de me regarder comme j'apparais devant eux, à presque 30 ans, de s'intéresser à ce que je projette comme image, à ce que je dégage, à ce qui fait de moi l'homme que je suis et que je veux être, pas tant parce qu'ils voient au travers d'une "carapace" ou d'un "masque", mais parce qu'ils sont restés accrochés à cette image du petit garçon qu'ils ont si bien connus au détour de l'adolescence. Le sentiment est bien sûr accentué par le fait que c'est une gang d'amis que je n'ai pas vue beaucoup durant un certain nombre d'années et qui eux, de leur côté, ne se sont jamais laissés. Ça me perturbe par moment. Je les adore, mais cette "vérité" qu'ils semblent penser détenir sur moi devient lourde par moment. Ça me rappelle Noël passé quand je me suis rendu compte que les jokes sur mon frère qui ne mange pas de légumes étaient complètement dépassées, dans sa tête, et qu'il commençait à trouver insupportable de nous voir s'acharner sur une personne qui n'existe plus.

C'est la même chose pour tout le monde, d'une certaine façon, c'est vrai qu'on ne change pas, mais c'est vrai aussi qu'on n'existe plus.

jeudi 1 avril 2010

Bad Mood Rising

Quelqu'un m'a accusé de faire du name dropping avec ma liste de romans américains qu'un humain doit avoir lu avant de mourir. Je trouve que c'est une accusation étrange et rigolote. La personne ajoute: "It suits you". C'est mon genre. J'imagine que c'est donc quelqu'un qui me connaît. C'est vrai que c'est mon genre. Bon, ceci dit, j'aime mieux la réaction de Simon, qui, hier sur Facebook, m'a écrit qu'il venait de recevoir UNDERWORLD, de DeLillo, commandé après avoir consulté ma liste. Hostie qu'il va triper.

Quelqu'un m'a récemment fait remarquer (gentiment, courtoisement, bien sûr) que je suis en train de perdre le bon usage de ma langue, what with those linguistics studies, that portuguese shit. J'en perds mon éloquence, euh, légendaire. J'ai plein de faux amis partout, genre "faire une décision", "adresser un problème"... J'ai de plus en plus de difficulté à accorder mes participes passés sans avoir à fucking vérifier sur internet parce que je le feel pas, je regarde le mot et je le feel pas. Ça regarde mal.

Quelqu'un m'a dit que tout autour de mon nombril se trouvait la vie.