dimanche 30 mai 2010

Bijou



Ce que je trouve vraiment bien, d'habiter à Montréal, c'est d'aller chez quelqu'un pour la première fois, et entendre les anecdotes bizarres à propos de son appart. J'en ai une juste-là, j'y pense juste maintenant. Christine habite sur Papineau depuis un peu plus d'un an. Je suis allé chez elle l'autre jour pour la première fois, j'y rejoignais MH. On a écouté CALL TV, vraiment longtemps, en buvant du Cinzano. On a joué à CALL TV. Chacun de nous a joué deux fois sur SMS. On pognait toujours la ligne juste avant ou juste après la bonne, la chanceuse qu'ils l'appellent. On va recevoir nos bills de cellulaire et à ce moment-là, à ce moment-là seulement, on se trouvera niaiseux. Bon. À un moment donné je suis allé pissé et j'ai remarqué une bague au fond de la bol. Je suis revenu au salon et j'ai dit à Christine que j'avais remarqué une bague au fond de la bol. Elle a sauté sur le divan, comme vraiment excitée et intriguée à la fois et, en gros, son discours ça ressemblait à ça:

Ouin c'est vraiment étrange c'est pas à moi je sais pas c'est à qui je la flushe depuis que j'ai signé mon bail pis elle revient de même comme par quoi par intem inmetr intermittence ouin pis elle est comme juste à peine sortie du trou de la bol dans le fond je sais pas combien de fois je l'ai flushée mais elle revient tout le temps c'est pas à moi cette bague-là je le sais pas c'est à qui y a tellement plein d'affaires dans les égouts de toute façon.

Mais pourquoi tu vas pas la pêcher, que je lui ai demandé.

Ben c'est pas à moi, qu'elle a répondu.

samedi 29 mai 2010

The Revolution Will Not Be Televised


Je marche avec James Baldwin dans les méandres du métro de New York, vers Harlem, on est en 1961, et je me rappelle cette photo de Bruce Davidson que j'ai vue à Londres, il y a quelques semaines, prise en 1980, d'une violence sidérante. Je pense au cinéma tellement vivant de Spike Lee, et je pense aussi à la puissance du concept de racisme et aux incontrôlables instincts humain de ressentir la différence, de ressentir l'altérité. Le cinéma de Spike Lee qui ne s'occupe que de ça, qui n'a aucune autre ambition que de nous rappeler la complexité des jeux de couleurs, des tensions entre les contrastes. Je repense à l'Homme Invisible de Ralph Ellison, qui se terre dans son demi sous-sol, à Manhattan, et je vois cette photo de Bruce Davidson, de 1955, qui me semble être la définition même d'une photographie:




Et je suis tellement loin de l'Alabama, ici, j'ai juste un roman entre les mains, qui brûle, le roman d'un homme qui a écrit THE FIRE NEXT TIME, et que Dany Laferrière m'a fait connaître il y a longtemps dans un livre qui se demandait si une grenade était un fruit ou une arme.

Baldwin dans un autobus Greyhound roulant vers le Sud profond. Baldwin en pleine conversation avec Martin Luther King. Baldwin dans un parking avec Medgar C. Evers. Baldwin avec Bayard Ruskin, peu après l'attentat de Birmingham, en 1963. Baldwin à la télévision après la sortie de son terrible et dévastateur LA PROCHAINE FOIS LE FEU (l'avertissement biblique). Et surtout, Baldwin en train de taper ces mots crépitants, prêts à quitter la feuille blanche pour atteindre l'ennemi en plein cœur... Baldwin qui entend bousculer le vieux Faulkner entêté dans ses nostalgies perverses. Faulkner le gentleman-farmer, regrettant les longues rangées d'esclaves dans les champs de coton d'Alabama. Faulkner rêvant encore aux Négresses courbées devant les fleurs de coton. Baldwin, désespéré, qui finit par annoncer une dernière fois le feu. Et le feu vint.

Le problème fascinant du racisme, dans son sens le plus profond, insondable, de "reconnaître dans l'autre quelque chose de différent de moi", c'est qu'il est partie intégrante de nous, il nous construit en face-à-face, à travers l'Histoire qu'on partage et qu'on ne partage pas à la fois, il exige la reconnaissance, ne serait-ce que par son inévitable et louvoyante présence même dans les relations les plus sincères, les plus amoureuses, les plus enracinées. Il suffit de lire les grands romanciers noirs pour s'en rendre compte. Il est là en moi, quand je lis Ellison, Baldwin, Wright, Himes, quand je lis Morrison, Walker, Hughes, qui me font sentir tellement blanc, tellement semblable et autre en même temps.

C'est tellement un texte de blanc, ce que je suis en train d'écrire. C'est tellement une réflexion de blanc que je suis en train d'avoir. Et Bruce Davidson se sentait-il aussi blanc que moi quand il a pris cette photo, en 1962?




Et je me rappelle de ce roman de Laurie Moore, qui traite du racisme aussi, encore et toujours, enfonçant le clou de la complexité des enjeux et de sa propre "blanchitude", à elle en tant que romancière, de leur propre "blanchitude", à ses personnages réunis, tellement "liberals" et ouverts d'esprits, en train de discuter de solutions pour faire diminuer les préjugés dans leur communauté:

"Racial blindness is a white idea".

"I heard years ago of a white family with an adopted African-American boy, and once he turned thirteen they had a security system put in so he would feel safe when they went out to parties. The system involved the summoning of the police at the slightest thing, even a motion at the windows, and so of course what happens? One, while the parents were at a Christmas party, the police burst in, and seeing a teenage black male just standing there, they blasted him in the chest"
"Did he die?"
"Not right away."

"What's now is these self-admi
ring people who say, "I don't care whether a person's black or green or purple." As if black were a nonsense color like green or purple."

Et je pense à Gil Scott-Heron, en soundtrack à cette dernière photo de Bruce Davidson, datant de 1963:




Je suis à peine rendu à la page 81, de ANOTHER COUNTRY, de James Baldwin. La page 81 sur 500. Fuck.

jeudi 27 mai 2010

STEVIE



Will m'a prêté ce film en me disant on a pensé à toi en le voyant, Anne et moi, parce que c'est l'histoire d'un Grand Frère, mais je pense pas que ça soit même proche de ce que tu vis avec ton Petit Frère. C'est un peu hardcore, en fait.

STEVIE raconte en effet l'histoire d'un Grand Frère, Steve James, qui, plusieurs années après la fin de son jumelage, décide de retourner dans le sud profond de l'Illinois pour renouer avec Stevie, le petit garçon qu'il avait fréquenté alors que ce dernier avait 11 ans. Après avoir déménagé à Chicago, mettant fin au jumelage, Steve James a complètement perdu le contact avec Stevie, qui a été trimballé de famille d'accueil en famille d'accueil, de centre pour délinquant juvénile en maison de redressement. Au début du tournage, en 1995, Stevie est devenu un jeune homme de 24 ans, troublé, instable, dur. Le projet initial de James, de faire un film sur cette nouvelle relation qu'il désire construire avec son ancien Petit Frère, change dans les mois suivant, alors que Stevie est accusé d'agression sexuelle sur sa jeune cousine de huit ans. À partir de cet événement, on suit Stevie et ses proches au fil des années, alors qu'il attend son procès et sa sentence.

Vers la fin du film, dans un moment de réflexion sur l'expérience qu'il vient de vivre, James dit une phrase qui résume bien ses sentiments, et à laquelle il est facile de m'identifier: "When I first became a Big Brother, I wanted my efforts to pay off. For Stevie to become a better person, and making me feel like one too." Cette idée de se sentir une meilleure personne, quand on essaie d'aider les autres, dans une forme très subtile d'égocentrisme, il me semble qu'elle résume vraiment bien tout le projet du film, de poser les questions de la rédemption, du châtiment, de l'héritage, de la faute, des choix, de la responsabilité et surtout des liens à la fois ténus et incassables qu'on crée avec les gens dans la vie. James n'essaie pas d'absoudre Stevie en tournant un documentaire sur lui, et il n'a probablement pas réussi à faire de Stevie "a better person", malgré tout ses efforts de jeunesse et tous ces mètres de pellicule, mais il sera quand même là pour lui, en bout de ligne, parce que c'est ce qu'il lui reste à faire, une fois que la caméra s'arrête.

(Bon, ceci dit, Nat et moi, c'est pas mal plus chill que ça, tsé, genre on joue à GOD OF WAR pis on bouffe de la piz.)

mercredi 26 mai 2010

Un court poème que j'écris tout nu parce qu'il fait chaud en sale

Une FemmeFontaine et un Soubresaut
l'une mouillée
l'autre frétillant
sont en train de rire de moi
autour d'une salade
de sole
parce que j'ai mélangé
baleine et requin
dans ma tête de thon.

(j'ai la verge
élégante
à soir
on dirait
presque
une perche
chaude)

(pis le
bout
p
o
i
n
t
u

à

l
a

f
i
n

d
u

p
o
è
m
e

b
e
n

c'
e
s
t

d
e

l
a

p
i
s
s
e

q
u
i

d
é
g
o
u
t
t
e

t
r
a
n
q
u
i
l
l
e
m
e
n
t
)

Quand est-ce?


Entre deux romans, je vais lire un roman pis après avoir lu ce roman-là je vais relire des romans que j'ai déjà lus pis qui valent la peine d'être relus parce que relire des romans c'est presque encore mieux que de lire des romans. C'est quoi la différence grammaticale entre "que lire des romans" et "que de relire des romans"? Est-ce que je dois privilégier une forme au détriment de? Pis on dit "de prime abord" ou "à prime abord"? Ce matin, avec elle, je me suis rendu compte que "quand est-ce", dans le sens de "ah, je me suis acheté une belle robe", "ah ouin?, quand est-ce?", c'est à la fois une expression de la classe ouvrière et une expression en français très soutenu. Après avoir lu un roman américain du XIXe siècle, je vais lire un roman américain du XXe siècle pis peut-être qu'entre les deux romans américains séparés par exactement cent ans d'histoire, je vais finalement lire LES CHANTS DE MALDOROR, que j'ai dans ma bibliothèque depuis mes quinze ans, dans cette fameuse édition cheap qui s'appelle Classiques Français, qu'on achetait dans le temps parce que chaque livre coûtait juste 3,95$. Peut-être que je vais finalement lire Lautréamont, parce que Simon m'a convaincu hier après-midi, en me parlant, derrière ses Ray Bans, d'une scène de meurtre sur une plage qui inclut un gun, un homme, deux hommes, et un requin femelle. Moi, personnellement, je me souviens sans arrêt que c'est l'été aujourd'hui, pis demain aussi probablement.

mardi 25 mai 2010

La bizoune à Willy

-Non, elle connaissait super bien ses patients, en hemodialyse c'est comme ça, ça devient super vite super personnel.
-Faque?
-Faque le monsieur était tout seul dans la vie tsé, pis il avait juste un chien, dont je me rappelle plus le nom parce que j'ai vraiment mauvaise mémoire, pis ma mère lui a dit un jour, parce qu'y allait avoir un traitement vraiment long, on va le prendre votre chien nous autres.
-Vous avez pris le chien?
-Elle a dit on va le prendre votre chien nous autres, inquiétez-vous pas, ça va nous faire plaisir. Elle lui a dit ma fille va venir le chercher. Parce qu'il était venu à l'hôpital avec son chien.
-Faque vous avez pris le chien.
-Willy.
-Willy?
-Le nom du chien c'était Willy, je viens de m'en souvenir. Pis oui, je suis allée chercher le chien à l'hôpital pis mon père avait son dép dans ce temps-là faque il était à la maison dans la journée pis il a dit on va le laver ce chien-là.
-Belle initiative.
-N'est-ce pas?
-En effet.
-Mon père l'a plongé dans le bain pis man, t'as jamais vu ça un cerne brun comme ça dans un bain, il était tellement sale ce chien-là c'était pas croyable.
-Wouach.
-Mets-en. Mais quand il est sorti du bain il était comme fou. Il courait partout dans la maison en se grattant les oreilles.
-Hum hum.
-Ouais. Mais en gros, toutes mes circonvolutions, c'est juste pour te dire que Willy, il zignait vraiment souvent sur mes pieds.
-Hum.
-Il était pas arrêtable.
-Hum hum.
-J'étais dans mon lit genre, pis il montait sur le lit genre, pis il se faisait une petite montagne de draps au bout du lit genre, avec son museau genre, pis il zignait là-dedans.
-Je hoche la tête.
-Ouais. Pis souvent il me pognait un pied, pis il zignait vraiment vite.
-Vraiment vite.
-Ouais. Pis tout ça pour te dire qu'avoir la bizoune de Willy entre les orteils, c'était vraiment bizarre.
-Wow.
-Wow.
-Hum.
-Hum.

lundi 24 mai 2010

Mon champ lexical


Si j'étais Richard Brautigan, je te dirais d'aller acheter une cascade en morceaux pis de la monter dans ton salon en suivant les instructions. Ça ferait beau dans ton salon une cascade, ça ferait frais. Tu pourrais te mettre les pieds sales dedans, tes petits pieds sales d'été, toujours noirs sur la plante. Tu recevrais des gouttelettes en ricochet sur les jolies pierres grises qui viennent avec, que tu déposerais dans la crique qui vient avec, que tu étendrais sur le plancher en lisant le manuel multilingue qui vient avec. Ça nous ferait une oasis, ça nous ferait une brise humide, tiède, un petit son continu d'eau qui coule le long du mur, juste à côté de la fenêtre.

Si j'étais Richard Brautigan, je partirais à la pêche en Amérique avec ton père pis on allumerait nos cigarettes sur le lac calme avec un briquet en forme de fausse canne à pêche pis on parlerait de toi entre deux mélodies fredonnées d'André Mathieu, dans sa tête pis sur le bout de ses lèvres. On se laverait la moustache avec l'eau brumeuse, ça serait nice, chill, cool. Cinq semaines en ballon plus tard, je serais chez toi pis nos corps, ils seraient des anacoluthes, deux compléments pour un même sujet.

Ouais, bon, c'est un peu intense ton affaire. Relax man, c'est juste un blogue.

dimanche 23 mai 2010

Fallait que je te le dise...


Quand tu fais du jogging le long de la Rivière-des-Prairies pis que tu te promènes dans ton Ahuntsic adoré que malgré les décennies faut que tu vérifies sur Google pour voir comment ça s'épelle pis que tu tiens ton ipod dans ta main gauche tout en étant un prof de littérature à l'université et un fan de hockey d'une cinquantaine d'année ça se peut que tu te ramasses devant la maison encore à vendre de Maurice Richard pis que tu sois ému pendant genre quoi? parce qu'en plus la toune qui part à ce moment-là c'est IF I TOLD HIM: A COMPLETE PORTRAIT OF PICASSO lu par Gertrude Stein elle-même avec sa voix qui sait exactement ce qu'elle voulait dire qui n'a aucun doute qui ne bafouille pas comme n'importe qui comme un troisième trio parce fuck c'est elle qui l'a écrit pis le Rocket est mort depuis longtemps devant ta face émue par la défaite d'hier ta face qui s'arrête un peu devant sa piaule abandonnée comme un fantôme au Forum pis Picasso aussi est mort pis Napoléon pis à la limite Stein aussi est morte mais toi tu te retrouves pendant deux secondes dans le parfait tourbillon de ce que les fendants qui sont tes amis pis toi avec aussi desfois vous appelez la postmodernité. Vous appelez ça de même faque tu repars en joggant avec un long mot qui te roule dans yeule pis y fait fucking beau pareil.

samedi 22 mai 2010

Lost in transit

On dirait que j'ai un petit blocage. Il y a un rythme à ces journées qui défilent, depuis que je suis revenu, qui se prête mal à une présence assidue sur Saint-Henri.

Je vais pas parler de Heathrow, finalement. Je suis déjà tanné de raconter cette histoire. D'évoquer ma lividité, mes sueurs froides, mon désarroi, mes jambes molles et mon sac lourd. J'évoque en perdant chaque fois un peu plus de profondeur, un peu plus de complexité, un peu plus de détails, je perds le diable quelque part entre deux généralités. Ça devient fade, flou, flat. Tout le monde s'en sacre de toute façon.

Pis pourquoi parler, alors qu'entre deux petites vites, tu peux en faire une longue?

jeudi 20 mai 2010

-Tease her-

Je vais faire comme Simon.

Moi avec j'ai des affaires malades à raconter (un peu porno, quand même), attendez juste que je revienne de Québec.

samedi 15 mai 2010

I'll Hang My Head Beside the Willow Tree

Je suis heureux parce que juste à côté de moi, à l'autre ordinateur, il y a un Brésilien et j'ai vaincu ma timidité pour lui jaser ça un peu. En face to face comme ça, je suis pas mal. Je fais des erreurs stupides, mais c'est pas grave parce que le dude n'a rien d'autre à faire que d'être patient avec moi.

Cette semaine j'ai écouté en boucle cette chanson, qui me hante et que je trouve trop belle comme quelqu'un:



Take my body
And put it in a boat
Light it on fire
And send it out to sea

Ça me rappelle les premières fois où j'ai entendu Beirut ou Sufjan Stevens. Je ressens le même sursaut (soubressaut, Simon) esthétique, dans le ventre.

***

J'ai acheté un Charles Dickens, pour feeler Londres correctement. A TALE OF TWO CITIES. "It was the best of times, it was the worst of times..." Parle-moi d'une façon béton de commencer un livre. Il y a quelques temps, sur facebook (en fait à une autre époque, quand William avait encore une page), j'avais lancé un appel aux meilleurs incipit de romans. J'avais oublié celui-là. Lire Dickens ici, entouré de british subjects et d'immigrants pakistanais et espagnols, c'est une expérience sublime. J'ai le goût de m'arrêter sur toutes les phrases que je trouve nice pour aller demander à la fille de la réception de me les lire à haute voix, avec son accent à couper dedans avec un couteau à porridge.

Splendid.

jeudi 13 mai 2010

Mais encore

À six heures trente ce matin il y avait un obèse nu qui se lavait le pénis dans les toilettes. Petites fesses ballotantes et bouche ouverte hyper concentrée. Respiration forte.

Ragoûtant.

À six heures quarante-cinq j'ai appris que les Canadiens avaient planté les Penguins.

C'est drôle, il y a trois filles de Montréal ici et elles se sont levées plus tard que moi et j'ai entendu leurs cris de joie quand elles ont ouvert Internet dans le lounge. J'entendais HALAK! HALAK! et j'aurais vraiment aimé ça être en ville hier soir.

À neuf heures et demi j'ai eu une discussion avec un Espagnol à la table de déjeuner qui m'a demandé si Montréal c'était un pays... euh...

Mon café brésilien, finalement, c'était assez ordinaire. J'ai presque donné un tip au gars qui me servait en lui disant... Pra você, mate, que se pudesse comprar um sorriso... Pour toi, mate, que tu puisses t'acheter un sourire. Il m'a traité comme un gringo. Bon, je suis probablement un gringo en effet. Tout de même, bonne feijoada avec un bol d'olives et une bière bien glacée.

J'admire vraiment les gens qui sont capables de voyager seuls, moi je m'emmerde, je sais pas quoi faire, BIG BROTHER me manque et LOST aussi. En plus, comme ça m'arrive toujours en Europe, j'ai une petite toux envahissante et une légère fièvre parce que j'ai paqueté ma valise en fonction du climat portugais, pas du climat anglais. Fuck.

Et j'ai vraiment envie de coucher sur un divan-lit en ce moment.

NB: C'est l'histoire de ma vie, faire des erreurs de subjonctif... Jaque me corrige, dans un commentaire, en me disant que c'est la mauvaise conjugaison verbale qui aurait fait de moi un gringo... Effectivement, on ne dit pas "que PUDESSE comprar um sorriso..." mais bien "que POSSA comprar um sorriso...". Un est au passé, l'autre au présent. Putain, une chace que je lui ai pas dit ça, non seulement il m'aurait cassé la gueule, mais il l'aurait fait en s'en foutant (de ma gueule, s'entend).

mercredi 12 mai 2010

Considérations esthético-linguistiques

Il y a plein d'adolescents français à l'auberge. C'est toujours étrange de se retrouver avec eux, dans la file du petit déjeuner, et de se dire que si on ouvrait la bouche, ils ne comprendraient pas ce qu'on dit. Quand je suis en Angleterre, c'est plus facile de parler anglais avec des Anglais que de parler français avec des Français. Surtout des jeunes, qui n'ont aucune idée de l'accent québécois.

S'il y a une chose que je reproche aux British, par contre, c'est cette propension à être toujours dans le discours informel, très très très informel, même quand ils ont très bien entendu l'accent étranger. Il me semble que les Américains et les Canadiens n'agissent pas comme ça, ils haussent un peu leur niveau de langage, il sortent leur anglais un peu "international". Et il me semble qu'à New York, je ne me fais pas dire "dude", ou "man", sans arrêt, quand j'ai seulement demandé mon chemin. Le "mate" anglais est si répandu que ça en devient drôle. Dans l'avion, dans le train, au comptoir de l'auberge, dans la rue évidemment, à la caisse au magasin... Mate, mate, fella, mate. C'est comme une marque de politesse, un tic de langage hyper quotidien.

Ceci dit, les filles sont toujours aussi laides. Pauvres Anglaises. Elles ont vraiment un problème de peau généralisé. Si tu en vois une s'approcher avec une peau pas si mal, tu te rends compte illico qu'elle a le fond de teint beurré tellement épais que tu pourrais signer ton nom dedans. C'est comique, un des autres groupes d'ados de l'auberge c'est genre des Allemands, et, ok, elles sont toutes un peu pareilles, les filles, mais elles sont presque toutes jolies. Haa... Pauvres Anglaises.

J'ai repéré un café Brésilien à une station de métro d'ici. Et j'ai acheté des bouquins dans une librairie portugaise. Qu'est-ce que tu veux, Londres c'est aussi ça, c'est la possibilité de faire comme si tu étais ailleurs. T'as déjà vu ça à Montréal, toi, un magasin de mode féminine mulsulman? Hijab fashion, beauty parlor.

Brilliant.

mardi 11 mai 2010

Palimpseste anglais

Tu lirais son nom sur la page de garde
accompagné d'une saison
sans date précise
un hiver avant
plusieurs mois avant que tu ne la voies
comme il faut.

Peut-être qu'à Londres même
tu trouverais un cheveux à elle
long et à peine bouclé
un cheveux à elle
accroché malgré tout ça
à tes vêtements et ça te ferait sourire.

Tu descenderais au mauvais endroit
sans immersion possible
pour quelques jours à peine
d'une carlingue à une autre
d'un TGV à un dortoir
tous deux inconfortables comme sont
inconfortables les lits infestés
mais tu dirais que c'est mieux que rien
parce que c'est mieux que rien.

Peut-être que loin de Pessoa
et de Saramago, et de Lobo Antunes
tu replongerais dans le hublot des heures
en pensant à elle, qui te l'a prêté,
et en t'arrêtant sur des vers
qui en disent long comme:
Bientôt tu seras de nouveau à Paris,
à Los Angeles ou à Rome, peut-être,
cherchant les traces de ton passage sur Terre,
les ruines éparpillées de tes semblables,
et l'interminable brûlure du monde.

Tu trouverais ça d'une beauté
qui s'efforce de marcher droit
malgré la griserie et la grisaille
d'un ciel londonien sous lequel tu serais seul
mais pas abandonné
et tu tomberais soudainement sur elle
manuscrite dans une marge du poème
qui ne te parlerait pas mais que tu ferais tienne
elle et sa petite note que tu déchiffrerais
tant bien que mal
au milieu des vers d'Hélène Dorion:
il semble que le quotidien
puisse aussi être une porte
donnant sur l'ailleurs.

lundi 10 mai 2010

London Eye

Clarence ça sonne anglais. Quand tu le prononces en anglais, ça sonne anglais. Ça tombe bien parce que je suis à Londres au lieu d'être à Lisbonne en ce moment. Hier j'ai passé ma "pire journée européenne à vie". J'imagine qu'il nous en faut tous une, une fucking pire journée. À raconter en revenant.

Tout allait bien, en matinée, pourtant. On a pris le TGV Bruxelles/Paris, David (prof à Concordia) et moi et il m'a laissé à la Gare du Nord, d'où j'ai tranquillement attrapé le RER pour CDG.

Tous les vols de EasyJet étaient cloués au sol pour une durée indeterminée.

J'écris en style télégraphique. Nuage volcanique.

Pendant quinze minutes, j'ai trouvé ça drôle. Parce qu'on ne se rend pas vraiment compte de la merde dans laquelle on est, au début. Je suis allé fumer une clope, histoire de considérer les alternatives.

TGV pour Lisbonne: une douzaine d'heures... et probablement 200 à 250 euros...

Rester à Paris... Euh... Why the fuck would I stay in Paris?

Et c'est là que j'ai flashé: ma meilleure solution c'était de prendre l'Eurostar vers Londres puisque mon vol de retour part de Heathrow.

180 euros pour traverser la Manche et en plus ils nous ont fait changer de train à Lille à cause de problèmes mécaniques. J'ai passé le reste du trajet debout, à me rentrer le ventre quand quelqu'un voulait aller pisser.

J'ai voulu me faire dédommager en arrivant à Londres, crevé, mais au comptoir j'étais le seul passager... je ne comprenais pourquoi on étaient pas dix au moins à venir réclamer une forme de remboursement parce que fuck j'ai payé 180 euros pour rester debout?

Elle m'a donné une carte, m'a dit je ne peux rien faire pour toi, tu peux toujours écrire au bureau des réclamations... et elle m'a souhaité bonne chance.

And here I am, entouré de cheers mate et de CHAMPIIIIOOOONNNNNNNN!!!! vraiment forts et vraiments saouls dans le Tube londonien. On va essayer d'en profiter.

Ce matin le ciel est bleu.

mardi 4 mai 2010

Despedida


Bon ben, je prends l'avion tout à l'heure, décollage prévu vers 22h.

Je vais écouter THIS AMERICAN LIFE et lire du Hélène Dorion.

Et comme j'amène mon portable, je vais sûrement écrire des posts européens sur Saint-Henri.

On se voit à mon retour et pour l'instant,

até mais.

lundi 3 mai 2010

Seu nome

J'aime le nom des gens, j'aime quand les gens m'appellent par mon nom.

J'aime voir des morsures se résorber et penser que je vais revenir vraiment bientôt.

SEU NOME, Fabrício Corsaletti



Se eu tivesse um Bar ele teria seu nome; Se eu tivesse um barco ele teria seu nome, Se eu comprasse uma égua daria a ela seu nome; Minha cadela imaginaria tem o seu nome; Se eu enlouquecer passarei as tardes repetindo seu nome; Se eu morrer velhinho, no suspiro final balbuciarei o seu nome; Se for assassinado com a boca cheia de sangue gritarei o seu nome; Se encontrarem o meu corpo boiando no mar, no meu bolso haverá um bilhete com o seu nome; Se eu me suicidar, ao puxar o gatilho pensarei no seu nome; A primeira garota que beijei tinha o seu nome; Na sétima série eu tinha duas amigas com o seu nome; Antes de você tive três namoradas com o seu nome; Na rua há mulheres que parecem ter o seu nome; Na locadora que freqüento tem uma moça com o seu nome; Às vezes as nuvens quase formam o seu nome; Olhando as estrelas eu sempre consigo desenhar o seu nome; O ultimo verso do famoso poema de Eloá poderia muito bem ser o seu nome; Apolineris escreveu poemas a lua porque na loucura da guerra não conseguia lembrar o seu nome; Não entendo porque Chico Buarque não compôs uma musica para o seu nome; Se eu Fosse um travesti usaria o seu nome; Se um dia eu mudar de sexo adotarei o seu nome; Minha mãe me contou que se eu tivesse nascido menina teria o seu nome; Se eu tiver uma filha ela terá o seu nome; Minha senha do emai-l já foi o seu nome; Minha senha do banco é uma variação do seu nome; Tenho pena dos seus filhos porque em geral dizem mãe ao invés do seu nome; Tenho pena dos seus pais porque em geral dizem filha ao invés do seu nome; Tenho muita pena dos seus ex-maridos porque associam o termo ex-mulher ao seu nome; Tenho inveja do Oficial de Registro que datilografou pela primeira vez o seu nome; Quando fico bêbado falo muito o seu nome; Quando estou sóbrio me controlo para não falar demais o seu nome;
É difícil falar de você sem mencionar o seu nome; Uma vez sonhei que tudo no mundo tinha o seu nome; Coelho tinha o seu nome, xícara tinha o seu nome, teleférico tinha o seu nome; No índice aromático da minha biografia, haverá milhares de ocorrências do seu nome; Na falta de corda para onde olha o luthier se não para o infinito do seu nome; Algumas professoras da USP seriam menos amargas se tivessem o seu nome; Detesto o trabalho porque me impede de concentrar no seu nome; Cabala é uma palavra linda, mas não chega aos pés do seu nome; No cabo da minha bengala gravarei o seu nome; Não posso ser Niilista enquanto existir o seu nome; Não posso ser Anarquista sem suplicar a declaração do seu nome; Não posso ser Comunista se tiver que compartilhar o seu nome; Não posso ser Fascista se não quero impor a outros o seu nome; Não posso ser capitalista se não desejo nada alem do seu nome; Quando eu saí da casa dos meus pais fui atrás do seu nome; Morei três anos num bairro que tinha o seu nome; Espero nunca deixar de te amar para não esquecer o seu nome; Espero que você nunca me deixe para eu não ser obrigado a esquecer o seu nome; Espero nunca te odiar para não ter que odiar o seu nome; Espero que você nunca me odeie para eu não ficar arrasado ao ouvir o seu nome; A literatura não me interessa tanto quanto o seu nome; Quando a poesia é boa é como o seu nome; Quando a poesia é ruim tem algo do seu nome; Estou cansado da vida, mas isso não tem nada a ver com o seu nome; Estou escrevendo o 58º verso sobre o seu nome; Talvez eu não seja um poeta a altura do seu nome; Por via das duvidas vou acabar o poema sem dizer explicitamente o seu nome.

C'est vraiment bon.

TON NOM, Fabrício Corsaletti

Si j'avais un bar, il porterait ton nom; Si j'avais un bateau, il porterait ton nom; Si j'achetais une jument je lui donnerais ton nom; Ma chienne imaginaire a ton nom; Si je devenais fou je passerais les soirées à répéter ton nom; Si je mourais vieillard, au soupir final je balbutierais ton nom; Si j'étais assassiné, la bouche pleine de sang je crierais ton nom; S'il retrouvaient mon corps flottant dans la mer, dans ma poche il y aurait un billet avec ton nom; Si je me suicidais, en pressant la détente je penserais à ton nom; La première fille que j'ai embrassée portait ton nom; En septième année j'avais deux amies qui portaient ton nom; Avant toi, j'ai eu trois amoureuses qui portaient ton nom; Dans la rue, il y a des femmes qui ont l'air de porter ton nom; Au local que je fréquente, il y a une femme qui porte ton nom; Parfois, les nuages forment presque ton nom; En regardant les étoiles, j'arrive toujours à dessiner ton nom; Le dernier vers du fameux poème d'Éloa aurait très bien pu être ton nom; Apollinaire a écrit des poèmes à la lune parce que dans la folie de la guerre il n'arrivait pas à se souvenir de ton nom; Je ne comprends pas pourquoi Chico Buarque n'a pas composé une chanson pour ton nom; Si j'étais un travesti, j'utiliserais ton nom; Si un jour je change de sexe, je prendrai ton nom; Ma mère m'a raconté que si j'avais été une fille j'aurais eu ton nom; Si j'ai une fille elle portera ton nom; Mon mot de passe de courriel a déjà été ton nom; Mon NIP est une variation sur ton nom; J'ai de la peine pour tes enfants parce qu'en général ils disent maman au lieu de ton nom; J'ai de la peine pour tes parents parce qu'en général ils disent fille au lieu de ton nom; J'ai beaucoup de peine pour tes ex-maris parce qu'ils associent le mot ex-femme à ton nom; Je suis jaloux du fonctionnaire du registre qui a dactylographié pour la première fois ton nom; Quand je suis saoul je dis beaucoup ton nom; Quand je suis sobre, je me contrôle pour ne pas dire trop souvent ton nom;
C'est difficile de parler de toi sans mentionner ton nom; Une fois, j'ai rêvé que toutes les choses du monde portaient ton nom; Les lapins portaient ton nom; Les tasses portaient ton nom; Le téléférique portait ton nom; Dans l'index de ma biographie, il y aurait des milliers d'occurrences de ton nom; Dans l'absence de corde, où peut bien regarder le luthier sinon dans l'infini de ton nom; Il y a des professeures de l'Université de São Paulo qui seraient moins chiantes si elles portaient ton nom; Je déteste mon travail parce qu'il m'empêche de me concentrer sur ton nom; Kabbale est un beau mot, mais il n'arrive pas à la cheville de ton nom; À l'extrémité de ma cane je vais graver ton nom; Je ne peux pas être nihiliste tant qu'existe ton nom; Je ne peux pas être anarchiste sans m'agenouiller devant la déclaration de ton nom; Je ne peux pas être communiste si je dois partager ton nom; Je ne peux pas être fasciste si je ne veux pas imposer aux autres ton nom; Je ne peux pas être capitaliste si je n'ai pas le désir d'avoir plus que ton nom; Quand j'ai quitté la maison de mes parents, je suis parti à la recherche de ton nom; J'ai vécu trois ans dans un quartier qui portait ton nom; J'espère ne jamais cessé de t'aimer pour ne pas oublier ton nom; J'espère que jamais tu ne me laisseras pour ne pas m'obliger à oublier ton nom; J'espère ne jamais te détester pour ne pas avoir à détester ton nom; J'espère que tu ne me détesteras jamais pour ne pas me sentir mal quand j'entends ton nom; La littérature ne m'intéresse pas autant que ton nom; Quand la poésie est belle, elle est comme ton nom; Quand la poésie est mauvaise, elle a quelque chose de ton nom; Je suis fatigué de la vie, mais ça, ça n'a rien à voir avec ton nom; J'écris le cinquante-huitième vers à propos de ton nom; Peut-être que je ne suis pas un poète à la hauteur de ton nom; Seulement pour être certain je vais terminer le poème sans dire explicitement ton nom.

dimanche 2 mai 2010

Julien Roumagnac

Ça a pas rapport, mais moi, je trouve que la photo que j'ai choisie pour l'entête de Saint-Henri, elle est fucking belle.

Allez voir les autres photos du dude, ça vaut la peine.

Pierres d'étoiles sur les rochers...

Avoue que ce matin t'as trop le goût d'écouter ça:




Parce que ouhhhh! on n'en écrit plus des mélodies comme ça. Ha!

Et je cours, je me raccroche à la vie!

Hahahahaha... Fais-toi plaisir.

samedi 1 mai 2010

La semaine verte

... Et j'ai l'impression d'être dans mes valises. C'est bizarre de pas avoir de lit. C'est bizarre de voir son lit se faire dévorer par un camion de vidanges. Mon appart est comme d'habitude, mais il quand même l'air d'un arrêt d'autobus. La proprio va faire venir le gars lundi matin. Faut que je lave mes vêtements ma literie mes serviettes mes oreillers dans l'eau chaude et que je les laisse dans des sacs de poubelle pour 21 jours.

... Et elle m'héberge. Je m'auto-met dehors le matin pour la laisser travailler. Je fume sur son balcon et je bois son café. Je lui mets de la calamine. Elle a une constellation de beauté sur la joue et quand elle lance une pièce de vêtement sur son lit, c'est élégant.

... Et je reviens dans Saint-Henri pour écrire des posts sur le blogue et me laver et remettre un livre terminé sur les tablettes.

... Et je pense à Simon et à sa mort subite, à la manière d'un but en prolongation, crève-cœur. Je me construis des récits grandiloquents. Je me demande si j'aurais pu faire quelque chose pour lui, le convaincre de rester à Montréal et chiller avec moi dans la Petite Italie, à ruminer sur ce monde qui au fond n'a pas rapetissé avec la facilité des voyages internationaux, mais au contraire s'est aggrandi de manière exponentielle, est devenu si grand et si complexe et si incompréhensible que lorsque tu mets le pieds dans le désert, tu es vraiment loin de chez toi. C'est vraiment loin de chez toi que tu es mort, Simon.

... Et je lis des passages de THE NAMES de Don DeLillo et je pense à mes études et voici un extrait:

America is the world's living myth. There's no sense of wrong when you kill an American or blame America for some local disaster. This is our function, to be character types, to embody recurring themes that people can use to comfort themselves, justify themselves and so on. We're here to accomodate. Whatever people need, we provide. A myth is a useful thing. People expect us to absorb the impact of their grievances.
(p. 114)

... Et c'est mille thèses de doctorat en cinq lignes; rhétorique, géopolitique, poétique, sémiologie, théologie, mythocritique. On devrait tous faire des thèses de doctorat sur un seul paragraphe.