mercredi 30 juin 2010

La mort d'un soubresaut (annexe II et III: avis de décès et lettre manuscrite)

(LE DEVOIR, 20 mars 2010)

Simon "soubresaut" Brousseau, auteur du précoce et monumental LA MAYONNAISE TOURNE EN MOI, récipiendaire du premier prix Fémina accordé à un mineur, en 1998, alors qu'il n'avait que 14 ans, est décédé hier dans la nuit de mardi à mercredi à Naples, des suites d'une hémorragie interne ainsi que de multiples fractures. Son corps a été retrouvé par des passants au petit matin. Il avait 25 ans.
M. Brousseau aurait vraisemblablement succombé aux nombreuses blessures infligées par un ou plusieurs objets contondants (ainsi que par les roues d'une voiture) au terme de ce que les portes parole de la police ont qualifié d'"agression violente et gratuite". Les circonstances du drame restent toutefois nébuleuses et la police napolitaine, ayant ouvert une enquête, est avare de détails.
Né à Québec le 22 juillet 1984, écrivain publié avant même la puberté, Simon Brousseau s'est d'abord fait connaître sur la scène littéraire montréalaise et internationale grâce à des romans comme LA MAYONNAISE TOURNE EN MOI (Michel Brûlé, éditeur, 1997), QU'UN PEU DE FOUTRE SUR LA JOUE (Fayard, 1998) et NIETZSCHE A TOUJOURS ENCULÉ KAFKA (Minuit, 2002), pour ensuite devenir une des personnalités favorites des pages "people". Ses nombreux démêlés avec la justice pour des délits mineurs ainsi que la multiplication de ses aventures amoureuses ont, ces dernières années, fait les choux gras des magazines sensationnalistes. Malgré ces frasques mondaines, le jeune romancier a su garder toute sa vie un public fidèle que certains spécialistes de son œuvre n'hésitent pas à qualifier de culte. Les sites internet dédiés à celui qui avait tenu à ce qu'on l'appelle "soubresaut" (allant jusqu'à signer ses derniers livres de ce nom de plume, en gommant la majuscule) ne se comptent pas plus que les thèses de doctorat traitant d'une facette de son travail.
Publié alors qu'il avait 14 ans, son premier roman, de près de 700 pages, s'est vendu à plus de 40 000 exemplaires au Québec avant d'être couronné par le prix Fémina, en France. Le jeune romancier, surfant sur son succès et sur la réception dithyrambique de la presse française, a alors emménagé à Paris, dans le 3e arrondissement, où il s'est empressé de récidiver avec un second roman tout aussi bien reçu par les critiques. Au fil des années, on a fait et refait l'éloge de sa plume provocante, de son lyrisme débridé, de sa vacuité humaniste, de sa violence postmoderne.
Les romans et autres recueils de nouvelles se sont ensuite enchaînés avec la même régularité que ses histoires d'amour se sont autodétruites. Marié pour la première fois en 1999 (avec l'accord écrit de ses parents) et très brièvement, avec la comédienne et ébéniste Adeline Fabre, de dix ans son ainée, Brousseau a fréquenté et épousé au cours de sa courte existence plusieurs hommes et femmes, autant célèbres qu'anonymes, dont la poète canadienne-française Hémilie Amèle, le comédien beauceron-autrichien Klaus Dumont, le blogueur renommé, et détective privé Clarence L'Inspecteur et la joueuse de viole recourbée Mathangi « MIA » Arulpragasam.
Une longue panne d'inspiration aurait été à l'origine du voyage de M. Brousseau vers l'Italie. Il semble qu'il était à destination (ou qu'il revenait) de Capri, où il avait loué la fameuse Villa Mallaparte, où d'illustres écrivains et artistes l'avaient précédé dans leur quête d'un endroit calme et d'un regain de souffle esthétique.
D'après les informations disponibles, il semble qu'un ou des individus se soient jetés sur l'écrivain alors que celui-ci se trouvait dans une ruelle du quartier historique Spaccanapoli. Armés de coutelas, de machettes et autres objets artisanaux, les bandits lui auraient assené plusieurs dizaines de coups au ventre ainsi qu'à la tête avant de prendre la fuite, roulant sur le corps de "soubresaut" avec leur voiture. La police dit avoir retrouvé des traces de freinage automobile à plusieurs endroits dans la ruelle et sur le cadavre. On ne lui a dérobé ni son argent, ni ses papiers. Aucun suspect n'a été interrogé pour l'instant, mais on dit qu'un homme s'est présenté de lui-même pour faire une déposition. L'homme est toujours considéré comme témoin.
Simon "soubresaut" Brousseau laisse dans le deuil sa femme, l'artiste performative Consolida Price, son fils Babord Price Brousseau, ses parents, ainsi que son frère Julien.


***


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mardi 29 juin 2010

Coppertone

C'est fucked up, j'ai vu ta mère dans le métro tout à l'heure pis je l'ai suivie. Ça me tentait pas de lui parler faque je l'ai suivie à la place. Elle portait ses skinny jeans, comme d'habitude, elle ressemblait à une annonce de L'Oréal pour MILFs, je la suivais de loin. Elle est sortie rue Jarry pis elle s'est tout de suite dirigée vers le parc pis je l'ai suivie encore. J'ai jamais parlé avec elle vraiment, mais si je t'avais dit eille j'ai croisé ta mère dans le métro, la première chose que tu m'aurais dit, que tu m'aurais dite, que tu m'aur..., c'est hein, tu lui as-tu dit allo au moins? pis ça me tentait pas, j'avais mes écouteurs pis je l'ai suivie à la place. Ses fesses bombées. Je me rappelais de la photo dans ton salon, encadrée full cheap en doré, où on voit ton père mordre dans sa jarretière à leur mariage, en genre 1979. J'ai toujours tripé d'aplomb sur cette photo-là. Je la suivais de loin, elle fumait. En arrivant au parc elle s'est installée près du terrain de soccer sur une grande serviette, quasiment une nappe, pis elle a lentement enlevé ses vêtements, ses jeans pis son t-shirt. En-dessous elle était en bikini noir. Elle est restée là longtemps, pas à l'ombre, à se faire bronzer sur le ventre pis sur le dos pis sur le côté pis toute. Elle est restée là sous le soleil longtemps. Moi avec.

(texte à continuer svp...)

lundi 28 juin 2010

Das weiße Band

Il y a eu une courte panne d'électricité tout à l'heure dans Saint-Henri, qui a coupé en deux LE RUBAN BLANC de Michael Haneke.

Maintenant c'est fini. Premières impressions, à chaud, en phrases incomplètes.


Extrêmement perturbant, comme le reste de l'œuvre de Haneke.
Une étrange relecture des modes narratifs conventionnels.
On est jamais au bon endroit au bon moment.
Entièrement implicite, contrairement au reste de l'œuvre de Haneke.
Une étrange relecture de la morale protestante et de l'austérité autrichienne.
On est vraiment content d'être au mauvais endroit au mauvais moment.
Un grand film.
Oui.

Mi maille sèlphe aine d'ail.

Il y a un livre sur Adrien Arcand qui vient de sortir, chez Lux éditeur. On me l'a prêté, et j'ai hâte de m'y plonger, parce que c'est un sujet qui me fascine depuis longtemps. Quand j'étais plus jeune, quand j'écrivais des romans, en me considérant comme un génie, quand j'avais la vigueur d'un buffle assoiffé et la rigueur d'une perruche saoule, il se trouve que j'ai écrit des dizaines de pages sur Adrien Arcand, sur le mystérieux Dr Paul-Émile Lalanne et sur Maurice Duplessis, sans me renseigner outre mesure parce que mon concept c'était "est-il-possible-d'écrire-un-roman-historique-sans-savoir-de-quoi-on-parle". Un genre de roman historique purement fantasmatique. J'étais alors sous le charme des grands récits paranoïaques de Thomas Pynchon et je m'attribuais à la fois la verve de Gabriel Garcia Marquez et la concision de Milan Kundera. J'étais beau comme un cœur, aussi. C'est drôle, quand j'y repense, j'ai envie d'être indulgent avec moi-même, préférant me souvenir de mes grandes envolées lyriques en arabesques que de mes participes passés mal accordés.

Un extrait de mon roman mastodonte Les Éboulements:

Il avait cousu la croix gammée à l’intérieur, sur la doublure de son sarrau blanc. Un peu pour l’avoir sur le cœur, et surtout pour éviter que les gens ne la voie. Il avait ses convictions, mais il avait aussi ses peurs. Parmi celles-ci, la peur d’assumer ses convictions était encore la plus forte. Ça ne durerait pas toute une vie, il ferait des efforts pour la surmonter. Un jour il serait un géant que tout le monde craindrait, mais pour l’instant, à vingt-quatre ans, il se contentait d’un revers de sarrau, de quelques réunions secrètes, de quelques poignées de mains avec des gens importants. Il commençait dans le milieu. Venait de faire la connaissance de son homonyme, Adrien Arcand, un soir de meeting politique dans un petit appartement miteux du quartier Rosemont. L’homme public l’avait marqué par son standing, son veston gris coupé droit et sa coupe de cheveux brillantinés impeccable. Ils s’étaient serré la main, le jeune médecin expliquant en agitant sa poigne ferme, qu’il avait été recruté (le mot était mal choisi, ça paraissait sur les visages) par le Dr Lalanne, de la faculté de médecine à l’université de Montréal. Ce dernier n’était pas présent, retiré qu’il était dans son île du lac Saint-François, près de Valleyfield.
-Et vous vous êtes connu comment ? Il a été votre directeur d’internat ? lui avait demandé Arcand.
-Exact.

-Bien.
-Il m’a introduit à Mein Kampf avant même de me tester sur un patient. Je veux dire j’ai lu Mein Kampf avant même d’opérer un patient. Je veux dire.
Arcand approuvait de la tête. D’une bonne tête de plus haut que lui. Presque. Il donnait l’impression d’être continuellement filmé par en-dessous, ça le grandissait. Ça lui donnait une stature.

-Mein Kampf est un livre extr.
-Je le lis dans le texte.

-Vous.

-Je le lis dans le texte.

-Vous, ah, en allemand directement.

-Oui, j’ai appris très jeune, éducation bourgeoise, précepteur, gouvernante, tout le gratin. -Impressionnant. Et un atout pour nous, pour sûr, pour notre campagne.
Leurs mains s’étaient séparées depuis longtemps et Arcand lui asséna une bonne tape dans le dos, juste en-dessous des omoplates, comme pour dire bienvenue et pour dire aussi calme-toi les nerfs avec ton éducation supérieure. On en a vu d’autres. C’était en juin dernier, lorsque l’été s’amenait lentement sur la ville avec un paquet de feuilles vertes à accrocher aux arbres, tâche herculéenne. Et lors qu’Arcand était supposé être en prison au Nouveau-Brunswick.


("Et lors"... ??)

dimanche 27 juin 2010

En une ligne et demie

Fréderick était le genre de gars qui loin d'avoir le regard vide cherchait le vide du regard.

Double-bind

Lu dans ÊTRE ÉCRIVAIN, de la sociologue Nathalie Heinich, à propos d'une des nombreuses double-contraintes (implicites et inévitables) du discours sur soi de l'écrivain contemporain:

Là encore, la dénonciation des "médias" vient soutenir, sous la forme démocratique de l'opposition aux pouvoirs illégitimes, une critique du sens commun qui, sinon, risquerait de virer au mépris élitiste envers les illusions populaires, les naïvetés des profanes. Car la critique "artiste" [de l'image clichée de l'écrivain], appuyée sur la défense de la singularité contre les lieux communs, est toujours menacée de virer à l'aristocratisme, alors qu'elle est souvent le fait des mêmes - socialement progressistes autant que partisans de l'authenticité artistique - qui opposent à l'inspiration la critique politique, appuyée sur la défense de la démocratie: irréductible contradiction propre à la culture de gauche à l'époque moderne, et qui ne trouve de solution - de compromis, bien sûr - que dans la dénonciation des "médias", utile exutoire permettant de concilier le mépris du populaire avec le dénigrement des pouvoirs.
(p. 297)

samedi 26 juin 2010

La mort d'un soubresaut (VIII)

J'ai toujours voulu être quelqu'un d'important, mais quand les trois dudes se sont pointés chez Joe Beef sur Notre-Dame et qu'ils m'ont planté leurs Berettas sur la tempe sur le front sur le sternum, j'ai essayé d'être vraiment tout petit sans pisser dans mes culottes. J'ai avalé une arête de travers et celui qui était le plus proche de moi a été obligé de me taper dans le dos avec la paume de sa main pour me faire cracher le morceau. Ils ont parlé en italien évidemment et j'ai rapetissé encore plus en forçant fort les muscles de mon pénis pour empêcher une goutte de sortir. Ils ont parlé en italien comme de fait et je les ai suivi dehors dans la rue chaude et moite pleine de mirages et de filles de Montréal belles et odorantes comme des graines de pivot, de pivoine, de pavot. Elles regardaient toutes vers le centre-ville, loin à l'est, et les trois dudes me rentraient leurs guns dans les côtes et dans les reins et dans le coccyx quasiment. Juste devant moi parkée là il y avait une Alpha Roméo métallique et j'ai mis la main sur la poignée de la porte du passager mais un des dudes a dit en franglais what the fuck tu penses que tu fais? C'est la petite Yaris blanche là just there on the other side, now move. Mon prépuce était mouillé, je le sentais. J'ai glissé un œil mélancolique sur le capot de l'Alpha Roméo et j'ai traversé la rue sans regarder ni à gauche ni à droite. Je me chantais dans ma tête Summertime de Gershwin avec la voix de Janis Joplin et la Yaris hatchback a fait twit twit et les phares ont clignoté et les portes étaient débarrées. J'ai contourné la voiture en grimpant sur le trottoir et je sentais des armes à feu pointées sur moi qui mettaient en lumière chacune de mes gouttes de sueur. Un des dudes m'a poussé avec le coude et a ouvert la porte et j'ai pensé qu'il allait me mettre la main sur la tête mais non il ne l'a pas fait et j'ai seulement fait attention pour ne pas me cogner en montant. Les filles vraiment jolies continuaient à marcher sur Notre-Dame vers l'est comme si la rue avait été un tapis-roulant ou un stand de défilé de mode. Je me suis demandé si, comme les cheveux blancs, l'incontinence pouvait être causée par une grande peur. J'ai pensé à Saul Bellow qui écrivait quelque part c'est pas parce que ta vie, ou ton âme je ne sais plus, est en train de se faire mettre en pièce que tu arrêtes pour autant d'analyser le phénomène. J'ai toujours voulu être quelqu'un d'important et j'ai pensé à Saul Bellow à ce moment-là parce que je pensais à mon frère qui me parlait toujours d'écrivains et de poètes. Quand les trois dudes se sont installés dans la voiture qui a tangué un peu, un à côté de moi et les deux autres à l'avant, j'ai pensé à mon frère et à Saul Bellow et à Chicago et à Al Capone et à la prohibition et au besoin viscéral des écrivains d'être des gansters jusqu'à un certain point et à leur famille qui en subissaient les conséquences. J'ai pensé à moi pris dans un tourbillon de conséquences causées par mon frère et sa manie de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Le dude assis au volant ne s'est pas retourné vers moi pour me parler en anglais. So let's talk about that fucking brother of yours. Je le savais. J'ai dit He's not here, he's in Capri. Dans le rétroviseur j'ai vu ses yeux sourire. No he's not. He's dead.

En trois lignes

Éveline était le genre de fille à lever la tête de son bol de gruau matinal et à baisser le son de la radio pour demander à son mari coudonc quand est-ce que tu vas faire ton testament?

jeudi 24 juin 2010

Acontecimentininininininininininho

Je pense que j'ai fait un Ace.

Mais je suis pas sûr.

Je me suis retourné.

Pis y avait rien.

mardi 22 juin 2010

Mémo aux locataires

En 1958, selon Wiki (vive Wiki), l'UNESCO définissait l'analphabétisme ainsi: "une personne est analphabète si elle ne peut à la fois lire et écrire, en le comprenant, un énoncé simple et bref se rapportant à sa vie quotidienne." Mais qu'est-ce qu'écrire, qu'est-ce que lire, qu'est-ce que comprendre, qu'est-ce que tous ces concepts impliquent quand on voit des choses comme ce message que j'ai reçu de ma propriétaire il y a quelques jours.


Durant nos absences nous ne seront pas disponible entre le 15 juin et le 25 juillet.


Si des problèmes ou inquiétudes subviendraient, veuillez communiquer avec M. S. C. sur son cell au X-XXX-XXXX ou à la maison au XXX-XXX-XXXX.


Aussi vous pouvez rejoindre mon frère G. T. au XXX-XXX-XXXX, surtout si c'est un problème ou une inquiétude concernant ma mère. N'importe qui, qui pour être sur la propriété qui ne semble pas être familier, appelez la police.


Merci de votre compréhension.

À noté que X récupérera le loyer le 8 ou 9 juillet. Veuillez communique avec lui pour confirmer un arrangement.


L. T.


De nos jours, on a tendance à séparer l'analphabétisme de l'illetrisme, qui servirait mieux pour décrire le cas de ma proprio. Remarquez qu'il n'y a pas vraiment de coquilles, ni de grosses fautes d'orthographe dans le texte, cela indique une relecture et un effort formel. L'utilisation étonnante de "subviendraient", et la construction extrêmement alambiquée de la dernière phrase du 3e paragraphe me laissent croire qu'il s'agit là d'un ouvrage qu'elle a remis au moins cent fois sur le métier.


-Clarence Didier Laurent Nicolas Boileau de L'Anse Pèqueteure.

lundi 21 juin 2010

Palimpseste steinien


Pipi
Caca
Poil
Pénis

A vadge
is a vadge
is a vadge
is a vadge
is a vadge
is
a vadge
is a vadge is
as a vadge is
is a is a is
a vadge
a vadge is a
vadge is
as a
vadge
has always been

Claque matinale

Fuck, le gars du recyclage à matin est carrément monté chez-nous, dans mon appart, pour me crisser une claque sur la gueule. Y en a qui ont vraiment pas d'humour. J'avais descendu mon bac tôt, toute correct en avance, full chill, mais je venais de me faire un café pis j'ai versé la dernière goutte de lait dedans, faque quand j'ai entendu les gars pis le truck je me suis garroché dans ma fenêtre pis je l'ai ouverte pis j'ai crié au gars en bas "HEY! Pense vite!", pis je lui ai pitché ma pinte de lait vide. Il a été super bon, un petit move de 180 degrés vers mon bloc, un rapide regard vers le haut, dans la direction d'où venait ma voix, pis il a attrapé la pinte, avec ses gros gants, style coupe du monde.

Fuck, t'aurais dû voir la face qu'il m'a faite.

Là, j'ai mal à la mâchoire.

Esti, c'est pas comme si il avait reçu du lait sur son linge, je veux dire, je l'avais rincé la pinte, juste avant, je suis pas cave.

samedi 19 juin 2010

Précis d'indolence (avec bien des virgules)


Il m'arrive tellement rien ces temps-ci que quand j'ai trouvé le graal, je l'ai même pas remarqué. Je chillais, chez l'antiquaire, le seul sur la rue Notre-Dame, tu vois c'est où, pas stressé, un peu tanné, de tout et de rien, de la couleur en général, je sais pas, des oiseaux, un peu fatigué, comme d'habitude, mais en même décidé à probablement me branler, pas vraiment vigoureusement, en revenant à l'appart, un peu bored, comme aurait dit mon frère, avant que ma mère ajoute, only boring people are bored, sans que personne l'écoute, un peu à côté de mes pompes, pour parler comme l'esti de Français, qui était juste à côté de moi, qui regardait les vieilles affiches métalliques de 7up, en prononçant tout croche en anglais, un peu en criss contre des affaires ordinaires, banales, de la vie quotidienne, l'odeur de ma poubelle de cuisine, je sais pas, les angles en général. J'ai frotté avec mon doigt, un des cinq, le dessus, genre le couvercle, d'une vieille boîte à musique, en entendant une petite voix, dans ma tête, me dire, ouvre-la donc, esti de téteux, peut-être qu'est cute la petite ballerine, peut-être que c'est für elise la toune, t'aime ça cette toune-là. Pis, juste à côté, il y avait le graal, c'est ça, mais j'ai comme flashé sur la poussière, sur la trace que mon doigt faisait dans la poussière, sur le couvercle de la boîte, c'était comme un peu beau, un peu genre esthétique, faque je l'ai pas spotté, faque j'ai fredonné, na-na-na-na-na-nananana-dum-dum-dum-dum... dum-dum-dum-dum, à la place.

vendredi 18 juin 2010

Brossard et Deptford


Avant l'épidémie foudroyante de Grippe Espagnole de l'année passée, je n’avais jamais été vacciné pour ou contre autre chose que le tétanos, et la rage j’imagine, quand je n’étais qu’un petit minuscule bout d’humain dans les bras de ma mère, tenant dans ses mains mon carnet de santé au look déjà vintage en 1982, inquiète que je ne pile sur un clou rouillé ou qu’un chien fou ne me morde (ces formules au "ne" explétif sont évidemment dédiées à MH). Je ne savais pas trop d’où je sortais ça, mais je savais comme on sait une valeur sûre que le tétanos était une maladie étrange. Tu piles sur un clou ou un bout de vitre, on dit un tesson, et tu te mets à te plier vers l’arrière, pendant des années de souffrances, ta colonne vertébrale se plie, se contorsionne vers l’arrière jusqu’à ce que tu deviennes une sorte de colimaçon vivant, jusqu’à ce que tu deviennes une sorte de colimaçon mort. Et on te fabrique un cercueil en forme de rond, pour y mettre ton corps tordu. Je voyais cette image de moi tout replié vers l’arrière, la tête rentrée entre les jambes par en arrière et je savais que c’était une image qui avait bercé mon enfance. Elle l’avait bercé, accompagnée de pleins d’autres images étranges et vraies ou fausses, et elle était collée, collée juste à côté d'une une image floue de ma sœur en train de me décrire les symptômes de la maladie étrange du tétanos: on est sur la pelouse en face de la maison et elle me raconte ça avec force détails, un clou rouillé dans la paume de sa main.

J’en ai parlé à des millions de gens, de cette maladie étrange du tétanos, et ils m’ont toujours interrogé du sourcil, en voulant dire d’où tu sors ça, d’où tu sors ça cette histoire. Et sur mes lèvres, j’avais le mot abracadabrante, que j’avais envie de leur sortir et de leur crisser dans la bouche pour compléter leur phrase à leur place. Je ne savais pas d’où ça me venait cette histoire, mais ça me venait, et c’est resté accroché, bien en place dans mon imaginaire jusqu'à ce que je lise le roman FIFTH-BUSINESS, du grand écrivain canadien Roberston Davies. Ça m'a rassuré parce que je savais maintenant qu'au fin fond de l'Ontario, au creux d'un village presbytérien de l'Ontario rural et reculé et arriéré, à la limite ouais, arriéré, anglophone, on avait les mêmes légendes urbaines que moi, à Brossard.

Le narrateur est à la guerre, dans les tranchées, il vient de recevoir un éclat d'obus dans la jambe:

My leg began to declare itself in a way that I can only describe in terms of sound; from a mute condition it began to murmur, then to moan and whine, then to scream. I could not see much of what was wrong because of the mud in which I was covered, but my exploring hand found a great stickiness that I knew was blood, and I could make out that my leg lay on the ground in an unnatural way. You will get tetanus, I told myself, and you will die of lockjaw. It was a Deptford belief that in this disease you bent backward until at last your head touched your heels and you had to be buried in a round coffin. I had seen some tetanus in the trenches, and nobody had needed a round coffin even if one had been available; still, in my condition, the belief was stronger than experience.

-Robertson Davies, FIFTH-BUSINESS, p. 76

C'est touchant, non?

Anywhere I Lay My Head, Boys...

Pour faire écho à William, qui s'émeut joliment, comme une tortue, sur Twist 'n' Serve, aussi pour lui souhaiter bon retour en rebond, en ricochet, en spirale, je sais pas, voici une belle chanson de Tom Waits. Qu'on chante en chœur, pas juste quand on est souls.

My head is spinning round, my heart is in my shoes, yeah
I went and set the Thames on fire, oh, now I must come back down
She's laughing in her sleeve boys, I can feel it in my bones
Oh, but anywhere I'm gonna lay my head, I'm gonna call my home

Well I see that the world is upside-down
Seems that my pockets were filled up with gold
And now the clouds, well they've covered everything over
And the wind is blowing cold
Well I don't need anybody, because I learned, I learned to be alone
Well I said anywhere, anywhere, anywhere I lay my head, boys
Well I gonna call my home




C'est un peu une chanson de solitaire, mais je pense qu'on peut aussi la fredonner à une langouste.





jeudi 17 juin 2010

La fois où j'ai fourré avec Joyce Carol Oates


La fois où j'ai fourré avec Joyce Carol Oates c'était bizarre parce qu'elle était pas aussi wild que j'aurais pu le croire quand j'étais tout petit, quand je me branlais devant son poster dans ma chambre. En fait elle était pas vraiment wild pantoute pis elle me regardait avec ses yeux vitreux vraiment gros pis elle faisait la planche ou l'étoile, je sais pas trop comment appeler ça. Je me démenais, man, je te tournais pis je te retournais dedans, je, elle, dedans elle, je lui, je, ouais. Mais elle restait là en-dessous de moi sans bouger, sans remuer, rien. C'était bizarre, comme je te dis, j'ai pas super gros tripé. Pis c'est poche tsé parce que j'aime full ça ce qu'elle écrit.

mercredi 16 juin 2010

Les buts imaginaires


Entre deux films écrits, produits et réalisés par Xavier Dolan, on a à peine le temps de se passer la soie dentaire pour enlever la graine de popcorn pognée entre la dent et la gencive. Entre deux buts dans une game de la Coupe du Monde, on a le temps de devenir Rip Van Winkle trois fois, de passer à travers trois révolutions vraiment violentes pis de se réveiller en plein milieu d'une démocratie constitutionnelle relativement stable.

Xavier, il fait aussi le design des costumes, c'est ça qui est cool.

Rip, il a dormi vraiment longtemps, genre vingt ans, c'est ça la joke.

Le soccer, c'est ben le fun, mais c'est plate en criss dans le fond.

lundi 14 juin 2010

D'intérêt public

Il paraît qu'il faut toujours aller magasiner des souliers l'après-midi, parce qu'à ce moment-là de la journée, nos pieds, ils sont un peu dilatés, gonflés, épanouis, je sais pas, faque ça permet de mieux calculer la bonne pointure.

Faque c'est ça.

dimanche 13 juin 2010

Getting Meta (Lennon-McCartney)

I used to get mad at my school
Now I can't complain
The teachers who taught me weren't cool
Now I can't complain
You're holding me down, ah, turning me round, ah
Filling me up with your rules, ooh ooh

{Refrain}
I've got to admit it's getting meta, meta
A little meta all the time, it can't get no worse
I have to admit it's getting meta, meta
It's getting meta since you've been mine

Me used to be angry young man
Me hiding me head in the sand
You gave me the word, I finally heard
I'm doing the best that I can

{Refrain}
Getting so much meta all the time
It's getting meta all the time
Meta, meta, meta
It's getting meta all the time
Meta, meta, meta

I used to be cruel to my woman
I beat her and kept her apart from the things that she loved
Man I was mean but I'm changing my scene
And I'm doing the best that I can

{Refrain}
Getting so much meta all the time
It's getting meta all the time
Meta, meta, meta
It's getting meta all the time
Meta, meta, meta
Getting so much meta all the time


(À fredonner avec un accent upper-class londonnien)


Infections




Oufffff...

J'arrive au passage où Beth tombe malade. Dans la version originale américaine, bien sûr, on parle de SCARLET FEVER, mais moi, dans mon souvenir de ti-cul qui regardait le cartoon, j'appelais ça la SCARLATINE.

Je me demande si c'est pas le mot qui me faisait le plus peur au monde.

Je veux dire, lis-le encore: SCARLATINE. Tu te rends compte? C'est genre pire que TÉTANOS.

samedi 12 juin 2010

En trois lignes

Francis était le genre de gars qui prenait des notes en classe en faisant des phrases complètes dans son cahier et tu te demandais s'il avait appris la sténo mais non c'était pas une fille, tsé.

vendredi 11 juin 2010

Vu d'ici

C'est con, mais dernièrement, j'ai arrêté de flusher chaque fois que je pisse pis, ben, j'ai l'impression de faire ma part, même si des fois ça sent un peu jaune dans ma salle de bain. Bientôt je vais me gosser de la poudre pour la face avec les écailles de mes œufs à la coq. Pis je vais utiliser des expressions comme empreinte de carbone pis je vais trouver que Steven Guilbeault est particulièrement souriant et pince-sans-rire pis je vais trouver un certain charme aux dreads de la fille de Greenpeace à la sortie de Berri-Uqam, juste à côté du Second Cup, juste avant celle de Médecin Sans Frontière pis entre les deux dudes de la Croix Rouge. Tchèque moi ben aller.

-You have a really great aura. It's kind of purple with small flashes of yellow.
-Yeah, well, what about my carbon footprint?

Le seul titre qui me vient en tête pour ce billet, c'est genre : "VROUM"...

Je m'en vais voir (et entendre, j'imagine) de la Formule 1 avec Simon Brousseau (le scrutateur du Web littéraire) aujourd'hui. Gracieuseté des Grands Frères. On dirait que je suis un sportif de quoi, de salon? Je suis allé au Stade voir l'AC Milan péter la yeule à l'Impact. J'ai regardé le dernier match Blackhawks/Flyers chez nous avec du popcorn pis de la bière en criant aux bonnes places. La Coupe du Monde commence aujourd'hui pis j'ai hâte de voir le premier but de l'équipe du Brésil. Je suis aucunement au courant de ce qui se passe dans la finale de la NBA, entre Los Angeles et Boston, mais si tu me payais un billet pour y aller, fuck, man, je serais déjà prêt depuis longtemps.

***

Un passage du roman THE DISENCHANTED de Budd Schulberg, pour JFC, William et moi:

"I think you're the second author I know who wanted to be a football player. And two others who are frustrated pitchers and would-be Jimmy McLarnin. In Europe the authors would like to have been composers or painters or mathematicians."
"We're a more muscular race. And I suppose since writers are fairly sensitive registers of national consciousness, they naturally reflect the hero-worship of their times. After all who else had any grandeur in American life except a Ruth, a Dempsey or a Bobby Jones?"
"You go home and start your novel and leave the touchdowns to Orv Molher," she said.

Faut que je me rappelle de cette expression: "fairly sensitive registers of national consciousness". Hummm...

mercredi 9 juin 2010

(Multiple) Ghosts of (Various) Dead Artists

Je pense que j'ai peut-être trouvé la "métaphore", pour parler en images, la "métaphore" centrale de ma thèse de doctorat. Il semblerait que je puisse avoir trouvé un possible fil conducteur qui relierait tous ces merveilleux écrivains, pour parler comme quelqu'une que je connais.

Voilà.

Je pourrais mettre tous ces romanciers et ces romancières en lien direct les unes avec les autres, à travers les époques, en les faisant se rencontrer à Yaddo, cette retraite pour artiste située à Saratoga Springs, NY, qui a été fondée en 19oo. Cet endroit mythique pourrait très bien servir mon propos, lui servir de fondation réelle, physique, dans la mesure (autre expression académique, beurk) où il représente parfaitement le paradoxe de la culture lettrée américaine du XXe siècle, il en est un des lieux de rencontre les plus éclairants: positivisme et pensée magique américaine typique vs retrait complet, bien que temporaire, du système de production capitaliste.

***

Sont passés par Yaddo, à un moment ou à un autre, pour aller écrire un chef d'œuvre ou le composer ou le dessiner (je veux dire, c'est malade):

John Cheever James Baldwin Sylvia Plath Flannery O'Connor Saul Bellow Philip Roth Hannah Arendt Langston Hughes Alfred Kazin Truman Capote Rick Moody Leonard Bernstein Virgil Thomson Carson McCullers William Gass Louise Erdrich Jonathan Lethem Katherine Anne Porter Bernard Malamud Eudora Welty Henri Cartier-Bresson Micheal Cunnigham Jeffrey Eugenides Alice Walker Alison Lurie Van Wyck Brooks William Carlos Williams Jonathan Franzen Elizabeth Bishop David Foster Wallace Jay Cantor Ben Marcus Paul Anster Paul Bowles Malcolm Cowley James T. Farrell Patricia Highsmith Jay McInerney Susan Minot Richard Price Mario Puzo Amy Tan Henry Roth Chester Himes Milton Avery Clifford Still

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Ils et elles pourraient se parler, dans les jardins de Yaddo, dans les pages de ma thèse, ouais.

Suçoire à 20h


Rien d'autre à dire.

(HA! Comme si j'étais vraiment un fan de hockey, tsé)

mardi 8 juin 2010

Retour aux sources

En ce moment estival étirable à l'infini ou presque parce qu'on est vraiment bien, je fais ou refais mes lectures de corpus principal. Faut que je me tape LITTLE WOMEN de Louisa May Alcott, dès que j'aurai fini THE DISENCHANTED de Budd Schulberg (qu'un écrivain européen absolument délirant, ou son alter-ego, ou sa création, ou sa Némésis, je ne sais plus, m'a recommandé, wow, et une chance qu'il l'a fait, sinon, je serais passé à côté de ce gros morceau absolument essentiel pour ma thèse...).

Je dois donc me lancer dans la lecture du classique de Alcott. Hum. On dirait que ça me tente pas vraiment. On n'arrête pas de me dire, en plus, autour de moi, regarde donc le film, à la place, pour l'instant, et je réponds, euh, quoi? je vais regarder le film et je vais dire à mon jury à l'examen doctoral que c'était super bon, que Winona Ryder était tellement cute dans ce temps-là? Je réponds ça, mais en même temps, je me dis que deux heures de mélodrame du XIXe siècle ça se digère vraiment mieux que 500 pages de mélodrame du XIXe siècle.

Quelqu'un peut-il me rassurer et me dire que c'est vraiment bon, LITTLE WOMEN, afin que je puisse embarquer dans ma lecture avec, avec, avec quoi donc?

(En passant, dernière recommandation de Clarence, qui va l'ajouter illico dans sa liste juste à côté, là, à droite: ANOTHER COUNTRY, de James Baldwin. Tout simplement le meilleur roman social que j'ai lu depuis des années. Ça faisait longtemps que j'avais pas ressenti autant de plaisir et d'angoisse mêlée à la lecture d'un livre. Comme dirait mon frère, ça torche en esti.)



HAHAHAHA
HAHAHA
HAHA
HA

lundi 7 juin 2010

La mort d'un soubresaut (VII)

La fille est entrée dans mon bureau. Cheveux courts. Cheveux noirs. Probablement teints. Une mouche volait et on l'entendait. Je pouvais voir un début de repousse à la racine. Elle s'est approchée en souriant. Sourire triste. Je n'étais pas dupe. Mes pieds traînaient sur la table de travail. J'avais entrouvert ma chemise. Deux boutons. Elle souriait mais sans plus. Je pouvais deviner une larme pas encore formée dans son œil gauche. Petite tache brune dans l'iris bleu. Je lui ai fait signe de s'asseoir. Ses mains tremblaient. Définitivement une teinture. J'ai allumé le briquet en la fixant. La cigarette pendait au bout de ses lèvres. Mes pieds sont revenus au sol. J'ai allongé le bras. Elle a tendu le cou. Mon cœur battait à peine. Ses joues fardées. J'avais envie de lui faciliter la vie. J'ai rabattu le couvercle du zippo d'un mouvement sec. Ma chaise a craqué légèrement. Elle a aspiré. J'ai souri. Pas vraiment. Une minuscule plume sur mon pantalon. Les stores poussiéreux. Un cigare encore fumant dans mon cendrier. Une atmosphère. J'ai soufflé vers le bas. Ses paupières se sont fermées l'espace d'un instant. Un rayon de soleil bien défini dans l'ambiance chaude de la pièce. La table pleine de dossiers entre nous deux. La ville à l'extérieur. Elle venait d'entrer. J'arrivais à peine. Le cigare mordillé. Ma secrétaire dans la pièce voisine. Personne d'autre. Elle a fait un cercle de fumée dans la confidentialité de la pièce. J'ai fixé son décolleté sans le lui dire. Mes mains ont cherché un paquet de cigarette. Elle a été plus rapide. Je ne l'avais jamais vu. Une Marlboro entre mes lèvres. Elle a dit:
-On m'a recommandé de venir vous voir M. L'Inspecteur.
-Qui?
-Ça n'a pas d'importance.
-Tout en a, dans mon métier.
-Je m'appelle Hortense.

vendredi 4 juin 2010

Superstitions: Love and Marriage



Trouvé dans GREAT AMERICAN FOLKLORE, un recueil de tall-tales, de ballades, de contes et d'histoires rocambolesques de partout aux États-Unis. Je recopie le court chapitre en entier. C'est savoureux.


***

If you count nine stars every night for nine nights and put a mirror under your pillow the last night, you will dream of your true love.


Name the four corners of a room that you have never slept in before and the first corner you see when you wake will be your mate.

Never walk between sweethearts, or they'll quarrel.

When a girl places a man's hat on her head, she wants to be kissed.


A white spot on your fingernail tells you you have a romantic admirer. Some people have more than one.


When you see a redbird, your love is coming to you.


When you see a redbird, start saying your ABC's. The letter you are saying when the bird flies is the first letter of your lover's name. You will marry that person unless the bird lands on a fence.


If your eye quivers, your love is thinking about you. If your ear burns, your love is talking about you.


If you have two lovers, place an apple seed - one for each lover - over each eyelid and blink. The one that stays on longest will be your true love.

On the first morning of May, a girl should rise without speaking a word, go outside, and turn around three times under a cedar tree. Then she should listen. If she hears singing, she will be happily married.


If the wind blows on your wedding day, you'll have many quarrels. Rain is very good luck.


If it snows on your wedding day, you will be very happy and very rich.

Always marry when the hand of the clock is rising. Your marriage will rise with it.

If a man is younger than his wife, he'll have good luck raising sheep.


If you want to know if your spouse will be faithful, sleep with a piece of your wedding cake under your pillow and the answer will come in your dreams.

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jeudi 3 juin 2010

Lema torcido

Brincando, comecei o textinho com a expressão as vezes, mas sem usá-la. Botei o verbo começar em vez, já tomado por um tipo de resignação. Começar é difícil. Duas frases adiante, eu estava degringolando numa contradição em termos. Uma contradição gramatical insolúvel em aparência, mas estimulante dum outro lado porque me obrigava a prosseguir. O lápis andava sobre a página, formando palavra após palavra, tornando-se instrumento de trabalho e também meio de transporto. Verdade, eu estava me perguntando: o que é isso? O que é que realmente quero dizer? Pode ser que o paradoxo gramatical seja o único caminho disponível para descrever corretamente minha incursão fraca e quase criminal nessa língua de outrem? No final, talvez seja apenas mais uma prova da frivolidade do meu projeto: entrar em contato íntimo com uma linguagem sem passar pela porta, ou (pelo menos) sem levar o tempo de abri-la antes. Essa série de frases que estava escrevendo sem parar, me preocupando só com o esforço ortográfico (o desejo sincero de não cometer erros banais) e sintáxico, não dava em nada, à não ser num poço sem fundo de má fé. Pois a má fé não é, depois de tudo, uma simples (embora torta) maneira de reclamar o direito de andar antes dos nossos próprios pés? Na verdade, nunca fui pronto para escrever em português, o que fiz foi só tomar a fala, a fazer minha, a roubar, sem pedir licença a ninguém, nem sequer respeitar os códigos elementares da convivência: mandei todo mundo para fora: os professores, os amigos, os mestres, que se fodam. Fui correndo sozinho, independente e sem graça.

Ah, sim, acabei de me lembrar, e depois paro com isso... Pedi licença sim, pedi a licença poética, aquela coisa que brando como se fosse uma arma ainda fumegante quando alguém quer me criticar, seja quem for, entendeu?

mercredi 2 juin 2010

My overworn underwear


Je vais l'écrire ici, en forme de confession auto-fictionnelle bidon sur Saint-Henri, histoire de désamorcer ma propre humiliation. Istouare dans fer delart.

Ce matin, j'étais étendu sur son lit, jambes légèrement écartées, je faisais un speech hyper sérieux et intellectuel avec plein de etc. et de tu vois et de pour ainsi dire, à propos de la dernière connerie israélienne et, par le petit trou au fond de mes caleçons, sortait un bout de gosse. Ça me faisait une mini gosse. Qui sortait d'un trou. Direct dans sa face. Une mini gosse comme juste de peau de scrotum.

Elle est partie à rire.

J'étais humilié.

Je suis plus irritable quand je suis sur les patches de nicotines.

mardi 1 juin 2010

La mort d'un soubresaut (VI)

On parle de lui quand on boit de la bière, quand on s'allume des cigarettes à l'unisson. Quand on porte un toast, c'est toujours à lui. Depuis sa mort on dirait que les mots dans ses livres sont devenus fluorescents. Ils sortent des pages comme des trucs qui glow in the dark. Quand on éteint la lumière, l'un d'entre-nous ouvre un de ses livres et se met à lire et les mots sont comme des lucioles, des feux follets, ils sortent des pages comme des trucs qui glow in the dark, et sa voix résonne à travers la gorge de l'un d'entre-nous. On parle de lui entre deux commissions, quand on sort pour vivre nos vies ennuyeuses qui semblaient tellement réglées au quart de tour quand il était vivant, quand il existait, on parle de lui quand on sort acheter du lait. Il y en a un qui insiste sur le fait qu'il l'a déjà rencontré, ou croisé, sa version change parfois, ça dépend s'il se sent humble ou plus confiant, il est comme nous tous, ça dépend des jours. Il y en a un autre qui n'arrête pas d'essayer de nous convaincre qu'il sait ce qui s'est passé cette nuit-là, dans la ruelle et tout, ce qui s'est réellement passé. Et on répond toujours la même chose, en écrasant le mégot au fond du cendrier, qui sait, qui le sait, qui le sait vraiment ce qui s'est passé? Et il insiste. Et on répond que personne n'était là. Personne sauf lui et son assassin. On ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé et l'un d'entre-nous se lève pour dire non, moi je sais, moi j'ai des sources infaillibles, et je n'ai jamais utilisé le mot vraiment, j'ai utilisé le mot réellement, ça fait toute la différence, et on a tous un mouvement de recul, le cercle s'agrandit parce qu'on s'adosse tous en même temps, jambes croisées, on souffle la fumée de la dernière bouffée et il est debout, il est comme une tache de naissance en périphérie d'un œil, d'un iris, et évidemment on pense tous à l'œil de Simon, on pense toujours à lui. Le livre est tombé par terre, un halo de lumière autour, comme. On a tous des explications et des théories, certaines plus littéraires et d'autres plus farfelues et d'autres complètement pathétiques, mais on essaie rarement de se les imposer les unes aux autres parce qu'après-tout s'il y a une chose qu'il nous a apprise, c'est à douter. Son livre est tombé par terre mais personne ne le ramasse, on est trop occupés à répéter à l'un d'entre-nous qu'à la limite, tout le monde sait ça, le mystère de sa mort, c'est le dernier chef-d'œuvre de Simon Brousseau, c'est l'ultime orchestration, un peu pompeuse, un peu dissonante, de sa musique de chambre privée, et personne n'était invité.
C'est moi qui a prononcé cette dernière phrase et les autres se retournent vers moi, brusquement, comme une paupière qui cligne, et l'autre se rassoit, et il lance en l'air, en soupirant, man, t'as lifté ça dans Foucault ou quoi?
Je réponds non, ça vient d'un de ses romans.
Ils me disent bullshit et on s'allume une autre cigarette. On sort des vieux disques de Pearl Jam.

-À SUIVRE-

LA MORT D'UN SOUBRESAUT (I)

LA MORT D'UN SOUBRESAUT (II)

LA MORT D'UN SOUBRESAUT (III)

LA MORT D'UN SOUBRESAUT (IV)

LA MORT D'UN SOUBRESAUT (V)