samedi 30 octobre 2010

Les règles d'or pour briller (V)


Règle no 5: Placez-vous toujours en tête du peloton, ce sont les autres qui doivent vous suivre, pas l’inverse… Et surtout n’écoutez jamais les conseils des autres, c’est vous qui avez toujours raison…

Ouais faque même si mon chrono officiel me mettait en 42e place, pis même si j'ai jamais fait de course de bécique avant, j'ai pété la yeule à l'arbitre pis au juge de ligne pis à son frère pis j'ai pissé à côté de la litière de son chat. Le matin de la course, j'ai crissé mon coude dans toutes les côtes de toute la gagne de fifs en cuissards mauve fluo Ocean Pacific pis je me suis genre quoi, faufilé, jusqu'à la ligne de départ. Un des gars commandité par Tide m'a fait un finger mais il était derrière moi faque je m'en suis crissé comme si il aurait, comme si, comme si il avait, ouais, été, de l'huile sur le parapluie de mes insultes. Je suis parti en flèche immédiatement après le coup de gun pis j'allais tellement vite qu'après juste un tour j'avais déjà la roue d'en avant dans le cul du dernier. Mes mollets étaient tellement gros qu'ils bloquaient la vue aux autres qui tombaient à terre, qui tombaient à terre sur Sherbrooke pis sur Papineau pis après ça dans le fleuve sur le pont Jacques-Cartier, comme des estis de moutons ou des lemmings, sauf moi. Sauf moi parce que je te filais ça en sale, j'avais un but pis un objectif, pis dans le fond je m'en calissais de la course, c'était juste un prétexte pour arriver super essoufflé à la synagogue sur Curé-Poirier à Longueuil pis avoir une excuse pour pouvoir postillonner dans la face du rabbin pis dans sa sagesse millénaire que je m'en calissais comme du pain sur la planche. Il m'a regardé avec ses yeux de Torah furieuse mélangé avec E-man pis il a essayé de me convaincre avec des mots à 150 piasses que "dialectiquement" il y avait un "paradoxe" dans l'idée de conseiller à quelqu'un de ne pas suivre les conseils des autres, qu'il y avait là une "impossibilité", une "irrésolution" fondamentale, parce que ne pas suivre équivaut à suivre, et vice-versa, ou quelque chose dans le genre, pis j'ai fait comme, pff, genre, euh ta yeule esti de vieux schnok, pourquoi que je t'écouterais, tu sais même pas lire sans suivre les mots avec ton doigt pis sans bouger les lèvres en te balançant comme un autistique, fuck, pis je me suis vu en train de dire ça dans le miroir du bureau pis mon profil était tellement aiguisé que tout a revolé en éclats, en mille morceaux éblouissants.    

vendredi 29 octobre 2010

Update

1. Finalement, j'ai pas de problème pantoute à reparler français, c'est sorti tout seul, bien comme il faut, dès l'atterrissage à PET, comme un soupir de soulagement.

2. C'est ma blonde qui avait les clés de mon appart pis elle travaillait faque elle est pas venue me chercher à l'aéroport. Je me suis dit pas de trouble, je vais cogner chez la proprio pour emprunter un double. Ma mère m'a amené dîner au Greenspot pis le club sandwich était un peu sec mais c'était bon pareil. J'étais relax, sauf que l'envie de chier m'a poigné d'un coup. En arrivant à l'appart j'ai cogné chez Lise, mais elle était pas là et son mari, Lies, qui est un anagramme de sa femme, qui est musulman, était en train de prier quelque part au fond de la maison. J'ai donc dû refouler mon intestin, tout en jasant les fesses serrées avec Marie-Lise, la mère aphasique de ma proprio, qui elle habite en dessous de chez-nous.

3. Le projet ON EST TOUJOURS TROP BON a pris du retard, mais recommence officiellement avec mon retour. Si ça vous intéresse, n'hésitez pas à envoyer des texte ou à réserver des contraintes à l'adresse clarencelinspecteur@yahoo.ca.

4. Cette fille est chill en criss. C'est de loin le meilleur indie-pop brésilien que j'ai entendu depuis que je m'intéresse à ça. Son album est disponible sur Itunes, pour 10 piasses.





dimanche 24 octobre 2010

Coisas bonitas, coisas feias

Choses vraiment cool du Brésil:

-L'hospitalité (jamais été aussi bien reçu de toute ma vie)
-La bière (Brahma, Skol, Itaipava, Bohemia, Natural)
-La musique (tout ce qu'ils appellent MPB, Música Popular Brasileira, c'est tellement bon, fuck, j'en pleurerais)
-La bouffe (fuck les végétariens)
-Le "jeito" (ça veut dire la "manière" brésilienne, la manière de faire les choses, de parler, de négocier, de s'embrasser, etc., ça va de dépasser dans le traffic à crier quand il y a un beau but au futebol, en passant par les gestes mêmes, qui accompagnent la parole, ici tout le monde bouge les mains comme des petits cool de quinze ans) 
-Les partys qui ne finissent jamais (meu Deus do céu... ayayayaye)
-Les millions d'accents différents (que je commence à reconnaître)
-Les millions de tons de peau différents (probablement une des sociétés les plus hétérogènes du monde)
-Les élections (Lula est un héros, Lula est le diable, Dilma est une sainte, Serra est un sale con, filho da puta, Serra et Dilma sont des imposteurs, je vais pas voter, je préfére payer l'amande, Lula est la meilleure chose qui soit arrivée à ce pays, Lula est la pire chose qui soit arrivée à ce pays...)
-Les gougounes (Havaianas, baby!)
-L'architecture des maisons (solide solide, tout est en brique et en béton, ils ont pas besoin d'isoler, ça poigne pas en feu, et il y a des trous d'évacuation dans les planchers parce qu'ils lavent à grande eau, splash, partout, une chaudière par-ci, une chaudière par-là)
-Le café (ahhh, c'est ça que ça goûte, du café!)

Choses vraiment poches du Brésil:

-La pauvreté (évidemment, bon, je ne suis pas venu ici pour faire une enquête sociologique, mais faudrait être cave pour pas remarquer les dizaines de dudes sur le crack qui dorment dans la rue, un sac de plastique sur la tête, en plein soleil de midi)
-La paranoia (je me croise les doigts, il ne m'est rien arrivé, pas de vols, pas de violence, rien, mais tout le monde arrête pas de m'avertir, de me prévenir, de me dire de faire attention, alors c'est difficile de se promener dans les rues sans avoir une arrière pensée pour le gars en arrière, qui est peut-être en train de me suivre)
-La télé (oh my god... téléromans, shows de variété, de la merde et beaucoup de merde, et la voix typique du dude qui a genre fait un bacc en comm et qui maintenant annonce des produits à la télé ou à la radio commence à me peser, tsé cette espèce d'overarticulation comme vraiment trop enthousiaste...)
-L'architecture urbaine en général (c'est vraiment n'importe quoi, il y a énormément de choses, trottoirs, rues, poteaux, portes de magasins, en train de s'autodétruire, même les merveilles architecturales de Oscar Niemeyer ont l'air vieilles et en décrépitude, je veux dire, j'ai de la difficulté parfois, quand j'observe la vue, de loin, à différencier un quartier "riche" d'une favela)
-Le fonctionnement des restos (vraiment pas "gringo friendly", en général, toujours un peu, genre, spécial, original, voyons criss, comment ça marche icitte, USA que je commande, USA que je paye?)
-Le transport en commun (fuck, juste fuck, ils peuvent bien rouler à l'étanol, ces autobus, ils sont quand même poignés dans un traffic absolument monstrueux)
-Le traffic (fuck, juste fuck, ils peuvent bien rouler à l'étanol, ces chars, ils sont quand même poignés dans un traffic absolument, incroyablement, effroyablement monstrueux)
-Le linge quétaine (bling-bling cul-cul ou style pseudo surfer Billabong pour les gars et ceinture de diamant ou boucles d'oreilles grosses comme ta soeur pour les filles, faux-ongles, gel dans les cheveux, dents en or, g-string qui dépasse de six pouces en haut des jeans pleines de brillants)
-L'accent des ados (euh... quoi?... desculpa, não entendi nada... o que?... pourrais-tu prononcer au moins une consonne sur dix, s'il-te-plaît?... juste pour me donner un point de repère...)


***

Est-ce que c'est nécessaire de préciser que les choses négatives n'arrivent pas à la cheville des choses merveilleuses que je vois, que je constate tous les jours?
J'ai tellement rêvé souvent à ce voyage.
Je suis comblé. 
Je reviens mercredi prochain.
Un tout petit peu plus bronzé, un tout petit peu moins gringo.

jeudi 21 octobre 2010

Juste pour provoquer, je mets une photo de l'endroit où je m'en vais cet après-midi. São Sebastião, ça ressemble à ça:

Il fait 22 degrés celsius ici, ciel bleu à São Paulo et sur le littoral. C'est pas suffocant, mais c'est tout à fait agréable. J'écoute de la bonne musique. Je bois de la bière froide froide froide.

lundi 18 octobre 2010

Clarence à São Paulo

J'en profite pendant que Vanessa est occupée à faire de la bouffe et que sa femme de ménage fait le ménage (c'est super normal ici d'avoir une femme de ménage qui fait le ménage. Y a tellement de monde pauvre que ça coûte pratiquement rien) pour écrire un court billet sur Saint-Henri. Juste pour vérifier si je suis encore capable de parler ou d'écrire en français. Ma tête est tellement pleine de portugais en ce moment que j'en rêve. Et évidemment, les personnes qui parlent en portugais dans mes réves sont celles qui parlent vite vite vite et qui m'ont traumatisé durant la journée, sans me laisser le temps de comprendre, alors je rêve que je suis en train de répéter sans arrêt O QUE? O QUE? COMO? Tout à l'heure je me suis étendu avec mon ipod et j'ai crissé du Bernard Adamus dans mes oreilles, histoire de me rappeler comment je parle dans la vraie vie, même si, bon, on s'entend que je parle pas comme lui dans la vraie vie. Ça m'a fait du bien. Je parle quand même assez bien le portugais maintenant, et je comprends presque tout quand les gens ne se mettent pas à parler en slang, mais reste que ma tête va exploser d'être continuellement en mode traduction. Et mon anglais on oublie ça. Avant hier soir, pendant une petite fête qui avait lieu ici, dans la cour, j'ai essayé de chanter du Radiohead. Fuck je roulais mes R. Et je ne suis plus capable de prononcer les noms anglos sans prendre un accent brésilien, de toute façon ils comprennent pas si tu prononces à l'anglaise. Genre Neil Young ils prononcent Niou Yangui. Fuck, je vais revenir à Montréal et je vais dire Arquédji Fyèri au lieu de dire Arcade Fire. Immersion tu disais?

À part ça? Ben hier soir on est allé écouter une répétition d'école de samba pour le carnaval qui aura lieu en février. Man, j'ai failli brailler tellement c'était bon et intense. Pis je pleure jamais, je veux dire, je suis un gars, je lis du Bukowski.

mardi 12 octobre 2010

Despedida

Comme demain je sors de Saint-Henri pour deux semaines, je ne pourrai garantir la fréquence des billets qui seront publiés ici. Ça va dépendre de mon accès à un ordinateur, de mon envie de me défouler en français au milieu d'un univers lusophone, de plein d'autres choses. En revenant je vais probablement continuer ma réflexion de croissance personnelle orchestrée par la sagesse d'Anne-Marie Losique. Ou je vais parler de mon voyage.

Pour les deux prochaines semaines, donc, je serai au BRÉSIL!

Comme on dit par là-bas:

Até mais!

lundi 11 octobre 2010

Les règles d'or pour briller (IV)

Règle no 4: Évitez la procrastination et, surtout, ne jamais faire du surplace. L’être humain est fait pour mettre un pied devant l’autre.

Ouais faque j'ai commencé par chercher le mot dans le dictionnaire parce que fuck, procraquoi? Pis j'ai clenché toutes mes conférences en une journée, celle pour New Delhi sur l'atrophie chez Emmanuel Levinas, celle pour Kuala Lumpur sur l'andropause chez Leo Strauss, pis celle pour Oulan-Bator sur l'astro-oncologie chez Gunther Anders. J'étais tellement motivé que j'ai même écrit une postface que personne m'avait demandé pour le dernier roman de Maxime Olivier-Moutier. Il était même pas minuit qu'il me restait juste à me tourner les pouces jusqu'à demain, mais penses-tu? J'ai créé un compte sur Réseau Contact pis j'ai cruisé les filles rejetées d'OD toutes en même temps. Le lendemain après-midi je suis parti faire du jogging sur la track de train à côté de chez-nous en évitant les feuilles d'herbe à poux à droite pis à gauche pis en faisant des moves de yamakasi entre deux wagons de VIA rail qui ramenaient des estis de banlieusards proca, pocar, procrati, qui ramenaient des estis de loosers chez eux. Je les regardais être tellement immobiles dans leur transports en commun, tellement immobiles comparés à moi qui sautait les pieds pas joints pantoute dans des flaques d'eau sale pis dans des carcasses de belettes pis de chats écrasés. Je me suis rendu de même, sans trop réfléchir, parce que c'était ça le but, fuck, d'être en mouvement, jusqu'à l'aqueduc de Verdun, pis j'ai failli plonger dedans mais j'ai vu ma réflexion dans l'eau pis ça brillait tellement dans l'huile de truck mélangée avec les crottes d'oiseaux que j'ai juste fait un moon en baissant mes Fruit of the Loom.              

dimanche 10 octobre 2010

Les règles d'or pour briller (III)

Règle no 3: Arrangez-vous pour toujours vous faire remarquer. Revendiquez votre individualité et pratiquez l’affirmation de soi : vous êtes votre meilleur ami.

Ouais faque j'ai commencé à porter mon blouson Parasuco pis mes skinny jeans avec un bas de hockey CCM à la hauteur de la poche. Je me suis liché les cheveux avec de la graisse à souliers pis j'ai commencé à boire uniquement de la Black Label. Au lancement du dernier roman de Bertrand Gervais, au Port de Tête sur Mont-Royal, j'ai pris la parole juste après lui pour insister sur le fait que mon slam était de loin meilleur que le sien, pis quand Grand Corps Malade est venu faire un show au Club Soda, je lui ai fait une jambette en crachant sur sa canne d'esti de Français. Tout le monde avait un chat pis moi j'avais un nours, man, fuck them. Tout le monde avait une carte opus pis moi j'avais une vieille cam toute roulée que j'utilisais pour sniffer, man, fuck off. Tout le monde baissait le siège du bol après avoir pissé pis moi je pissais dans ton évier, man, fuck you. Tout le monde voulait des kids pis moi je voulais juste moi, man, fuck all. Quand on est allé crier sur le belvédère de la montagne, j'ai mis ma main derrière ta tête en signe de peace pour compter tes blondes,  man, fuck yeah. Je me regardais pis je trouvais tellement que j'étais cool à me détacher de même dans la masse des comme toi que je me suis mis à glower, man, right on, ça rayonnait jusqu'à Otterburn Park.       

samedi 9 octobre 2010

Les règles d'or pour briller (II)

Règle no 2: Nagez à contre-courant, vous serez visionnaire : n’inventez pas les idées d’aujourd’hui mais celles d’après-demain… L’Histoire retient rarement les artistes qui se sont inscrits dans leur temps… Il suffit de penser à … vous voyez : personne ne s’en rappelle…

Ouais faque j'ai commencé par essayer de convaincre tout le monde que le vin blanc c'était complètement last year pis je me suis sous-loué un logement dans le Mile-End. Je sortais avec un gars pis avec une fille en même temps pis j'ai arrêté d'acheter des filtres à café parce que j'avais en masse de papier cul qui pouvait faire la job. Je sous-louais mon appart mais c'était juste pour mieux le racheter sur le TSX en remise de fonds de fiducie enregistrée. J'ai réussi à convaincre la vendeuse du Second Cup qu'elle était une sous-fifre de l'impérialisme en serrant mon foulard palestinien. Je regardais jamais avant de traverser la rue. Quand j'ai reçu la première lettre de refus pour mon manuscrit de roman street en spanglish 2.0, je suis parti à rire genre fuck them. Je me suis coupé l'oreille avec un coupe ongles pis je l'ai postée à Yann Martel, en plusieurs exemplaires, en plusieurs petits morceaux signés S. Harper.  Tout de suite après, sur ma lancée, j'ai envoyé mon CV à BP. Je voyais tellement loin en avance quand je traversais la rue en courant que je voyais luire le cul des mythes modernes, je les rattrapais, au soleil.          

vendredi 8 octobre 2010

Les règles d'or pour briller (I)



Règle no 1: Faites parler de vous en bien ou en mal, peu importe. La controverse est votre seconde peau. 

Ouais faque le meilleur truc que j'ai trouvé pour ça, pour l'appliquer, pour que ça s'applique, c'est de premièrement laisser traîner des recueil d'aphorismes d'Oscar Wilde un peu partout où je passe, derrière-moi, comme une traînée, comme un intello métacool. Pis deuxièmement aussi d'insister de plus en plus, avec tout le monde que je croise, sur ma Bar Mitzvah qui approche à grands pas, d'ici peu, d'ici là, d'ici à, en enfonçant bien le clou en syntaxe yiddish. J'ai arrêté de me raser pis j'écoute juste du black-klezmer dans un ghetto blaster vintage, que je pose sur la table quand je bouffe mon shish taouk au Amir sur le coin de Amherst. Pis troisièmement aussi la fille de mes amis est née faque c'était l'occasion rêvée. Je veux dire tu peux pas avoir de meilleure occasion pour te recentrer comme il faut: elle est née pis je suis allé les voir pis quand il me l'ont prêtée j'ai fait semblant de l'échapper genre trois fois, en riant comme un épais. Après ça je me suis senti en pleine mue, j'avais les écales qui me tombaient, tu pouvais les voir reluire, quasiment, dans le rouge des feuilles d'automne.    

jeudi 7 octobre 2010

Les exercices de style (update V)

Nouvelles versions dans nos EXERCICES DE STYLE communautaire:

25. ONOMATOPÉES, par Audrey.

26. ANALYSE LOGIQUE, par Sébastien.

mercredi 6 octobre 2010

En amont

Ce matin, sans raison particulière, je trouve ça cool de penser qu'à une certaine époque de ma vie, et de la tienne, des mots comme compas, rapporteur d'angle, étui, duo-tang, tenaient une place vraiment importante dans mon vocabulaire quotidien.

Et je trouve ça cool aussi de penser que d'acheter un crayon plomb, à une certaine époque, ça voulait dire vérifier si c'était bien un HB, sauf pour les cours d'art plastique, où on utilisait parfois des 4B ou des 7H, pour faire des ombrages.

Je passais vraiment souvent mon pouce ou mon index sur les petites tuiles du mécanisme solaire de ma calculatrice, ça faisait des couleurs, comme une flaque d'huile dans la rue.

J'ai déjà su vraiment bien, à m'en ronger les ongles d'étude, ce que c'était qu'un cosinus et ce que c'était qu'une hypoténuse.

Pis je connaissais super bien les règles du Handball.

Fucked up pareil.

***

Ça fait deux fois en quelques jours que j'écris ici "crayon plomb" et je me demande vraiment si je suis dans le champ, en enlevant l'article. Il me semble bien pourtant qu'on disait dans le temps "un crayon plomb" et non "un crayon de plomb", comme on disait "crayon-mine" et non "un crayon à mine". 

mardi 5 octobre 2010

Elle, lui et moi

C'était un peu traumatisant, qu'elle m'a dit. Toute la nuit avait été dégueulasse en plus, des cauchemars. Des faces d'amis qui se transforment en fantômes ou en vampires ou en loup-garous. Même ma face à moi. Elle m'a dit qu'elle avait fait ce genre de rêve bizarre et dégueu où ton chum sort genre avec ta meilleure amie et t'es obligée de regarder en comprenant pas vraiment ce qui se passe et ils s'embrassent devant toi. Et je me transformais en vampire. Ma face coulait en cire chaude, s'auto-grugeait comme une éponge de mer. La nuit avait été courte et quand elle s'est réveillée vers 7h ses yeux ont flashé sur le mur au-dessus de sa tête et elle a vu la croix gammée peinte en rouge. Un peu plus loin à côté il y avait un gros U mal tracé. Elle s'est presque mise à crier. Son premier réflexe a été de se mettre en petite boule. WTF? Elle ne voulait pas s'approcher. Elle a pensé que quelqu'un était entré durant son sommeil et c'est là qu'elle s'est mise à freaker pour vrai. Elle est sortie de la chambre et elle est allée réveiller son coloc.

C'était un peu traumatisant, qu'il m'a dit. La nuit avait été dégueulasse en plus, vraiment trop courte. Il venait de rentrer, à peine une ou deux heures plus tôt, d'une date avec un gars quand même assez intéressant qui s'était vite transformée en party et en club et en after. Il m'a dit qu'il avait tellement roulé tout croche en BIXI pour revenir qu'il avait peut-être laissé des traces de pneus sur Sherbrooke, de caoutchouc. Sa tête avait voulue exploser quand il avait essayé de rentrer la clé dans la serrure de la porte de l'appart de lui. Il était tellement saoul qu'il avait complètement oublié de ramener le gars. Quand elle a cogné sur sa porte en chuchotant son nom comme un chat qui feule, il s'est réveillé en sursaut et a cherché ses lunettes dans ses draps. Elle a ouvert la porte après son "quoi?" et lui a dit qu'elle capotait qu'elle capotait qu'elle capotait que quelqu'un avait dessiné une croix gammée sur son mur de chambre qu'il fallait qu'il vienne voir tout de suite est-ce qu'il pouvait venir voir tout de suite? Il s'est levé et sa tête a suivi le mouvement un peu après et il l'a suivie dans le corridor. Au fond de la pièce, sur le mur il a distingué tout de suite le gros U mais la seule chose qu'il a dit c'est ok, laisse-moi aller prendre un verre d'eau, me shooter de l'eau dans face, pisser, pis je te reviens là-dessus ok? Et il s'est éloigné vers la salle de bain en faisant, tsé le bruit de bouche qu'on fait quand on a la gueule pâteuse là? tsé ce bruit-là? genre quand on fait comme semblant de mâcher dans le vide, avec la salive super épaisse du matin? Et en se grattant la fesse avec le tissu de ses boxers.

C'est un peu traumatisant, que je me suis dit. Ma nuit avait été dégueulasse, en plus, deux filatures, une séance d'écoute électronique. J'étais rentré avec le soleil naissant et je savais que je n'allais pas me coucher, encore. J'ai mis la bouilloire sur le feu et j'ai sorti mon Bodum. L'image du gars ne me sortait pas de la tête. Je me suis dit que c'était tellement sûr qu'il trompait sa femme avec sa meilleure amie, sa paraissait dans sa face, et j'avais l'œil. La prochaine fois je le prenais sur le coup, caméra, photos et on fermait le dossier. Je l'avais suivi toute la soirée à partir de 8h jusqu'à sa sortie du Montreal Strip Club sur Notre-Dame, vers 1h30 et j'avais dû le laisser là parce que j'avais une urgence à l'autre bout de la ville. Toute la nuit j'avais circulé dans ma Yaris et là je versais l'eau chaude dans le Bodum et j'étais un peu fâché parce que ça m'avait pris dix minutes pour me rappeler de l'emplacement de la foutue boîte à clé de Communauto dans le stationnement. J'avais eu un blanc intense et ça m'arrivait de plus en plus souvent. Mon cell a sonné et c'était elle qui me parlait toute essoufflée et je lui ai dit que je serais là dans dix, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Le soleil était bien installé déjà quand j'ai versé mon café dans une tasse en plastique incassable et quand j'ai mis le couvercle dessus. En arrivant elle m'a sauté dans les bras et j'ai tout de suite dit qu'on allait régler ça, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. J'ai avancé dans le couloir et en arrivant au seuil de la porte de sa chambre j'ai répété qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Je n'ai eu aucune difficulté à distinguer le gros U marqué en rouge fade, et un peu plus haut il y avait bien une ligne horizontale qui semblait vouloir se rattacher à une ligne verticale. Mais rien de plus. Et c'était extrêmement subtil, sur le mur du fond. Je me suis avancé. J'étais perplexe. Pendant tout ce temps-là, j'avais gardé ma main tendue derrière moi pour lui signifier de ne pas trop s'approcher, et de ne pas s'inquiéter. Je n'ai pas eu le temps de sortir ma loupe, parce que son coloc est passé derrière à ce moment-là, un bagel dans la bouche, et il a dit c'est juste quelqu'un des anciens locataires qui a marqué I love U sur le mur, ça paraît juste presque pas parce qu'ils ont peinturé par-dessus. C'est super normal qu'on l'aille pas remarqué avant. Il a dit ça dans un coup de vent, en retournant se coucher pour le reste de la journée. J'ai pensé qu'il voulait m'apprendre mon métier alors j'ai pris ma blonde dans mes bras et j'ai ajouté que oui, c'est normal, le cerveau n'enregistre pas tous les détails, même si une fois qu'on les remarque, il nous semble impossible de ne pas les avoir vu avant. Elle était rassurée. Elle était en sécurité dans mes bras. Il n'y avait pas de nazis fous la nuit dans son appart. On s'est embrassé. J'ai fait slurp en aspirant une gorgée dans ma tasse en plastique.

lundi 4 octobre 2010

Sa'k pasé?

L'ex locataire de mon appart était haïtien. Comment je le sais? Il n'a pas fait tous ses changements d'adresse et je reçois plein de courrier à son nom. C'est quoi son nom?

Frédo Bien-Aimé.

L'ex-ex locataire de mon appart était haïtien lui avec. Comment je le sais? J'ai une pile de lettres à son nom qui traîne sur mon frigo, que je garde parce que je me suis tanné d'écrire "déménagé" dessus et qu'il va peut-être se pointer un jour pour les réclamer. On ne sait jamais. Et c'est quoi son nom?

Joseph Passionnant.

Ça s'invente pas.

dimanche 3 octobre 2010

Taïpeau

C'était hier la fête de la fille de ma propriétaire et, comme j'avais écrit il y a quelques temps un billet à propos de l'orthographe et de la grammaire quoi? imagée de cette dernière, je récidive. Sur l'affiche préparée par la famille, collée sur le mur du garage, qui indiquait aux ami(e)s qu'ils et qu'elles étaient au bon endroit, on pouvait lire ainsi:

Bienvenue!


Bonne annive-ssaire Jasmine!

Avec un petit R ajouté entre le E et les deux S fièrement tracés d'anniversaire.

Je pourrais peut-être m'amuser à traquer les coquilles et autres maladresses orthographiques répandues dans la ville, comme se sont amusés à le faire ces gars-là, qui sont partis à la recherche des meilleurs "typos" à travers les États-Unis.

-Clarence Didier Laurent Nicolas Boileau de L'Anse Pèqueteure

vendredi 1 octobre 2010

And all the world is green...

Elle m'a prêté un Graham Greene: THE QUIET AMERICAN.
Une belle édition British qui porte sa trace au crayon plomb un peu partout.
Je l'ai commencé ce matin, en me mouchant et en toussant.

Mon premier Graham Greene!

C'est elle qui me l'a prêté!

***

Jeanne est née il y a une environ 120 heures, dans un hôpital pas très loin d'ici, à Lasalle.
Son père m'a téléphoné quelques 24 heures après la naissance pour me dire que tout s'était bien passé.
Sa mère a envoyé une photo par courriel et j'ai croqué dedans. Ses initiales, c'est de la confiture.

Bienvenue Jeanne, tellement!

Tu peux venir chiller dans Saint-Henri quand tu veux!

***

Notre projet de remix des EXERCICES DE STYLE avance bien.
Il y a un nouveau texte qui s'est ajouté, le numéro 16: RÉCIT. Composé par Sébastien Roldan.
Un gars de l'UQAM. Un ben bon jack. Un dixneuvièmiste, qu'ils appellent ça. Ceux qui tripent sur Zola pis les affaires de même.

Je suis malade, mais ça va très bien!

C'est rare en criss que je mets des points d'exclamation!

***

Let's end this one with good ol' Tom Waits.

Shall we?

I fell into the ocean
When you became my wife
I risked it all aganist the sea
To have a better life
Marie you're the wild blue sky
And men do foolish things
You turn kings into beggars
And beggars into kings

Pretend that you owe me nothing
And all the world is green
We can bring back the old days again
And all the world is green

The fase forgives the mirror
The worm forgives the plow
The questions begs the answer
Can you forgive me somehow
Maybe when our story's over
We'll go where it's always spring
The band is playing our song again
And all the world is green

Pretend that you owe me nothing
And all the world is green
We can bring back the old days again
And all the world is green

The moon is yellow silver
Oh the things that summer brings
It's a love you'd kill for
And all the world is green

He is balancing a diamond
On a blade of grass
The dew will settle on our grave(s)
When all the world is green