D'ouest en est
Une jeune femme qui lit AMERICAN PSYCHO, de Brett Easton Ellis, debout, accotée sur le poteau de métal, entre les stations Bonaventure et Berri-Uqam.
Soudtrack dans mes oreilles: Water In Hell, de Broken Social Scene, sur l'album FORGIVENESS ROCK RECORD.
D'est en ouest
Un jeune homme qui lit L'AVALÉE DES AVALÉES, de Réjean Ducharme, assis, groovant avec ses écouteurs Sony dans l'autobus 24, entre de Lorimier et St-Hubert.
Soundtrack dans mes oreilles: Time Code, de Bright Eyes, sur l'album DIGITAL ASH IN A DIGITAL URN.
Journée maussade, mais les gens lisent de belles choses, et la musique est bonne. Toujours.
mardi 30 novembre 2010
lundi 29 novembre 2010
Les règles d'or pour briller (IX)
En hommage à Anne-Marie Losique et son super blogue cochox (c'est cochon et botox ensemble), je me suis inspiré de son "manifeste" pour me retrouver et me recentrer.Règle no 9: Lisez jusqu’à en avoir mal aux yeux, éduquez-vous jusqu’à en avoir mal à la tête, vous serez bientôt récompensé pour tous vos efforts… Un corps bien fait ne vaut rien sans une tête bien pleine!
Ouais faque j'ai commencé par la poésie prend le métro pis mon napperon au McDo pis j'ai découvert vraiment plein d'informations sur les patineurs de vitesse pis la meilleure façon de recycler quand t'as six ans pis que t'es devant la poubelle du McDo. Pis je suis sorti dans un bar pis j'ai lu toute la liste d'instructions sur l'alcootest pis sur la machine à capotes pis j'étais tellement informé sur les pourcentages pis les marges d'erreur que je suis allé chercher Simon qui dansait avec Dounia parce que je voulais lire l'étiquette de son t-shirt pis l'étiquette de la jupe de Dounia faque je me suis penché en-dessous de ses jambes sur la piste comme Tom Hanks dans SPLASH! en échappant des vingt-cinq cennes que j'avais lus juste avant pis je comparais les tissus pis les fabriques pis les petits symboles de fer à repasser avec des X dessus pis quand la serveuse m'as donné ma bière j'ai dit y était temps criss de conne pour aucune raison mais fuck, j'étais tellement informé sur plein d'affaires que fallait que ça sorte d'une manière, pas d'une autre. J'ai envoyé chié le bouncer en le traitant d'esti d'anal pis de d'esti de fabète tant qu'à y être. J'étais un peu chaud mais il y avait tellement plein d'affaires à lire dehors dans la rue que j'étais over-stimulé genre un bébé qui suce une lime. J'ai lu l'arrêt stop genre trois fois dans trois sens différents pis on a pris un taxi pis je me suis rendu compte fuck pour la première fois dans ma vie que c'était écrit taxi sur le top, pis en rentrant dans le taxi j'ai commencé à niaiser le dude parce que j'ai lu son nom pis il s'appelait genre Abdulla pis genre Abdulla tu peux juste pas pas rire quand tu lis ça, quand tu l'entends c'est pas si pire mais là je le lisais pis je veux dire quand tu le lis tu peux juste pas pas rire. Faque j'étais crampé pis le dude a poigné les nerfs comme intense pis il nous a crissé dehors de son taxi pis quand le coche est arrivé il m'a dit que je faisais du grabuge sur la voie publique pis moi je criais à Simon MAN! T'as-tu vu c'est littéralement marqué sur la pancarte qu'on est sur la rue Notre-Dame! C'est littéralement marqué! Ils le disent dessus la pancarte! Pis le coche est devenu agressif, sa face a comme changée pis il m'a viré de bord pour me mettre les menottes pis il m'a dit t'es en état d'arrestation, je vais te lire tes droits pis j'ai répondu comon dude laisse-moi les lire tout seul pis je me suis vu dans la fenêtre du Burgundy Lion, mon reflet tellement illuminé que toutes les faces qui me regardaient c'était toujours plus moi sous toutes mes facettes.
samedi 27 novembre 2010
Un samedi soir sûrement pas comme le tien
J'écoute du Tom Waits pis je me balance comme un autiste, tellement c'est beau. Mon amoureuse somnole dans le salon, tellement elle est fatiguée. On est retourné à l'urgence aujourd'hui, parce qu'elle avait de la difficulté à sentir son pied dans son plâtre, tellement c'était serré. C'est tranquille ici, t'es supposé lire ça en chuchotant, tellement c'est tranquille.
In a land there's a town
And in that town there's
A house
And in that house
There's a woman
And in that woman
There's a heart I love
I'm gonna take it
With me when I go
In a land there's a town
And in that town there's
A house
And in that house
There's a woman
And in that woman
There's a heart I love
I'm gonna take it
With me when I go
vendredi 26 novembre 2010
Billet sur ma vie avec la télé
Perso, j'aime beaucoup la nouvelle pub de Stella Artois, celle avec le concours de sculptures sur glace pis la fille qui chante une version quoi? suave et quasi incompréhensible de "Les douze jours de Noël".
Dimanche prochain, y a une soirée de filles qui s'organise chez moi, vu que ma jolie estropiée peut pas ben ben bouger: on va écouter la finale d'Occupation Double. Ça va bitcher en sale. Moi, je vais sans arrêt être en train de dire chut!, je veux entendre ce que dit Jimmy, c't'important.
Mon marathon Friends achève, j'en suis à la huitième saison. Je trouve ça ben ben bon, ben ben drôle. Pis je suis un peu tanné d'entendre les gens me dire, ouin, mais c'est pas Seinfeld. Euh. Non, effectivement, c'est pas Seinfeld.
Mon infopub préférée en ce moment: celle des genre 25 ans de Starfrit, où les changements de caméras sont de loin les plus awkwards que j'ai jamais vu. Ayayaye, nice shit.
C'est-tu moi ou à côté de la gang de tatas du Show du Matin, l'équipe de Salut Bonjour a l'air d'un défilé militaire pour la Gouverneure Générale?
Ça paraît-tu que j'avais pas grand-chose à dire aujourd'hui?
Mon marathon Friends achève, j'en suis à la huitième saison. Je trouve ça ben ben bon, ben ben drôle. Pis je suis un peu tanné d'entendre les gens me dire, ouin, mais c'est pas Seinfeld. Euh. Non, effectivement, c'est pas Seinfeld.
Mon infopub préférée en ce moment: celle des genre 25 ans de Starfrit, où les changements de caméras sont de loin les plus awkwards que j'ai jamais vu. Ayayaye, nice shit.
C'est-tu moi ou à côté de la gang de tatas du Show du Matin, l'équipe de Salut Bonjour a l'air d'un défilé militaire pour la Gouverneure Générale?
Ça paraît-tu que j'avais pas grand-chose à dire aujourd'hui?
mercredi 24 novembre 2010
Billet à angles droits
Moi je suis un gars d'angles droits. J'ai de la misère avec les choses croches. Mon bureau est limite en ce moment, à cause que. À cause que je fais plein d'affaires en même temps. J'espionne la fille d'en face en essayant de noter correctement ses vas et ses viens. J'écris des haïkus élisabéthains. Je fais des sudokus et des grilles de mots-croisés, pas les solutions, les problèmes, que je vends sur Craigslist, au prix du marché. Je me lève. Je donne un petit coup d'orteil sur le bol de manger à mon chat pour le remettre à angle droit avec le coin du mur et le frigo. Je me rassis. Je me rassois et je reprends mes jumelles. J'espionne la fille d'en face mais je ne me fais pas d'idées. Je prends des notes. Je fais aussi des recherches sur l'explosion de la chirurgie plastique dans le nord du Brésil. Du phénomène. Sur l'explosion du phénomène de. C'est à cause de ça que mon bureau est un peu limite. Il y a des feuilles croches et pas propres et froissées, quelques-unes. Avec des mots griffonnés de cette calligraphie étrange que j'ai depuis que j'ai désappris à écrire à la main. Rapide, comme essoufflée en cours de mot. Engourdie à la première syllabe, à la première lettre un peu demandante, un T ou un S. Je fais des plans d'évacuation d'immeubles imaginaires qui ne fonctionnent pas à la dernière minute. Par exprès? Par exprès. Je me lève et je replace droit le paquet? la boîte? le contenant? de soie dentaire dans ma pharmacie dont je ne me suis jamais servi depuis que je l'ai acheté. Je me demande pourquoi j'ai envie d'appeler ça un tube de soie dentaire. Je pisse assis, comme on me l'a appris et je retourne dans mon bureau et je remets les jumelles devant mes yeux. Elle passe devant sa fenêtre pour la treizième fois depuis dix-neuf heures trente, quand le soleil s'est couché, qui m'a permis de voir dans son appartement. Elle porte un t-shirt rayé de marin, des rayures à l'horizontal. Je vois ses petites culottes, juste l'élastique, juste le haut de ses petites culottes quand elle traverse la fenêtre, juste à la fin de la traversée, parce qu'il doit y avoir une dénivellation dans son plancher, ou le contraire d'une dénivellation, quelque chose qui la fait devenir plus grande durant une fraction de seconde, quelque chose qui ne s'enjambe pas. Je vois l'élastique et je me lève pour me mentir à moi-même que je vais aller allumer la lumière de mon bureau. Je me frotte les mains sur le corduroy de mes cuisses et je remets les jumelles devant mes yeux. Durant le jour, j'écris des courriels ordinaires à la fin desquels j'inscris toujours mon prénom et mon nom. Et je participe à des concours d'étymologie grecque et arabe sur le web. Mon chat ronronne sur l'imprimante. C'est une image touchante. Je remets les jumelles devant mes yeux. Et elle pose le pouce sur le coin inférieur d'un cadre, et elle recule comme pour évaluer, et elle le déplace à peine en exerçant une douce pression.
mardi 23 novembre 2010
Billet style vie privée
J'ai pas eu le temps d'écrire ces derniers jours, j'étais à l'hôpital.
Mon amoureuse s'est pétée la yeule, s'est cassée la cheville, en glissant sur l'unique flaque de glace de l'unique épisode de verglas montréalais de cet automne languissant.
Ils l'ont transportée en ambulance au Saint-Mary's, dans Côte-des-Neiges, un endroit genre bilingue.
Au début on a cru à une foulure, puisque ses doigts de pieds bougeaient bien pis ses orteils aussi, mais le docteur a dit I'm afraid that we'll... et comme on était deux jeunes prolétaires francophones on a compris qu'il avait peur d'une roue...?
Elle a passé quatre heures en salle d'opération, pendant que je lisais le Reader's Digest, devant la télé pas de son, devant la face de Denis Lévesque interviewant Lemaire de Huntingdom, à une heure du matin, dans un lounge au sixième.
Ils l'ont plogué sur l'épidurale, que mon correcteur français de France corrige par péridurale.
Pis sur la morphine d'aplomb.
Ils lui ont planté des vis et des plaques de métal dans la cheville.
Plan de ses prochaines semaines: douleurs, patience, patience, physio, béquilles, patience, morphine, douleur, patience, respiration par le nez.
Je pense que je vais lui acheter un Paulo Coelho, histoire qu'elle s'auto-zen un peu.
Ou un bouillon de poulet pour les filles à la patte cassée.
On vient de revenir à la maison et j'ai comme changé de job.
Je suis préposé d'une jolie bénéficiaire.
***
(PS: ma mère est infirmière, la mère de mon amoureuse est infirmière à la retraite, notre bonne amie A. est infirmière: fuck man, juste merci les infirmières d'être des infirmières.)
Mon amoureuse s'est pétée la yeule, s'est cassée la cheville, en glissant sur l'unique flaque de glace de l'unique épisode de verglas montréalais de cet automne languissant.
Ils l'ont transportée en ambulance au Saint-Mary's, dans Côte-des-Neiges, un endroit genre bilingue.
Au début on a cru à une foulure, puisque ses doigts de pieds bougeaient bien pis ses orteils aussi, mais le docteur a dit I'm afraid that we'll... et comme on était deux jeunes prolétaires francophones on a compris qu'il avait peur d'une roue...?
Elle a passé quatre heures en salle d'opération, pendant que je lisais le Reader's Digest, devant la télé pas de son, devant la face de Denis Lévesque interviewant Lemaire de Huntingdom, à une heure du matin, dans un lounge au sixième.
Ils l'ont plogué sur l'épidurale, que mon correcteur français de France corrige par péridurale.
Pis sur la morphine d'aplomb.
Ils lui ont planté des vis et des plaques de métal dans la cheville.
Plan de ses prochaines semaines: douleurs, patience, patience, physio, béquilles, patience, morphine, douleur, patience, respiration par le nez.
Je pense que je vais lui acheter un Paulo Coelho, histoire qu'elle s'auto-zen un peu.
Ou un bouillon de poulet pour les filles à la patte cassée.
On vient de revenir à la maison et j'ai comme changé de job.
Je suis préposé d'une jolie bénéficiaire.
***
(PS: ma mère est infirmière, la mère de mon amoureuse est infirmière à la retraite, notre bonne amie A. est infirmière: fuck man, juste merci les infirmières d'être des infirmières.)
samedi 20 novembre 2010
On est toujours trop bon
Ça a l'air de rien, mais on a déjà écrit presque 35 versions de la même histoire, en hommage aux EXERCICES DE STYLE de Raymond Queneau.
Dernièrement, on est passé au travers de la série des "temps de verbes", alors qu'Audrey nous a offert le passé indéfini, que Ma mère rédige au présent, que Raymond s'exécuta au passé simple et que Simon faisait des siennes à l'imparfait.
On a eu droit aussi à une superbe série d'alexandrins de la part de Raymond Bock. Allez voir ça, ça vaut la peine.
Et je viens moi-même d'écrire au moins 50 fois le mot "crisse" dans ses différentes déclinaisons.
Une étrange autre série commence maintenant, très formelle, avec des titres étranges comme Aphérèses, Apocopes et Syncopes. Il s'agit ici de permuter des lettres, des syllabes, d'enlever des consonnes ou des voyelles, bref de gosser les mots jusqu'à ce que le texte devienne quasi incompréhensible. Ceux qui veulent tenter l'expérience et l'exercice, n'hésitez-pas à vous manifester. Faire des expériences et des exercices, c'est ça le but.
Dernièrement, on est passé au travers de la série des "temps de verbes", alors qu'Audrey nous a offert le passé indéfini, que Ma mère rédige au présent, que Raymond s'exécuta au passé simple et que Simon faisait des siennes à l'imparfait.
On a eu droit aussi à une superbe série d'alexandrins de la part de Raymond Bock. Allez voir ça, ça vaut la peine.
Et je viens moi-même d'écrire au moins 50 fois le mot "crisse" dans ses différentes déclinaisons.
Une étrange autre série commence maintenant, très formelle, avec des titres étranges comme Aphérèses, Apocopes et Syncopes. Il s'agit ici de permuter des lettres, des syllabes, d'enlever des consonnes ou des voyelles, bref de gosser les mots jusqu'à ce que le texte devienne quasi incompréhensible. Ceux qui veulent tenter l'expérience et l'exercice, n'hésitez-pas à vous manifester. Faire des expériences et des exercices, c'est ça le but.
vendredi 19 novembre 2010
La Gazette Littéraire de Clarence
1- C'est fucké parce que le titre en français du dernier roman de Thomas Pynchon, qui a été traduit récemment chez Seuil, c'est VICE CACHÉ, pis je le regardais tout-à-l'heure à la BNQ pis je me disais c'est fucké que le dernier roman de Thomas Pynchon porte le nom d'une série qui a passé à TVA avec genre Sylvie Léonard dedans.
2-Si t'avais lu 2666 de Roberto Bolaño, tu serais content de vivre dans un monde où t'as eu la chance de lire 2666. Ça a passé proche de pas exister, ce monde-là.
3-Je me promenais au Indigo sur Ste-Catherine cet aprèm avec mon amoureuse pis à un moment donné j'ai dit fuck j'aime donc ben ça lire, dans vie. Juste devant moi il y avait une pile de FREEDOM, de Jonathan Franzen, qui vient juste de sortir.
4-Je sais pas si vous avez vu ça, mais ils ont définitivement sorti le premier volume de l'édition définitive (definitive) et autoritaire (authoritative) de l'autobiographie de Mark Twain. J'ai lu un article super intéressant là-dessus que Will m'a envoyé en écrivant dans son courriel check idout, yo, pis je pense que je vais le demander pour Noël. C'est juste le premier volume pis il y a genre 800 pages.
5-J'ai-tu déjà dit ici que la poésie, ça me fait pas triper? Sauf Emily Dickinson. Pis Walt Whitman. Pis William Carlos Williams. Pis Frank O'Hara. Pis e.e. cummings. Pis qui aussi? Mais c'est juste parce que je les ai lu. Si j'en lisais d'autres, je triperais probablement. J'ai juste pas le goût.
6-Il y a quelques auteurs qui me donnent une impression d'œuvre, au sens global. Quand je pense à eux je me demande comment ça se fait que j'ai pas tout lu Dany Laferrière? Comment ça se fait que j'ai pas tout lu Graham Greene? Joseph Conrad. Anthony Burgess. Albert Cohen. Herman Broch. Charles Dickens.
7-Aujourd'hui mon ami Nic m'a téléphoné pour me demander un conseil littéraire, et c'était la première fois que ça arrivait, fuck, je savais même pas qu'il savait lire. Il m'a demandé si c'était bon du Éric-Emmanuel Schmidt pis j'ai vomi dans le combiné.
8-Ça a pas rapport, mais t'as-tu déjà croisé quelqu'un dans ta vie qui as déjà utilisé le mot combiné pour parler d'une partie du téléphone?
9-La dernière fois que j'ai suivi une recommandation de livre, c'était Clarice Lispector, pis demande-moi si ça a valu la peine.
10-J'entends Sophie Thibault, au loin, introduire les premières notes du TVA 22h, pis ça me fait penser à Thomas Pynchon.
11-Ça a pas rapport, mais je viens d'apprendre, au loin, au TVA 22h, pendant que j'écris, que Pat Burns est mort et que c'était un ti-cul de Saint-Henri, un quartier ouvrier de Montréal. Chill.
12-Faut que je travaille sur mon examen doctoral, mais comme dirait Bartleby, I'd prefer not to.
2-Si t'avais lu 2666 de Roberto Bolaño, tu serais content de vivre dans un monde où t'as eu la chance de lire 2666. Ça a passé proche de pas exister, ce monde-là.
3-Je me promenais au Indigo sur Ste-Catherine cet aprèm avec mon amoureuse pis à un moment donné j'ai dit fuck j'aime donc ben ça lire, dans vie. Juste devant moi il y avait une pile de FREEDOM, de Jonathan Franzen, qui vient juste de sortir.
4-Je sais pas si vous avez vu ça, mais ils ont définitivement sorti le premier volume de l'édition définitive (definitive) et autoritaire (authoritative) de l'autobiographie de Mark Twain. J'ai lu un article super intéressant là-dessus que Will m'a envoyé en écrivant dans son courriel check idout, yo, pis je pense que je vais le demander pour Noël. C'est juste le premier volume pis il y a genre 800 pages.
5-J'ai-tu déjà dit ici que la poésie, ça me fait pas triper? Sauf Emily Dickinson. Pis Walt Whitman. Pis William Carlos Williams. Pis Frank O'Hara. Pis e.e. cummings. Pis qui aussi? Mais c'est juste parce que je les ai lu. Si j'en lisais d'autres, je triperais probablement. J'ai juste pas le goût.
6-Il y a quelques auteurs qui me donnent une impression d'œuvre, au sens global. Quand je pense à eux je me demande comment ça se fait que j'ai pas tout lu Dany Laferrière? Comment ça se fait que j'ai pas tout lu Graham Greene? Joseph Conrad. Anthony Burgess. Albert Cohen. Herman Broch. Charles Dickens.
7-Aujourd'hui mon ami Nic m'a téléphoné pour me demander un conseil littéraire, et c'était la première fois que ça arrivait, fuck, je savais même pas qu'il savait lire. Il m'a demandé si c'était bon du Éric-Emmanuel Schmidt pis j'ai vomi dans le combiné.
8-Ça a pas rapport, mais t'as-tu déjà croisé quelqu'un dans ta vie qui as déjà utilisé le mot combiné pour parler d'une partie du téléphone?
9-La dernière fois que j'ai suivi une recommandation de livre, c'était Clarice Lispector, pis demande-moi si ça a valu la peine.
10-J'entends Sophie Thibault, au loin, introduire les premières notes du TVA 22h, pis ça me fait penser à Thomas Pynchon.
11-Ça a pas rapport, mais je viens d'apprendre, au loin, au TVA 22h, pendant que j'écris, que Pat Burns est mort et que c'était un ti-cul de Saint-Henri, un quartier ouvrier de Montréal. Chill.
12-Faut que je travaille sur mon examen doctoral, mais comme dirait Bartleby, I'd prefer not to.
jeudi 18 novembre 2010
Les règles d'or pour briller (VIII)
Ouais faque j'ai cancellé mon contrat avec Vidéotron parce qu'ils me chargeaient des extras à cause de la porn downloadée, mais fuck c'est du streaming, y a plus personne qui download maintenant, pis j'ai cancellé mon abonnement à la bibli nationale parce qu'ils me chargeaient des extras à cause d'un Antonioni que j'aurais rapporté en retard, mais fuck c'est même pas de ma faute je l'avais prêté à Simon, il voulait se jacker sur Monica Vitti, avec le dévédé au ralenti. Man, tu fais confiance au monde pis ça te chie d'in mains. Après ça Simon est venu se plaindre que supposément je lui aurais vendu une Wii qui marche pas, juste à cause que le fil du Nunchuk est un peu déchiré, mais fuck, le gars est brulé, il sait même pas c'est quoi la différence entre World of Warcraft pis Civilization, tellement il a sniffé de Tempras au raisin. Tu peux juste pas faire confiance à personne, je veux dire, tu te promènes, full bonnes intentions, pis tout le monde te chie d'in mains tout le temps. Faque j'ai cancellé mon abonnement au Curves parce qu'ils disent que j'ai mal lu les règlements d'inscription, mais fuck, qui c'est qui lit ça ces règlements-là? C'est écrit presque aussi petit que des estis de livres de poésie. Qui c'est qui lit ça? Faque j'ai tout cancellé mes abonnements pis j'ai répondu à la fille dans le parc qui m'engueulait pis qui me traitait de laid pis de pervers parce que je lui avais supposément regardé les jos trop longtemps que fuck you j'étais comme j'étais, que j'étais faite de même. De toute façon j'avais juste à dire la phrase la plus ordinaire du monde pis je le savais même pas mais je citais le Grand Pervers. Fuck, lui pis moi on était tellement en genre en communauté d'esprit que j'ai comme vu sa silhouette dans le lac artificiel pis j'étais tellement luisant qu'il a fait une face d'aveuglé.
mercredi 17 novembre 2010
Un "Juste de même" en l'honneur de Ma Mère Était Hipster
C'est-tu moi ou le monde dans les annonces de Bailey's sont comme trop beaux? T'as-tu déjà été dans un party ou y avait aucune grosse, aucun geek, aucun laideron?
mardi 16 novembre 2010
Rejoice
Vous avez peut-être lu cette nouvelle sur le site de Radio-Canada, ou ailleurs: Perrine Leblanc vient de remporter le Grand prix du livre de Montréal pour son roman L'HOMME BLANC.
Or, il se trouve que je viens de signer un contrat avec la même maison d'édition. On s'enligne pour une sortie de mon livre dans le courant de l'année 2012, juste avant la fin du monde.
Je me suis retenu de mettre des points d'exclamation à la fin de chacune des phrases de ce court billet, probablement le plus enthousiaste publié sur Saint-Henri depuis ça.
Or, il se trouve que je viens de signer un contrat avec la même maison d'édition. On s'enligne pour une sortie de mon livre dans le courant de l'année 2012, juste avant la fin du monde.
Je me suis retenu de mettre des points d'exclamation à la fin de chacune des phrases de ce court billet, probablement le plus enthousiaste publié sur Saint-Henri depuis ça.
lundi 15 novembre 2010
Poor people
Est-ce que quelqu'un parmi vous a déjà entendu parler d'un dude qui s'appelle William T. Vollmann? Si non, laissez-moi vous le présenter brièvement. Vollmann est un écrivain américain, né en 59, représentant typique de ce que j'appelais dans mon mémoire de maîtrise une certaine "ambition démesurée". Il a publié, depuis 1987, plus de quinze romans, quatre desquels font partie d'un cycle historique racontant la conquête de l'Amérique depuis les Vikings, qu'il appelle The Seven Dreams: A Book of North American Landscapes. Aucun de ces romans fait moins de cinq cents pages. Il a publié aussi, dans son incarnation parallèle de journaliste/reporter international, plusieurs essais, dont le monumental Rising Up and Rising Down: Some Thoughts on Violence, Freedom and Urgent Means (2004), un livre monstre sur le concept de violence de sept volumes qui est introuvable en ce moment sauf sur craigslist pour 500$. Il a gagné le National Book Award en 2005 pour Europe Central, un roman absolument extraordinaire sur les échos entre le fascisme et le communisme durant la première moitié du XXe siècle. Talk about procrastination.
Si je parle de lui, aujourd'hui, c'est parce que je suis en train de dévorer, dans une expérience de lecture un peu trop immersive à mon goût, un de ses derniers livres: Poor People. C'est un essai magnifique et profond qui a récemment été traduit en français sous le titre Pourquoi êtes-vous pauvre? Vollmann s'est promené partout dans le monde durant plusieurs années et a posé cette question à des dizaines de mendiants, de putes, d'ouvriers, de voleurs, de joueurs compulsifs, de junkies, de punks. Ça donne lieu évidemment, à travers une série de vignettes qui se promènent entre le portrait et la philosophie, à une réflexion extrêmement puissante sur les principes même de pauvreté et de richesse, puisque dès les premières pages, Vollmann se voit dans l'obligation de poser philosophiquement et éthiquement les bases de son enquête, qui sont plus bien compliquées qu'on pourrait le croire.
Un extrait fascinant qui s'enfonce lentement dans la relativité et les questions de perception:
***
Il me reste une cinquantaine de pages à lire. Vollmann m'a amené en Thaïlande, en Russie, aux États-Unis, en Afghanistan, en Irak, au Kazakhstan, au Japon, en Chine, au Yemen, en Colombie. Il a pris des photos de tous ces gens pauvres. Il leur a donné de l'argent pour les interviewer. Je ne sais pas s'il va tirer de grandes conclusions, mais je ne crois que ça soit le propos de son livre. Il n'a pas l'intention ni la prétention de sauver qui que ce soit. Ces gens vont rester pauvres. La seule chose qu'il accomplit, c'est leur enlever leur invisibilité pendant 300 pages. Est-ce que c'est déjà ça?
Si je parle de lui, aujourd'hui, c'est parce que je suis en train de dévorer, dans une expérience de lecture un peu trop immersive à mon goût, un de ses derniers livres: Poor People. C'est un essai magnifique et profond qui a récemment été traduit en français sous le titre Pourquoi êtes-vous pauvre? Vollmann s'est promené partout dans le monde durant plusieurs années et a posé cette question à des dizaines de mendiants, de putes, d'ouvriers, de voleurs, de joueurs compulsifs, de junkies, de punks. Ça donne lieu évidemment, à travers une série de vignettes qui se promènent entre le portrait et la philosophie, à une réflexion extrêmement puissante sur les principes même de pauvreté et de richesse, puisque dès les premières pages, Vollmann se voit dans l'obligation de poser philosophiquement et éthiquement les bases de son enquête, qui sont plus bien compliquées qu'on pourrait le croire.
Un extrait fascinant qui s'enfonce lentement dans la relativité et les questions de perception:
"1. We never had normal conditions. 2. The rich take advantage of the poor, and the poor hate them. 3. The government gives them too much! It is almost certain that in all these three statements the crucial terms normal, rich, poor and too much come into play implicitly when not explicitly, that the sense of them varies in each statement, and that my own understanding of them falls into some equally isolated fourth category. (Handbook of Income Distribution, 2000: Depending on how ressources, poverty lines and equivalence scales are defined,... poverty in Ireland increased a lot, a little, did not change or decreased a lot using the same data set between two years.)
Who then am I, to call Wan [une mendiante thaïlandaise presque morte d'inanition] poor if she thinks, or at least claims, that she is rich?
But she is poor all the same.
How do I know it? - Her dull-eyed, blotchy scrawniness tells me. Would I bet my own life that she is dead now? Not quite; few doctors would be so rash with their own terminal patients. All the same...
Poverty is wretched subnormality of opportunity and circumstances. This definition can be applied by any observer who understands the external realities of his own normality. It makes a useful first approximation; and the United Nation's shorthand of poverty is an income of less than four dollars a day is a practical approximation of the approximation. Some difficulties with this materialist conception have already been discussed. Here is a more fundamental one: It adresses merely the physical, measurable aspects of being human. Such a person might as well be Rousseau's savage: The only goods he recognizes in the universe are food, a female, and sleep; the only evils he fears are pain and hunger. Of course the thoughtfullest policymakers of governments and relief organizations will supplement Rousseau's catalogue of goods with such treats of civil society and education, gender equality and the like; the more they add, the more disagreements they will suffer as to which should be funded to what degree - in short, the further they fall into the subjectivity to which this book has already abandoned itself. Poverty is wretched subnormality... But what is wretchedness? As long as these two Colombians have their food, their sleep and their females, who are they to pull at our hearts? The question's very offensiveness proves that we know they deserve more. Yes, they deserve it.
Poverty is deservingness of a portion of what I have. This is charity's definition. Deservingness need not be tainted by the Victorian ethos which, deficient in charity, excludes vagabond and habitual rogues.
I may not be as educated as I would like; all the same, my life more or less suits me. That beggar over there has food, sleep and a female, but he's illiterate. How much education does he "need"? Why not answer, as much as I have? Why not even as much as I wish I had?
What if he wants less? Once I rescued a child from coerced prostitution. I paid for her school for a year. She chose to learn to sew, not to read. Should I have insisted that she do otherwise? The last I heard of her, she was married, illiterate, self-supporting and not unhappy.
If someone owns less than I, and is unhappy about it, I'll call him poor. If he claims to be rich, but I see him failing to thrive, as medical textbooks put it, best to call him poor. When there is any doubt in the matter, why not call him poor? Charity demands it.
But if based on my perceptions of his reality and my judgment of his logical coherence I call him sane (for this is where the Marxist notion of false consciousness went wrong: it failed in that sort of charity which requires us to respect the self-awareness and self-judgments of others wherever possible), and if this sane person, no matter how much or how little he possesses, insists that he is rich, charity requires me to believe him."
***
Il me reste une cinquantaine de pages à lire. Vollmann m'a amené en Thaïlande, en Russie, aux États-Unis, en Afghanistan, en Irak, au Kazakhstan, au Japon, en Chine, au Yemen, en Colombie. Il a pris des photos de tous ces gens pauvres. Il leur a donné de l'argent pour les interviewer. Je ne sais pas s'il va tirer de grandes conclusions, mais je ne crois que ça soit le propos de son livre. Il n'a pas l'intention ni la prétention de sauver qui que ce soit. Ces gens vont rester pauvres. La seule chose qu'il accomplit, c'est leur enlever leur invisibilité pendant 300 pages. Est-ce que c'est déjà ça?
samedi 13 novembre 2010
Vrais fans
Mon amoureuse a reçu des billets pour la game de ce soir par l'entremise d'un des clients à sa job, qui n'a pas le temps d'y aller. On est vraiment contents de le remplacer. J'aime la façon dont elle décrit notre emplacement dans le Centre Bell aux gens à qui elle en parle (moi en premier, quand elle m'a appris la bonne nouvelle).
Elle prend un objet, n'importe lequel:
-Tu vois cette assiette (tasse, feuille, micro-ondes, livre, crayon, pot de fleur)?
-Hum.
-C'est la patinoire (glace (ça dépend des versions)).
-Hum.
-Ben on est là.
Qu'elle dit, en pointant son doigt à un milimètre de l'objet en question.
-Chill. Pis contre qui ils jouent?
-Je sais pas, mais on est pratiquement sur la glace (patinoire).
Elle prend un objet, n'importe lequel:
-Tu vois cette assiette (tasse, feuille, micro-ondes, livre, crayon, pot de fleur)?
-Hum.
-C'est la patinoire (glace (ça dépend des versions)).
-Hum.
-Ben on est là.
Qu'elle dit, en pointant son doigt à un milimètre de l'objet en question.
-Chill. Pis contre qui ils jouent?
-Je sais pas, mais on est pratiquement sur la glace (patinoire).
vendredi 12 novembre 2010
Autour du feu de camp (première partie)
Or donc, j'ai récapitulé pour ta plus grande édification, pendant que d'une seule main tu manipulais notre petit brasier à l'aide d'une branche de bouleau:
"La première règle, c'est de faire parler de soi, en bien ou en mal, parce que la controverse est notre seconde peau. Il y a là un dictat et une constatation, qui vont de pair, mais qu'il s'agit de manier et de remanier, aussi concrètement que subtilement. AML, dans FACONDES FÉCONDES (Michel Brûlé éditeur, 2002), écrit que "nos lèvres bougent au même rythme que celles des autres" (p. 54), insistant sur l'idée maîtresse d'une "catachrèse de la rumeur ambiante" (p. 55). Je ne saurais trop attirer ton attention sur la subtile bifurcation sémantique entre "parler" et "faire parler". Au quotidien, cela se traduira par, comme le dit AML, une "mise en bouche de l'instance labiale" (p. 223), qui mènera à la mue dermique souhaitée.
La seconde règle, je te le rappelle, concerne la nage à contre-courant et le fait d'inventer non pas les idées d'aujourd'hui, mais bien les idées d'après-demain. Quand AML parle de ces artistes inscrits dans leur temps dont l'Histoire ne se rappellera pas, elle joue tacitement sur l'hyper-contemporanéïté du sujet qui se projette dans le "vase communicant solitaire d'une pensée avant [...] gardiste atrophiée", comme elle l'a précisé récemment dans LE DIEU MICHÉ (Michel Brûlé éditeur, 2010). Il va sans dire qu'une réelle approche de l'amont et de l'aval, en termes diurétiques, ne saurait être entreprise sans l'apport d'une profonde connaissance préalable des courants divergents. Mais tu peux te contenter pour l'instant d'inscrire des dates futures sur tes travaux de cégep. C'est un exercice que je te recommande, en ce qu'il te permettra d'aborder de façon inédite ce qu'AML appelle le "poussoir du repoussoir" (préface, p. xxi); autrement dit, le projet de ton avenir désormais advenu.
La troisième règle, qui insiste sur le fait de se faire remarquer et de revendiquer son individualité, ne peut être comprise, si l'on en croit AML dans son essai LA PLÉTHORE ET LA PELOTE (Michel Brûlé éditeur, 2000), que dans un contexte socio-économique équivoque:
[...] et là où le tout galvanise son essence dans une vitriolique
ascension du signifiant en-seveli, tout un pan du complexe
oedipo-militaro-industriel s'expose à un renouvellement de la
trace en tant que reste de silhouette, reste d'écho
du sens maltraité dans son faire-sens (p. 34)[...]
Une des premières constatations qui s'impose à toi, dans cet "état liminaire des gnoses" (p. 35), c'est que tu ne dois t'imposer aucune limite, qu'elle soit physique ou phallique. Être son propre meilleur ami, ce n'est pas s'enfuir, loin de là, c'est revenir à la base d'une "compréhension grégaire des atavismes" (p. 555). Tu remarqueras que le pas à franchir vers une individualité maîtrisée est souvent le même que celui qui nous mène vers la sortie de secours alors qu'on sait très bien que tout est sous contrôle.
La quatrième règle revient sur cette notion de "pas", en évoquant la procrastination, le surplace et l'immobilisme crasse. Ne "pas" mettre un pied devant l'autre, c'est ne "pas" faire de "pas", mais c'est également ne "pas pallier le pas-à-pas d'un passé pathologique" (AML, OUTRE LE FOUTRE, Michel Brûlé éditeur, 2007, p. 98). Constamment menacé par la castration et par l'indolence d'un végétatisme ambiant, tu chercheras donc à désengoncer de toute mièvrerie et de toute mollesse la mise en marche de ton avancement. C'est un truisme dans certains milieux que d'insister sur le pendant génital d'une certaine rigueur intellectuelle, qui est à la fois dans tes jambes et entre elles, mais tu n'as pas besoin d'aller chercher plus loin:, je te renvoie à OUTRE LE FOUTRE: "les membres d'une communauté humaine, vigoureux, marchent bien une verge à la fois, mais ils marchent, droits et gorgés" (p. 112).
La cinquième règle s'occupe de déboulonner le sacro-saint mythe du positionnement éthico-spatio-temporel en proposant une relecture métonymique du "peloton", au sens aristotélicien. Se placer "en tête" implique donc une véritable prise de conscience qui n'est pas sans rappeler ce que AML proposait il y a quelques années, dans l'introduction de SÈME TON SÈME (Michel Brûlé éditeur, 1999), alors qu'elle écrivait: "D'une hystérie à l'autre, le sujet poly-moderne distille sa propre semence multiple [...] dans un effeuillage entêté de l'horizon d'attente" (introduction, p. ix, c'est moi qui souligne). De même, en disqualifiant d'entrée de jeu toute forme de dialectique "raisonnable", elle te renvoie à ton appareillage discursif, ce qui t'oblige à remettre en question non seulement les conclusions faciles, mais également les inclusions forcées: ne prends rien pour acquis, une pensée lubrifiée certes glisse bien, mais elle ne t'en irrite pas moins les parois."
Et j'ai continué plus tard, parce que l'orage approchait. Et nous sommes rentrés, à l'abri, alors que les grues blanches s'envolaient et que sur le lac s'époumonaient des ouaouarons bien informés.
jeudi 11 novembre 2010
Les règles d'or pour briller (VII)
Ouais faque j'ai enfoncé le clou pis enfoncé le clou jusqu'à ce qu'ils comprennent que de toute façon j'allais pas m'en aller, que j'étais là pour rester, qu'ils aillent toutes chier, avec leurs lines de ghetto pis de vie dure de pédés. J'ai fait un signe de peace à l'envers avec le pouce pointé en disant word up dans le micro pis je me suis poigné la poche pis j'ai recommencé mon flow pendant que mon frère Jubby mixait un bon vieux beat represent south shore du 83. J'ai fait deux lines sur l'importance du latin pis des philosophes du grec pis après ça tu pouvais plus m'arrêter sur toujours garder son individualité pis après ça j'ai séparé le mot individualité en individu pis dualité. Pis après ça j'ai enfoncé le clou encore plus parce que pendant que l'animateur présentait l'autre concurrent je l'ai dissé avec les mains sur le chest dur comme une roche, les bras en croix pis les poings en forme de guns pis ils ont toutes vu que sur chaque jointure j'avais tatoué les mots entêtement, détermination pis passion, dans plusieurs langues que tu connais même pas pis encore moins ta sœur, sauf que moi je la connais. J'ai dissé tout le monde, toute l'estie de crowd de pseudo-gangsters en les moonant pis en faisant semblant de faire des push-ups dans le vide, debout, pis en écoutant trop pas l'autre dude qui faisait rhymer genre carcéral pis cérébral. Fuck. J'avais tellement aucun doute sur aucune affaire que quand mon frère est venu me dire congrats je l'ai dissé lui avec, fuck off, Jubby, c'est certainement pas grâce à toi que j'ai planté l'autre, t'as même pas été foutu de tuner le dub sustain, pis il m'a regardé en disant genre wtf mais je m'en crissais parce que mon bling-bling l'a aveuglé tellement il shinait dans le followspot.
mercredi 10 novembre 2010
(R)appel
Je lance une invitation personnelle aux blogueurs et blogueuses suivant(e)s afin de leur donner envie de m'aider à donner un second souffle au projet ON EST TOUJOURS TROP BON, notre remix communautaire des Exercices de style de Raymond Queneau:
-Patty (O'Green).
-Sara (12h26).
-Marie (s'en va-t-en guerre).
-Jérôme (op. reboot).
-Alexie (végétale).
-Amélie (crayon d'ardoise).
-Stéphane (balle courbe).
-Sébastien (verbe au vert).
-Ma mère (était hipster).
-William (twist).
-Anne ('n' serve).
-MJ (buanderette).
-Audrey (notes).
-Simon (soubresaut).
On en a fait 28 pour l'instant, je vois vraiment pas pourquoi on arrêterait. Come on. Ça prend en moyenne une demi-heure par texte et c'est amusant.
-Sara (12h26).
-Marie (s'en va-t-en guerre).
-Jérôme (op. reboot).
-Alexie (végétale).
-Amélie (crayon d'ardoise).
-Stéphane (balle courbe).
-Sébastien (verbe au vert).
-Ma mère (était hipster).
-William (twist).
-Anne ('n' serve).
-MJ (buanderette).
-Audrey (notes).
-Simon (soubresaut).
On en a fait 28 pour l'instant, je vois vraiment pas pourquoi on arrêterait. Come on. Ça prend en moyenne une demi-heure par texte et c'est amusant.
4e festival du cinéma brésilien de Montréal
Du 26 novembre au 2 décembre, au cinéma du Parc, c'est le festival du cinéma brésilien. Cette année ils présentent, entre autres, deux documentaires musicaux qui risquent d'être particulièrement savoureux.
D'abord BEYOND IPANEMA, qui s'intéresse à l'influence internationale de la musique brésilienne, au-delà de la Bossa Nova et de la samba de carnaval.
Ensuite UMA NOITE EM 67 (Une nuit en 67), qui nous ramène à ce fameux festival de musique populaire qui a eu lieu en 1967 (juste avant que la dictature militaire n'interdise ce genre de manifestation) durant lequel ont été "découverts" les génies que sont Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Os Mutantes et Edu Lobo.
Chico avait gagné le concours avec "Roda Viva", une chanson tellement extraordinaire que j'en frisonne juste à la chercher sur Youtube.
D'abord BEYOND IPANEMA, qui s'intéresse à l'influence internationale de la musique brésilienne, au-delà de la Bossa Nova et de la samba de carnaval.
Ensuite UMA NOITE EM 67 (Une nuit en 67), qui nous ramène à ce fameux festival de musique populaire qui a eu lieu en 1967 (juste avant que la dictature militaire n'interdise ce genre de manifestation) durant lequel ont été "découverts" les génies que sont Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Os Mutantes et Edu Lobo.
Chico avait gagné le concours avec "Roda Viva", une chanson tellement extraordinaire que j'en frisonne juste à la chercher sur Youtube.
mardi 9 novembre 2010
La fois où je t'ai quasiment culbutée dans une ruelle
La fois où je t'ai quasiment culbutée dans une ruelle, t'étais mûre pour ça. T'étais plus capable d'attendre après lui pis ses fucking scrupules, ça te prenait un vrai gars. Ça faisait des siècles que je t'avais spotté au Café Céramic, quand tu faisais la cuisson des tasses pis des petites figurines des Simpson's dans l'arrière-boutique. Je pouvais te voir à travers la vitre pis chaque fois que tu te penchais dans ton gros four tes skinny jeans te craquaient sur le cul pis des fois même tu portais des pantalons de lin genre beige pis je voyais full ton dji. Lui il venait te chercher après la job pis j'étais obligé de partir, parce que tu venais me voir pis la seule chose que tu me disais c'était faut que je fasse mon close pis esti que j'haïssais ça le feeling que je ressentais de tellement aimer ça que tu me parles pis en même temps de tellement détester ça qu'il soit là juste derrière à fumer une clope quand tu me parlais. On pouvait fumer dans ce temps-là, dans les places de même. Je venais pour boire du café, pour fumer, pour faire semblant de lire pis pour rire des estis de taouins en train de décorer des tasses avec un logo des Canadiens ou avec des citations quétaines de Paulo Coelho. Je te regardais dans ta petite pièce dans le fond du magasin, mettre les pièces de céramique dans un liquide genre rose pis après ça les shaker fort pis tes seins en-dessous du tablier tout crotté pis ton bras sur ton front pour essuyer une goutte du liquide rose pis après ça ton cul quasi dans ma face tellement tight pis après ton esti de chum pas déniaisé qui se pointait toujours, toujours. J'écrasais ma dernière clope pis je me disais la prochaine fois je te cruise, tellement, la prochaine fois je te cruise pis t'auras juste jamais vu ça. Pis cette fois-là il s'est pas pointé, demande-moi pas pourquoi, mais il s'est pas pointé faque j'ai sauté sur l'occasion même si à ce moment-là j'avais fumé vingt cigarettes de trop déjà pis mes mains suaient comme en compétition l'une contre l'autre pis mon cœur se battait contre quelque chose de fucking plus gros que lui pis je savais absolument pas quoi dire. Faque j'ai dit une niaiserie pis t'as trouvé ça drôle d'une manière qui m'a donné le goût d'en dire une deuxième pis il y avait personne d'autre que nous dans le café faque t'as ri vraiment fort en me disant criss t'es ben drôle toi c'est quoi ton nom t'es toujours rendu ici pis je sais même pas comment tu t'appelles pis je t'ai dit mon nom pis tu m'as dit le tien mais fuck je le savais déjà depuis longtemps ton nom qu'est-ce tu penses. Tu t'es assis, ze, assise, en face de moi pis on a commencé à jaser pis je sais pas trop pourquoi je te raconte ça criss t'étais là encore plus que moi, moi j'étais profond de même dans la graisse de bine, sûrement parce que d'une certaine manière c'est cool de m'en rappeler même si t'es vraiment plus là depuis longtemps. Pis l'autre moron était pas là pis je sentais que tu t'en câlissais qu'il soit pas là, que t'étais vraiment avec moi, pis on a fumé des clopes dans ton café closé après que tu sois allée compter ta caisse pis tu me faisais déjà confiance ou bien t'étais juste careless mais juste de penser que tu comptais des centaines de piasses juste à côté de moi qu'une heure avant tu connaissais même pas je me disais wow la fille est trop in love genre elle capote sur mon cas. T'es revenue pis on a parlé encore avec du café frais pis des clopes pis je t'allumais avec mon zippo pis avec mes yeux bleus tachés pis mon look un peu fatigué style Village des Valeurs slash H&M section enfant. L'autre cave était complètement pas là pour te sauver de mon charisme, il était tellement pas là pour te sauver que j'ai compris que tu voulais décrisser avec moi, genre t'enfuir, changer de vie, t'épanouir. Quand on est sortis du café je t'ai regardé barrer la porte pis de l'autre œil je jugeais les voitures qui défilaient sur Saint-Denis pis le monde aussi pis ils étaient tellement jaloux de moi que j'en pouffais de rire tout seul je veux dire juste le fait de m'allumer une clope c'était comme un geste de provocation tellement je le faisais bien. Pis ce soir-là tu portais des bobettes bleu foncées de chez GAP que j'ai juste eu le temps d'entrevoir une fraction de seconde avant que tu me crisses une claque dans face pis que tu te pousses en me traitant d'épais pis que j'entende tes pas résonner dans ma tête pis sur l'asphalte mouillé de la ruelle pis j'ai remis ma langue dans ma bouche un peu lentement comme on fait quand on est humilié pis je suis plus jamais retourné dans ton esti de café de wack.
lundi 8 novembre 2010
samedi 6 novembre 2010
Film de gars (?)
C'est la sixième fois aujourd'hui que j'écoute le film APOCALYPTO de Mel Gibson. Je voulais le montrer à mon petit frère. Je sais pas pourquoi il me fait tellement triper ce film, je suis la seule personne que je connais qui l'aime. J'aime ce film malgré Mel Gibson, malgré THE PASSION, malgré les erreurs historiques qui doivent pulluler, je ne sais pas, au fond je m'en fiche. Au-delà de tout ça, je pense qu'il me ramène à des fantasmes de jeune homme qui voulait faire des films, qui imaginait des plans de caméra, des poursuites dans la jungle, des travellings vraiment rapides entre les arbres, et soudain un ralenti extrême pour bien montrer un combat. Certaines scènes, dans APOCALYPTO, sont si proches de ce que je m'imagine comme une scène d'action parfaite, réaliste, pure, que je reste bouche bée chaque fois. Et je ne me tanne pas. Je pense à la scène du "jeu", après l'éclipse, quand les guerriers relâchent les prisonniers en leur disant vous êtes libres, vous n'avez qu'à traverser le terrain et entrer dans les champs de maïs, courrez! maintenant! MAINTENANT! Et on les voit sortir leurs javelots et leurs arcs et leurs boulets alors que les deux prisonniers se mettent à courir à travers le terrain. Je pense à la scène finale, quand le héros arrive sur la plage et qu'il voit. Il voit... C'est un détail absurde, loufoque à la limite, mais dans un certain sens, c'est aussi une trouvaille géniale, une idée de génie. On aime ou on n'aime pas, j'imagine. Ça me rappelle la pluie de grenouille dans MAGNOLIA de P.T. Anderson. On aime ou on n'aime pas. Moi j'aime. Et Nathan aussi il a aimé.
***
La scène de la "libération" des prisonniers:
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La scène de la "libération" des prisonniers:
vendredi 5 novembre 2010
Pagayer (variation)
Hier soir j'avais rendez-vous au Croissant de Lune avec Rodrigo et Juliana, des amis à moi Brésiliens qui vivent à Montréal, pour leur remettre des petites choses que des membres de leurs familles m'avaient demandé de rapporter de São Paulo. Pour Rodrigo, j'avais quatre sacs de café et un sac de farine de manioc, envoyé par son chum. Pour Juliana j'avais un t-shirt jaune avec le drapeau du Brésil et un porte-clé en bois gravé à son nom, envoyé par sa sœur. On a bu des cappuccinos, c'était sympa. Juliana voulait que je lui raconte tout tout tout. Rodrigo voulait que je lui explique mon plus gros choc culturel. À un moment donné, le chum de Juliana est arrivé, Jacob. C'était ma première expérience avec un Danois. Beau, grand, blond, anglais parfait. On s'est mis à discuter, à parler du Brésil, où il est allé il y a quelques mois avec Juliana. Il ne parle pas portugais. Il a été malade à cause de la bouffe exotique dans le nord-est du pays. On s'est amusé à faire des comparaisons culturelles. J'ai expliqué qu'une des choses qui m'avaient frappées, à São Paulo, c'était l'aspect sale et décrépit de l'urbanisme en général, des rues, des trottoirs. Que j'avais l'impression parfois qu'une guerre civile venait de se terminer dans les quartiers que je visitais. Jacob a dit qu'il avait ressenti la même chose en arrivant ici, à Montréal, depuis Copenhague. On a tous ri, c'est effectivement une question de perspective. On s'est mis à faire des généralités, comme d'habitude, les Brésiliens sont comme ci, les Argentins sont plutôt comme ça, les Québécois sont froids et pas vraiment latins. On était tous plus ou moins d'accord avec chacune des affirmations qu'on avançait. On s'est mis à comparer l'espagnol et le portugais. J'ai dit en riant que les deux langues étaient tellement similaires parfois qu'on a l'impression qu'elles se sont chicanées quelque part au Moyen-Âge et qu'elles se sont mises à bouder chacune de leur côté. À partir de maintenant, nous ne parlons plus le même idiome. Juliana était assez d'accord avec moi. Rodrigo l'était moins. Jacob nous a interrompu soudainement et a demandé quelque chose du genre vous arrive-t-il souvent d'être en désaccord ainsi? Est-ce un désaccord typique? Sur une échelle de dix, où placeriez-vous la teneur de ce désaccord? Pourriez-vous me donner quelques autres exemples du genre de désaccord que vous entretenez? J'avais tellement l'impression d'être en face de la sagesse kierkegaardienne en personne que je suis resté bloqué pendant une minute. Chaque fois que j'amenais une précision, ou un point, il répondait par un sous-point. Et pas des sous-points en forme de oui, mais... comme pour me contredire, non. Des sous-points en forme de d'accord, je comprends, je vois, intéressant, pourrais-tu élaborer là-dessus? À la fin, on en était rendu à analyser très précisément le genre de joute intellectuelle que Rodrigo et son chum ont quand ils essaient de choisir l'assaisonnement d'un plat. On s'éloignait loin loin loin des généralités et des préjugés et des clichés à cinq cennes, on était content. On ramait en pleine péninsule scandinave, guidés par les indications claires et lumineuses d'une vieille âme viking.
jeudi 4 novembre 2010
Pagayer
Dans la barre d'outils Windows Vista en bas de mon écran, il y a deux programmes ouverts, côte-à-côte. Le deuxième c'est Firefox et c'est marqué : Blogger: Saint-Henri.... Le premier c'est Word et c'est marqué: examen doctoral Clar... Je voulais écrire ici aujourd'hui un superbe billet sur le non moins superbe recueil d'essais WE TELL OURSELVES STORIES IN ORDER TO LIVE, de l'écrivaine californienne Joan Didion, qui m'aurait donné l'impression de naviguer autour mais du moins dans les mêmes eaux que ma thèse. Mais après avoir effacé trois fois une première phrase pleine de clichés et après avoir essayé puérilement de critiquer mon maigre lectorat virtuel en écrivant que ça n'intéresserait personne de toute façon parce que les gens veulent seulement lire du pipi caca poil, je me suis résigné à la bonne vieille mise en abyme méta-auto-réflexive qui permet de me donner l'impression de naviguer en ligne droite et de dire quelque chose tout en effectuant de graaaaaaaaaaannnnnnnnnnnnndes enjambées circulaires. J'ai envoyé ce vidéo à Marie en réponse à un de ses billets récents. Je croyais ainsi m'en être débarrassé. Du vidéo, pas de Marie. Il a fait son petit bonhomme de chemin pour arriver jusqu'ici.
mercredi 3 novembre 2010
Les règles d'or pour briller (VI)
Règle no 6: Placez une citation latine ou une maxime philosophique dans les conversations, comme: Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien - Socrate.
Ouais faque avant tout je suis allé pété la yeule à Patty O'Green parce qu'elle avait osé remettre en question mes connaissances pis mes compétences à propos de la course de bécique pis j'étais tellement, genre, enragé, que j'ai tout arraché les trèfles à quatre feuilles sur son terrain. Après ça j'ai dépompé pis je me suis concentré sur les choses essentielles pis je me suis souvenu que cette règle-là c'est tellement ma préférée pis c'est tellement la plus profonde quand tu y penses comme il faut, je veux dire, c'est tellement l'essence, parce que le latin, pis tout, pis le langage, pis tsé quand tu y penses, tu capotes, genre il faut que t'agisses genre là, maintenant, faut que tu te mettes en œuvre. Faque carpe diem je suis allé au lancement de Messier pis je me suis faufilé à travers les intellos vade retro satanas pour m'installer subtilement à côté de son éditrice pis j'ai commencé ad hoc à speaker in tongues, genre, au début pas fort pis après ça de plus en plus fort. Anne-Marie requiescat in pace aurait été fière de moi, je parlais pas juste en latin, fuck, je parlais en japonais, pis en allemand, pis je parlais en esperanto, pis je revenais au grec ancien, je faisais des commentaires sur l'actualité pis sur des trucs vraiment plus universels comme genre l'écume des jours ou la bave de Peter Sloterdijk, pis je prononçais son nom pis le nom de tout le monde sans aucune hésitation, super correct avec aucun accent. Je me suis avancé vers Will pis je l'ai félicité pour tout ce qu'il y avait d'épique dans sa vie en ce moment, pis il m'a regardé, pis je lui ai répété en français, pis il m'a remercié, pis j'ai dit pas de trouble, pis on était comme émus faque j'ai fouillé dans ma tête pis la seule chose que j'ai trouvé c'est ça: Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes. Faque je l'ai dit en jappant, dans la face à Will, pis je me suis vu reflété dans une petite larme sur sa joue, tout auréolé par les spots de la galerie d'art pleine de snobs, l'ego gonflé comme Brutus pis César en même temps, réunis dans un même light bright. mardi 2 novembre 2010
Le dernier Nothomb et moi
Ma mère était hipster parle ici du dernier livre de cette chère Amélie Nothomb, UNE FORME DE VIE, que je n'ai pas lu. J'ai lu, par contre, quelques entrevues qu'elle a donné à des journaux et dans lesquelles elle fait référence à la genèse du bouquin. Ça ressemble à une illumination. Elle aurait lu un article dans un journal américain faisant état d'une grave crise d'obésité dans l'armée. Une épidémie. Elle aurait été inspirée par cet état de fait. N'étant pas journaliste, elle ne se serait pas renseigné plus avant. Étant romancière, elle aurait écrit un livre à la place, parce que ça aurait été son travail. Elle aurait commencé à fantasmer un personnage de gros soldat qui lui aurait écrit des lettres. Il aurait été posté à Bagdad depuis 2003 (un quart de cinq ans, sans interruption! l'action du livre se déroulant en 2008) et mangerait pour oublier les horreurs commises par son pays et par ses confrères.
Évidemment, en tant qu'américaniste, ça me fâche, pour plusieurs raisons. C'est tellement typique d'une certaine classe intellectuelle et artistique européenne, cette propension à vouloir éclairer le côté grotesque et décadent des États-Unis. C'est tellement "bon ton" d'imaginer une bande de détraqués en train de se bourrer la face au Pizza Hut du camp et de résumer les conflits du Moyen-Orient à un soldat obèse devenant la métaphore d'un système sur le point d'imploser, rappelant ce personnage énorme du film THE MEANING OF LIFE des Monthy Pythons. C'est tellement facile de résumer les États-Unis à un rallye de 80 000 personnes organisé par un épais ultra-conservateur. Il y a quelque chose d'extrêmement rassurant pour l'Europe à penser l'Amérique en tant qu'expérience absurde sans cesse sur le point de dérailler.
Nothomb dit que l'image s'est mise à la hanter: "Cet article m’a vraiment beaucoup marquée. Pourtant, il n’expliquait rien. Il n’expliquait pas pourquoi ces soldats, car il s’agissait bien de soldats et non de généraux, pourquoi ces soldats de deuxième classe devenaient tous obèses. Et ça m’a hantée". Devenaient tous obèses? Pourquoi tous? D'où il sort ce tous? J'ai commencé à chercher sur internet la source de ce tous, l'article original dont elle parle et j'ai trouvé une réponse, évidemment, plus nuancée. Si elle avait lu l'article au complet, Nothomb aurait compris que, d'abord, l'armée américaine s'inquiète en effet de l'épidémie d'obésité qui frappe le pays en ce moment parce qu'elle nuit à ses efforts de recrutement, les jeunes gens étant de moins en moins qualifiés pour s'engager sous les drapeaux. Ce n'est pas du tout la même chose. Ensuite, le pourcentage d'obèses dans les rangs est effectivement plus élevé qu'avant, mais on souligne qu'il est une conséquence directe du choc post-traumatique dont de plus en plus de soldats souffrent en revenant du front. Encore une fois, ce n'est pas la même chose.
Je sais que le livre parle probablement de plein d'autres choses, que c'est réducteur de le limiter à cette question, mais il me semble que c'est représentatif d'une certaine vision qui m'énerve profondément et qui est si répandue qu'on ne s'en formalise plus. AH! et puis elle m'énerve aussi, elle. Bon. Hier, à la librairie, j'ai lu la première page et elle écrit (la Amélie Nothomb du roman) qu'après avoir reçu la première lettre de son fameux correspondant, Melvin Mapple, elle s'est demandée si c'était un canular. Après avoir analysé le cachet de la poste (Irakien), ainsi que l'étampe (Américaine), elle dit que ce qui lui confirme qu'il s'agit bien d'une vraie missive, c'est la calligraphie de l'homme: une écriture directe, sans détour, bon enfant, très "américaine". Ça c'est non seulement typique d'un certain mépris européen, c'est aussi typique d'un mauvais écrivain qui prend la psychologie beaucoup trop au sérieux. Comment une "calligraphie" pourrait-elle être plus gage de véracité qu'un cachet de poste et une étampe de l'armée? C'est des détails, je sais, c'est des détails.
Évidemment, en tant qu'américaniste, ça me fâche, pour plusieurs raisons. C'est tellement typique d'une certaine classe intellectuelle et artistique européenne, cette propension à vouloir éclairer le côté grotesque et décadent des États-Unis. C'est tellement "bon ton" d'imaginer une bande de détraqués en train de se bourrer la face au Pizza Hut du camp et de résumer les conflits du Moyen-Orient à un soldat obèse devenant la métaphore d'un système sur le point d'imploser, rappelant ce personnage énorme du film THE MEANING OF LIFE des Monthy Pythons. C'est tellement facile de résumer les États-Unis à un rallye de 80 000 personnes organisé par un épais ultra-conservateur. Il y a quelque chose d'extrêmement rassurant pour l'Europe à penser l'Amérique en tant qu'expérience absurde sans cesse sur le point de dérailler.
Nothomb dit que l'image s'est mise à la hanter: "Cet article m’a vraiment beaucoup marquée. Pourtant, il n’expliquait rien. Il n’expliquait pas pourquoi ces soldats, car il s’agissait bien de soldats et non de généraux, pourquoi ces soldats de deuxième classe devenaient tous obèses. Et ça m’a hantée". Devenaient tous obèses? Pourquoi tous? D'où il sort ce tous? J'ai commencé à chercher sur internet la source de ce tous, l'article original dont elle parle et j'ai trouvé une réponse, évidemment, plus nuancée. Si elle avait lu l'article au complet, Nothomb aurait compris que, d'abord, l'armée américaine s'inquiète en effet de l'épidémie d'obésité qui frappe le pays en ce moment parce qu'elle nuit à ses efforts de recrutement, les jeunes gens étant de moins en moins qualifiés pour s'engager sous les drapeaux. Ce n'est pas du tout la même chose. Ensuite, le pourcentage d'obèses dans les rangs est effectivement plus élevé qu'avant, mais on souligne qu'il est une conséquence directe du choc post-traumatique dont de plus en plus de soldats souffrent en revenant du front. Encore une fois, ce n'est pas la même chose.
Je sais que le livre parle probablement de plein d'autres choses, que c'est réducteur de le limiter à cette question, mais il me semble que c'est représentatif d'une certaine vision qui m'énerve profondément et qui est si répandue qu'on ne s'en formalise plus. AH! et puis elle m'énerve aussi, elle. Bon. Hier, à la librairie, j'ai lu la première page et elle écrit (la Amélie Nothomb du roman) qu'après avoir reçu la première lettre de son fameux correspondant, Melvin Mapple, elle s'est demandée si c'était un canular. Après avoir analysé le cachet de la poste (Irakien), ainsi que l'étampe (Américaine), elle dit que ce qui lui confirme qu'il s'agit bien d'une vraie missive, c'est la calligraphie de l'homme: une écriture directe, sans détour, bon enfant, très "américaine". Ça c'est non seulement typique d'un certain mépris européen, c'est aussi typique d'un mauvais écrivain qui prend la psychologie beaucoup trop au sérieux. Comment une "calligraphie" pourrait-elle être plus gage de véracité qu'un cachet de poste et une étampe de l'armée? C'est des détails, je sais, c'est des détails.
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