Ça m'arrive souvent, dans Saint-Henri, quand je ne sais pas trop quoi écrire, d'avoir le réflexe de commencer un billet avec la phrase pseudo formalisante "Or il se trouve que..." Jusqu'à maintenant, je l'avais toujours effacée, en me convainquant que c'était à la fois un syntagme éculé (?) et une branche trop compliquée pour mes lecteurs. ("Branche" est utilisée ici comme substantif et pourrait tout aussi bien être remplacée par "brin".) Cependant, ce soir, en cette fin d'année 2010, je n'ai pas pu résister. Voici.
Or il se trouve que parmi mes plusieurs résolutions pour l'année qui s'annonce se trouvent les suivantes:
-Avoir un six pack.
-Arrêter de fumer.
-Ne pas être un cliché ambulant.
It's a Crocodile Done Deal!
Bonne année à vous tous, ô tant que vous êtes!!!
vendredi 31 décembre 2010
jeudi 30 décembre 2010
Facts of life
Mon amoureuse me dit, dans un moment de réflexion:
-Je sais pas si tu te rends compte, mais, si je considère que ma grand-mère a eu dix-sept enfants, ça veut dire que moi, à vingt-trois ans, j'ai genre déjà été menstruée plus souvent qu'elle dans toute sa vie.
-Fucké.
-Je sais pas si tu te rends compte, mais, si je considère que ma grand-mère a eu dix-sept enfants, ça veut dire que moi, à vingt-trois ans, j'ai genre déjà été menstruée plus souvent qu'elle dans toute sa vie.
-Fucké.
Tel Quel (I)
Je fouillais dans la section Tel Quel de Saint-Henri, pis je suis tombé là-dessus pis ça m'a fait rire. Ça m'a rappelé que mon éditeur m'a demandé de faire attention avec ma "propension à ne pas faire de paragraphes". Il m'a dit, "l'alinéa, tu connais-tu ça?". J'ai dit, "ben, c'est pas que je fais pas pas de paragraphes, c'est juste que j'en fait juste un." Tsé, casuistiquement, ça marche.
FREE STYLE PROUSTIEN
FREE STYLE PROUSTIEN
C'est con mais de la voir comme ça tellement triste en train de brailler comme une madeleine ça m'a rappelé mes années de médecine et cette classe horrible d'anatomie et dissection humaine quand c'est le cadavre de mon père qui est apparu sur la table devant moi, comment tu dis, par, par, par inadvertance. J'avais le bistouri dans la main gauche et malgré la débarbouillette que le technicien avait placé sur son visage je reconnaissais très bien mon père, son pénis et tout, son grain de beauté hyper gros en-dessous du mamelon. Il était mort une semaine plus tôt, personne ne m'avait dit qu'il avait offert son corps à la science, personne ne m'avait averti. Ma mère ne m'avait rien dit. Ma mère ne me dit jamais rien, c'est pour ça que ce matin en la voyant brailler de même je n'ai rien dit et elle n'a rien dit non plus et on ne s'est rien dit parce qu'on ne se dit jamais rien et j'ai seulement pensé à cette fois terrible, ce matin terrible quand tout allait mal dans ma vie, vraiment mal, mon père venait de mourir d'un effroyable et, quoi, foudroyant infarctus et ma blonde venait de me laisser pour Pierre Lapointe, en me disant qu'elle était sûre sûre sûre de pouvoir le faire virer de bord, mais tu l'as jamais rencontré, tu fais juste triper sur sa musique et sa voix gutturale, et en plus il est gay comme Crésus, et elle m'avait répondu on s'en fout on s'en fout on s'en fout comme ça plusieurs fois d'affilée, en claquant la porte de mon appartement aux résidences, et je m'étais pointé ce matin-là à la classe de dissection comme essoufflé de la vie. J'étais sur le point de dire fuck off à l'ensemble futur de ma carrière de médecine quand le glas a sonné, non, la cerise sur, quand la goutte a débordé du vase, la merde a frappé le fan: le technicien a poussé la civière dans la salle, en sifflotant la mélodie du colombarium et s'est arrêté juste en face de moi. Il m'a souri sans malice et j'avais le bistouri dans la main gauche et malgré la débarbouillette qu'il avait placé sur son visage j'ai reconnu mon père immédiatement et le dos de ses mains était poivre et sel et il avait une cicatrice de vasectomie près du nombril et ses orteils ratatinées et ses genoux comme des nœuds coulants me sautaient aux yeux. Fuck off. J'ai quitté la salle et je suis devenu romancier.
mercredi 29 décembre 2010
En trois lignes
Louis était le genre de gars qui disait souvent de sa blonde que son odeur matinale était un mélange de carton et de tortue, et que ça le faisait replonger dans des souvenirs d'enfance extrêmement agréables. Elle avait de la difficulté à débusquer le compliment là-dedans.
mardi 28 décembre 2010
Much ado about nothing
-Fuck, t'étais où esti?
-Ch'tais à Québec.
-Fuck man, kès-tu faisais là?
-Ch'tais chez les beaux-parents.
-Pis c'est-tu beau Québec?
-Yop.
-Yop?
-Yep.
-T'as-tu vu la grande roue?
-Yep.
-C'était-tu su'a coche?
-Yep.
-T'as-tu marché sur les plaines?
-Nope.
-Pourquoi?
-Parce que ma blonde est en béquilles.
-Ah ouin c'est vrai.
-Ouaip.
-Pis t'as-tu fumé des smokes?
-Yep, avec mon beau-père.
-Faque t'avais une excuse?
-Yep.
-Pis sans ça?
-Sans ça quoi?
-Sans ça, qu'est-ce t'as fait?
-J'ai dansé la samba.
-Ah ouin?
-Tchikatchikatchikatchikatchik.
-Pis qu'est-ce t'as acheté?
-Des bottes Sorel.
-Fashion victim.
-Yop.
-Ch'tais à Québec.
-Fuck man, kès-tu faisais là?
-Ch'tais chez les beaux-parents.
-Pis c'est-tu beau Québec?
-Yop.
-Yop?
-Yep.
-T'as-tu vu la grande roue?
-Yep.
-C'était-tu su'a coche?
-Yep.
-T'as-tu marché sur les plaines?
-Nope.
-Pourquoi?
-Parce que ma blonde est en béquilles.
-Ah ouin c'est vrai.
-Ouaip.
-Pis t'as-tu fumé des smokes?
-Yep, avec mon beau-père.
-Faque t'avais une excuse?
-Yep.
-Pis sans ça?
-Sans ça quoi?
-Sans ça, qu'est-ce t'as fait?
-J'ai dansé la samba.
-Ah ouin?
-Tchikatchikatchikatchikatchik.
-Pis qu'est-ce t'as acheté?
-Des bottes Sorel.
-Fashion victim.
-Yop.
jeudi 23 décembre 2010
Plogues de blogues
Bon, alors j'aurai joué à la tag avec trois filles, quatre si j'inclus Val qui a écrit le texte de départ. De mon côté, j'avais écrit un billet sur un ton léger, mais j'aurais dû me douter que le thème "La fois où j'ai failli (rasé) mourir", allait donner lieu à des souvenirs plus intenses, plus sérieux. Ça a donné trois autres billets à propos de la mort et du fait de l'éviter de justesse, de la raser de près, chez Ma Mère, chez Taupe et chez Marie, que je vous invite à aller lire, parce que c'est pas nécessairement drôle, mais c'est nécessaire des fois.
Récapitulation:
Le billet de ValGod;
Le mien, inspiré directement de celui de ValGod;
Celui de Ma Mère, qui parle de la sienne;
Celui de Marie, qui fait écho à un autre qu'elle avait écrit il y a quelques mois.
Celui de Taupe, qui est plus abstrait, mais tout aussi poignant.
***
Ensuite.
Je rappelle à tout le monde que le projet ON EST TOUJOURS TROP BON est à la recherche de blogueurs afin de participer à la réécriture des Exercices de Styles de Raymond Queneau. Plusieurs nouveaux écrivains se sont joints à nous récemment, dont:
L'auteur de ce blog, qui a produit pour l'instant ALORS et VULGAIRE, et qui m'a déjà assuré de son envie d'en faire d'autres;
Bertrand Gervais, qui a écrit un très cool remix/hommage de INTERROGATOIRE;
Sébastien Haton, qui a signé COMÉDIE et qui est le premier Français à se joindre à nous et qui utilise étonnamment bien l'expression idiomatique "crisse de moron".
Lucrecia Bloggia, à qui on doit une version de AMPOULÉ,très réussie.
Leur blogues respectifs, tous intéressants à visiter, sont comme d'habitude indiqués en hyperliens avec leur noms, en fin de texte.
Et pour finir, je répète à certains qu'ils sont les bienvenus, soit pour commencer ou pour récidiver: Simon, Patty, Martine, Jérôme, Danny, William, Alexie, Marie, Amélie, etc.
Récapitulation:
Le billet de ValGod;
Le mien, inspiré directement de celui de ValGod;
Celui de Ma Mère, qui parle de la sienne;
Celui de Marie, qui fait écho à un autre qu'elle avait écrit il y a quelques mois.
Celui de Taupe, qui est plus abstrait, mais tout aussi poignant.
***
Ensuite.
Je rappelle à tout le monde que le projet ON EST TOUJOURS TROP BON est à la recherche de blogueurs afin de participer à la réécriture des Exercices de Styles de Raymond Queneau. Plusieurs nouveaux écrivains se sont joints à nous récemment, dont:
L'auteur de ce blog, qui a produit pour l'instant ALORS et VULGAIRE, et qui m'a déjà assuré de son envie d'en faire d'autres;
Bertrand Gervais, qui a écrit un très cool remix/hommage de INTERROGATOIRE;
Sébastien Haton, qui a signé COMÉDIE et qui est le premier Français à se joindre à nous et qui utilise étonnamment bien l'expression idiomatique "crisse de moron".
Lucrecia Bloggia, à qui on doit une version de AMPOULÉ,très réussie.
Leur blogues respectifs, tous intéressants à visiter, sont comme d'habitude indiqués en hyperliens avec leur noms, en fin de texte.
Et pour finir, je répète à certains qu'ils sont les bienvenus, soit pour commencer ou pour récidiver: Simon, Patty, Martine, Jérôme, Danny, William, Alexie, Marie, Amélie, etc.
lundi 20 décembre 2010
Utilité publique
Ceci est un billet qui me permet de remonter dans les blogrolls parce que j'haïs ça me voir descendre dans les blogrolls... surtout chez du monde comme Cannelle, qui ont un blogroll long comme ma corvette.
Jouez donc à la tag, câliss.
Jouez donc à la tag, câliss.
dimanche 19 décembre 2010
TAG: La fois où j'ai failli (rasé) mourir
J'ai lu ce billet de Val, sur son blogue L'activité cérébrale incontinente et ça m'a donné le goût de partir une tag. Il me semble que ça fait longtemps qu'on a pas joué à la tag. En plus, Simon a récemment écrit un billet très intéressant sur l'univers des blogues dans lequel il fait référence à une vieille tag qui avait bien fonctionné. Ça aussi ça m'a donné le goût d'en partir une. Une tag.
Or donc:
Juste en bas du viaduc de la rue Pelletier à Brossard, celui qui enjambe, chevauche, surplombe, traverse, l'autoroute 10, avant que celle-ci ne se transforme en pont Champlain, il y a un gros Loblaw. Peut-être que certains d'entre vous ont vu le dernier spectacle de Louis-José Houde, dans lequel il raconte une bataille qu'il a eu, quand il était jeune, avec un monsieur qui faisait du bénévolat pour le recensement. Eh bien, sa bataille a eu lieu juste en face de ce Loblaw, qui est là maintenant, mais qui n'existait pas à l'époque. À l'époque, c'était un champ. Un champ que moi-même (qui ne connaît pas Louis-José Houde, même si je suis comme qui dirait son public cible idéal, étant donné que j'ai presque le même âge que lui, qu'on a grandit dans la même banlieue et qu'on a fréquenté la même école secondaire) j'utilisais fréquemment comme raccourci, en bike ou à pieds, pour éviter de faire le tour par la route. Il y avait, dans le champ, à partir de l'endroit où la rambarde du viaduc se terminait, une trail de tourbe aplatie et quasiment disparue qui indiquait clairement que tout le monde faisait la même chose: une fois arrivé en bas du viaduc, on coupait dans le champ pour arriver plus vite de l'autre côté au lieu de le contourner. Jusqu'à ce qu'ils se mettent en tête de construire un Loblaw.
Ce soir-là, j'étais sur mon dix vitesses Shimano et je m'en allais chez ma blonde qui habitait fucking loin dans les "B", sur la rue Briand. Pour ceux qui ne connaissent pas Brossard, je vous donne deux cues afin de mieux en saisir la réalité: d'abord, sachez que la ville de Brossard est divisée en quartiers qui fonctionnent avec les lettres de l'alphabet. Moi, j'habitais dans les "T", même si j'habitais sur la rue Pelletier, qui est en fait un boulevard, et qui traverse donc plusieurs quartiers. J'avais des amis dans les "S", dans les "P", dans les "V", et j'avais une blonde dans les "B", ce qui, je le répète, était fucking loin, de l'autre côté de Taschereau, quasiment à Saint-Hubert. Ensuite, deuxième cue pour comprendre la réalité de Brossard, ploguez-vous ça vraiment fort dans les oreilles, ça dit tout.
Entonces, j'étais sur mon dix vitesses et je venais de rusher pour monter le viaduc, tout essoufflé mais pas tant que ça parce que je ne fumais pas dans ce temps-là. J'étais au-dessus de l'autoroute et je voyais la pente descendante devant moi et je me réjouissais déjà de la vitesse et du vent dans mes cheveux et des mini-mouches dans ma yeule. J'ai commencé à descendre, sur le trottoir, jouissant des petits bumps que chaque craque causait. On prenait toujours le trottoir parce qu'on savait que pour prendre le raccourci il fallait être déjà sur le trottoir, histoire de ne pas avoir à freiner, de pouvoir négocier le virage sans avoir à grimper la chaîne, en ralentissant, en freinant, et tout. J'allais vraiment vite quand je suis arrivé en bas, à la fin de la rambarde, j'avais mis mes vitesses en mode difficile et j'avais pédalé debout.
Les travaux de construction avaient déjà commencé, mais on ne savait pas trop de quoi il retournait. Ils avaient mis une giga-méga affiche de Loblaw, mais ça ne voulait rien dire pour l'instant, dans ma tête de quatorze ans, ça voulait juste dire qu'un moment donné, un jour, il y aurait un Loblaw là où maintenant il n'y en avait pas. J'avais emprunté ce raccourci tellement de fois, il faisait tellement partie de ma vie, que je ne pouvais pas concevoir son inexistence, sa disparition. Il n'y avait pas de signes de danger, de pancartes ACHTUNG! CUIDADO! WET FLOOR!, il n'y avait pas de banderoles policières DO NOT CROSS! GO HOME! IL N'Y A RIEN D'INTÉRESSANT! Il n'y avait que moi, la noirceur, mon raccourci dans le champ, mon dix vitesses à toute allure, ma blonde dans les "B" et mon discman avec du bon vieux Propagandhi dans les oreilles.
Je ne sais pas, encore aujourd'hui, ce qui m'a fait freiner. Une flaque de noirceur quasi imperceptible un peu en avant? Une étrange absence de semi-clarté en forme de rectangle qui s'approchait rapidement? Un présage dans une des paroles de mon band de punk préféré? Encore aujourd'hui je n'aime pas trop me souvenir de l'image de ce petit moi tout seul dans l'obscurité d'un champ en plein travaux de fondations, troué en mille endroits par des John Deere et autres Paul Bunyan.
L'autre nuit j'y ai repensé, dans un épisode d'insomnie où je me repassais tous ces épisodes de ma vie où j'ai failli mourir, où j'ai passé à un cheveux de me casser la gueule solide, de devenir handicapé, de devenir un légume, de devenir comateux. J'étais angoissé parce que mon amoureuse venait de se casser la cheville et on avait pris un taxi pour revenir de l'hôpital après son opération et le chauffeur, philosophe, nous avait rappelé à quel point les accidents, c'est toujours des niaiseries. Même les pires accidents. Il nous avait raconté comment sa nièce était aujourd'hui à l'hôpital, en danger de mort, parce que son foulard s'était emprisonné dans le mécanisme du Go-Kart qu'elle conduisait. Il nous avait raconté aussi comment, quelques années avant, il avait failli se tuer en brassant une bouteille de vitre de jus d'orange qui lui avait soudainement explosé dans la main. Je repensais à ça dans mon lit et je repensais aux fois où j'avais passé proche en criss, moi aussi, d'une façon banale, d'une façon conne. Et ça m'angoissait de repenser à mon dix vitesses, à mon freinage, à ma roue de bike immobile à moitié sur le gazon aplati du champ et à moitié dans le vide d'un immense trou sombre en forme de rectangle.
Propagandhi continuait à jouer dans mes oreilles, j'avais les doigts super serrés sur mes freins, les autos circulaient au loin, la faible lueur des lampadaires de la rue arrivait jusqu'à moi. J'ai regardé dans le trou et j'ai vu les longues barres de métal qui sortaient des parois, de longues et fines barres de métal qui pointaient n'importe où, qui allaient servir à je sais pas quoi, aux fondations, à l'évacuation, aux égouts. On aurait dit une tranchée. Ma roue de bike était tellement juste au bord que je pouvais voir le fond sans même me pencher vers l'avant. J'ai reculé en lâchant les freins, en utilisant mes talons. Je suis reparti tranquillement le long du chemin de gazon aplati en faisant bien attention, en vérifiant aux alentours, et dès que je suis arrivé dans la rue, j'ai repris de la vitesse et j'ai recommencé à chanter "fuck religion" des millions de fois sans rien comprendre du conflit israélo-palestinien.
Je suis reparti vers chez ma blonde vraiment vite, sans me retourner. Je n'avais pas eu peur de mourir une seule seconde, j'avais juste quatorze ans pis je m'en allais necker.
On a cassé pas longtemps après, parce que je trouvais qu'elle écoutait trop de Madonna.
***
Qui reprendra le flambeau, maintenant?
Cette tag est officiellement lancée.
Or donc:
Juste en bas du viaduc de la rue Pelletier à Brossard, celui qui enjambe, chevauche, surplombe, traverse, l'autoroute 10, avant que celle-ci ne se transforme en pont Champlain, il y a un gros Loblaw. Peut-être que certains d'entre vous ont vu le dernier spectacle de Louis-José Houde, dans lequel il raconte une bataille qu'il a eu, quand il était jeune, avec un monsieur qui faisait du bénévolat pour le recensement. Eh bien, sa bataille a eu lieu juste en face de ce Loblaw, qui est là maintenant, mais qui n'existait pas à l'époque. À l'époque, c'était un champ. Un champ que moi-même (qui ne connaît pas Louis-José Houde, même si je suis comme qui dirait son public cible idéal, étant donné que j'ai presque le même âge que lui, qu'on a grandit dans la même banlieue et qu'on a fréquenté la même école secondaire) j'utilisais fréquemment comme raccourci, en bike ou à pieds, pour éviter de faire le tour par la route. Il y avait, dans le champ, à partir de l'endroit où la rambarde du viaduc se terminait, une trail de tourbe aplatie et quasiment disparue qui indiquait clairement que tout le monde faisait la même chose: une fois arrivé en bas du viaduc, on coupait dans le champ pour arriver plus vite de l'autre côté au lieu de le contourner. Jusqu'à ce qu'ils se mettent en tête de construire un Loblaw.
Ce soir-là, j'étais sur mon dix vitesses Shimano et je m'en allais chez ma blonde qui habitait fucking loin dans les "B", sur la rue Briand. Pour ceux qui ne connaissent pas Brossard, je vous donne deux cues afin de mieux en saisir la réalité: d'abord, sachez que la ville de Brossard est divisée en quartiers qui fonctionnent avec les lettres de l'alphabet. Moi, j'habitais dans les "T", même si j'habitais sur la rue Pelletier, qui est en fait un boulevard, et qui traverse donc plusieurs quartiers. J'avais des amis dans les "S", dans les "P", dans les "V", et j'avais une blonde dans les "B", ce qui, je le répète, était fucking loin, de l'autre côté de Taschereau, quasiment à Saint-Hubert. Ensuite, deuxième cue pour comprendre la réalité de Brossard, ploguez-vous ça vraiment fort dans les oreilles, ça dit tout.
Entonces, j'étais sur mon dix vitesses et je venais de rusher pour monter le viaduc, tout essoufflé mais pas tant que ça parce que je ne fumais pas dans ce temps-là. J'étais au-dessus de l'autoroute et je voyais la pente descendante devant moi et je me réjouissais déjà de la vitesse et du vent dans mes cheveux et des mini-mouches dans ma yeule. J'ai commencé à descendre, sur le trottoir, jouissant des petits bumps que chaque craque causait. On prenait toujours le trottoir parce qu'on savait que pour prendre le raccourci il fallait être déjà sur le trottoir, histoire de ne pas avoir à freiner, de pouvoir négocier le virage sans avoir à grimper la chaîne, en ralentissant, en freinant, et tout. J'allais vraiment vite quand je suis arrivé en bas, à la fin de la rambarde, j'avais mis mes vitesses en mode difficile et j'avais pédalé debout.
Les travaux de construction avaient déjà commencé, mais on ne savait pas trop de quoi il retournait. Ils avaient mis une giga-méga affiche de Loblaw, mais ça ne voulait rien dire pour l'instant, dans ma tête de quatorze ans, ça voulait juste dire qu'un moment donné, un jour, il y aurait un Loblaw là où maintenant il n'y en avait pas. J'avais emprunté ce raccourci tellement de fois, il faisait tellement partie de ma vie, que je ne pouvais pas concevoir son inexistence, sa disparition. Il n'y avait pas de signes de danger, de pancartes ACHTUNG! CUIDADO! WET FLOOR!, il n'y avait pas de banderoles policières DO NOT CROSS! GO HOME! IL N'Y A RIEN D'INTÉRESSANT! Il n'y avait que moi, la noirceur, mon raccourci dans le champ, mon dix vitesses à toute allure, ma blonde dans les "B" et mon discman avec du bon vieux Propagandhi dans les oreilles.
Je ne sais pas, encore aujourd'hui, ce qui m'a fait freiner. Une flaque de noirceur quasi imperceptible un peu en avant? Une étrange absence de semi-clarté en forme de rectangle qui s'approchait rapidement? Un présage dans une des paroles de mon band de punk préféré? Encore aujourd'hui je n'aime pas trop me souvenir de l'image de ce petit moi tout seul dans l'obscurité d'un champ en plein travaux de fondations, troué en mille endroits par des John Deere et autres Paul Bunyan.
L'autre nuit j'y ai repensé, dans un épisode d'insomnie où je me repassais tous ces épisodes de ma vie où j'ai failli mourir, où j'ai passé à un cheveux de me casser la gueule solide, de devenir handicapé, de devenir un légume, de devenir comateux. J'étais angoissé parce que mon amoureuse venait de se casser la cheville et on avait pris un taxi pour revenir de l'hôpital après son opération et le chauffeur, philosophe, nous avait rappelé à quel point les accidents, c'est toujours des niaiseries. Même les pires accidents. Il nous avait raconté comment sa nièce était aujourd'hui à l'hôpital, en danger de mort, parce que son foulard s'était emprisonné dans le mécanisme du Go-Kart qu'elle conduisait. Il nous avait raconté aussi comment, quelques années avant, il avait failli se tuer en brassant une bouteille de vitre de jus d'orange qui lui avait soudainement explosé dans la main. Je repensais à ça dans mon lit et je repensais aux fois où j'avais passé proche en criss, moi aussi, d'une façon banale, d'une façon conne. Et ça m'angoissait de repenser à mon dix vitesses, à mon freinage, à ma roue de bike immobile à moitié sur le gazon aplati du champ et à moitié dans le vide d'un immense trou sombre en forme de rectangle.
Propagandhi continuait à jouer dans mes oreilles, j'avais les doigts super serrés sur mes freins, les autos circulaient au loin, la faible lueur des lampadaires de la rue arrivait jusqu'à moi. J'ai regardé dans le trou et j'ai vu les longues barres de métal qui sortaient des parois, de longues et fines barres de métal qui pointaient n'importe où, qui allaient servir à je sais pas quoi, aux fondations, à l'évacuation, aux égouts. On aurait dit une tranchée. Ma roue de bike était tellement juste au bord que je pouvais voir le fond sans même me pencher vers l'avant. J'ai reculé en lâchant les freins, en utilisant mes talons. Je suis reparti tranquillement le long du chemin de gazon aplati en faisant bien attention, en vérifiant aux alentours, et dès que je suis arrivé dans la rue, j'ai repris de la vitesse et j'ai recommencé à chanter "fuck religion" des millions de fois sans rien comprendre du conflit israélo-palestinien.
Je suis reparti vers chez ma blonde vraiment vite, sans me retourner. Je n'avais pas eu peur de mourir une seule seconde, j'avais juste quatorze ans pis je m'en allais necker.
On a cassé pas longtemps après, parce que je trouvais qu'elle écoutait trop de Madonna.
***
Qui reprendra le flambeau, maintenant?
Cette tag est officiellement lancée.
samedi 18 décembre 2010
Peine perdue
Elle ne l'a pas revu depuis. Si ça arrive ça arrive. Elle n'a pas cherché ses empreintes dans la neige en face de chez elle, n'a pas non plus ouvert plusieurs fois sa boîte aux lettres, ni sa boîte de courriels, ni sa boîte en fer blanc où elle garde des trucs reliés à bien avant lui, des trucs en plastique et en carton, histoire de faire semblant, histoire de faire qu'il n'ait été qu'une ponctuation entre un souvenir et une sensation inédite. Les histoires de faire comme si, ça donne de l'importance, ça pointe. Ça fait seulement souligner. Pourtant, c'est difficile, parce que le langage fonctionne comme ça: elle ne peut pas ne pas dire qu'elle a recommencé à fumer. Elle ne peut pas ne pas dire qu'en toute honnêteté le café est bon même si c'est sa cafetière à lui. Elle pourrait ne rien dire, mais elle serait obligée de dire qu'elle a commencée à ne rien dire. Elle fait des efforts qui n'ont rien à voir avec lui. Comme monter l'escalier du métro au lieu de prendre l'escalier roulant. Comme acheter une nouvelle marque d'exfoliant. Comme déneiger le balcon sans tout envoyer chez le voisin. Elle n'a rien jeté, ni sa bague ni le livre en anglais qu'il a laissé sur le bureau. Si elle se dit qu'elle ne se rappelle plus s'il était là ou ici quand il est parti, ce n'est pas parce qu'elle a oublié, c'est parce qu'elle n'est plus au même endroit. La perspective s'est déplacée, alors que tout est à la même place. Tout a à peine bougé. Il y a un rond de suie sur la cuisinière, elle en fait le tour avec une éponge et de la minutie.
vendredi 17 décembre 2010
Quiz du vendredi
Tiens, un nouveau concept. Comme j'ai pas grand chose à dire cet après-midi, je vais poser des questions à choix multiples et des questions à développement, un L deux P, merci correcteur automatique. (C'est comme parallèle, ça, je ne crois pas avoir écrit parallèle correctement du premier coup une seule fois dans ma vie.)
QUIZ #1
1) Larry David ou Jerry Seinfeld?
2) Jacques Ferron ou Réjean Ducharme?
3) La STM est:
a) efficace;
b) chill;
c) en mouvement;
d) un service public qui n'a pas fini de réparer l'escalier roulant de la station Mont-Royal après plus de deux ans.
4) Chez elle (lui) ou chez toi?
5) Elliott Smith ou Conor Oberst?
6) En quelle année t'as découvert que Weezer, c'était pas si bon que ça?
7) On devrait toujours acheter:
a) de la Saint-Ambroise.
b) de la Sapporo.
c) de la Guiness.
d) de la Black Label.
e) du jus.
8) Raymond Queneau ou Boris Vian?
9) Pis, y'a-tu eu des rapprochements?
10) Si t'avais le choix, préférerais-tu vivre en union de fait avec une guenon ou être obligé toute ta vie de payer pour deux sièges d'avion tellement t'es gros? Pourquoi?
QUIZ #1
1) Larry David ou Jerry Seinfeld?
2) Jacques Ferron ou Réjean Ducharme?
3) La STM est:
a) efficace;
b) chill;
c) en mouvement;
d) un service public qui n'a pas fini de réparer l'escalier roulant de la station Mont-Royal après plus de deux ans.
4) Chez elle (lui) ou chez toi?
5) Elliott Smith ou Conor Oberst?
6) En quelle année t'as découvert que Weezer, c'était pas si bon que ça?
7) On devrait toujours acheter:
a) de la Saint-Ambroise.
b) de la Sapporo.
c) de la Guiness.
d) de la Black Label.
e) du jus.
8) Raymond Queneau ou Boris Vian?
9) Pis, y'a-tu eu des rapprochements?
10) Si t'avais le choix, préférerais-tu vivre en union de fait avec une guenon ou être obligé toute ta vie de payer pour deux sièges d'avion tellement t'es gros? Pourquoi?
jeudi 16 décembre 2010
Drunk post
Les lumières sont même pas allumées ici. Y a juste le son de Gertrude qui mange des croquettes, qui mastique.
Party karaoké du département d'études littéraires de l'université du Wisconsin à Albuquerque au Date Club coin Ste-Catherine et Beaudry.
T-shirts serrés, brillantine et Bud ou Bleu en fût.
Bud ou Bleu tabarnack.
J'ai entendu: 1990, Mon mec à moi, Le pudding à l'arsenic, Question de feeling.
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Pis l'esti de tapis roulant de la station Beaudry.
Un poème constructiviste.
Party karaoké du département d'études littéraires de l'université du Wisconsin à Albuquerque au Date Club coin Ste-Catherine et Beaudry.
T-shirts serrés, brillantine et Bud ou Bleu en fût.
Bud ou Bleu tabarnack.
J'ai entendu: 1990, Mon mec à moi, Le pudding à l'arsenic, Question de feeling.
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Cigarette
Pis l'esti de tapis roulant de la station Beaudry.
Un poème constructiviste.
mardi 14 décembre 2010
Billet à angles droits (II)
Moi avec j'aimerais pouvoir prétendre que je suis un homme seul, mais ça serait comme m'attirer des sympathies dont je n'ai pas besoin. Et prétendre c'est comme mentir, donc ça serait pire. Ça serait encore pire de me mentir à moi-même. Je reste devant la fenêtre et je tente de comprendre, de saisir, entre mes stores, entre le bruit métallique qui les écarte, toutes les implications cachées de cette phrase qui m'est venue dans la tête. C'est n'importe quoi: j'ai parlé à ma mère, à ma sœur, j'ai parlé à ma propriétaire et à sa fille, tout ça en une seule journée. Je suis sorti et j'ai marché jusqu'au canal. On m'a visité: Hortense est venue. Je lui ai montré mes recherches et mes haïkus. Elle a ri quand je lui ai montré que mes derniers haïkus parlaient de mes recherches. Je fais des haïkus en statistiques de silicone et de botox chez la femme brésilienne entre vingt-cinq et trente-cinq ans. Elle est partie vite, Hortense, mais elle est venue quand même. Et elle a laissé quelque chose. Par exprès? Par exprès. Elle m'a laissé une bobépine près de l'évier de la salle de bains. Je la mets dans ma bouche et j'essaie de la faire tourner en ouvrant grand et en utilisant seulement ma langue et mon palais et pendant ce temps-là je continue d'espionner la fille d'en face. Je revois l'ordre alphabétique de ma bibliothèque parce que je me suis rendu compte que j'avais inversé Schulz et Schulberg, interverti je veux dire. J'ai eu une conversation satisfaisante avec Hortense. Elle m'a rassuré, m'a bien expliqué qu'il n'y aurait pas de poursuite, qu'elle n'allait pas porter plainte. Elle a même posé la main sur la mienne, sur la table, Hortense. En face, la fille passe dans le cadre. J'ajuste le focus des jumelles et je plisse les yeux en naviguant à peine la tête à droite et à gauche, pour la chercher dans son appartement, auquel je n'ai pas accès, sinon par cette fenêtre. Mon bureau est en désordre et ça m'énerve mais ça ne me dérange pas. J'ai une cassette vidéo de moi en train de faire du ménage, que je regarde parfois pour me calmer. Ma mère m'a téléphoné cet après-midi pour me dire des choses banales qui me rappellent que tout va bien et que la vie est banale et que même les gens morts au milieu d'une bombe artisanale dans un marché public de Kaboul avaient des vies banales. Les gens qui sont morts dans le théâtre à Moscou, cette fois-là, à cause des gaz de l'armée, aussi, eux aussi, ils avaient des vies banales. Je ne fais rien de déplacé. Je ne l'espionne pas en me touchant. Je me fais seulement craquer les doigts vers l'extérieur quand elle fait quelque chose de particulièrement. Elle vient de le faire. Je l'ai vue passer. Je la vois repasser. Elle le refait: elle tamise sa lumière. Un peu plus. Un peu moins. Elle revient une troisième fois. Elle touche l'interrupteur et elle et moi on sait qu'elle tamise, même s'il n'y a aucune différence visible à l'œil nu. J'ai arrêté de m'en faire avec certaines choses il y a longtemps. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas scrupuleux. Je laisse pendre la bobépine à mes lèvres comme une cigarette. Elle, je l'observe de loin. Je n'ai plus mal au dos depuis que je dors debout.
(BILLET À ANGLES DROITS (I))
(BILLET À ANGLES DROITS (I))
Encore de la procrastination
J'aime beaucoup les PhD Comics, dont voici deux exemples:
J'aime aussi beaucoup En audition avec Simon:
Mais mon préféré, c'est Simon's Cat:
Et des fois, je travaille.
J'aime aussi beaucoup En audition avec Simon:
Mais mon préféré, c'est Simon's Cat:
Et des fois, je travaille.
lundi 13 décembre 2010
Édifiant, n'est-ce pas?
J'ai pété la yeule à un dude qui chantait agadou parce que la rue était pleine de slush, de sloche, de. Il me faisait penser à moi, la première fois que je suis allé à Paris, quand je récitais le speech pathétique du général De Gaulle sur le boulevard genre Saint-Germain. Il me rappelait mon adolescence lointaine, quand je portais fièrement des t-shirts CCCP fucking faits au Bengladesh. Il me faisait revenir à mon enfance, à l'époque étrange où j'étais persuadé, esthétiquement parlant, que jamais personne, personne, PERSONNE, n'allait me convaincre de porter autre chose qu'un speedo. Je regardais mon père, je jugeais l'homme, avec son costume de bain/bermuda, marchant tranquillement sur les plages de Wells ou de Old Orchard et j'agonisais de honte. J'étais persuadé aussi, j'étais dur comme du fer, qu'un chandail à manches longues se portait très bien avec des shorts, mais qu'un t-shirt et des pantalons longs, c'était sacrilège. Bref, je lui ai rentré la face dedans, dans sa gadoue, et en le relevant je lui ai fait mon triple move:
-Un wedge.
-Un wet-willy.
-Un titty twist "nomme dix sortes de céréales".
En gros, c'était ça ma fin de semaine.
-Un wedge.
-Un wet-willy.
-Un titty twist "nomme dix sortes de céréales".
En gros, c'était ça ma fin de semaine.
vendredi 10 décembre 2010
Billet sur mon père
Mon père ne cessera jamais de m'étonner. Je reviens de la maison familiale, en banlieue, où je m'étais rendu pour utiliser le fax, histoire d'envoyer des documents importants à Québec et à Toronto. Comme la machine a été très efficace, contrôlée avec expertise par ma mère, et que je ne voulais pas rester seulement quinze minutes, j'ai décidé de me faire couler un café. Je me suis installé dans le sofa du salon pour lire mon esti de gros livre dont j'ai parlé en début de semaine et la chose habituelle s'est produite. Chaque fois j'oublie que le fait de m'installer comme ça, dans le salon, sur le sofa, avec un livre, gros ou petit, attire automatiquement mon père. Il est incapable de résister à une bonne jasette père-fils, même s'il est en plein milieu d'un rush de travail dans son bureau. Il sait qu'il me "dérange", mais ça ne l'a jamais dérangé. Et il finit toujours par me dire, "pis, combien de fois t'as relu le même paragraphe, là?", parce que je ne ferme jamais mon livre. Il parle, je réponds, parfois je l'écoute avec attention, parfois je fais semblant et j'essaie de me concentrer sur ma lecture. C'est presque une tradition. On est tous les deux devant la télé fermée, je suis sur le sofa, il est sur le divan. On parle, lui le bras étendu sur le dossier du divan, se gossant après les ongles, moi la tête dans mon bouquin, fonction phatique boostée au maximum.
Aujourd'hui, il m'a lancé une petite bombe sur un ton très "casual". Il m'a dit "j'ai hâte de te faire lire des passages de mon petit projet littéraire. Pas un roman, là. Non non. Une petite affaire à laquelle je pense depuis un petit bout de temps pis là, j'ai décidé de la mettre en application." J'ai dit "quoi? Un projet littéraire?" Il a répondu "ben, pas littéraire comme toi là, juste des pensées, les choses de ma vie, les choses que j'ai pensées sur plein de sujets, pis sur des technologies que j'ai vu évoluer."
Et il m'a donné un exemple de sa démarche. "Prends par exemple le téléphone. Eille, j'en ai des choses à dire sur le téléphone, moi. Pas dans un sens nostalgique ou critique de la technologie, mais dans le sens de ramasser les souvenirs, les sensations, les anecdotes qui sont reliées au téléphone, dans ma vie."
Et il m'a donné un autre exemple. "Pense mettons aux pistes cyclables, à ma passion pour le vélo. Il me semble qu'il y aurait plein de choses à dire sur la façon dont tout ça a changé, a évolué, toujours à travers ma perception très personnelle. Comme par exemple, est-ce que je t'ai déjà raconté le truc des chiens?"
Quel truc des chiens?
"Ben, quand j'étais jeune, c'était pratiquement impossible de faire du vélo sans se faire courir après par un chien, par une bande de chiens. Aujourd'hui ça serait inimaginable, même si il y a beaucoup plus de chiens partout. Dans ce temps-là ils étaient pas dressés, c'était le free for all."
Je lui ai dit que j'étais à 100% derrière lui, que je trouvais l'idée vraiment cool. Qu'il devait se méfier évidemment de sombrer dans un ton nostalgique, ou passéiste, mais que ça devrait pouvoir s'arranger puisqu'il n'est pas du tout quelqu'un de dépassé par la technologie actuelle. En fait, il est bien plus "branché" que moi.
"J'ai pas de présentions d'écrivain, ça va sûrement être très journalistique mon affaire, ben simple, mais j'ai quand même hâte de t'en faire lire des petits bouts. J'ai déjà deux bonnes pages word en arial 10 simple interligne de faites. Pis les idées arrivent tout le temps."
J'ai dit: "Nice, p'pa, continue comme ça, c'est quasiment six pages d'un livre ça."
Après ça, j'ai fermé mon livre, pis il nous a fait frire des patates dans l'huile chaude pis on a écouté Pimp mon char à M+, parce que quand je vais chez mes parents, j'en profite toujours pour me shooter une bonne dose de télé câblée.
Aujourd'hui, il m'a lancé une petite bombe sur un ton très "casual". Il m'a dit "j'ai hâte de te faire lire des passages de mon petit projet littéraire. Pas un roman, là. Non non. Une petite affaire à laquelle je pense depuis un petit bout de temps pis là, j'ai décidé de la mettre en application." J'ai dit "quoi? Un projet littéraire?" Il a répondu "ben, pas littéraire comme toi là, juste des pensées, les choses de ma vie, les choses que j'ai pensées sur plein de sujets, pis sur des technologies que j'ai vu évoluer."
Et il m'a donné un exemple de sa démarche. "Prends par exemple le téléphone. Eille, j'en ai des choses à dire sur le téléphone, moi. Pas dans un sens nostalgique ou critique de la technologie, mais dans le sens de ramasser les souvenirs, les sensations, les anecdotes qui sont reliées au téléphone, dans ma vie."
Et il m'a donné un autre exemple. "Pense mettons aux pistes cyclables, à ma passion pour le vélo. Il me semble qu'il y aurait plein de choses à dire sur la façon dont tout ça a changé, a évolué, toujours à travers ma perception très personnelle. Comme par exemple, est-ce que je t'ai déjà raconté le truc des chiens?"
Quel truc des chiens?
"Ben, quand j'étais jeune, c'était pratiquement impossible de faire du vélo sans se faire courir après par un chien, par une bande de chiens. Aujourd'hui ça serait inimaginable, même si il y a beaucoup plus de chiens partout. Dans ce temps-là ils étaient pas dressés, c'était le free for all."
Je lui ai dit que j'étais à 100% derrière lui, que je trouvais l'idée vraiment cool. Qu'il devait se méfier évidemment de sombrer dans un ton nostalgique, ou passéiste, mais que ça devrait pouvoir s'arranger puisqu'il n'est pas du tout quelqu'un de dépassé par la technologie actuelle. En fait, il est bien plus "branché" que moi.
"J'ai pas de présentions d'écrivain, ça va sûrement être très journalistique mon affaire, ben simple, mais j'ai quand même hâte de t'en faire lire des petits bouts. J'ai déjà deux bonnes pages word en arial 10 simple interligne de faites. Pis les idées arrivent tout le temps."
J'ai dit: "Nice, p'pa, continue comme ça, c'est quasiment six pages d'un livre ça."
Après ça, j'ai fermé mon livre, pis il nous a fait frire des patates dans l'huile chaude pis on a écouté Pimp mon char à M+, parce que quand je vais chez mes parents, j'en profite toujours pour me shooter une bonne dose de télé câblée.
jeudi 9 décembre 2010
Kabbale
Tout cela n'aurait pas d'importance si hier soir je ne m'étais pas découvert sous l'aisselle gauche une constellation de grains beauté formant l'Aleph et le Tav, l'origine et l'aboutissement. Cela n'aurait pas de signification, je ne ferais que m'effondrer, me dissoudre. Je m'espionnais dans le miroir de la salle de bains, tentant de débusquer ma véritable substance, celle qui ne me regarde pas dans les yeux en même temps que moi, et en plaçant mon bras désagrégé en visière, j'ai remarqué cette série de petites taches qui avaient jusqu'alors échappé à mon attention. Évidemment, je n'en ai pas parlé à ma voisine, lorsqu'elle s'est pointée pour me demander un peu de farine. J'ai dû la renvoyer chez elle les mains vides, ou du moins les mains pleines d'une tasse à mesurer vide, puisque ce n'est pas le genre d'ingrédient qui compose le fond de mon garde-manger. Ses nattes ont fait trois tours dans le vestibule qui sépare nos appartements et elle est rentrée chez elle. J'ai à peine eu le temps d'entrapercevoir, avant que la porte ne se referme complètement, un homme qui semblait attendre, l'attendre elle, ou moi, blond, aryen, et concentré. Je me suis demandé s'il m'avait vu en train de le voir, mais c'était inutile. Bien des choses que je fais sont inutiles, comme par exemple remplir un sac de compost pour le jeter finalement dans ma poubelle au moment où les éboueurs passent. Ma chatte n'endure pas l'odeur et quand elle se met à agir d'une façon étrange, je sais qu'il faut que je me débarrasse du sac de compost. Ce n'est pas qu'elle soit méchante, ou agressive, mais il y a quelque chose de sauvage, de primordial, dans ses yeux que je n'ai jamais eu envie de tester ni d'explorer. La fine ligne verticale de sa pupille. Le jaune mât de son iris. Une fois je l'ai entendue feuler, seule dans la cuisine, dans l'obscurité. Elle est une présence sombre, une sensibilité autre que la mienne, mais elle n'est jamais là lors de mes séances d'effeuillement. C'est une activité récente, et je ne sais pas quel autre nom lui donner, comment la désigner autrement. Le fait que ma peau ait pris une teinte grisâtre ne m'a pas inquiété outre mesure au départ. Je suis habitué à changer de couleur avec les saisons. Toute l'angoisse est arrivée un peu plus tard, quand je me suis aperçu qu'en appuyant sur ma rotule, une fine poussière se détachait. J'ai frotté plus fort et mon os s'est découvert sous une épaisse couche poudreuse. La douche que j'ai prise ensuite n'a rien fait pour me rassurer, parce qu'en lavant mon genoux, l'endroit que je venais de mettre à jour, à vif, je n'ai fait qu'élargir l'ouverture. L'eau chaude ne nettoyait pas la plaie, elle ne faisait que changer la poussière en une boue visqueuse et argileuse. Je me suis vite séché et rhabillé, j'ai cherché à m'occuper, mais je continue chaque soir à m'effeuiller un peu partout, en des endroits stratégiques. Je mouille certaines parties de mon corps et j'enlève des couches, des morceaux, que je replace ailleurs, modelant, dans un mélange d'effroi et de fascination, le corps qu'il m'aurait fallu en certaines occasions. Tout cela n'aurait pas d'importance si je n'en avais pas découvert le sens alphabétique, piégé devant et dans mon miroir. Je ne suis pas sorti depuis hier, mais ce matin la lumière est entrée ici, oblique, et dans le ronronnement de ma chatte j'entendais visiblement le Sepher Yetsirah: elle avait la lettre du Golem sous la poitrine et j'ai entendu cogner à ma porte.
mercredi 8 décembre 2010
Nondescript
Veux-tu ben me dire c'est quoi l'esti de trip avec les chats, qui grattent pis taponnent autour de leur bol de bouffe?
La page "outil de création de modèle" de Blogger ne fonctionne pas. En tous cas pas dans Saint-Henri.
I think I just wikileaked my pants.
Would you rather call Melodie Nelson or Pierce M. Nielson? Please answer promiscuously.
Ça me fait penser, Marie a listé trois mots qu'elle voudrait voir disparaître du dictionnaire, moi je liste trois mots anglais que j'aimerais pouvoir mettre dans des dictionnaires français:
-Rather.
-Indeed.
-Awkward.
On dirait que j'ai le goût de jouer une game de Pige dans l'lac.
WTF avec les statistiques de "Tout le monde en blogue"? Je me suis inscrit il y a une semaine pis je suis genre 4e dans ma catégorie avec aucun fan.
Indeed, it's rather awkward.
La page "outil de création de modèle" de Blogger ne fonctionne pas. En tous cas pas dans Saint-Henri.
I think I just wikileaked my pants.
Would you rather call Melodie Nelson or Pierce M. Nielson? Please answer promiscuously.
Ça me fait penser, Marie a listé trois mots qu'elle voudrait voir disparaître du dictionnaire, moi je liste trois mots anglais que j'aimerais pouvoir mettre dans des dictionnaires français:
-Rather.
-Indeed.
-Awkward.
On dirait que j'ai le goût de jouer une game de Pige dans l'lac.
WTF avec les statistiques de "Tout le monde en blogue"? Je me suis inscrit il y a une semaine pis je suis genre 4e dans ma catégorie avec aucun fan.
Indeed, it's rather awkward.
mardi 7 décembre 2010
Billet sur un pavé
Je viens de m'acheter un livre qui tient debout tout seul. Il est bleu, rouge et argent. Il fait mille pages, mille trente pour être exact. Il est juif-américain, et ceux qui me connaissent savent ce que je pense de l'imaginaire juif-américain. La première phrase c'est: "Benji Nakamook thought we should waterboard each other, me and him and Vincie Portite."Il est publié chez McSweeney's et ceux qui me connaissent savent ce que je pense de McSweeney's, moi qui possède cinq ou six t-shirts de la petite maison d'édition californienne. Il est écrit par un jeune homme qui s'appelle Adam Levin. La deuxième phrase c'est: "We would'nt count the seconds to see who was bravest or whose lungs were deepest - this wasn't for a contest." J'ai lu une critique ce matin sur Salon.com, par hasard, en surfant, et j'ai tout de suite vérifié la disponibilité au Indigo sur Ste-Catherine. Il me le fallait immédiatement. Même si j'ai mille livres à lire avant. La troisième phrase c'est: "We'd each be held under til the moment the possibility of death became real to us, and in that moment, according to Benji, we'd have to draw one of the following conclusions: "My best friends are about to accidentally drown me!" or "My best friends are actually trying to drown me!"" En 1955, William Gaddis a publié un gigantesque roman qui s'appelle THE RECOGNITIONS. En 1997, Jonathan Franzen a publié un gros roman qui s'appelle THE CORRECTIONS. Et nous voilà en 2010 avec cet énorme roman de Adam Levin, THE INSTRUCTIONS. Ça ne veut rien dire. La quatrième phrase c'est: "The point was to learn what it was we feared more: being misunderstood or being betrayed." Ceux qui me connaissent savent ce que je pense de l'idée de créer des liens, des ponts, des constellations entre les oeuvres du corpus américain. Ici c'est seulement une question de similarité dans les titres et dans l'ampleur matérielle du texte. Il n'y a rien de plus pour l'instant, mais je ne peux pas m'en empêcher, le roman sera peut-être mauvais, je ne sais pas, mais de par sa seule existence, pour moi, il représente quelque chose, il est significatif, il ajoute. Trêve d'italiques, je m'enlise. La cinquième phrase c'est: ""This is so fucken stupid," Vincie Portite said."
lundi 6 décembre 2010
Billet sur quelqu'un d'autre et d'autres affaires
Ça faisait longtemps que William ne s'était pas manifesté ici, alors j'ai eu le réflexe de cliquer sur son nom, dans les commentaires de mon dernier billet. Je suis arrivé sur son profil "Blogger" qui m'indiquait ses goûts, ses intérêts et ses blogues. En cliquant sur le dernier de la liste, LA BELLE JAMBE, je suis tombé sur ce billet, le dernier de cet espace désuet mais encore présent sur la toile, accessible, témoin bleu, jaune et solitaire d'une autre époque:
16. 6. 07
Le changement me fait du bien. Même si ce blog m'a toffé un bon deux ans et demi - et je ne l'abandonne pas vraiment, hey, on tape «la belle jambe» sur google et je suis les trois premiers résultats, I'm big, man, real big - j'ai envie d'être ailleurs un peu. Ça doit venir avec le déménagement, la maîtrise, etc. Et c'est un projet avec Anne, en attendant d'en avoir des plus sérieux...
C'est évidemment étrange et beau pour moi de lire ça, parce que je ne connaissais pas William, en 2007, alors que je le considère maintenant comme une des personnes importantes dans ma vie. Et que dire de cette dernière phrase, qui résonne dans ma tête avec toute la force d'une chanson glorieuse et si jolie: après une maîtrise, un déménagement, une grossesse et un accouchement, en veux-tu des projets: la belle jambe est devenue la belle Jeanne.
Reste que je me sens un peu comme un intrus, comme si je m'immisçais dans l'intimité d'un jeune homme inconnu. Le sentiment est absurde, puisque je m'immisce dans l'intimité de jeunes inconnus tous les jours, en lisant les blogues et les espaces personnels de tous un chacun. C'est encore une fois un aspect fascinant de la blogosphère, qui est évidemment lié directement au fait que les "réseaux sociaux" redéfinissent complètement le concept de "connaître" quelqu'un. J'écris des choses sur Facebook que je ne dirais jamais dans la vraie vie aux personnes mêmes à qui je les écris, quand je commente le statut de profs de l'université par exemple. Il y a une proximité quasi salutaire avec l'étranger dans le monde virtuel, avec cet autre qui n'est pas nécessairement tout à fait lui-même ou elle-même et qui m'écrit et me lit en sachant que je ne serai jamais tout à fait moi-même. Ce sont des choses évidentes auxquelles on ne pense pas, parce qu'elles vont de soi, mais qui resurgissent quand on expérimente soudainement un détachement des contrats habituels de lecture, comme ça vient de m'arriver ce matin, en fouillant dans les vieux tiroirs virtuels d'un grand ami que je "connais" bien maintenant.
C'est comme si j'avais court-circuité l'idée bloguesque fondamentale de l'instantanéité et de la simultanéité de l'information. Le fait que la vieille page de William soit encore disponible, que mon œil de lecteur puisse s'y plonger, malgré les vieilles dates, malgré les hyperliens qui n'existent plus, me fait penser automatiquement à une sorte de journal intime, destiné à quelqu'un d'autre que moi, pris en flagrant délit de tendresse? non, mais de voyeurisme. Parce que le blogue est un échange en synchronicité, une expérience du moment présent, d'un esprit de lecteur à un autre, il y a quelque chose d'éminemment troublant à se pencher sur ces espaces toujours là et laissés en chantier, en suspens, qui ne vont pas s'écrouler, qui ne vont pas pourrir, qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais qui sont aussi inhabités que des villes fantômes.
16. 6. 07
je m'éparpille (ou je déménage)
Dorénavant, je publierai mes trucs ici: http://twistnserve.blogspot.com/Le changement me fait du bien. Même si ce blog m'a toffé un bon deux ans et demi - et je ne l'abandonne pas vraiment, hey, on tape «la belle jambe» sur google et je suis les trois premiers résultats, I'm big, man, real big - j'ai envie d'être ailleurs un peu. Ça doit venir avec le déménagement, la maîtrise, etc. Et c'est un projet avec Anne, en attendant d'en avoir des plus sérieux...
C'est évidemment étrange et beau pour moi de lire ça, parce que je ne connaissais pas William, en 2007, alors que je le considère maintenant comme une des personnes importantes dans ma vie. Et que dire de cette dernière phrase, qui résonne dans ma tête avec toute la force d'une chanson glorieuse et si jolie: après une maîtrise, un déménagement, une grossesse et un accouchement, en veux-tu des projets: la belle jambe est devenue la belle Jeanne.
Reste que je me sens un peu comme un intrus, comme si je m'immisçais dans l'intimité d'un jeune homme inconnu. Le sentiment est absurde, puisque je m'immisce dans l'intimité de jeunes inconnus tous les jours, en lisant les blogues et les espaces personnels de tous un chacun. C'est encore une fois un aspect fascinant de la blogosphère, qui est évidemment lié directement au fait que les "réseaux sociaux" redéfinissent complètement le concept de "connaître" quelqu'un. J'écris des choses sur Facebook que je ne dirais jamais dans la vraie vie aux personnes mêmes à qui je les écris, quand je commente le statut de profs de l'université par exemple. Il y a une proximité quasi salutaire avec l'étranger dans le monde virtuel, avec cet autre qui n'est pas nécessairement tout à fait lui-même ou elle-même et qui m'écrit et me lit en sachant que je ne serai jamais tout à fait moi-même. Ce sont des choses évidentes auxquelles on ne pense pas, parce qu'elles vont de soi, mais qui resurgissent quand on expérimente soudainement un détachement des contrats habituels de lecture, comme ça vient de m'arriver ce matin, en fouillant dans les vieux tiroirs virtuels d'un grand ami que je "connais" bien maintenant.
C'est comme si j'avais court-circuité l'idée bloguesque fondamentale de l'instantanéité et de la simultanéité de l'information. Le fait que la vieille page de William soit encore disponible, que mon œil de lecteur puisse s'y plonger, malgré les vieilles dates, malgré les hyperliens qui n'existent plus, me fait penser automatiquement à une sorte de journal intime, destiné à quelqu'un d'autre que moi, pris en flagrant délit de tendresse? non, mais de voyeurisme. Parce que le blogue est un échange en synchronicité, une expérience du moment présent, d'un esprit de lecteur à un autre, il y a quelque chose d'éminemment troublant à se pencher sur ces espaces toujours là et laissés en chantier, en suspens, qui ne vont pas s'écrouler, qui ne vont pas pourrir, qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais qui sont aussi inhabités que des villes fantômes.
dimanche 5 décembre 2010
La fois où je ownais l'oralité
La fois où je ownais l'oralité j'en ai profité pour me partir une business de tall tales. Tu te pointais là avec ta blonde ou ta sœur pis tu me demandais n'importe quoi je te répondais de même, en me claquant les doigts dans le nez, de l'autre bord du comptoir. Je te chargeais même pas si cher que ça. Tu me demandais comment j'avais tué le cobra pygmé dans ma toilette pis je te répondais avec mes dents, je, je te répondais que je l'avais tué avec mes dents, je te répondais, je te répondais que je l'avais tué en utilisant mes dents, "Avec mes dents", que je répondais. Pis tu me demandais avec quoi j'aiguisais mes dents pis je te répondais j'aiguise mes dents avec ce truc-là c'est super efficace pis je te montrais le truc pis j'essayais de te le vendre. C'était comme de la surf wax mélangée avec de la brillantine pis tu te lustrais ça dans yeule devant ta blonde ou ta sœur pis pendant ce temps-là je t'expliquais comment venir à bout de sept désert d'affilée, en une seule nuit de tempête de sable, en réussissant à vendre un Fender Rhodes à un bédouin. Le temps que tu te retournes pour te checker dans le miroir pis je me poignais ta sœur.
samedi 4 décembre 2010
Les règles d'or pour briller (X)
Dernier chapitre de mon hommage à Anne-Marie Losique qui nous propose un manifeste en forme de règles d'or pour briller sur son site officiel. Je m'en suis inspiré pour me ressourcer. J'espère que ça vous a plu. Moi je ne suis plus le même. Règle no 10: Adoptez les modes qui ne se démodent pas : soyez écolo! Recyclez, protégez l’environnement et économisez les ressources naturelles, c’est le meilleur moyen pour préserver la planète que vous allez conquérir!
Ouais faque faque faque j'ai commencé par effacer toutes mes empreintes de charbon, après l'estie de nice fin de semaine de hippies dans le bois avec Steven Guilbault que je suis revenu tout crotté de, surtout celles dans le fond du bain. J'ai tout effacé ça avec du Comet pas de marque genre sélection mérite pis le lendemain je me suis tapé à un arbre devant les HLM sur Maisonneuve pour pas que la ville le coupe juste pour faire un fucking terrain de basket en béton armé pour les crackheads qui essayent toujours de me vendre du weed en sortant de Berri. Après ça j'ai fait du piquet devant chez mes parents à Brossard parce que mon père voulait jeter les restes du six-pâtes aux poubelles pis je l'ai traité de wack en volant ses Crocs sans lui dire. Je me suis monté une tente en arbustes sur le terre-plein au milieu de la rue en face pis j'ai écrit Sedna IV sur une vieille boîte de climatiseur du Wall-Mart revirée de bord. Ma mère me regardait en braillant par la fenêtre pis desfois elle venait me porter un Kraft Dinner mais je disais non crisse c'est chimique pis ça donne le cancer pis c'est testé sur des thons rouges fuck tiens-toi au courant. Elle me disait tu veux-tu du Hamburger Helper à la place pis fuck man j'ai comme poigné les nerfs après elle comme faut faque je me suis gossé un gouvernail avec mes restes de six-pâtes à la muscade pis aux clous de girofles pis j'ai tiré sur mes yeux vers les côtés pour me faire un look à la David Suzuki pis j'ai remonté le fleuve jusqu'à Tadoussac en shootant avec un slingshot sur les estis de touristes qui gossaient les bélugas. J'ai continué encore plus vers le nord pis à la hauteur de Sept-Îles j'ai ramassé un vieux black super chill qui s'appelait Jim pis lui pis moi on a bu juste de l'eau salée jusqu'au détroit de Beiring, man, fuck Evian qui voulait nous commanditer, on était pas des fifs. Y avait des phoques autour du Sedna pis des genres d'otaries pis plein de pingouins qui sont venus nous accueillir quand on est arrivé au pôle nord pis j'étais tellement enligné dans mon plexus solaire ou quoi que la banquise se tassait pis on avançait dans le beurre pis Jim il était toujours aussi black mais moi je me voyais dans l'infini pis j'étincelais tellement dans le blanc de l'horizon que tu pouvais faire rouler ton char avec mon énergie, fuck, ça rayonnait jusqu'à Iqaluit.
***
En passant, une des photos utilisées pour cette série est de moi. Laquelle?
jeudi 2 décembre 2010
mercredi 1 décembre 2010
Sacanagem
É modo de falar, sei, mas plantei a minha bandeira no seu peito. A minha bandeira é cheia de cores, tanto cheia de cores como uma poça de óleo refletindo no sol. Plantei-a direto, rápido, dum golpe só, pra você não sentir dor nenhuma. É modo de falar, sei, mas é cómodo. É uma imagem muito conveniente porque tudo que fiz, que faço, que farei, fica contido nela. Pois olha só. Te declarei a guerra há muitos anos. Estou te conquistando agora mesmo. Estou gozando cada dia mais. Exploro todos os cantos. Estou gozando cada dia menos. Explorei toda parte. Quem vai se retirar tal como um exército saciado sou eu. Ficaram as cores, a poça, a fonte impotável.
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