Je suis parti très tôt, déçu de moi-même, un peu à cause des enfants, qui se multipliaient à une vitesse folle. J'avais l'étrange et absurde impression d'être "trop vieux" pour ce crowd de jeunes parents si beaux et si confiants, si compétents et si épanouis. "Trop vieux" dans le sens de ok, ces deux-là dans le coin, le jeune couple sans enfants, ils doivent feeler un peu bizarre eux aussi, comme moi, entourés de bébés de même, mais ils ont genre vingt-et-un ans, faque ils ont le temps en masse, mais moi, qu'est-ce que je fais ici, à trente ans, dans un party de belles jeunes familles avec de belles jeunes mamans qui arrêtent pas de me dire attends faut que j'allaite deux secondes pendant que je suis en train de leur raconter le dernier épisode de Toddlers and Tiaras pis de beaux jeunes papas qui louchent constamment vers leurs bébés en train de tourner dangereusement autour de la table de condiments pendant que j'essaye de leur expliquer pourquoi c'est plate qu'on aille pu de Wendy's nulle part en ville. Je me trouvais pathétique de penser inévitablement que j'étais comme dans mon droit, moralement parlant, d'être en train d'overdoser de cutitude, en buvant ma cinquième Pabst.
Je suis parti très tôt et j'y repense, à quel point j'aime ces gens, leurs enfants, leur bonheur, leur force quotidienne, leur profonde maturité, et j'ai comme cette image soudaine de moi, ce vieux souvenir de moi entre deux allées de la section des jouets du La Baie des Promenades Saint-Bruno. Je ne comprends pas vraiment où je veux en venir avec cette image, mais elle fitte ce matin, pour une raison ou pour une autre, elle me parle de moi. Je suis dans la section des jouets parce que ma mère m'a confié la mission d'aller récupérer mon frère plus jeune de quatre ans pour qu'on puisse continuer notre magasinage. Elle m'a envoyé en mission parce que j'ai passé l'âge des jouets du La Baie, je suis passé à autre chose, et elle sait qu'elle peut me faire confiance. J'avance entre deux rayons, entre deux étalages et j'appelle mon frère, je fais semblant de l'appeler avec insistance, les yeux simultanément braqués droit devant et dirigés sur les boîtes rutilantes de GI-Joes et de Transformers. Je fais semblant de ne pas regarder les emballages et les nouveaux modèles et les nouvelles couleurs. Je cherche mon frère lentement, longuement, longtemps. Je ne sais pas pourquoi ce petit garçon me fait tellement penser à moi.
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Soit dit en passant: comme j'ai retiré les billets qui vont se retrouver dans mon livre sous une forme ou sous une autre, blogger m'indique que ceci est le 500e billet que je publie sur Saint-Henri. Wouhou!
Beau texte! Je pense que je me sens aussi "étrangère" que toi dans les partys de jeunes familles, ceux avec ma gang d'amies d'enfance. J'aime les enfants, j'ai même eu une garderie durant trois ans, mais je vis ça à ma manière, j'imagine...Je tiens tellement à mes amies qui n'ont pas d'enfants et n'en veulent pas, je ne voudrais pas qu'ils overdosent de cutitude, ça me préoccupe beaucoup...J'ai tellement besoin de conversations intellectuelles et de ne pas être "juste" une maman(je sais, c'est beaucoup être une maman et c'est magnifique, mais je suis aussi la blonde de, l'amie de, la collègue de, pis la blogueuse...etc.). Bon, t'as peut-être pas envie de lire toutes mes inquiétudes, là! ;)
RépondreSupprimerTouchée! (moi)
RépondreSupprimerbah... si on est mûrs avant toi on va juste pourrir plus vite.
RépondreSupprimerJ'aime ces gens (certains gens qui ont des bébés), mais personnellement, leur bonheur me désespère. Je me console en me disant qu'au moins moins, moi, je peux encore sortir tous les soirs, être alcoolique, fumer ce que bon me semble, quand bon me semble, où bon me semble, coucher avec n'importe qui.
RépondreSupprimerJ'abonde dans le sens de Bock!
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Et puis, il faut dire que l'état des lieux, le lendemain matin, ne laissait pas tellement croire qu'il y avait eu là un "party de jeunes familles"...
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@Patty, dans notre expérience à ma copine et moi en tout cas, le simple fait de ne pas trop perdre ces inquiétudes de vue aide beaucoup... Il est pas dit, par contre que tu te surprends pas à parler de caca à un ami sans bébé une fois de temps en temps. Clarence peut témoigner!
yahooooo!!
RépondreSupprimerQuand sort-il, ton roman?
Pour ma part, j,ai récupéré quelques textes du Blog du parfait salaud pour Mile End Stories, mais je les ai retravaillés. En feras-tu de même ou les publieras-tu tels quels?
Je l'achèterai à coup sûr!
@Will: j'espère que c'était clair que je parlais de moi et pas des autres dans ce billets. Je me posais des questions sur moi-même.
RépondreSupprimer@L'auteur: le recueil de nouvelles ne sortira pas avant avril 2012, il y a beaucoup de travail de réécriture et aussi d'écriture inédite à faire dessus. J'imagine qu'aucun texte de St-Henri n'en sortira indemne. Et c'est aussi bien comme ça, comme tu l'as dit toi-même si souvent, le blogue et le livre sont deux médiums différents, avec leurs propres règles.
Ben oui, c'était clair. J'ai beaucoup aimé ce billet.
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