vendredi 28 janvier 2011

En hommage à mon blogroll, ou une autre série dont le titre se termine avec un chiffre romain entre parenthèses (I)

Voici les raisons pour lesquelles je lis qui je lis. Et pourquoi vous devriez les lire vous aussi. Je vais procéder par ordre alphabétique, donc en commençant avec les chiffres.

12h26
 

"Sara", une jeune femme de Trois-Rivières, se décrit en haut à gauche de votre écran comme quelqu'un qui dessine sur les pupitres pour rétablir le karma de l'univers. Le ton est donné, d'entrée de jeu on nage dans l'ambigüité: s'agit-il là d'un "projet" occulte, ou de la reconnaissance "à priori" (faite d'une douce ironie, d'une douce, le dirai-je?, oui, mélancolie) de l'impossible contenu implicitement dans une telle éventualité? Il n'y a pas de doute dans notre esprit, la jeune blogueuse est consciente de ce paradoxe, en joue et s'en joue. De là, de ce pré-texte semi-permanent, de ce "Qui suis-je" d'ouverture, découle ce dialogisme bakhtinien, travaillé, taillé, sémantiquement chargé, qu'elle exploitera volontiers dans ses billets. "Sara" est ambitieuse et paresseuse, elle est perfectionniste et laxiste, elle est franche et ironique. Il n'y a pas de résolution, en forme de synthèse, chez elle, son écriture n'est pas tant dichotomique que dialectique, ou plutôt, devrais-dire, restituant à l'adjectif sa qualité substantive, son écriture est une dialectique, au centre de laquelle son ego scriptural représente à la fois la réponse et la question, l'interrogation et les conclusions (hâtives ou perplexes), l'éthos socratique et la posture platonique.
Elle persiste et signe, assez rarement dois-je le préciser (elle qui est loin d'être assidue dans son utilisation du médium) de longs ou de courts billets teintés d'une forte dose d'auto-jugement, d'auto-conscience, voire d'auto-critique. D'ailleurs, son manque de régularité est mis en scène dans les billets eux-mêmes, plus souvent qu'autrement à travers l'utilisation d'une forme ou d'une autre de "menace" (à nuancer) d'arrêter d'écrire pour des raisons de fatigue intellectuelle ou de sentiment d'inutilité. On retrouve dans "12h26" de multiples exemples de cette figure du "à quoi bon" qui, encore une fois, je tiens à le répéter, ne saurait être réduite à une simple stratégie, à un simple trope émotif, à un chleuasme facilement détectable.
Bien saisir cette figure récurrente, palpable mais évanescente, implique de préciser que l'apport de "Sara" à la blogosphère, à l'écriture telle que la blogosphère l'a redéfinie, est ancien, pratiquement aussi ancien que l'invention du terme "blog" lui-même. "Sara", du haut de ses quelques vingt-trois ou vingt-quatre ans, trône en effet au sommet d'une génération qui n'a pas connue une transition "vers", mais bien une éducation "au" 2.0. Elle participait à la création d'un réseau, d'une constellation d'écrits oscillants entre le journal intime et la programmation en html à l'époque des premiers "réseaux sociaux" comme LiveJournal ou MSN. Alors que nous (moi) apprenions à nous "créer" une adresse courriel dans les cours au CÉGEP, "Sara", probablement en fin d'école primaire, clavardait allègrement et buvait du java pour rester éveillée et pratiquer ses émotikons.
À la lecture des différentes entrées de "12h26", on reste subjugué d'abord par la qualité de l'écriture, qui se reflète, entre autres, dans la parfaite harmonisation entre les niveaux de langages, oraux et soutenus, ainsi que dans la puissance renversée de certaines métaphores, que je qualifierais de quotidiennes. Il y a chez "Sara" une forte dose d'instinctif et de spontané, de "sérieusement cabotin" (à nuancer) qui n'est pas sans rappeler certains passages d'une œuvre comme celle d'un Dave Eggers (AHBWOSG). Quelque chose d'ambitieux, aussi, qu'il serait négligent de ne pas souligner, et qu'on retrouve, dissimulé ici et là dans sa palette narrative, bien sûr, mais également inscrit dans ses efforts réitérés et explicites d'accomplir quelque chose, de réaliser des projets à travers l'application d'une discipline. On a qu'à penser à ses participations au NaNoWriMo et au BEDA, deux de ses manifestations virtuelles dignes de mention.
"Sara" a ouvert "12h26" en juin 2008, sans tambour ni trompette, cet espace ne représentant pas pour elle la nouveauté, mais bien la continuation normale d'un projet à long terme qui semble sans cesse sur le point de se terminer. "12h26" est-il menacé de s'écrouler sous le poids d'un karma déréglé? Qui sait? Sa dernière entrée, qui inclut en intitulé la citation tronquée, attribuée à une instance pronominale floue, "Vas-y, disparais!" date déjà d'une dizaine de jours. Je souhaite qu'elle ne disparaisse pas. Elle qui traîne dangereusement en bas de mon blogroll.

-Une appréciation de Clarence L'inspecteur
Saint-Henri, le 28 janvier 2011

6 commentaires:

  1. Belle idée, et surtout, quelle générosité! :)

    On découvre de belles choses sur les blogues, de belles personnes, vraiment...

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  2. J'espère que tu l'as convaincue de ne pas disparaître!!!

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  3. On aime ça, les chiffres romains entre parenthèses.

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  4. Haha, Livejournal, tu as deviné ou elle l'a déjà écrit? (Je ne ris pas de Sara, bien sûr que j'y avais un blogue aussi.)

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  5. Je me suis bien amusé à faire ça. Vous allez toutes y passer.

    @MJ: Elle en avait parlé dans un post il n'y a pas si longtemps.

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  6. Première réaction: JE SUIS DONC BEN GÊNÉE.
    Deuxième réaction: Mon prénom sans cesse entre guillemets, je rigole un peu, même si je sais que plusieurs utilisent des alias pour écrire sur le web.

    Et enfin, je réalise que je suis vraiment rendue en bas de ton blogroll et ton billet m'incite à remédier très bientôt à cette situation.

    Mais c'est une super bonne idée, cette nouvelle série. Je suis un peu intimidée d'y être passée la première, mais j'ai très hâte de lire ce que tu auras à raconter sur les autres!

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