L'affaire du Tiger Balm, à laquelle j'ai fait référence, quelques billets plus tôt, c'est vrai. Je sais pas ce qui nous était passé par la tête cette soirée-là, mais il y avait É (qui est devenu un grand auteur de théâtre), A (qui est devenu papa et docteur en sciences politiques), S (qui est devenu biologiste marin et qui est posté à Tadoussac), L (qui a toujours été un musicien et qui se fait maintenant appeler Larry Love, dans certains cercles du monde du ska-roots), et moi (qui suis devenu un aidant naturel, un bénévole, un détective privé et un écrivain quasiment publié).
On était chez Alexis, il me semble, dans l'appart de ses parents sur Saint-Vallier. On faisait toujours tout chez A parce que ses parents étaient particulièrement chill. Son beau-père aimait se balader en fredonnant, en robe de chambre en ratine pis sa mère écoutait de la bonne musique en cuisinant ou en diluant le jus d'orange Minute Maid avec toujours une ou deux cannes d'eau de trop.
Moi, perso, je savais pas ce que c'était du Tiger Balm. Si tu m'avais dit que c'était comme du Vick's de hippie, j'aurais compris un peu. Mais personne me l'avait dit. De toute façon c'est pas une excuse. Même si j'avais su c'était quoi, je l'aurais fait pareil. J'étais de même, on était de même. Jackass existait pas encore, mais laisse-moi te dire que quand j'ai vu des épisodes pour la première fois, je me suis souvenu de plein d'affaires.
J'ai aucune idée de qui a proposé le truc. Certainement pas L, en tous cas, parce qu'il a pas participé. But wait a minute. Peut-être que c'était L après tout. Il me semble que c'était son genre, de proposer des affaires de même, pis de choker à la dernière minute. Mais de toute façon on s'en fout un peu. L'important c'est qu'on l'a fait pis que lui ne l'a pas fait. Nous, on était courageux, mais lui il était pas cave.
Toujours est-il qu'on s'est crissé un après l'autre deux doigts dans le pot de Tiger Balm pis qu'on s'est allègrement frictionné les couilles, le paquet, le scrotum, avec la pâte visqueuse. La douleur a pas du tout été instantanée. Non. On a commencé par ressentir la sensation de froid agréable et normale du produit. On avait remonté nos bobettes pis nos pantalons. Peut-être même qu'on a eu le temps de retourner chiller dans le salon, un peu fiers, un peu comme satisfaits de l'opération.
Le premier qui a eu mal, c'est É (en plus, il était toujours celui qui avait le plus mal, quand il s'agissait d'avoir mal aux gosses... J'ai jamais vu quelqu'un vouloir signifier à quel point il avait un gros paquet que É. Quand il recevait un coup dans les gosses, il se pliait, faisait la bouilloire avec sa bouche, il devenait rouge, ça durait des heures...), il a commencé à souffler comme une femme qui accouche, pis on a tous réagi de la même façon: un mélange de what the fuck pis de oh esti je comprends oh oohh. Pis on s'est mis à accoucher toute la gang ensemble pis à courir dans l'appart en s'agrippant la poche. Pendant ce temps-là, L faisait semblant de compatir.
La mère de A est arrivée, voyons kècéça le vacarme? Kècé vous avez les gars à crier de même? Et on lui a expliqué qu'on s'était barbouillé les gosses avec du Tiger Balm. Son Tiger Balm. Elle était chill, la mère à A, faque elle est partie à rire, vraiment fort, pis elle est allée chercher une serviette humide, pour qu'on puisse se rincer ça.
Gosh.
Pis c'est un peu cette sensation-là que je voulais décrire, plus que le Tiber Balm lui-même, la sensation de l'eau froide sur le Tiger Balm sur le scrotum. C'était comme quoi?
C'était comme l'humiliation que tu ressens intérieurement quand ton pénis rapetisse dans l'eau froide de la piscine, mélangée avec la douleur que t'as ressentie parce qu'en même temps tu te l'ai pogné dans le filtreur pis que juste après, une fois dépogné, en te rhabillant dans le cabanon, tu te l'ai pogné dans ton zipper de jean, pis que juste après, pendant que t'essayais de te dézipper, la grande sœur de ton ami, celle avec les boules, est rentrée dans le cabanon. C'était tout ça en même temps, à la puissance dix. C'était édifiant.
En tous cas, L, il riait en crisse.
ouin y'a vraiment personne qui a osé commenter ce billet!
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