J'ai souvent manifesté mon admiration profonde pour l'œuvre romanesque de Mordecai Richler et ça n'a jamais manqué de m'attirer les sarcasmes des bien-pensants, et des commentaires inspirés sur le "fascisme", le "racisme", le "profond mépris" de l'homme envers nous les pauvres canadiens-français innocents. Les clichés ont la peau dure. Évidemment, les gens qui disent ces trucs n'ont jamais lu une ligne de Richler, trop occupés qu'ils sont à se remémorer une entrevue particulièrement moche où il avait enfilé les niaiseries (et soit dit en passant, je ne prétend pas ici que Richler n'a jamais dit de niaiseries, loin de là). Personne n'a lu THE APPRENTICESHIP OF DUDDY KRAVITZ, ni ST-URBAIN'S HORSEMAN, ni SOLOMON GURSKY WAS HERE. Et c'est dommage, parce que ce sont tous de grands livres montréalais, de grands livres québécois, profondément québécois. Ce sont de grandes narrations fleuves complexes et toujours non-linéaires, des études de caractères puissantes et très auto-critiques, de petits bijoux d'humour noir.La version cinématographique de son dernier livre, BARNEY'S VERSION, est sortie il y a quelques semaines et je suis allé la voir aujourd'hui, avec Aimache. Le film est beaucoup plus "émouvant" que le roman, ou du moins l'impression qui m'en est restée, puisque ça fait quand même plusieurs années que je l'ai lu. Dans le livre, Barney Panovsky est bien moins "aimable" que le personnage joué à l'écran par Paul Giamatti, mais c'est quand même d'après-moi une adaptation très réussie, très fine. En fait, ça m'a fait me rappeler que le rôle du cinéma n'est pas le même que celui de la littérature. Qu'il est impossible de raconter de la même manière une histoire qui dure presque 500 pages en deux heures. Au lieu de tenter de tout dire, de tout inclure, le réalisateur en a fait une grande et belle histoire d'amour, et c'est correct comme ça. Il y a quelques longueurs (encore une fois, ce n'est pas évident de raconter en deux heures une histoire qui se passe sur 40 ans), mais j'ai pensé au feeling que me laisse LE PARRAIN, quand je le regarde: il y a des longueurs aussi, mais elle sont balancées par la puissance extrême de certaines scènes clés qui sont mémorables, ou plutôt, inoubliables. Dans BARNEY'S VERSION, il y a quelques scènes comme ça, quasi parfaite au niveau de... oups, je veux dire en ce qui a trait à la mise en scène et aux dialogues.
Et Dustin Hoffman dans le rôle d'Izzy Panovsky, le père de Barney, est délicieux. (Paul Giamatti est excellent aussi, comme d'habitude, mais il est le genre d'acteur qui m'énerve un peu à cause justement de son excellence, tellement, oh watch the great actor at work, he spits and drools when he cries!)
Ça m'a donné le goût de relire le livre, de replonger dans les livres de Richler, pour savourer la subtilité et l'envergure de ses créations.
Je ne connais absolument pas ce monsieur mais ce que tu en dis donne envie de s'y intéresser,
RépondreSupprimers.