Je me suis souvenu de notre premier Noël en tant que couple, à cette époque elle ne me reprochait pas encore cette lourdeur de mes pas qui allait devenir un de nos multiples prétextes d’engueulades. Sa mère portait une robe de lin blanche, un peu hippie, un peu kibboutz. Elle refusait qu'on dorme ensemble dans la chambre de Mathilde et j’avais été relégué au sous-sol, sur un divan-lit, avec les araignées et l’odeur de pisse de chat qui régnait dans toute la maison, mais avait vraiment son château fort ici. Ça puait dans les coins des murs, ça puait dans ce petit réduit qui se tassait sous l’escalier et qui servait à la fois de rangement (qui avait dû leur servir pour la dernière fois bien avant la naissance de Noël, le frère cadet de Mathilde) et de débarras pour des jouets et des poupées ayant perdues leur raison d’être.
Il y avait des toiles d’araignées dans tous les coins. Je me souvenais avoir pensé que c’était normal, que la maison avait été pratiquement laissée à l'abandon durant presque trois ans, pendant leur séjour aux États-Unis, que c’était normal qu’il y ait eu du relâchement, mais en même temps je pensais que ça faisait déjà longtemps qu’ils étaient revenus, que ce n’était pas normal de se laisser aller comme ça.
Plusieurs années plus tard, Mathilde allait se pendre juste à côté de ce même pseudo lit sur lequel j’avais brièvement cru pouvoir me masturber faute d’autre soulagement à mon envie sexuelle dévorante. Je n’étais pas allé bien loin en me rendant compte que ça craquait de tous bords tous côtés. Plusieurs années plus tard, en se pendant à cette poutre de soutien surplombant le foyer, Mathilde allait agoniser en souhaitant avoir fait une erreur de calcul, en espérant que la corde ou la poutre allaient céder, elle allait mourir en jetant un dernier regard sur ce sous-sol dont elle avait honte, quand elle faisait preuve de mauvaise foi (quand elle refusait par exemple de faire le lien entre l’odeur dégueulasse et le fait qu’elle avait non pas un, mais trois chats; à une époque elle en a eu cinq en même temps), et qu’elle refoulait quand elle se sentait trop fatiguée pour s’en occuper. C’était après tout un éternel recommencement, que de s’attaquer à la propreté dans cette grande pièce mal meublée, mal tapissée, humide, qui sentait un mélange de pisse et de ce que l’année 1974 avait dû sentir, avec toutes ces teintes de brun et de orange, toute cette palette de camaïeux dégoulinants. C’était l’endroit où Mathilde allait mourir.
Hey Danny Boy, je viens de remarquer ton commentaire sur ma chronique, et j'ai constaté que ça faisait beaucoup trop longtemps que je n'avais pas fréquenté ton magnifique bloge. Excuse-moi de ma cyber-absence et je t'assure que je vais revenir en force dans les prochaines entrées...
RépondreSupprimerÀ bientôt (j'espère!)
La Croutte
À plus, Croutte!
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