lundi 3 janvier 2011

Random, lame

Un des effets de style qui m'énerve le plus, en fiction, c'est l'usage de l'étonnement, ou de la surprise, devant une chose évidente, ou qui paraissait évidente au préalable. Par exemple: "J'ai pris le revolver, j'ai été surpris par son poids. Je ne pensais pas qu'un revolver était aussi lourd." Ou encore: "La flaque de sang s'étendait. Rouge. Plus rouge que je ne l'aurais imaginé. J'étais étonné de constater à quel point le sang était rouge." Je trouve ça vraiment cheap. Et c'est pas juste en littérature policière. Remarquez-les, ces effets, vous allez voir, il y en a plus que vous pensez. (À Pierre-Marc: c'est ça, dire au lieu de montrer.)

(Tout le monde tripe sur Rococo, mais je trouve que c'est vraiment pas la meilleure chanson de l'album. The suburbs, et surtout Modern Man, avec son petit beat décalé, sont beaucoup plus à mon goût. Sans parler de Sprawl II, la première bonne toune d'Arcade Fire chantée par Régine.)

Ils commencent à me taper sérieusement, ces films pseudo-intellos qui, se targuant d'être "artsy", se permettent n'importe quoi avec le principe de vraisemblance et de crédibilité de scénario. Tarantino est passé maître là-dedans. Tarantino me tape royalement, tout le monde le sait. Et là j'ai vu THE AMERICAN l'autre soir, un film de Anton Corbijn (qui avait réalisé le superbe CONTROL, un film sur la vie de Ian Curtis, de Joy Division), et ça m'a laissé blasé par moments et ça m'a irrité par d'autres. La scène d'ouverture dans la neige suédoise est risible d'irréalisme. Clooney réussit à tuer trois gars qui lui tirent dessus quasiment à bout portant avec des snipers. Mais c'est bien filmé, c'est épuré. C'est silencieux. Ce n'est pas hollywoodien. Plus tard, il rencontre une collègue tueur à gage sur la terrasse d'un café italien et ils commencent à se parler en espèce de code bidon du genre je-suis-un-scénariste-et-j'imagine-que-c'est-comme-ça-que-les-tueurs-à-gage-se-parlent, en phrases courtes, une conversation durant laquelle ils finissent quand même, en suçant leurs expressos, par utiliser les mots weapon, target, caliber, qui j'imagine sont des codes pour parler de la température. Et à la fin du film, sobre, indirect, subtil, tout en insinuations, le "chef" de l'organisation pour laquelle Clooney travaille, qui veut en fait s'en débarrasser, se pointe lui-même dans la petite ville où Clooney est planqué. Ça m'énerve. Mais c'est Focus Features, faque ça gagne des prix à Sundance pis à Venise. Tel un hipster, je commence à trouver de plus en plus qu'il n'y a rien de plus cliché, en art, que d'essayer à tout prix, par tous les moyens, de ne pas faire cliché.
 
Mais ce film, c'est un chef-d'œuvre comparé à RAPT, de Lucas Belvaux, avec Yvan Attal, l'homme aux deux lobes. On a loué ça il n'y pas si longtemps, avec mon amoureuse et un couple d'amis et c'est toujours intéressant de regarder un film horrible en gang, et de se demander à quel moment quelqu'un va se permettre de faire un commentaire négatif avec la quasi-certitude qu'il n'offusquera personne. Que tout le monde est sur la même longueur d'ondes. C'est Guillaume qui a parlé le premier, encore mitigé dans son opinion, poli, il a dit c'est moi où ça sonne un peu théâtral et artificiel, ces dialogues? Et on a tous approuvé, comme soulagés de pouvoir commencer à blaster le film scène après scène après scène. Et Amandine nous a fait de super imitations des acteurs, avec son français de française, Mais vous n'avez pas de sentiments? C'est homme va mourir si nous ne faisons rien... Je ne veux pas de cet héritage, il est taché par la honte... Oh my god.

     

6 commentaires:

  1. Moi aussi ça m'énerve ce genre de surenchère facile. Tsé, un moment donné, on a compris. Mais parfois, beurrer épais, ça donne un effet intéressant. J'expliquais justement ça a Nathan sur mon blogue, parce qu'il n'a pas aimé Black Swan qui est une surenchère non-stop pendant près de 2 heures. Par contre, j'aime parfois beaucoup ce genre de trop-plein. Tout dépend comment c'est fait et par qui. Alors j'aime Tarantino et Rococo. ;) Mais en suivant mes différents billets sur mon blogue, tu vois le fil conducteur disons de ce qui m'intéresse là-dedans (enfin je crois).

    Alors fais attention de ne pas faire un Xavier Dolan de toi-même avec le refus de ce qui est cliché (lui-même qui fait tomber un livre du Bauhaus pour le montrer à l'écran...ça fait vraiment: hey je connais ça regardez!) ;)

    Mais en littérature (comme dans d'autres domaines connexes), on est pas au premiers pseudo-artistes près. La preuve est faite que n'importe qui sort un roman/film de nos jours (je parle pas de toi là t'inquiètes).

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  2. @ Ma mère: Je ne suis pas sûr de comprendre ton commentaire, par rapport à ce que j'ai écrit, mais en me relisant, je me rends compte que j'ai pu donner l'impression qu'il y avait une suite dans ces paragraphes, entre autres à cause du "Mais, blabla" qui commence le dernier. En fait, c'était surtout quatre idées "random" qui n'ont rien à voir entre elles.

    Ma phrase sur les clichés faisait très Dolan en effet, c'est pour ça que j'ai fait la blague à propos des hipsters, mais au fond, ce que je voulait dire, c'est qu'il me semble qu'il y a une différence entre le fait de vouloir être original (qui est à la base de toute impulsion créatrice) et le fait de vouloir à tout prix "ne pas" être ordinaire, ou cliché, ou traditionnel au sens de s'inscrire tradition établie.
    Ce que je critique dans cette attitude, c'est que sous le label d'esthétisme, on sacrifie des choses importantes comme la vraisemblance des rapports humains de base et la continuité logique des événements. Et ça ne veut pas dire que je suis contre l'esthétisme, je veux dire, Wong Kar-Wai ne sacrifie rien, d'après-moi, et à la limite, même Xavier Dolan s'est éloigné de ce genre de problème en adoptant un ton plus ludique, plus détaché, après J'ai tué ma mère.

    À y penser juste maintenant, j'ai l'impression que ça arrive souvent dans les "parodies" intellos de films de genre, justement comme The American, ou le dernier de Tarantino, qui traite la seconde guerre mondiale comme une grosse farce grotesque. J'ai parlé de ce film il y a longtemps, ici: http://sainthenri.blogspot.com/2009/09/le-batard-glamour.html
    et j'endosse encore pas mal ce que j'en disais alors.

    Mais stp, ne me dit pas que je n'ai "pas saisi" le second degré de Tarantino, il me semble que j'ai plus de crédibilité que ça.

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  3. C'est un peu on the side, mais j'aimerais partager avec vous un truc qui me gosse ÉNORMÉMENT dans les films : les moments de vérité, comme dans Black Swan, où le personnage principal est sur le point de triompher, et qu'un allié lui fait un speech d'encouragement (genre Vincent Cassel qui entre dans la loge et qui dit "Vas-y, c'est à toi de tout donner!!!").

    Ça me fait chier, parce que ce genre de scènes fonctionne à merveille : on a tous le goût de voir le personnage triompher. De mon côté, ça me donne envie de me lever de mon siège et de crier "vas-y, t'es capable !" Je pense que ça fait juste partie des procédés trop simples et efficaces qui me révèlent à quel point je suis facilement manipulable en tant que spectateur...

    Il fallait que j'en parle.

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  4. Je répondais surtout à ton début de billet, sur la surenchère dans le style. Mais bon, en repensant à ce que j'avais écris, ça allait pas mal dans tous les sens (alors normal que tu comprennes pas trop! haha!).

    Très intéressant ton billet sur Inglorious Bastards (que je n'ai pas tellement aimé d'ailleurs, pour des raisons se rapprochant des tiennes), merci de l'avoir mis en lien.

    Et à cause de cela,je ne dirai donc pas que tu n'as pas saisi le 2ème degré de Tarantino (bien qu'à la lecture de ton texte, je me suis dit que bien des gens avaient du se le dire).

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  5. Moi, ça m'énerve pas, ça me fait rire..Mais c'est l'fun comment tu en parles, j'avais pas vu ça de même...

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  6. bon, ben je pense que vous aimerez pas mes affaires...

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