Absurdités claustrophobes / Ma mère était hipster
La vie étant faite de coïncidences et de hasards, qu'aucun ose appeler parfois, dans un moment de perdition ou de faiblesse, "destin", la jeune blogueuse signant mystérieusement "Ma mère" s'attache à décrire avec une candeur mêlée de lucidité ces instants fugaces de synchronismes, de reconnaissances, qui semblent, plus souvent qu'autrement, transformer l'absurde apparent en signe délibéré. La quête de sens est ici au cœur d'une démarche qu'on ne saurait réduire à une simple expérience du spirituel, voire du divin, mais qui se pose en questionnement d'une nature ouvertement ontologique: le qui suis-je? l'où vais-je? caractéristiques sont en quelque sorte transposés, matérialisés, dans un processus de réification (??) des liens (ésotériques? holistiques?) qui se tissent entre différents facteurs qui, bien qu'au demeurant irréconciliables, en viennent à former un tableau vivant, mouvant, où les individus, les circonstances, les évènements s'enchevêtrent, s'imbriquent et s'entrechoquent.
"Ma mère" n'est pas dupe. Elle comprend la différence entre montrer et dire, entre expliquer et expliciter, elle qui aime à se balancer (et par là même balancer son lecteur) sur la ligne fine entre un significatif proche de l'inquiétante étrangeté et un trop plein de sens qui viendrait nuire à la démonstration. Il y a chez elle une réelle interrogation, d'abord personnelle, ensuite contagieuse, sur le fonctionnement occulte (au sens d'inexpliqué, d'inexplicable) de la vie et de ce qu'elle crée, dirait-on, en dehors d'un libre arbitre qu'il n'est pourtant pas question de nier. Car n'est-ce pas le libre arbitre lui-même qui vient habilement complexifier la prose, lui insufflant cette qualité joueuse, volage, qui la rend ambigüe et par le fait même irréductible à un simple constat d'échec devant cette fameuse absurdité environnante? Oui, c'est lui.
Car la prose est joueuse, légère, en témoigne cette propension à la phrase courte, quasi-métrique, à l'alinéa constant, au retour à la ligne qui évite la lourdeur du paragraphe (que certains ont une tendance malheureuse à privilégier), à la phonétisation parfois outrancière du langage parlé. Les lignes se succèdent en un rythme effréné, catalyseur du sentiment du texte, dans un parfait accord entre forme et contenu. Les "absurdités" racontées chez "Ma mère", au-delà de leur intérêt existentiel, de leur potentiel réflexif, déboulent littéralement sur l'écran, sur fond gris foncé, obligeant le lecteur à garder constamment le doigt sur la roulette de sa souris, déroulant le fil étrangement long et court à la fois d'une intrigue quasi toujours jouissive, culminant dans la découverte sans cesse renouvelée de ces "libellés" ridiculement savoureux qu'elle adore choisir.
Je suis arrivé sur le blogue "Absurdités claustrophobes" à travers l'autre espace qu'elle maintient de façon régulière, là où elle met en scène une toute autre facette de sa personnalité web, celle de critique culturelle: "Ma mère était hipster". Bien entendu, l'approche y est complètement différente, l'écrivaine, la styliste, s'y fait plus effacée, plus posée. On y retrouve les dernières découvertes musicales, littéraires, cinématographiques de "Ma mère", notées, adjugées, vendues. De la perle rare au classique oublié, elle y signe des critiques sensées et sobres presque quotidiennement, tout en prenant le temps de se laisser fasciner par ce même quotidien sur "Absurdités claustrophobes".
D'avancer, à partir de là, qu'au fond il y a peu de différence entre ces deux démarches, qu'elle sont les deux côtés brillants d'une même médaille, il n'y a qu'un pas: elles participent en effet d'un même émerveillement face à l'existence et à ce qu'elle a à nous offrir. Il s'agit d'être à l'écoute.
-Une appréciation de Clarence L'inspecteur
Saint-Henri, le 1er février 2011
Sérieusement, je suis émue.
RépondreSupprimerOh my god, je suis comme sans mots (c'est possible?)...
Wow.
Je pense que "flabergasté" est un mot qui a réellement été inventé pour CE moment.
Merci.
Tellement.
Ou, comme on dirait William et moi: tu es fiberglasstée.
RépondreSupprimerEille, ça fait plaisir. J'aime bien ce ton pseudo-académique un peu péteux de broue qui en beurre comme vraiment épais de concepts.
J'appuie, j'appuie!!! :D
RépondreSupprimer@Patty: Yo kès tu fais là toi, t'es pas à ta conf?
RépondreSupprimerOups, j'ai complètement oublié d'y aller, fuck! J'capote! ;)
RépondreSupprimerJ'ai envoyé un message sur ton blog y'était genre 15h48, y'a un décalage horaire sur ton blog! hihi ;)
C'est un véritable hommage, c'est beau, c'est généreux... et en plus c'est une idée géniale ;)
RépondreSupprimerOuaip,
s.
Ben voilà, c'est tout à fait ça!
RépondreSupprimerOn l'aime bien, notre Mère!
;¬D
Très bel hommage, Clarence