mardi 22 février 2011

Un texte de Guga traduit par Clarence

Mon grand ami Gustavo Gessullo a écrit récemment une petite allégorie à saveur absurde qu'il me tarde de vous traduire. J'adore ça.

PAS DE REPOS, PAS DE SIESTE, PAS DE FREINS 

T'as déjà pensé combien de temps tu passes à dormir dans la vie? L'autre jour, je discutais avec un ami et il m'a sorti cette information révélatrice: si un être humain vit jusqu'à 90 ans, il en a passé 30 à dormir. C'est vrai. Fais le calcul toi-même: en dormant en moyenne 8 heures par jour durant un mois complet, t'as passé 10 jours sous les couvertures. Il y a des gens qui dorment plus, d'autres moins, mais c'est plus ou moins ça quand même. 10 jours fois 12 mois ça donne 120 jours par année. Si t'arrives à atteindre les 90 ans, ça fait 10 800 jours de sommeil, ce qui donne exactement 29, 58904 ans! Incroyable.

Et alors, t'es découragé? Tu trouves qu'on en vient à vivre peu et à dormir beaucoup? Tu vas y penser à deux fois avant de rester enroulé dans ton lit un samedi matin ensoleillé? Ou bien tu te dis déjà que le monde est dans la merde, aussi bien fermer les yeux pour souffrir moins? Bon. Alors imagine si tu savais d'avance ta date d'échéance: imagine un monde où les gens naîtraient en dormant et se réveilleraient uniquement une fois avoir dormi toutes les années relatives au total de leurs vies. Si je meure à 60 ans, je me réveille à 20 ans. Si toi tu meures à 50, tu te réveilles au milieu de l'adolescence: à 16 ans. Et après tu ne dormirais plus jamais, jusqu'au jour du sommeil éternel. 

C'est une simple règle de trois. Imagine le pauvre qui se réveille à 5 ans. À 15 ans il est déjà sous terre. Le gars a même pas le temps d'arriver à la puberté, il vit sa première angoisse, elle éclate comme un bouton et il meure. Ou tu te réveilles à 13 ans et à 40, c'est la fin. Bien installé là dans ta vie d'adulte, un matin quelconque, aux côtés de ta femme et de tes enfants, beurrant ton pain, et d'un coup tu crèves. Mais j'ai l'impression que la vie ne serait pas comme ça. Imagine la folie que ça serait. Imagine dans quelle disposition on serait en se réveillant. T'as ouvert les yeux, 20 ans, halluciné par tant d'énergie, la peau te pique, t'as quasiment envie d'exploser. Ça existe plus, ce truc de dormir, c'est fini cette histoire d'être fatigué, énergie interminable jusqu'à 60 ans.

7h du matin. Le gars prend un bain, s'avale un café, mange une tranche de pain, nettoie la maison, passe la tondeuse, lave la vaisselle, fait une promenade avec le chien, appelle sa mère, amène les enfants à l'école, revient, prend sa bicyclette, 10 km, saute dans le bain, chante dans la douche, part au travail et quand il regarde sa montre: 9h du matin! Fuck, mon gars, c'est de l'énergie qui finit plus. Et c'est pas comme si le dude était fatigué, comme s'il voulait retourner à la maison pour relaxer. Non! Il est trop dedans! Il travaille comme un fou toute la journée, pro-actif, il donne son opinion durant la réunion, il arrive avec des idées nouvelles, remet tout avant échéance, va dîner, revient, encore plus stimulé, alerte, toute la compagnie hallucinée, le monde au complet prend feu. À 6 heures de l'après-midi il va au happy hour, revient à la maison survolté, ouvre la porte et sa femme est dans le même mood, elle soupire tellement elle a envie de faire quelque chose, se pète la tête sur les murs, complètement exaltée. Les deux sortent pour souper, deux bouteilles de vin, ils vont danser, baisent dans les toilettes du club, reviennent à la maison, encore du sexe, appellent des amis, parlent avec la famille au complet au téléphone, décident de prendre la voiture pour aller voir le soleil se lever à la plage, bain de mer à poil, lait de coco, alligator, reprennent l'autoroute dans l'autre sens. 7h du matin et tout recommence.     

La vie serait une continuité intense, frénétique, non-stop, une espèce de continuel je-veux-tout-en-même-temps-maintenant. Des enfants dans des corps d'adultes secouant le monde. Sans la sieste du dimanche après-midi, sans le down d'après le dîner. Rien pourrait briser le rythme à part un accident, une maladie. Alors imagine quelqu'un qui se réveille à 3 ans. À 9 ans, déjà plus là. Un enfant plogué sur le 220, 24 heures sur 24 durant 6 ans sans interruption. J'imagine les voisins commenter:

-T'as vu le fils de Maria? Il vient de se réveiller: 3 ans.
-Oh, my! Pauv'tit, il va partir vite celui-là.

Eux, ils seraient les plus hallucinés de tous, leur vie une folie sans fin, chaque jour comme si c'était le dernier. Tu regarderais dans la nuit à la recherche des étoiles et tout ce que tu verrais ce serait une bande d'adolescents en train de rompre le ciel avec leurs parachutes, hurlant, beuglant, l'adrénaline dans le tapis.

C'est ça. Je pense que ce monde serait pas pour moi. Je suis sûr que j'endurerais pas le rythme. J'irais me jeter en bas d'un pont, je me mettrais une balle dans la tête. Je préfère le monde comme il est, vivre tranquillement, passer de la vie au sommeil, parfois vivre plus, parfois dormir plus, contrôler moi-même cet équilibre comme je le sens. Si on perd une bonne partie de notre vie à dormir, alors le mieux ça reste d'en profiter pendant qu'on est réveillé. Et rêver. Et mourir sans savoir quand.

*

SEM DESCANSO, SEM COCHILO, SEM FREIO

Você já pensou quanto tempo passa dormindo na vida? Outro dia conversando com um amigo meu, ele me solta essa informação reveladora: se um ser humano vive até os 90 anos, ele passou 30 dormindo. Verdade. Faça os cálculos você mesmo: dormindo uma média de 8 horas diárias durante um mês completo, você passou 10 dias embaixo das cobertas dormindo. Tem gente que dorme mais, outras menos, mas é mais ou menos isso aí mesmo. 10 dias vezes 12 meses dão 120 dias no ano. Se você conseguir chegar aos 90, são 10800 dias de sono, que dão exatamente 29,58904 anos! Inacreditável.

E então, bateu um desespero? Acha que anda vivendo pouco e dormindo muito? Vai pensar duas vezes antes de ficar enrolando na cama num sabadão ensolarado? Ou já que o mundo anda uma merda, o melhor é fechar os olhos pra sofrer menos? Então imagine se você soubesse o seu prazo de validade: imagine um mundo onde as pessoas nascessem dormindo e só acordassem quando tivessem dormido todos os anos relativos ao total de suas vidas. Se eu vou morrer com 60 anos, eu acordo com 20 anos de idade. Você, se morrer aos 50, acorda no auge da adolescência: 16 aninhos. E depois nunca mais ia dormir, até o dia do sono eterno.

É uma simples regra de três. Imagine o coitado que acordou com 5 aninhos. Com 15 anos já está embaixo da terra. O cara se bobear nem chega à puberdade, cresceu a primeira espinha, ela estoura e ele morre. Ou você acorda com 13 anos e nos 40, é o fim. Bem ali no auge da vida adulta, numa manhã qualquer, ao lado da esposa e dos filhos, passando manteiga no pão e você empacota de vez. Mas acho que a vida não ia ser assim. Imagine a loucura que seria. Imagine a disposição com a qual íamos acordar. Abriu os olhos, 20 anos, alucinado de tanta energia, a pele até coça, você quer é quase explodir. Não tem mais essa de dormir, nada disso de ficar cansado, energia interminável até os 60 anos.

7h00 da manhã. O cara toma um banho, dropa um café, come um pão, limpa a casa, corta a grama, lava a louça, faz faxina, leva o cachorro pra passear, liga pra mãe, leva os filhos pra escola, volta, pega a bicicleta, 10 km, toma banho, canta no chuveiro, vai para o trabalho e quando olha no relógio: 9h00 da manhã! Porra, é energia que não acaba mais meu amigo. E não é que o sujeito está cansado, quer chegar em casa e colocar os pés pra cima. Não! Ele tá é na pegada! Trabalha o dia todo como um louco, proativo, dá opinião em reunião, vem com ideias novas, entrega tudo antes do prazo, almoça, volta, arrepia ainda mais, a empresa toda alucinada, o mundo todo pegando fogo. As 6 da tarde vai pro happy hour, volta pra casa pilhadão, abre a porta e a mulher tá do mesmo jeito, até bufando de tanta vontade de fazer alguma coisa, batendo a cabeça a parede, pulando corda. Os dois saem pra jantar, duas garrafas de vinho, emendam uma balada, transam no banheiro da boate, chegam em casa, mais sexo, ligam pros amigos, falam com a família toda, decidem pegar o carro e ver o amanhecer na praia, banho de mar pelados, água de coco, jacaré, pegam a estrada de volta. 7h00 da manhã e tudo recomeça.

A vida seria uma continuidade intensa, frenética, nonstop, um tal de quero-tudo-ao-mesmo-tempo-agora. Crianças em corpos de adultos sacudindo o mundo. Sem cochilos num domingo à tarde, sem pestanas depois do almoço. Só uma fatalidade, uma doença, poderia quebrar esse ritmo inquieto. Imagine então quem acordou aos 3 anos de idade. Aos 9 anos, já era. Uma criança ligada no 220 por 24 horas durante 6 anos ininterruptos. Imagino a vizinhança comentando:

- Você viu o filho da Maria? Acordou com 3 aninhos.

- Ah coitado, esse vai cedo.

Esses seriam os mais alucinados de todos, a vida uma loucura sem fim, cada dia como se fosse o ultimo. Você olharia para o céu procurando estrelas e veria um bando de adolescentes cadentes rasgando o céu em seus para-quédas, gritando, berrando, adrenalina no máximo.

É, eu acho que esse mundo não seria para mim. Eu juro que não ia aguentar o tranco. Ia me jogar da ponte, meter uma bala na cabeça. Prefiro esse mundo mesmo, viver aos pouquinhos, intercalando vida e sono, às vezes vivendo mais, às vezes dormindo mais, eu controlando essa balança como achar melhor. Se a gente perde boa parte da vida dormindo, então o melhor mesmo é aproveitar enquanto estamos de pé. E sonhar. E morrer sem saber quando.

2 commentaires:

  1. Oh que oui, vive les siestes d'après-midi avec le soleil qui entre par la fenêtre et vient nous chauffer le bedon, un roman maladroitement écrasé sur la poitrine par un sommeil impromptu, la gueule ouverte avec un filet de bave qui en sort : le bonheur.

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  2. J'adore!

    Il y a moins que 24hrs depuis que j'ai regardé le film Amélie (pour la 8e fois). Là, j'ai ri au moment que la petite Amélie a dit que la femme dans le coma a choisi de dormir tout dans un coup.

    C'est beau ce que tu as écrit, et la conclusion est forte!

    Bravo et merci pour le traduction.

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