Je ne connais rien à la musique. Ça a longtemps été un de mes regrets, de ne pas avoir appris à lire ou à jouer d'un instrument. En plus, j'ai toujours fréquenté des musiciens. Mes amis d'enfance et d'adolescence étaient tous qui guitariste, qui pianiste, qui batteur. Quand j'essayais de leur expliquer qu'ils parlaient une autre langue, avec leurs mi bémols et leurs fa dièse, ils me disaient toujours que c'était la même chose pour moi avec mes métaphores et mes ellipses et mes allitérations. Et je leur répondais que non, puisqu'en tentant d'expliquer la métaphore, j'utilisais le même médium qu'eux, c'est-à-dire la langue française, que je ne faisais que décortiquer, alors qu'en tentant de m'expliquer la structure mélodique d'une pièce de jazz, ils n'avaient pas d'autre choix que de recourir à une autre langue, ou du moins à un autre niveau du langage, qui m'était littéralement étranger: du chinois. Pour moi, associer un son à une note était à des années lumières du fait de reconnaître cette même note et ce même son dans une autre mélodie. Le langage des accords, du solfège, des clés, des tons, m'a toujours été inaccessible.
D'un autre côté, j'aime énormément la musique, j'en écoute beaucoup, tout le temps. J'ai toujours aimé la musique classique, même la musique contemporaine, Arvo Part, Philip Glass, Bartok, Messiaen. Mais j'ai une prédilection depuis longtemps pour le romantisme: Chopin, Brahms, Schumann, les sonates de Beethoven. Même le néo-romantisme à la Rachmaninoff.
Pourtant, et ça va paraître cliché, une de mes pièces favorites a toujours été Les Quatres Saisons, de Vivaldi. Peut-être parce que c'est si connu, si joué, que j'ai eu l'impression de la reconnaître dès la première fois où je l'ai entendue.
Tout ça pour dire que samedi je suis allé voir le spectacle des Grands Ballets Canadiens, et j'ai encore une fois redécouvert cet extraordinaire morceaux de musique. Il n'y avait pas de meilleure façon d'écouter Vivaldi encore une fois que de se laisser bercer en même temps par les mouvements des corps des danseurs. J'ai trouvé ça sublime, même si j'aurais mis la trame sonore plus fort, pour que ça cogne plus.
Sans compter qu'en deuxième partie du spectacle, ils ont offert une prestation de Cantata, du même chorégraphe Mauro Bigonzetti, sorte de mélange absolument jouissif de danse contemporaine et d'art prolétaire. Sur de la musique traditionnelle du sud de l'Italie, chantée live par un quartet de ténors féminins, les danseurs des Grands Ballets se laissaient aller à une belle folie contrôlée. La musique était belle, les gestes étaient magnifiques.
C'est moi qui a parti l'ovation debout.
Fichue belle soirée.
Il faut avoir l'oreille parfaite ou l'oreille absolue, ou en être proche, pour reconnaître à chaque fois UNE note — quel qu'en soit le timbre ou la source. La cause n'est pas déséspérée pour autant avec nous, simples mortels, qui réagissons (et pouvons arriver à analyser, ne serais-ce qu'intuitivement) à ce qui s'appelle le rythme, et les intervalles qui séparent les notes entre elles dans une mélodies (ou, simultanément, dans un accord). Ce n'est pas chinois du tout. (JeMeMoi)
RépondreSupprimer*Messiaen, as you know.
RépondreSupprimer@Jememoi: La cause n'est pas désespérée pour apprendre le chinois non plus, ni le russe, pour moi c'est sensiblement le même effort.
RépondreSupprimer*Messiaen, as I should have known.
Cet essai pourrait peut-être t'intéresser, Clarence : "Ce que la musique donne à entendre" (Alain Médam, éditions Liber). L'auteur s'adonne ici à un exercice de "traduction" de son expérience musicale. Il questionne l'ontologie de la musique à partir de sa posture de non musicien. Au plan de l'écriture aussi, c'est un super essai.
RépondreSupprimerJ'étais présent, samedi, lors de la représentation des Quatre saisons suivi de Cantata. C'était sublime! Je me suis moi aussi levé pour applaudir à tout rompre.
Grandes dents
@Grandes dents: Hum... ça m'intéresse bcp ce truc. Je prends bonne note. Et ça doit être bien plus éloquent qu'un pauvre billet de blogue. ;)
RépondreSupprimerC'était très très beau comme spectacle. J'ai adoré cette façon originale qu'ils ont trouvé de saluer le public, à la fin, comme si le show n'était pas fini tant qu'il n'est pas fini, tsé.
j'ai fait de la musique dans une ancienne vie et je m'en ennuie des fois
RépondreSupprimertu sais ce que je préférais entre tout?
entendre tous les musiciens s'accorder derrière le rideau
ça, ça me donne le frisson chaque fois
L'essai de Médam, oui, est magnifique. N'hésite pas à m'en donner des nouvelles!
RépondreSupprimerEspérons que son éloquence te fera oublier ma stupide montée de lait de l'autre fois! Parce que, finalement, j'aime bien ce que tu écris. J'apprécie la diversité de tes billets; j'y perçois une sensibilité qui me correspond.
Grandes dents