samedi 12 mars 2011

TAG- Histoire de chauve-souris

Pour répondre au souhait semi-formulé de Sara, de raconter une anecdote de chauve-souris tirée de la vraie de vraie vie, je me suis souvenu de ça:

On était partis faire du camping sauvage dans Charlevoix, sur la terre de la mère de Sebastien. C'était une ancienne commune dont elle avait gardé la propriété. Juste en face, de l'autre côté du rang, il y avait la terre de son chum, le beau-père de Seb, une autre ancienne commune. J'ai jamais su s'il s'étaient rencontrés dans le rang, un beau matin de genre 1968, j'ai jamais demandé. À quelques centaines de mètres du rang, il y avait une vieille grange, et après ça, les bois, la forêt, sur plusieurs kilomètres. Une source d'eau quelque part, que Sébastien connaissait. On a planté notre tente sur le haut d'une colline entourée de sapins et on est allés ramasser du bois pour notre feu. On a creusé un trou autour duquel on a posé une espèce de caisse sans fond, pour chier. Sébastien et moi on se foutait de la gueule de Laurent, qui a toujours été un peu efféminé. Il était poche pour trouver des branches, il chialait déjà, il avait mal au ventre. On est partis chercher de l'eau en pensant qu'il nous restait assez de clarté. Sébastien était un peu perdu, mais on a finalement trouvé la source alors que le soleil commençait à descendre.
C'est bizarre la nature. Dès que les grillons ont commencé, et que notre vue est devenue un peu déficiente, ont s'est mis à avoir peur, vraiment. Sans se le dire évidemment. En revenant à la tente, on s'est occupé de faire le feu et Laurent a sorti sa guitare. Les flammes lançaient des silhouettes sur les arbres et on s'est vite sentis étrangement entourés. Le feu faisait cet effet, il devenait automatiquement le centre du cercle de lumière au-delà duquel c'était le noir total. La première ligne de sapins était notre horizon. Après ça, il y avait des créatures.
Je me souviens qu'on a décidé d'éteindre le feu et d'aller se coucher surtout pour être demain plus rapidement. On s'est mis à chuchoter pour une raison qui ne nous faisait pas rire. Nos lampes de poches étaient trop faibles, elles éclairaient des choses qu'on ne voulait pas voir. Une fois dans la tente, couchés dans nos sleeping bags, on a entendu les bruits de motocross, lointains, mélangés avec des grognements, des couinements, des sons. C'était tout sauf silencieux, et notre imagination était en feu. On avait peur qu'un ours débarque. On avait peur qu'un loup se pointe. On avait peur que la gang de motocross devine qu'on était là, qu'ils nous entendent respirer et qu'ils viennent nous shooter avec des douzes.
On n'en pouvait plus. Un de nous a suggéré qu'on se pousse dans la grange. On ne pouvait pas rester ici, c'était trop freakant. On est partis avec un fanal et les lampes de poches, braves et grelottants, les sleeping bags sur les épaules, en direction de la grange. Le bois craquait dans le vent nocturne. Sébastien a mis la clé dans le cadenas de la porte et on est entrés. C'était une vieille grange pleine de stock des années soixante et soixante-dix, des années vingt. On s'est installés au deuxième étage, une espèce de mezzanine à laquelle on accédait par une échelle. On tremblotait. J'avais quinze ans. J'ai pointé ma lampe de poche vers le bruit que je venais d'entendre et j'ai crié qu'il y avait une chauve-souris, fuck fuck fuck, que je lui avais fait peur avec ma lumière et qu'elle s'était envolée je sais pas où. J'ai senti quelque chose près de ma face. Les deux autres ont allumé leurs lampes. Ils avaient des visages comme dans FAIS-MOI PEUR. C'est à peine si on entendait pas le bruit des chaînes d'une balançoire vide. En se fixant les uns les autres, on a tous compris la même chose en même temps. Tout mais pas ça. N'importe quoi mais pas un vampire.
On avait entre-aperçu une chauve-souris l'espace d'une fraction de seconde, mais c'était déjà trop: on a crissé le camp illico, en courant, en tombant, en se relevant, dans la nuit profonde d'une vieille commune hippie, en évitant de regarder en arrière. On a couru en haletant pour revenir vers la tente, l'ours, le loup, les motocross, la ligne des arbres et notre imaginaire de puceaux.

5 commentaires:

  1. « ... comme dans FAIS-MOI PEUR. » Oh que j'aime!

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  2. C'est une bonne histoire de chauve-souris! Mais j'avoue que je comprends pas en quoi la perspective d'une vieille grange pleine de vieil équipement était plus rassurante qu'une tente. Ok peut-être contre un ours ou un loup, mais come on, les FANTÔMES. Et, comme de fait, les chauves-souris.

    Merci d'avoir réalisé mon semi-souhait!

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  3. @Sara: Je pense que c'était plus la perspective des murs qui nous attirait, d'être à l'intérieur et de ne pas "voir" dehors...

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  4. sérieux, à tout âge (ben dans mon cas en tous cas) y'a qqc qu'on s'explique pas dans la nature en pleine nuit. C'est épeurant, ça vient chercher le p'tit cul en nous qui chie dans ses culottes (pis pas dans une boîte) à entendre une branche craquer, des genre de grognements, etc. J'ai eu la chienne en camping y'a quoi...3 ans maintenant (j'avais 27 faque y'a pas d'âge ça l'air... ou j'sus moumoune rare). sais-tu, tu m,inspires une absurdité!

    wow fais longtemps, merci! :D

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  5. C'est drôle, je suis assez peureuse, mais je me suis toujours sentie en sécurité dans une tente. J'ai rien de plus pertinent à écrire, mais je voulais juste dire que j'ai apprécié ton anecdote.

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