J'ai fait le trajet de TGV avec un jeune prof de Concordia qui, quand il cite des passages durant une communication, ouvre les guillemets de façon vraiment ostentatoire. C'est un peu comme si, avec sa main droite levée, tout au long de sa citation, il faisait bouger une marionnette, ou comme s'il imitait la griffe d'un dinosaure dans le vide à côté de sa tête. J'avais appris aussi qu'il jouait, dans une autre vie, dans un band de punk-rock assez connu.
Après les trois belles journées passées à Louvain-la-Neuve, où le colloque international avait fait de moi une vedette passagère, je m'étais booké un vol Easy Jet à partir de Paris en direction de Lisbonne, où je comptais aller passer une semaine d'immersion en portugais, à découvrir les vieux quartiers et à gober des expressos dans le même café jadis fréquenté par Fernando Pessoa. C'étaient mes vacances planifiées, j'y pensais avec bonheur et je m'imaginais déjà trouver mon chemin dans la langue du pays, avec un accent savoureux qui me ferait passer pour brésilien. Une petite faute ici et là, pas grave: on dit ça à Rio de Janeiro, c'est comme ça qu'on dit, c'est du slang.
On avait donc pris le TGV lui et moi à partir de Bruxelles et en descendant à Paris, on s'était dit au revoir, sur les quais de la gare du nord. Comme mon vol était à Charles-de-Gaulle en fin d'après-midi, je me suis promené un peu dans le quartier, histoire de pouvoir me dire que j'étais venu à Paris. J'ai trouvé un café où on vendait des cigarettes, après m'être fait regardé comme un criminel dans un drugstore. J'étais enthousiaste, confiant.
Dans le métro, je ne me suis pas trompé, j'ai fait les bons transferts, attrapé le RER et je me suis installé, debout avec mon gras sac de sport, le plus en retrait possible, pour ne pas faire chier les parisiens. On a traversé des banlieues. Le wagon était bondé. Sur un des murs, il y avait une affiche qui m'indiquait la liste des transporteurs avec leur terminaux respectifs. J'étais content d'avoir vérifié, parce que les aéroports, ça me stresse énormément. J'étais content de savoir où aller sans avoir à chercher mes informations, je me trouvais efficace, surtout que le RER arrêtait à deux endroits bien différents et si t'étais pas à la bonne place, t'étais vraiment loin.
J'ai quand même dû suivre un interminable corridor circulaire avant d'arriver au comptoir d'Easy Jet. Il y avait beaucoup de monde en file déjà mais ça ne m'a pas semblé suspect jusqu'à ce que je remarque que de plus en plus de gens s'éloignaient de leurs bagages, en demandant poliment à leurs voisins de les garder, pour aller regarder les écrans des départs. J'essayais d'écouter les conversations, de pêcher un peu de portugais ici et là. Je tendais l'oreille. Le volcan ne m'avait pas affecté la semaine dernière, quand j'avais pris mon vol de Montréal vers Londres, et ensuite de Londres vers Bruxelles. Ce n'est pas que je n'y pensais plus, mais c'est plutôt que je ne croyais pas que ce genre de choses pouvaient m'affecter, moi. Ça arrivait aux autres, que je voyais à Radio-canada, en train de dormir sur le plancher des aéroports.
Quand je me suis décidé à aller vérifier moi aussi les écrans, voyant que la file dans laquelle j'attendais ne bougeait décidément pas, et que j'ai vu LISBONNE-ANNULÉ, je n'ai pas capoté tout de suite.
En fait, je me souviens, j'ai presque esquissé un sourire, encore sous le coup de l'incrédulité.
- À SUIVRE -
Beau texte, dommage que je connaisse la fin :P
RépondreSupprimer"C'étaient mes vacances planifiées"
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