jeudi 26 mai 2011

Le charme discret du café filtre, d'Amélie Panneton

Je viens de lire avec beaucoup de plaisir le premier recueil de nouvelles d'Amélie Panneton, LE CHARME DISCRET DU CAFÉ FILTRE, qui paraît aux éditions de la Bagnole. Je suis content parce que ça ressemble à ce à quoi je m'attendais: des histoires en apparences banales, des vies en apparences ordinaires, qui se croisent, se rencontrent, des amours et des amitiés qui se font et se défont, mais surtout une atmosphère, une écriture et un contrôle de la métaphore juste qui est enviable. Le prétexte de base est simple et efficace: faire cohabiter dans un même recueil tous les habitants d'un bloc à appartements du quartier St-Roch, à Québec. Les faire cohabiter sur quelques 160 pages dans une série de textes assez courts dont ils seront chacun, les uns après les autres, les protagonistes et/ou narrateurs. L'auteure leur donne tour à tour la parole, ou comme on dit, voix au chapitre. On en apprend peu sur eux, au fond, mais le but n'est pas là, le but c'est de les accompagner un moment, souvent le temps d'une réflexion, le temps d'un souvenir, le temps d'une conversation. Ça commence au premier, avec une bande de colocs dans un 6 1/2 et ça se termine au troisième, avec une mère monoparentale qui se lève è 3h du matin pour aller travailler dans une boulangerie.

J'ai commencé le livre lundi dernier, à Québec, en plein quartier St-Roch, en buvant un expresso à la brûlerie sur St-Joseph et j'ai tout de suite été séduit par la chorale de voix autant masculines que féminines, et par les monologues intérieurs autant que par les changements de pronoms personnels narratifs. Souvent l'auteure écrit au Je, entrant dans la tête d'un personnage, mais elle se permet quelque fois un Vous, ou un Tu, qui complexifie le rapport du lecteur à l'univers qui se déploie devant ses yeux.
Le style est éminemment impressionniste, au sens où la mise en situation, les indices de repérages, sont souvent délaissés au profit de l'ambiance, ou plus précisément au profit du ton. Un ton qui frise parfois l'abstrait, dans certains passages, mais qui ne sonne jamais faux, ni emprunté, ni alambiqué, ni cryptique.
C'est une lecture très agréable, c'est humble, on est loin des délires mégalomanes de certains. C'est d'une finesse parfois exemplaire, et ça parle extrêmement bien des petites douleurs et joies du quotidien, des peines d'amour en devenir, des automatismes et des routines qui tuent, des difficultés de dire et de parler et de communiquer en général.

Mon seul bémol vient de cette mauvaise décision éditoriale d'après-moi de comparer le livre d'Amélie avec LA VIE MODE D'EMPLOI de Georges Perec, juste parce qu'elle le cite en exergue et que ça se passe dans un immeuble. Ça n'a pas de sens, car évidemment les deux œuvres n'ont rien à voir, ni au plan structural, ni au plan émotionnel, ni au plan stylistique. Donner au lecteur l'impression qu'il va plonger dans un projet aussi grandiose et aussi vaste et aussi ambitieux que le "romans" de Perec, c'est un peu le leurrer. Ça n'enlève rien à la qualité du livre d'Amélie, c'est juste que ça met une barre un peu haute, dont on n'a absolument pas besoin.

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En passant, je le répète, pour ceux et celles qui ne seraient pas encore au courant, Amélie, c'est aussi une blogueuse, et son blogue est ici.        

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