samedi 10 septembre 2011

TAG: Des boules à mites

OK, nouvelle tag. L'idée est simple: ressortir un vieux texte à prétention littéraire et le recopier avec un minimum d'explications contextuelles, pour le plus grand plaisir de tous et toutes.

En 1999, j'ai participé au Marathon d'écriture, au cégep André Laurendeau (qui était mon cégep), et je viens de retrouver le livre qui avait été imprimé suite à l'activité, dans lequel chaque participant publiait un texte. En me relisant, je constate que 1) la figure de style que j'aimais le plus, c'était sans conteste utiliser un substantif comme un verbe, souvent au subjonctif ou à l'impératif; 2) le but principal c'était vraiment, dirait-on, d'utiliser tous les mots de plus de trois syllabes que je connaissais; 3) la ligne entre précis, précieux et prétentieux est mince mince mince; 4) il me semble que je n'étais pas emo tant que ça.

Il y aura toi et moi, sur l'escarpement d'un mont d'or. Nos pieds parachutés dans le vide, sa mer en contrebas, ses vagues sur le fracas des rochers abrupts. Il y aura des couleurs vertes et des couleurs pourpres. Je te défigurerai d'une lèvre pesante, en balade sur les formes indistinctes. Mon mollet pourra toucher le tien quelquefois chaste et dérobera ta virginité. Ainsi tapageur je te galvauderai le sonnet pleureur, la rime incendiaire et le ver mollasson. Que de mots, me diras-tu, pour une si belle chanson. Et je te noierai d'excuses toutes faites, pour qu'enfin tu découvres mon imposture. L'évidence sera telle que la haine surgira si tu ne devines rien.
Sotte rougeoyante, montre-moi tes crocs, que je puisse titrer cette prose imberbe d'une violence qui me fait défaut. Touche la profondeur de ma pupille et dissèque l'iris, qu'il s'étiole en tous sens, comme s'il était farfelu, comme s'il était noble. Probablement tu ne te doutes de rien, ce sourire...
Tu crois qu'aimer, c'est rire? Tu crois que partager, c'est satisfaire? Plains-toi, de cette plainte surélevée lorsque tu seras seule au sommet d'un mont d'or. Manifeste le temps perdu, bats-le, déchire-le, fais-en un peu de souffrance que je boirai pour savoir à quoi m'en tenir.
Sois frivole et superbe ficelle, haine un peu de temps en temps, et laisse te pénétrer ma chair cognitive, de sorte que je ne me prendrai plus les pieds dans mon parachute...
Qui se décrochera de lui-même, coupant toute attache alors que de par le fond mon corps apprendra ses lois de la physique. Dans le vent, la toile nue s'immobilisera, baisant l'heure et le décompte, pour s'attarder sur sa propre beauté primaire. Tes minutes à toi défileront, gamines espiègles, tu couvriras ta bouche sonore d'une main apeurée, et tes cris éveilleront ce cadran malicieux. La toile nue reprendra sa course, vers le haut, linceul moucheté de ces fleurs polissonnes. De ces fleurs qui firent notre union, la scellant d'un sépale, d'un sépale fertile, d'un sépale sous-jacent, parfumé, mutin. Tout rouge de gêne. Tout rouge. Percé étoilé. Et ton cri couvrira le vide errant, lui insufflant une direction, magnanime. Et tu auras cru aimer, quelques fractions de temps, en un seul cri. En maraude. Tu t'effondreras, la corniche en exergue, précipice tes yeux le long de la falaise, c'est maintenant ou jamais, montre que l'amour est un rire, montre que le partage satisfait. Saute...
Alors que, couché en deux, je t'attendrai. 

Ouch.
Bon, j'ai une excuse, quand même: on était tous comme ça, on tripait tous à fond sur ce genre d'écriture "débridée", "amironnée", qui remettait en question la syntaxe élémentaire et s'envoyait en l'air avec les néologismes. Dans la gang avec qui j'étais, au Marathon, il  s'écrivait sans arrêt des phrases comme: "Je charge en toi, comme une sexplosion de volupté" ou "Je t'aimattise de courroies d'ascensoir insensé" ou "Je te contemplais dans la tour d'ivoire et à tour d'y voir je m'étourdis voire plus tard." Yakes.

Bon.
Faut dire que dans ma gang, il y avait aussi Tania Langlais, qui avait déjà tout compris, et qui allait publier ces notes éparses qu'elle prenait (et qu'elle appelait des avancées) dès l'année suivante dans un recueil récipiendaire du Nelligan, DOUZE BÊTES AUX CHEMISES DE L'HOMME: "Sans prévenir l'autre, elle s'éloigne hors l'épaule et avoue doucement qu'elle cherche, dans la transparente averse de ses hanches, toute la lumière du Brésil."

Qui veut participer? Sim? Will? ValGod? Je-Me-Moi?

28 commentaires:

  1. hahaha! Sérieusement, c'est vraiment super cette tag, j'espère que tes compatriotes littéraires te suivront!

    Je l'aime, moi, ton texte! J'ai savouré chaque phrase.

    "laisse te pénétrer ma chair cognitive"

    Intense!

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  2. ..hahaha, je vais dire comme patty, c'est juste savoureux!! je te galvauderai le sonnet pleureur, ayoye.

    Ça me tenterait de le faire aussi, mais tout ce que j'ai d'avant vingt-vingt & un ans est comme embourbé dans une passe hyper-minimaliste avec surabondance de phrases courtes (où mes textes se lisent littéralement comme : "Elle entra dans la pièce. Les murs étaient nus. Elle frissonna.") & c'est juste plate? Mais je vais essayer de trouver quelque chose.

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  3. @Amélie: Ah oui! Oui! Je t'en conjure, participe!

    Hahaha, j'avoue que "je te galvauderai le sonnet pleureur", c'est dur de faire mieux dans le pompeux.

    @Patty: Pis toi, t'aurais pas des trucs, de ton côté, dans une phase de la fin de ton adolescence? Ça serait coolio.

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  4. c'est des travaux d'archéologue que tu proposes de faire, là

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  5. ps si c'est TRÈS LONG, liras-tu tout? (gnak gnak)

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  6. J'ai de nombreux sonnets pleureurs dans mes archives.

    J'ai trop honte pour les sortir, demandez pas. Curieusement, j'ai pas le courage de les éliminer. Un fétichisme de l'excrément.

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  7. @Raymond: Parfait, galvaude-les nous sur un blogue temporaire, qu'on t'encense excrèmement.

    @JeMeMoi: Si c'est TRÈS LONG, je mets un comité là-dessus, surtout si c'est de valeur archéologique.

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  8. Eh boy. Je viens de retourner lire ça. C'est encore plus minable que dans mon souvenir.

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  9. @Raymond: Fuck off, dude! Je suis sûr que c'est déjà plein de potentiel.

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  10. Non. Y a des limites à s'exposer. En plus j'étais même plus si jeune, genre 20 ans. C'est vraiment pourri. Pénombre Goyette qui compte ses syllabes.

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  11. Si Bock affiche ses sonnets, moi j'exhibe ma pouésie.

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  12. Esti, t'étais déjà brillant en 1999.

    J'aimerais bien ça participer, mais j'ai pas d'archives.

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  13. Anne, n'y compte pas. Par contre, je dois t'avouer que je possède un exemplaire de CHIMÈRE, revue d'arts et lettres du cégep de Sherbrooke, no 32, avril 2004, dans lequel tu a signé pas moins de quatre textes, trois poèmes et une nouvelle. Tu produisais pas mal.

    Par ailleurs, dans ce numéro, le titre de l'éditorial d'un certain A. Bolduc était «L'essence de la liberté». Je ne vous en épargnerai pas la conclusion: «Mais enfin, trève de politique et place à la liberté d'expression sous sa forme la plus essentielle... la littérature.»

    Ceci dit, moi j'ai fait un DEC en électronique.

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  14. Ben j'ai pas évolué textuellement depuis ce temps-là ;)

    Sans blague, j'ai rien à prétention littéraire, juste des piles de journaux intimes. Mais j'ai des vieilles toiles horribles pour lesquelles je me prenais pour une grande peintre...

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  15. Oh, c'est une très belle idée!

    Mais moi j'vais être plate un peu : je n'ai rien. J'ai trop déménagé ces 10 dernières années et je jette pratiquement tout, systématiquement. J'ai la nostalgie beaucoup trop facile pour garder de vieux textes...

    Saccage, manne!

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  16. Bock : PAS LA MENACE DE CHIMÈRE, je t'en prie (d'ailleurs, je vais vite cacher mon exemplaire pour éviter que Jeanne tombe dessus dans 15 ans) C'est terrible, cette fièvre de poète qui empare tous les étudiants d'Arts et Lettres. Ça fait un peu mal.

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  17. Hey c'mon dudes & dudettes! Me laissez pas seul ici!

    Allez voir la participation de Je-Me-Moi, sur All Work And No Play, pour vous inspirer courage: http://allworkandnoplay2.blogspot.com/2011/09/tag-des-boules-mite.html

    @ValGod: Je suis TRÈS déçu. T'es sûre à 100% qu'il te reste plus rien? Yo. Demande à ta mère.

    @Patty: Les toiles, prises en photo pis toute, ça serait ÉCŒURANT!

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  18. Anne: T'inquiète, c'est un bijou que je garde pour moi.

    Par contre, comme j'ai jamais eu la prétention de faire de la peinture un jour, je peux toujours vous montrer l'autoportrait que j'ai peint pour le fun en rentrant un soir de brosse. Je trouve ça quand même ressemblant.

    http://rbtiroir.blogspot.com/

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  19. Haha, bin j'peux sûrement ressortir le Chimère du Cégep de Sherbrooke moi aussi avec de MES textes dedans, pis pas si powettes que ça, sauf que j'suis une vieille qui est allée au cégep plus tard que les autres, alors mes années de collégienne ne sont pas si loin derrière moi...

    Je vais fouiller un peu. D'ailleurs, je recherche activement mon deuxième disque dur externe, sur lequel j'ai sûrement sauvegardé de beaux textes bien littéreux, notamment un poème ''se voulant sensuel'' écrit en secondaire 5.

    J'essaie fort pour vrai!

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  20. Il me vient une idée pour un tag ultérieur: les emails qu'on regrette le plus d'avoir appuyé sur "send" (= valeur littéraire ajoutée, à posteriori.)

    @Val: cherche dans les archives à ta mére («il était une fois un petit lutin qui s'ennuyait beaucoup...», prose de 5ème année, avec dessins) ou appelle, qui sait, un vieil ex («mon âme chevauche les papillons tel une licorne... qu'est-ce que c'est donc, est-ce l'amour, pétales de roses cortèges? Ou le bacon de mes leurres proscrits?») Gnak

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  21. @Je-Me-Moi/Clarence : ma mère n'a rien, ça, c'est très très officiel.

    Je pense qu'à l'âge où j'aurais pu me prendre pour une powette, j'étais plutôt occupée à ''composer'' des tounes en me prenant pour une musicienne grunge dépressive.

    En gros, ça donne des chansons de 4 accords qui ressemblent à du Nirvana mais en plus mauvais et avec des paroles en anglais langue seconde du style ''thinking about you brings me down / I'm a victim of my own / I'm sinking under my suicide ideas / My life is over now / I've crashed my car on a brick wall''. J'exagère même pas, j'y vais de mémoire.

    Le bon vieux temps, quoi!

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  22. J'ai trouvé!!!

    http://valgod.blogspot.com/2011/09/la-tag-de-boules-mites.html

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  23. Quelle bonne idée! Impossible de participer par contre, c'est certain que je n'ai rien gardé... Je me souviens de textes (datant de la fin du secondaire) racontant l'histoire d'une peintre qui devient aveugle suite à un accident. Celle d'un homme qui voit sa vie défiler alors que son avion s'écrase ou celle d'un soldat de la 1ere guerre mondiale, qui rentre chez lui après avoir été enterré vivant. J'avais le sens du tragique, y'a pas à dire! ;)

    Au cégep je suis passée en art visuels, mais là aussi, je n'ai rien conservé. Je ne sais pas pourquoi je suis incapable de garder. Je jette tout, périodiquement. Textes, peintures, sculptures, dessins... Il y a 4 ans, j'ai éliminé presque toutes mes photos des 10 années précédentes. J'aurais une psychanalyse à faire là dessus!

    Peux-tu croire que je gagne ma vie à travailler pour le service des archives d'un musée?
    Life is funny.

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  24. Voilà, pouésie...

    http://lepamphletparu.blogspot.com/2011/09/toxines-tag-avec-saint-henri.html

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  25. je me farcis une 2e carte de visite parce que j'en ai trouvé un autre, plus ancien, plus régressif, plus tout. Et voulais essayer l'aspect "moins de contexte possible" de la contrainte. Vrai, ce récit d'épouvante tient TELLEMENT debout tout seul :

    http://allworkandnoplay2.blogspot.com/2011/09/realest-shit-tag2.html

    signé: un auteur des plus cohérents.

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  26. Fléau's on the blog man! http://patty0green.wordpress.com/

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  27. Ben criss, I'm in.

    (Aille, j'ai mal)

    http://lasymptote.wordpress.com/2011/09/14/la-tag-de-boules-a-mites-ou-la-honte/

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