L'autre jour, on était une gang à se mettre des chansons sur ce site qu'on m'a fait découvrir récemment, THE LISTENING ROOM, et à jouer au DJ comme ça, m'est revenue cette anecdote un peu pathétique.
Mon ami Alex était DJ au Balafré, un bar qui n'existe plus maintenant, qui a été remplacé par La Distillerie, au coin de Sanguinet et Ontario, juste en face du cégep du Vieux, et il m'avait demandé de le remplacer pour une soirée, parce qu'il devait donner un show ce soir-là. J'ai accepté avec plaisir, parce que j'ai toujours adoré ça mettre de la musique et imposer mes choix aux autres, dans les partys. Je n'avais aucune expérience, mais qu'à cela ne tienne, je me suis présenté sur place à l'heure prévue avec l'enthousiasme du puceau et la chance du beginner. On m'a rapidement expliqué comment ça fonctionnait et, je veux dire, ce n'était pas la fin du monde: deux lecteurs CD indépendants, une console de son assez rudimentaire, deux ou trois boutons à maîtriser. J'avais une bonne paire d'écouteurs et une bonne discographie prête à faire la job. J'étais nerveux, mais en même temps j'avais confiance en mes choix. Sans trop de set-list précise, avec la vague idée d'y aller plus rough et plus fort à mesure que la soirée avançait, je me suis lancé et ça a commencé comme une tonne de brique avec du Sonic Youth... qui a joué pour moi et la serveuse puisqu'il n'y avait personne d'autre. Pas grave, elle lavait ses tables, je groovais en cherchant ce que j'allais mettre ensuite. J'ai enchaîné les pièces les unes après les autres et je regardais dans les fenêtres du bar pour voir su les gens qui passaient allaient être attirés par mon beat. The Flaming Lips, The Cure, The Clash, The Pixies, les chansons défilaient, toutes meilleures les unes que les autres, mais personne n'entrait dans le bar. Je groovais tout seul derrière mon petit comptoir pendant que la serveuse comptait ses rouleaux de change. À un moment donné, trois gars sont finalement arrivés pendant que du bon vieux Peter Gabriel jouait et ils se sont installés à une table. La serveuse s'est empressée d'aller prendre leur commande et ils se sont mis à jaser sous la musique. J'observais du coin de l'œil leurs réactions, je cherchais à voir si leurs pieds bougeaient en rythme. J'étais anxieux de leur plaire et je voulais les surprendre et les faire sortir de leur zone de confort aussi. Modest Mouse, Broken Social Scene, Nick Cave, j'étais prêt à toute éventualité, je pouvais mettre The Roots et tout de suite après les Beatles, je me comprenais dans mon mix et ça marchait. Si la toune finissait dans un fade, comme un pro je maniais la console pour faire embarquer la suivante au bon moment pour qu'elles se chevauchent. Je commençais à aimer ça pas mal, ça me faisait sentir puissant, même devant juste trois dudes qui au fond semblaient pas mal indifférents à mon ambiance, quand un des trois s'est levé et s'est approché de moi. Comme un vrai, j'ai avancé le menton vers lui en enlevant un seul écouteur et je l'ai écouté en continuant à tchéker mes CD, mes options. Il m'a dit:
-Eille man, c'est cool ton set, mets-moi kekchose de bon là, kekchose que j'vas triper là.
-Comme quoi?
-Kekchose que j'vas virer su'l'top là.
-T'as-tu une idée en tête?
-Ché pas, man, ch'te fais confiance, mets-moi kekchose que j'vas faire comme, oh, dude, ta yeule, malade man.
-Euh.
-Mets moi kekchose de vrai, man, de juste genre wow.
-Euh, ok. J'vas essayer de te trouver de quoi.
Et il est reparti s'asseoir, non sans m'avoir fait un dernier thumbs up de dos en marchant vers ses amis. Le stress a embarqué et je me suis mis à chercher dans mes affaires pour le satisfaire. La chanson de Bowie était sur le point de finir et je n'avais pas encore trouvé. En tournant les pages de ma grosse pochette à CD, je suis finalement tombé sur KID A et je me suis dit pourquoi pas, j'espère que ça va marcher. Alors juste quand Five Years finissait, j'ai embarqué le beat d'Idiotheque et j'ai monté le son tranquillement, pour créer l'impact désiré. T'aurais dû voir le gars. Il a capoté. Il s'est retourné vers moi avec un énorme sourire et ses deux pouces levés et il a commencé à groover en rythme en me fixant. Je lui ai souri en retour et lui et ses amis se sont mis à écouter la chanson en bougeant les pieds et les épaules. Ils continuaient à discuter, mais je savais que j'avais bien fait ma job. Pendant que je me replongeais dans mes disques avec une bonne idée de ce que j'allais mettre ensuite, une minute à peu près avant la fin de la toune, j'étais confiant et j'avais du fun. Quand je me suis retourné, le gars était à deux pouces de ma face. J'ai presque fait le saut. Il me regardait avec des yeux exorbités et il m'a dit:
-R'mets-la.
-Quoi?
-R'mets-la, man, c'est trop bon.
-Tu veux que je remette la même toune?
-R'mets-la, man.
Ils étaient mes seuls clients, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre? J'ai remis Idiotheque. En appuyant comme un débutant sur le bouton double flèche avec une barre du lecteur CD. Il y a eu une seconde de silence et le beat est reparti. La serveuse lavait des verres et j'ai vu ses yeux se lever et se pointer sur moi. De loin, j'ai levé mes épaules, en signe de qu'est-ce tu veux j'fasse, y me l'ont r'demandé. Les gars ont fini leur pichet pendant la reprise de leur toune et sont partis en ne me disant même pas bye. La serveuse s'est avancée pour ramasser les verres et le pichet vide et elle en a profité pour venir me voir et me dire bon ben ch'pense qu'on va closer. Il n'était même pas une heure du matin, et mon ami Alex ne m'a jamais redemandé de le remplacer.
Ce texte c'est comme si j'y étais! Nice job :)
RépondreSupprimerContente que tu fasses partie de la gang de la listening room :) et que ça t'inspire en plus! ;)
RépondreSupprimerark ça donne ben un fucking logo laid! (wordpress)
RépondreSupprimer:)
RépondreSupprimerTu donnes le goût d'écouter tes mix.
Pis je pense que tu as de petits accents de trop sur tes ''là'' de la fin...
Yep, t'as ben raison. Je suis mêlé je pense.
RépondreSupprimer@Val: corrigé, merci!
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