Je lis les nouvelles d'Hemingway.
C'est bizarre lire Hemingway.
Lire Hemingway, c'est un peu comme un statement.
C'est un peu comme entrer dans un parti.
Ou en tous cas, énoncer sa position.
Kès-tu lis?
Hemingway.
Kès-tu fais?
Je lis Hemingway.
Pour qui tu votes?
Hemingway.
Tu fais quoi comme job?
Je lis Hemingway.
Ya-tu kèkchose après la mort?
Hemingway.
*
(Avez-vous un(e) écrivain(e) qui vous donne cette impression?)
Bukowski. J'attends impatiemment ton livre; un mix entre Bukowski et qui?
RépondreSupprimerDans le dernier Allen, Hemingway rappelle d'une manière un peu brutale au protagoniste qu'il est un écrivain et qu'il devrait pouvoir donner franchement son avis sur une question esthétique, parce que les écrivains observent et que c'est dans leur nature de comprendre certaines choses intuitivement.
RépondreSupprimerC'est con, mais depuis, comme littéraire, j'ai plus d'assurance dans les situations sociales qui impliquent d'ordinaire une certaine gêne, pour nous, gens des lettres. Le portrait d'Hemingway me permet de rappeler que j'ai beau être moins bien habillé ou riche que la faune urbaine m'entourant, c'est «moralement que j'ai mes élégances» et j'ai les couilles bien plus pesantes, du fait de mon vocabulaire et de mon style.
La littérature c'est viril et sexy, la littérature ça me bouille, la littérature, c'est pas pour les mauviettes, la littérature, c'est métaphysique et la métaphysique, c'est politique, alors que toute bonne politique réside d'abord dans sa poétique. La littérature, c'est le brut. La littérature, ça fracasse l'abcès de l'inanité purulente et faiblarde du publicitaire prétentieux. La littérature, ça te mystifie l'arriviste pompeux et te le pétrifie dans ses jugements mercantiles. La littérature, elle te permet, à toi, l'initié, de devenir aussi magique qu'un Wilde et aussi pugnace qu'un Hemingway, elle te permet de fracasser intellectuellement ce petit morveux de comptable qui pensait te ridiculiser avec ses petites attaques mesquines et hygiéniques. La littérature ça te le met au tapis social avec le jab d'un Hilton, la maestria d'un Ali et la vitesse d'un Marinetti, tout ça, avec le punch de ta langue.
Et pendant qu'il nage dans sa fange, tu te retournes, tu le regarde même pas, pis tu frenches sa blonde.
En partant, si tu es gentil, tu peux lui laisser, en lui lançant, aussi, avec nonchalance, la petite plaquette poétique avec laquelle tu étais arrivé.
Merci Hemingway.
@MJ: un mix entre Bukowski et Colette.
RépondreSupprimer@L'engagé: J'aurais (vraiment) pas dis mieux. C'est (exactement) ça. Merci Papa indeed. Reste juste à pas se démembrer la tête avec un shotgun.
Tu connais The Great American Novel de Philip Roth? Y a des scènes vraiment drôles avec Papa Hemingway là-dedans. Ça fesse. Je te le recommande chaud d'vant.
Ouah, c'est beaucoup de choses, la littérature!
RépondreSupprimerL'auteur qui me donne le plus cette impression d'enrôlement, c'est Kafka, et ça me fait rire parce qu'en pensant à ce que j'allais te répondre, j'ai imaginé Kafka, chétif, inquiet et perdu dans son veston, tremblotant devant le bout du canon d'Hemingway, et qui lui lance "Non, Papa, non! Ne m'oblige pas à passer la nuit dehors!!!" Et Papa Hemingway est le destinataire de la fameuse Lettre au Père, et ça devient un peu délirant tout ça...
RépondreSupprimerPlus sérieusement, il y a peut-être une parenté entre Hemingway et Kafka. Hemingway, c'est la théorie de l'iceberg, le sens enfoui sous les mots qui invite à l'interprétation, et Kafka aussi c'est un peu ça... on ne peut s'empêcher d'en faire une lecture allégorique, et on n'arrive jamais à fixer l'interprétation...
Bon, Ihab Hassan le formule un peu différemment dans The Dismemberment of Orpheus (1971). Deux auteurs, dit-il, qui tendent vers le silence... D'ailleurs c'est un essai assez intéressant à lire aujourd'hui, avec tous ces textes récents sur les écrivains négatifs...
Bref, moi c'est Kafka.
Excellente observation, Simon. Par contre, j'aurais tendance à croire que chez Hemingway, justement, il y a un richesse dans le premier degré, dans le "ça dit ce que ça dit" qui s'oppose à l'iceberg kafkaïen.
RépondreSupprimerMerci pour la recommandation. J'aime vraiment venir ici, c'est plus grand qu'ailleurs. y'a comme plus d'air.
RépondreSupprimerParlant d'espace, j'ai entamé le recueil de Bock, grâce à vous. Et vous aviez raison, j'ai commencé par lire le dictionnaire...