lundi 31 janvier 2011

Mathilde en dernier (VIII)

Je me suis souvenu de notre premier Noël en tant que couple, à cette époque elle ne me reprochait pas encore cette lourdeur de mes pas qui allait devenir un de nos multiples prétextes d’engueulades. Sa mère portait une robe de lin blanche, un peu hippie, un peu kibboutz. Elle refusait qu'on dorme ensemble dans la chambre de Mathilde et j’avais été relégué au sous-sol, sur un divan-lit, avec les araignées et l’odeur de pisse de chat qui régnait dans toute la maison, mais avait vraiment son château fort ici. Ça puait dans les coins des murs, ça puait dans ce petit réduit qui se tassait sous l’escalier et qui servait à la fois de rangement (qui avait dû leur servir pour la dernière fois bien avant la naissance de Noël, le frère cadet de Mathilde) et de débarras pour des jouets et des poupées ayant perdues leur raison d’être. 
Il y avait des toiles d’araignées dans tous les coins. Je me souvenais avoir pensé que c’était normal, que la maison avait été pratiquement laissée à l'abandon durant presque trois ans, pendant leur séjour aux États-Unis, que c’était normal qu’il y ait eu du relâchement, mais en même temps je pensais que ça faisait déjà longtemps qu’ils étaient revenus, que ce n’était pas normal de se laisser aller comme ça. 
Plusieurs années plus tard, Mathilde allait se pendre juste à côté de ce même pseudo lit sur lequel j’avais brièvement cru pouvoir me masturber faute d’autre soulagement à mon envie sexuelle dévorante. Je n’étais pas allé bien loin en me rendant compte que ça craquait de tous bords tous côtés. Plusieurs années plus tard, en se pendant à cette poutre de soutien surplombant le foyer, Mathilde allait agoniser en souhaitant avoir fait une erreur de calcul, en espérant que la corde ou la poutre allaient céder, elle allait mourir en jetant un dernier regard sur ce sous-sol dont elle avait honte, quand elle faisait preuve de mauvaise foi (quand elle refusait par exemple de faire le lien entre l’odeur dégueulasse et le fait qu’elle avait non pas un, mais trois chats; à une époque elle en a eu cinq en même temps), et qu’elle refoulait quand elle se sentait trop fatiguée pour s’en occuper. C’était après tout un éternel recommencement, que de s’attaquer à la propreté dans cette grande pièce mal meublée, mal tapissée, humide, qui sentait un mélange de pisse et de ce que l’année 1974 avait dû sentir, avec toutes ces teintes de brun et de orange, toute cette palette de camaïeux dégoulinants. C’était l’endroit où Mathilde allait mourir.

dimanche 30 janvier 2011

Brève

Je suis en train de développer une étrange douleur chronique: j'ai mal au pouce, plus particulièrement au-dessous de l'ongle du pouce gauche, celui qui retient le livre ouvert quand je le tiens d'une seule main, comme ça:


Petit drame du lecteur.

Et c'est sans parler de la douleur infime que je commence à ressentir quand je tape à l'ordi, parce que je n'ai pas mon, comment t'appelles ça, mon doigté, mon "tape touche", et je ne sollicite que les pouces et les index de chacune de mes mains. Ok, parfois je me gâte, je me paye un SHIFT avec l'annulaire gauche, comme je viens de le faire pour taper SHIFT en majuscules.

samedi 29 janvier 2011

Mathilde en dernier (VII)


I                         II                      III                           IV                         V                                  VI

Il faisait tellement froid que je ne me suis même pas aperçu que j’avais dépassé Beaubien. Comme mon rendez-vous avec Victor était sur Laurier, j’ai fait demi-tour, vite et lentement à la fois, me souvenant d’une fois précise où je m’étais retrouvé dans une situation similaire, mes bottes de jeune adolescent plantées dans la neige hargneuse, sèche, solide d’un immense champ en bordure de l’autoroute 10. Le blizzard s’intensifiait autour de moi et je sais que c'est con, mais je m’étais prononcé le mot Agaguk, pour me donner du courage et de la légèreté. Ce soir-là, la route avait été longue et comme rugueuse, mais je n’avais pas eu à faire demi-tour, je n’avais eu qu’à continuer, qu’à braver le froid dans et vers un but : la maison familiale, où mes parents m’attendaient avec sinon un bol de chocolat chaud, du moins une exclamation de surprise affectueuse du genre : "qu’est-ce tu faisais, tu vas être malade". J’avais quatorze ans, peut-être moins, et je n’avais pas été malade. 
De la même manière, je voulais me convaincre, maintenant, au centre de cet air immobile, stagnant, tellement froid que même les bancs de neige semblaient frigorifiés, que je ne serais pas malade. 
L’intérieur des oreilles a commencé à m’envoyer des akufen, mêlés d’une douleur qui ressemblait effectivement à un son. Je me suis demandé si je n’allais pas rester pris, en train de me retourner, une sorte de femme de Loth habillé en parka et le cou enroulé d’un foulard de laine que la mère de Mathilde m’avait tricoté pour un anniversaire semblant lointain. Tout ce qui avait rapport de près ou de loin avec Mathilde me semblait distant, éloigné, mais j’avais comme la chance de tout percevoir à travers les verres grossissants d’un de ces accessoires qu’on utilise sur un belvédère, pour regarder le panorama, et dont le nom m’échappait. 
Elle portait des vêtements que sa mère confectionnait,  imperméable à ce désir adolescent de renier ses parents et leurs valeurs, même à l’âge où toutes ses amies commençaient à s’habiller comme des publicités ambulantes. Je me rappelais de ces gros chandails de laine, de ces tuques, de ces mitaines colorées, qui faisaient alterner le rouge et le jaune et le vert et le bleu. Pour moi, c’était un peu magique, un peu féerique, comme des pièces de vêtements sorties d’un conte pour enfants allemand, ou encore d’une vision de patinoire et de ruelles de la rue Saint-Urbain de la deuxième Guerre Mondiale. Mathilde affectionnait les créations de sa mère et, même si je n'ai jamais ressenti d’attirance particulière pour des bas qui me surchauffait les pieds, j’acceptais sans rechigner (non c'est faux, ce n'est pas ça : sans avoir à forcer un sourire, j’étais reconnaissant, je l’étais sincèrement) les cadeaux que sa mère me donnait, et plus tard qu’elle me faisait parvenir de Zurich, cette ville où elle était repartie vivre, après plus de vingt-cinq ans d’absence. 
J’ai toujours beaucoup transpiré des pieds, et j’ai également toujours eu tendance à user mes vêtements trop vite. Les bas de laine de Liv me démangeaient et finissaient plus tôt que tard par s’effilocher aux talons. Elle se trompait de longueur toutes les fois. Je me retrouvais avec les talons derrière les chevilles, et je me retrouvais avec des paires de bas inutilisées dans le premier tiroir de ma commode. 
La mère de Mathilde m’aimait bien, je crois, j’ai eu avec cette femme des discussions précieuses dont je garde un souvenir vraiment chaleureux, et pourtant on ne s'est pas adressé la parole aux funérailles. D’une certaine façon, elle était bien plus proche de moi, par son côté intellectuel, que sa fille. Elle savait beaucoup de choses et c’était une interlocutrice impliquée. Mathilde n’a jamais été passionnée par les longues conversations studieuses et spécieuses. 
Quand je pensais à elle, je pensais à une instinctive. À une personne qui sait comment vivre, qui n’a pas besoin de se poser la question sans arrêt : est-ce que je vis correctement? 
Ses gestes étaient efficaces, mais pas calculés, elle bougeait bien, elle savait se déplacer dans l'espace, comment l'occuper, elle savait comment marcher sur un plancher de bois franc sans le faire craquer et sans que ses talons ne fassent un bruit d’enfer. Moi, quand je marchais, j’étais un vrai éléphant. Mes parents m’avaient tellement appris à ne pas me traîner les pieds que j’avais développé une propension à claquer le sol avec le talon dans un pas régulier et lourd. Un pas qui ne se traînait peut-être pas, mais qui faisait claquer les tasses de porcelaine du buffet contre leur soucoupe, menaçant leur fragilité.

vendredi 28 janvier 2011

En hommage à mon blogroll, ou une autre série dont le titre se termine avec un chiffre romain entre parenthèses (I)

Voici les raisons pour lesquelles je lis qui je lis. Et pourquoi vous devriez les lire vous aussi. Je vais procéder par ordre alphabétique, donc en commençant avec les chiffres.

12h26
 

"Sara", une jeune femme de Trois-Rivières, se décrit en haut à gauche de votre écran comme quelqu'un qui dessine sur les pupitres pour rétablir le karma de l'univers. Le ton est donné, d'entrée de jeu on nage dans l'ambigüité: s'agit-il là d'un "projet" occulte, ou de la reconnaissance "à priori" (faite d'une douce ironie, d'une douce, le dirai-je?, oui, mélancolie) de l'impossible contenu implicitement dans une telle éventualité? Il n'y a pas de doute dans notre esprit, la jeune blogueuse est consciente de ce paradoxe, en joue et s'en joue. De là, de ce pré-texte semi-permanent, de ce "Qui suis-je" d'ouverture, découle ce dialogisme bakhtinien, travaillé, taillé, sémantiquement chargé, qu'elle exploitera volontiers dans ses billets. "Sara" est ambitieuse et paresseuse, elle est perfectionniste et laxiste, elle est franche et ironique. Il n'y a pas de résolution, en forme de synthèse, chez elle, son écriture n'est pas tant dichotomique que dialectique, ou plutôt, devrais-dire, restituant à l'adjectif sa qualité substantive, son écriture est une dialectique, au centre de laquelle son ego scriptural représente à la fois la réponse et la question, l'interrogation et les conclusions (hâtives ou perplexes), l'éthos socratique et la posture platonique.
Elle persiste et signe, assez rarement dois-je le préciser (elle qui est loin d'être assidue dans son utilisation du médium) de longs ou de courts billets teintés d'une forte dose d'auto-jugement, d'auto-conscience, voire d'auto-critique. D'ailleurs, son manque de régularité est mis en scène dans les billets eux-mêmes, plus souvent qu'autrement à travers l'utilisation d'une forme ou d'une autre de "menace" (à nuancer) d'arrêter d'écrire pour des raisons de fatigue intellectuelle ou de sentiment d'inutilité. On retrouve dans "12h26" de multiples exemples de cette figure du "à quoi bon" qui, encore une fois, je tiens à le répéter, ne saurait être réduite à une simple stratégie, à un simple trope émotif, à un chleuasme facilement détectable.
Bien saisir cette figure récurrente, palpable mais évanescente, implique de préciser que l'apport de "Sara" à la blogosphère, à l'écriture telle que la blogosphère l'a redéfinie, est ancien, pratiquement aussi ancien que l'invention du terme "blog" lui-même. "Sara", du haut de ses quelques vingt-trois ou vingt-quatre ans, trône en effet au sommet d'une génération qui n'a pas connue une transition "vers", mais bien une éducation "au" 2.0. Elle participait à la création d'un réseau, d'une constellation d'écrits oscillants entre le journal intime et la programmation en html à l'époque des premiers "réseaux sociaux" comme LiveJournal ou MSN. Alors que nous (moi) apprenions à nous "créer" une adresse courriel dans les cours au CÉGEP, "Sara", probablement en fin d'école primaire, clavardait allègrement et buvait du java pour rester éveillée et pratiquer ses émotikons.
À la lecture des différentes entrées de "12h26", on reste subjugué d'abord par la qualité de l'écriture, qui se reflète, entre autres, dans la parfaite harmonisation entre les niveaux de langages, oraux et soutenus, ainsi que dans la puissance renversée de certaines métaphores, que je qualifierais de quotidiennes. Il y a chez "Sara" une forte dose d'instinctif et de spontané, de "sérieusement cabotin" (à nuancer) qui n'est pas sans rappeler certains passages d'une œuvre comme celle d'un Dave Eggers (AHBWOSG). Quelque chose d'ambitieux, aussi, qu'il serait négligent de ne pas souligner, et qu'on retrouve, dissimulé ici et là dans sa palette narrative, bien sûr, mais également inscrit dans ses efforts réitérés et explicites d'accomplir quelque chose, de réaliser des projets à travers l'application d'une discipline. On a qu'à penser à ses participations au NaNoWriMo et au BEDA, deux de ses manifestations virtuelles dignes de mention.
"Sara" a ouvert "12h26" en juin 2008, sans tambour ni trompette, cet espace ne représentant pas pour elle la nouveauté, mais bien la continuation normale d'un projet à long terme qui semble sans cesse sur le point de se terminer. "12h26" est-il menacé de s'écrouler sous le poids d'un karma déréglé? Qui sait? Sa dernière entrée, qui inclut en intitulé la citation tronquée, attribuée à une instance pronominale floue, "Vas-y, disparais!" date déjà d'une dizaine de jours. Je souhaite qu'elle ne disparaisse pas. Elle qui traîne dangereusement en bas de mon blogroll.

-Une appréciation de Clarence L'inspecteur
Saint-Henri, le 28 janvier 2011

jeudi 27 janvier 2011

P'tit jeu littéraire

Un jeu le fun à faire si on a une demi-heure à perdre à regarder nos tablettes de livres. J'ai pêché ça chez Ma Mère, et j'invite les autres à participer, bien entendu.

Répondre aux questions suivantes avec des titres de livres:

Décris-toi : Sexus, Plexus, Nexus, Henry Miller (hum hum)

Comment te sens-tu : Comme dans un film des frères Coen, Bertrand Gervais (yep)

Décris là où tu vis actuellement : Bonheur d'occasion, Gabrielle Roy (évidemment)

Si tu pouvais aller n'importe où, où irais-tu : Home Sweet Home, Mordecai Richler (nothin' like it)

Ton moyen de transport préféré : The Tokyo-Montana Express, Richard Brautigan (tchou-tchou)

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : Va savoir, Réjean Ducharme (yup)

Toi et tes ami(e)s, vous êtes : Beautiful Losers, Leonard Cohen (ô boboy)

Comment est le temps : Snow White, Donald Barthelme (brrrr)

Ton moment préféré dans la journée : 37,2 le matin, Philippe Djian (hummmm ouiii)

Qu'est ce que la vie pour toi : Infinite Jest, David Foster Wallace (lol)

Ta peur : Heart of Darkness, Joseph Conrad (the horror, the horror)

Quel est le meilleur conseil que tu as à donner : Everything Matters, Ron Currie Jr (ok?)

Pensée du jour : Been Down So Long It Looks Like Up to Me, Richard Fariña (déguedine)

Comment aimerais-tu mourir : Un homme qui dort, George Perec                                                                       ( ___________________________ )

La condition actuelle de ton âme : Love, etc., Julian Barnes (hhhaaaa)

mardi 25 janvier 2011

Mathilde en dernier (VI)

I                       II                            III                                IV                                       V  

J’étais plus ou moins en train de me formuler tout ça de cette façon un peu ampoulée quand tout est soudainement devenu clair. Il fallait que je fasse de Mathilde, du brouillard qu’avait été sa courte vie, quelque chose d’intelligible, un récit, un conte, je ne sais pas, une allégorie qui aurait un début, un milieu et une fin. Et qui, au contraire de la vie elle-même, relierait le début et la fin dans un schéma parfait de conséquences et de causes et d’explications précises.
Je ne savais pas si je le faisais pour moi ou pour elle, mais elle était morte et elle s’en foutait. Après tout, j’étais un non-croyant convaincu. J’allais faire moi-même l’effort d’expliquer Mathilde et par là même justifier son geste ultime : je voulais lier sa mort à sa naissance et vice-versa. Ça me semblait être tout à la fois une forme d’hommage et une forme de rédemption.
Je me suis frotté les joues avec les mains après avoir perdu avec moi-même un pari qui m’empêchait de le faire pour encore une minute quarante-trois secondes.
J’ai senti que je ne sentais plus rien, que mon visage était devenu un pansement appliqué sur la peau morte d’un grand brûlé. Il faisait si froid que les automobiles semblaient circuler toutes seules, comme si l'espèce humaine n’avait pas survécu ou quoi. Je me suis senti comme le seul individu assez con pour être dehors par ce froid et en effet, j’ai remarqué qu’il n’y avait plus de piétons nulle part, nulle part autour de moi. J’ai pivoté sur mon centre de gravité, sur mes pieds et sur mon cerveau en train de geler.
Soudainement il n’y avait plus que moi dans la rue, dehors, sur la planète entière. Ça ne m’a pas fait peur, parce que je savais que j’étais quelqu’un qui aimait parfois à se croire soudainement seul et abandonné, ne serait-ce que pour savourer l’apparition d’un ami, d’un coup de téléphone, ou d’un e-mail. J'étais le genre de garçon qui croit n’avoir besoin de personne, mais qui au fond est seulement trop paresseux, ou trop égocentrique, pour faire l’effort d’aller vers les autres, qui attend aimable et impatient que les autres viennent vers lui.
Je me retrouvais seul sur la rue et je me suis promis d’être sincère et vrai dans ma démarche, de me donner entièrement à Mathilde comme je n’avais jamais réussi à le faire quand elle était vivante. Sans pouvoir l'éviter, je me suis dit qu’au fond, au fond très profond de mon inconscient, je le faisais pour moi, que je faisais tout pour moi, mais que cette fois-ci, c’était aussi faire mon propre procès. C’était une forme d’égocentrisme très poussée, très pure d’une certaine façon; c’était une forme de complaisance tellement détournée, tellement circonvolutionnée, que je n’étais pas certain d’en saisir tous les ressorts. Et pourtant ça me plaisait, ça me ravivait de comprendre que je me faisais accroire que j’allais finalement accomplir quelque chose pour quelqu’un d’autre que moi. Et j’étais persuadé que le simple fait de le comprendre m’absolvait, en quelque sorte.
Si j’avais seulement su, cet après-midi-là, dans quoi je m’embarquais, j’aurais sûrement fait demi-tour et je me serais réfugié dans une taverne. Ou j’aurais même pu entrer au Bière et compagnie si j’étais passé devant au moment d'avoir cette révélation, cette illumination : tu t’embarques dans quelque chose de trop gros pour toi. 
Et j’aurais pu me figurer, comme une métaphore visuelle de ce qui allait arriver, un immense océan en fureur en train de me faire disparaître sous des crêtes d’eau salée puissantes et gigantesque. Je me serais vu comme ce petit point insignifiant au milieu d’une tempête, au beau milieu d’un océan incommensurable, au beau milieu d’un torrent d’éléments beaucoup plus forts et surtout beaucoup plus importants que moi. Mais ce jour-là, il faisait trop froid pour que j’aie des révélations et il faisait juste assez froid pour me donner envie d’avoir des résolutions.

lundi 24 janvier 2011

Pro resto ficar claro

E porém
Lhe falei disso
Múltiplas vezes já

Em vários idiomas
Em diversos dialetos
De lingua presa
De lingua ferida
De lingua morta

Mas após tudo
Aprendi que
Na vida
A não ser o sentido
O resto fica claro

Souvenir

Bizarre. Ça fait deux romans que je lis qui font référence à cette maladie effroyable, virulente, virale, qu'on craignait comme la peste à une certaine époque, alors que tout le monde semblait à risque et que même le premier ministre du Québec se faisait transporter d'urgence à l'hôpital en hélicoptère ou quoi, pis que même la mère de Patrick Roy, il me semble, s'en était tirée de justesse, après avoir perdu une jambe.

Tout le monde perdait une jambe. Ou bien mourait en deux jours.

Tout le monde y laissait un membre.

La bactérie mangeuse de chair.

Le streptocoque A.

Ça faisait la une du Journal de Montréal à tout bout de champ, avec des images explicites, pis tout: UNE AUTRE VICTIME AU SAGUENAY: ELLE N'ÉPARGNE PERSONNE.


Je pense à ça à matin. Un peu peut-être parce que j'ai peur de perdre une jambe entre ma maison et la bouche de métro de la place Saint-Henri.

vendredi 21 janvier 2011

Mathilde en dernier (V)





Quand j’ai connu Mathilde, on était tous des adolescents au plus fort de la puberté. Je la croisais dans les corridors et je baissais les yeux. J’étais souvent seul et elle ne l’était jamais. Elle avait posé sa candidature pour la parade de mode que plusieurs boutiques de vêtements du Quartier DIX-30 avaient commandité. La seule fille de secondaire III à avoir été retenue. Je crois même qu’elle avait été la seule à oser se présenter.
Ce sont des souvenirs extrêmement lointains, mais vifs, vifs évidemment, d’une certaine façon, d’une façon floue et déformée, magnifiée. Je la croisais dans les corridors et je lançais mes yeux vers le sol, de peur qu’elle ne me foudroie, qu’elle ne me pétrifie. C’était la seule technique que j’avais trouvée pour ne pas figer sur place, pour ne pas échapper mes livres de deux tonnes, pour ne pas avoir à me pourfendre en excuses maladroites que j’aurais bafouillées dans un vide soudain créé par son départ. 
Je baissais les yeux et je continuais mon chemin en espérant qu’elle ramasse un papier imaginaire que j’aurais pu laisser tomber, style par inadvertance. J’essayais inconsciemment de ne pas lui montrer mon profil ingrat. J’essayais toutes sortes de trucs qui tombaient dans un puits sans fond d’inefficacité. C’est une des caractéristiques de la jeunesse (en tous cas de la mienne) de faire des signes qui nous semblent communicatifs, mais qui sont en réalité de petites trouvailles de subtilité complètement invisibles. 
C’était l’époque où je me plaçais dans des situations dans lesquelles je n’étais le centre d’intérêt pour personne d’autre que pour moi. J’avais l’impression que tout le monde s’apercevait que j’étais fou d’elle alors qu’aucun de mes amis ne s’en doutait. La subtilité de mes mouvements vers Mathilde était telle qu’ils ressemblaient à d’infimes pointillés imprimés en superposition sur une ligne continue. 
Pour moi, baisser les yeux vers mes souliers équivalait à un signe.
Pour moi, continuer mon chemin comme si de rien n’était voulait évidemment dire le contraire et je croyais au plus profond de moi-même que c’était clair, que c’était lisible. 
Elle arrivait à la polyvalente avec un manteau rouge vin et se séparait tout de suite de ses amies qui fumaient une cigarette à trois avant d’entrer. Elle n’a jamais fumé. Elle ne m’a jamais fait de remarques sur le fait que je fumais. Elle ne m’a jamais dit que je goûtais le fond de cendrier. Ni que j’avais les dents un peu ternies et le bout des doigts un peu jauni. Elle acceptait la cigarette comme on accepte le cancer, avec résignation et stoïcisme. Avec un silence presque complètement sincère. 
J’y pensais maintenant, c’est une des choses qui se découvrait à moi maintenant, à la lueur grossissante de sa disparition. Mathilde avait disparue de ma vie, de la vie de tout le monde, d’un seul coup, et c’est le genre de choses auxquelles je pensais maintenant, en la regardant ne plus être là, ne plus réagir, ne plus interagir, en pensant à elle comme pour confronter la réalité. De petits détails comme ce silence stoïque à propos de la fumée, de l’odeur, des maladies cardio-vasculaires, du cancer du poumon, du simple désagrément d’avoir à vider des cendriers, de petits détails comme ceux-ci m’apparaissaient comme amplifiés, des symboles de sa vie et des raisons de sa vie. Après la mort de quelqu’un, je me suis fait la réflexion en allumant une autre Benson & Hedges, on trouve des motifs, des récurrences, des agencements qui se recoupent, qui expliquent et qui replacent les pièces d’un puzzle auquel on ne croit même pas, fondamentalement. 
Je ne croyais pas en un ordre existentiel, en un pouvoir divin ou un karma régulateur quand j’ai rencontré Mathilde. Je n’y croyais pas plus maintenant, en cette journée tellement froide de décembre, quand j’ai bifurqué sur St-Denis et que j’ai continué à monter plus haut que Cherrier et que Marianne et que Mont-Royal et que mes joues se sont transformées en pâte à tarte feuilletée. Je savais très bien que je me trouvais dans cet état d’esprit rare qui se situe à mi-chemin entre le scepticisme borné et la crédulité naïve. Cet état d’esprit typique du deuil qui nous fait croire qu’on ne croit plus en rien, que plus rien ne veut rien dire, mais qui nous oblige du même coup à mettre un sens, une direction, à appliquer du savoir et de la connaissance à chacun des faits et gestes d’une personne qui a tout simplement cessée d’exister.

jeudi 20 janvier 2011

Now everybody! It's getting meta all the tiiiime... meta, meta, meeetttaaaa!!!

J'ai définitivement besoin de blogueurs pour écrire les versions/contraintes suivantes, histoire de poursuivre cette SUPERBE AVENTURE qu'est le remix des Exercices de Style, façon 2k ten/slash/eleven. On a presque atteint la moitié des 99 exercices proposés par Queneau et je vous rappelle qu'après, on continue à s'en inventer ad vitam etc. Des exercices à n'en plus finir, dans un avenir rapproché, qui vont avoir l'air de ça, par exemple:

MÉTASHIT (par Les Soubresauts)

Hier, dans le métro à la Station Berri-uqam, j’ai été contraint de courir pour embarquer dans le wagon. J’étais crissement pressé, il fallait absolument que je passe chez moi pour régler des trucs avant de me rendre à l’Abreuvoir plus tard en soirée. Les portes, drôle de coïncidence, se sont refermées sur mon sac Drawn and Quarterly. Hummm… J’ai regardé autour de moi pour sonder la réaction des gens qui étaient plutôt amusés, mais sans méchanceté. Assise à mes côtés, il y avait une jeune étudiante avec un iPod qui m’a dévisagé avec un air coquin. Je me suis dit que le mieux était d’agir comme si de rien n’était pour ne pas faire de vague et surtout, surtout, parce que je commençais à me rendre compte que je rejouais l’histoire dont nous sommes en train d’épuiser les possibles. Avant d’arriver à Sherbrooke, j’ai constaté que j’avais oublié de rendre à la Bibliothèque Nationale les disques de Nina Simone que j’avais empruntés et qui étaient déjà en retard.
— Je suis sorti du métro pour prendre la ligne orange en sens inverse.
Une fois à la bibliothèque, j’ai décidé d’y rester plutôt que de retourner chez moi. Je n’avais plus tellement le temps, et puis comme Lunar Park se trouvait dans mon sac, j’avais de quoi me tenir occupé jusqu’à ce que la nuit tombe. À un moment, un gars est venu s’asseoir à côté de moi et a ouvert son laptop. Je n’ai pu m’empêcher de l’épier. Il s’est rendu sur un site avec des flammes, un blogue genre vraiment dark, Flash Gordon contre-attaque. Il s’est mis à écrire un billet qu’il a intitulé exorcisme de style, surprises!, pis là, je me suis Ahhh man fuck hostie que c’est cool, tu parles d’une coïncidence. On dirait que, on jurerait que je suis dans, ayoye, et au moment où j’étais en train de penser qu’il y avait quelque chose de totalement métashit dans le déroulement de ma journée, la sonnerie de mon téléphone cellulaire, Cameleon des Headhunters, a retenti dans la salle de lecture. Je me suis dépêché de répondre pour ne pas déranger les autres. Le gars à côté m’a lancé un drôle de regard. Il a regardé son écran, ce qu’il était en train d’écrire, puis il m’a regardé à nouveau, son visage s’est déformé et il a pointé du doigt derrière moi. Une Asiatique en tailleur s’amenait vers moi d’un pas décidé. Fuck. C’était Clarence au téléphone. Il m’a dit Pis, Simon, ça avance les exercices de style? Pis là je lui ai répondu Man je peux pas te parler maintenant, je suis à la bibliothèque, mais je te rappelle, il faut que je te raconte quelque chose tu vas capoter.
Quand la femme est arrivée à moi, je l’ai regardé, inquiet, pis je l’ai supplié de ne pas me frapper. Elle a pris un livre qui traînait sur la table et j’ai levé le bras pour me protéger.

***
Ou à ça:

MÉTAGRUNGE (par Clarence L'inspecteur)

J'étais Clarence mais en même temps j'étais le chanteur de Cake. Il était Simon mais en même temps il était Eddie Vedder. C'était nous mais en même temps non. On marchait dans le corridor du métro vers les tourniquets mais en même temps on nous demandait de signer des poitrines ou des cuisses avec de l'encre indélébile. Il y avait un gars qui jouait du Bach sur son violoncelle mais en même temps il chantait une toune de Vitalogy. L'employée au guichet était grosse et brune mais en même temps elle était Pamela Anderson/slash/Brigitte bardot. Les néons du corridor étaient faibles mais en même temps ils m'aveuglaient comme des spots. Sur le quai il y avait une foule impassible mais en même temps toute l'attention était dirigée vers nous. On était des gars ordinaires mais en même temps on rockait la place. Quand le métro est arrivé on s'est dépêché d'embarquer mais en même temps il nous attendait. Un homme anonyme s'est glissé de justesse à l'intérieur mais en même temps il crowdsurfait avec élégance. Sa cravate s'est coincée dans les portes mais en même temps il tenait un micro de MC. Tout le monde s'en foutait mais en même temps tout le monde riait de ses jokes. Simon était l'humilité en personne mais en même temps ses raybans brillaient comme du bling bling. J'étais full timoré mais en même temps j'avais une dent en or et un anneau dans le nombril. Une fille juste devant moi nous reconnaissait pas mais en même temps connaissait toutes nos tounes par coeur. Elle fixait le gars à la cravate en riant mais en même temps elle me faisait de l'oeil avec un chandail bédaine. Le gars est sorti à Sherbrooke mais en même il a fini sa gig et il y avait pas d'autres premières parties. On était Clarence et Simon en route vers chez William mais en même temps on était un reunion tour méga band genre style le side project de Slash avec des membres de Cake et des membres de Pearl Jam et même Dave Grohl aux drums. On était debout et nos talons faisaient mal mais en même temps on suait de l'énergie et des bonnes vieilles vibes grunges. On est descendu à Henri-Bourassa sans la groupie mais en même temps Simon se faisait piper par elle dans la loge juste devant moi. William nous attendait mais en même temps il nous apportait la poudre. Il nous a fait visiter son appart mais en même temps on entendait Anne-Marie se piquer dans les coulisses. Je pouvais pas rester longtemps mais en même temps je glissais une enveloppe de cash dans la poche d'un policier en lui disant de se changer et de revenir. Je suis retourné au centre-ville sans Simon mais en même temps on crissait le feu au sofa. Je suis entré à la Bibliothèque Nationale mais en même temps je mangeais ma gérante en enculant mon attachée de presse. Le gars du métro était là mais en même temps il essayait de remanger aussitôt la fumée de joint qu'il rejetait dans l'air. Son téléphone a sonné mais en même temps je me foutais tellement de lui et de son band qu'on avait invité juste parce que le guitariste connaissait personnellement ma soeur. Une femme quelconque passait justement derrière lui à ce moment-là mais en même temps elle était Yoko sur la photo d'Annie Leibovitz. Elle lui en a crissé une bonne derrière la tête mais en même temps on chantait tous vraiment fort KISS KISS KISS, KISS ME LOVE! avec des voix de feluettes.
 

***

 Des volontaires, donc, s'il-vous-plaît, pour écrire:

-PHILOSOPHIQUE (Simon?)

-APOSTROPHE (Amélie P.?)

-MALADROIT (William?)

-DÉSINVOLTE (Patty?)

-PARTIAL (Amélie Crayon d'ardoise?)

-OLFACTIF (Sara?)

-GUSTATIF (Audrey?)

-TACTILE (Myriam?)

-VISUEL (Cannelle?)

Man y feste vu, por favor!

mercredi 19 janvier 2011

Digression académique

Ma thèse va se lire comme une histoire et une typologie (une typologie historique? une histoire typologique?) du romancier américain à travers ses représentations dans les romans. Ses différentes incarnations fictives, si on veut.
Il n'y en a pas eu tant que ça, des romanciers fictifs, dans la littérature des États-Unis, depuis le Pierre Glendinning de Melville (1852) jusqu'au fameux Nathan Zuckerman de Philip Roth (première apparition en 1979, exit en 2007) j'en ai recensé un peu plus d'une vingtaine. L'idée c'est d'analyser les textes dans lesquels ces romanciers sont mis en scène afin de mieux comprendre les postures intellectuelles et artistiques assumées par les romanciers réels auxquels ils font écho, pas dans une optique autobiographique (du genre le romancier fictif = alter ego de son créateur), mais dans une optique de réseaux créé à travers les époques et les discours.
Par exemple, le personnage de Josephine (Jo), dans le roman de Louisa May Alcott LITTLE WOMEN (qu'on connaît sous le nom des 4 filles du Dr March), en sa qualité d'écrivaine à la fois libre et empêchée de la seconde moitié du XIXe siècle, permet d'éclairer d'une façon inédite des postures aussi éloignées temporellement que celles de Sylvia Plath ou Edith Wharton.
Par exemple.
En tous cas, tout ça pour dire que je me suis souvenu la semaine dernière que le personnage principal de MISERY, de Stephen King, c'est un romancier célèbre qui se fait "sauver/kidnapper" par une fan complètement folle après un accident de voiture. Je suis donc plongé pour la première fois de ma vie dans un gros roman de King et, ma foi, j'aime bien. Je ne pense pas l'ajouter à mon corpus principal, mais c'est certain que le roman va figurer dans ma bibliographie.  J'ai déjà souligner plusieurs passages marquants sur le monde de l'écriture et de la création littéraire.
Et en plus, dans THE SHINING, c'était pas pour écrire un roman, ou du moins un bouquin, que Jack Torrance prenait la job à l'hôtel The Overlook?
Wow, y aurait-il deux romanciers chez Stephen King?        

mardi 18 janvier 2011

Mathilde en dernier (IV)




***

J’ai tout de suite pris à gauche sur la rue Sainte-Catherine en direction du Quartier Latin, en évitant de mon mieux les centaines de millions de décorations de Noël affichées et suspendues et accrochées sur chaque lampadaire et chaque panneau de la ville. Je tentais d’éviter du mieux que je pouvais les milliers de Pères Noël, gros et minces, qui quémandaient pour l’Armée du Salut. On se serait cru à New York, ou dans un film sur New York. Des clochettes. Des guirlandes flottaient et régnaient à la manière de multiples couronnes au-dessus de la rue en fête, et les passants semblaient heureux. Heureux comme des gens frigorifiés peuvent l’être, le rouge aux joues et les syllabes prononcées avec les consonnes en moins. 
Les passants parlaient entre eux et s’amusaient à contourner les guirlandes et les lumières éteintes durant le jour. J’ai lancé mon mégot entre deux sapins et l’ai regardé parcourir une certaine distance dans l’air avant de tomber au milieu de la rue. Je ne parlais avec personne et mes joues craquaient alors que les poils de mon nez collaient ensemble. La cigarette, je l’avais fumée en changeant de main et ça n’avait servi qu’à me les geler toutes les deux. Je portais un long manteau qui me descendait jusqu’aux genoux et qui se refermait style canadienne, avec de larges boutons nacrés, mais je sentais quand même le devant de mes cuisses exister et pomper du sang. 
En marchant, quand je croisais une vitrine je me regardais dedans, croyant que je donnais l’impression de regarder à l’intérieur des commerces. J’observais mes jambes, j’observais mon visage, mes bras, ma démarche, mon corps dans l’espace. Je me suis arrêté devant le Archambault et, dans le froid intense et presque humain dans sa méchanceté, j’ai jeté un œil rapide aux nouveautés. Un gigantesque poster me montrait Pierre Lapointe, sa bouille d’éternel adolescent, j'étais presque à sa hauteur et je me suis demandé si j’avais des chances de lui ressembler plus tard. 
Je tripotais mon paquet de cigarettes. Le froid de l’hiver entrait par les ouvertures entre les boutons de mon manteau et j’ai pensé sincèrement que marcher de reculons était une solution viable, voire magique, mais une dizaine de pas m’ont suffi pour me rendre compte que c’était à la fois déplacé et périlleux. J’ai frotté les flocons et les aiguilles de pins de mes épaules et en même temps, ça m’arrivait tout le temps ces derniers jours, je me suis souvenu que Mathilde s’était pendue et que je ne la reverrais plus jamais. Je n’ai pas pleuré, j’y ai juste pensé de façon rationnelle, je veux dire, intellectuelle, tout en créant une boucle dans ma tête, une boucle langagière, jusqu’à ce qu’elle perde son sens plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais plus jamais et l’impression que le froid diminuait n’a été que passagère.

Hélicoptère

Je n'ai pas accroché tout de suite sur le dernier album de Deerhunter, mais ce matin, en revenant d'un court exil au centre-ville (le temps que mon amoureuse donne un cours de français privé à un monsieur turc), en m'assoyant dans la 24 Sherbrooke, je me suis rendu compte qu'une chanson qui te donne le goût de sourire et de pleurer en même temps, c'est une chanson importante pour toi.



Je venais de lire les belles dernières pages d'un livre qui se termine sur la fin du monde avec les mots now anything, anything, anything is possible.

lundi 17 janvier 2011

Mathilde en dernier (III)

Je n’étais pas particulièrement beau. Les femmes me trouvaient drôle et peut-être un peu aussi, parfois, brillant. Le genre d’individu qui fait bonne impression partout où il passe, mais une bonne impression un peu pâle, un peu chétive. J’avais depuis l’adolescence une mâchoire particulièrement prononcée, ce qui m’empêchait de me ronger les ongles à cause de l’espace entre mes dents. Mon front était ce que les anthropologues appellent « fuyant », c’est-à-dire très incliné vers l’arrière, à la manière de certains de nos ancêtres hominidés. Habituellement un beau crâne est défini par sa rondeur, par la courbe sphérique de son profil. Or, le mien était assez plat. Je détestais me voir de profil. Me regarder sous cet angle équivalait à entendre ma voix reproduite sur un appareil enregistreur, ou un répondeur, ou amplifiée par un microphone. C’était comme me révéler une vérité sur moi que je préférais ne pas connaître. De face, bon, je n’étais pas si mal. Ça m’arrivait de poser devant le miroir. Je m’imaginais sur une pub de Calvin Klein ou de Lancôme et ça fonctionnait jusqu’à un certain point. Je veux dire, de face je n’étais pas si mal.

Quand j’ai rencontré Mathilde, elle était pourchassée, littéralement pourchassée, par une cohorte de prétendants. Nous étions tous deux en secondaire III et elle venait de changer d’école. Elle arrivait de New York où elle avait vécu trois ans avec sa mère, sa sœur Béatrice et son frère Noël. Parfois je l’entendais rire avec une ou deux de ses copines qui lui demandaient sans arrêt d’imiter l’accent des Américains essayant de prononcer les noms ultra francophones de sa famille.
Meuteeld.
Beeatreece
No-well.
J’en échappais mes livres tellement sa voix me touchait quelque part. Elle me transperçait le tympan et se glissait rapidement et subrepticement partout dans mon organisme. J’étais rempli de sa voix et de sa présence (plutôt de son absence) à un point tel que je rougissais à la simple mention de son nom à l’intercom. Nous n’avions aucun cours en commun. Je ne la connaissais pas. Elle arrivait de New York et sa famille était revenue s’installer en banlieue de Montréal, à Saint-Hubert, près de chez moi, à un ou deux kilomètres. 

Elle prenait son manteau, cet hiver-là, avec une sorte de modestie et de confiance en elle tellement développée, elle le prenait dans son casier et l’enfilait avec un tel raffinement – un léger mouvement du cou pour rejeter les cheveux vers l’arrière, une infime moue de concentration sur les lèvres, une poussée sur la chevelure avec les mitaines pour la faire sortir du col – que j’en échappais mes livres. À l’époque, on nous prêtait de gros bouquins de biologie et de mathématiques reliés avec on aurait dit du bois. Quand je les laissais tomber par terre, le son se répercutait jusqu’au Sri Lanka. J’étais maladroit, drôle, et pas particulièrement beau. Elle a tourné la tête vers moi et a relevé un coin de lèvre, juste un coin. Ensuite elle a déposé et enfoncé gracieusement une tuque sur sa tête, passé son pouce emmitouflé entre l’élastique et son front et s’en est allée en projetant son pack sac par-dessus son épaule. Mathilde, je crois, était une fille heureuse. En tous cas, elle était extrêmement belle. 

Du haut de ses vingt-six ans, muette, suspendue, morte, sereine, elle était encore extrêmement belle. Et c'était ça, le plus difficile à digérer, pour moi, c’était d’être obligé d’admettre qu’il avait fait du bon travail.

dimanche 16 janvier 2011

Courte rumination

Je suis parti très tôt, déçu de moi-même, un peu à cause des enfants, qui se multipliaient à une vitesse folle. J'avais l'étrange et absurde impression d'être "trop vieux" pour ce crowd de jeunes parents si beaux et si confiants, si compétents et si épanouis. "Trop vieux" dans le sens de ok, ces deux-là dans le coin, le jeune couple sans enfants, ils doivent feeler un peu bizarre eux aussi, comme moi, entourés de bébés de même, mais ils ont genre vingt-et-un ans, faque ils ont le temps en masse, mais moi, qu'est-ce que je fais ici, à trente ans, dans un party de belles jeunes familles avec de belles jeunes mamans qui arrêtent pas de me dire attends faut que j'allaite deux secondes pendant que je suis en train de leur raconter le dernier épisode de Toddlers and Tiaras pis de beaux jeunes papas qui louchent constamment vers leurs bébés en train de tourner dangereusement autour de la table de condiments pendant que j'essaye de leur expliquer pourquoi c'est plate qu'on aille pu de Wendy's nulle part en ville. Je me trouvais pathétique de penser inévitablement que j'étais comme dans mon droit, moralement parlant, d'être en train d'overdoser de cutitude, en buvant ma cinquième Pabst.
Je suis parti très tôt et j'y repense, à quel point j'aime ces gens, leurs enfants, leur bonheur, leur force quotidienne, leur profonde maturité, et j'ai comme cette image soudaine de moi, ce vieux souvenir de moi entre deux allées de la section des jouets du La Baie des Promenades Saint-Bruno. Je ne comprends pas vraiment où je veux en venir avec cette image, mais elle fitte ce matin, pour une raison ou pour une autre, elle me parle de moi. Je suis dans la section des jouets parce que ma mère m'a confié la mission d'aller récupérer mon frère plus jeune de quatre ans pour qu'on puisse continuer notre magasinage. Elle m'a envoyé en mission parce que j'ai passé l'âge des jouets du La Baie, je suis passé à autre chose, et elle sait qu'elle peut me faire confiance. J'avance entre deux rayons, entre deux étalages et j'appelle mon frère, je fais semblant de l'appeler avec insistance, les yeux simultanément braqués droit devant et dirigés sur les boîtes rutilantes de GI-Joes et de Transformers. Je fais semblant de ne pas regarder les emballages et les nouveaux modèles et les nouvelles couleurs. Je cherche mon frère lentement, longuement, longtemps. Je ne sais pas pourquoi ce petit garçon me fait tellement penser à moi.

***

Soit dit en passant: comme j'ai retiré les billets qui vont se retrouver dans mon livre sous une forme ou sous une autre, blogger m'indique que ceci est le 500e billet que je publie sur Saint-Henri. Wouhou!           

samedi 15 janvier 2011

Mathilde en dernier (II)

À l’intérieur de mon pantalon, dans une des poches, je sentais mon paquet de cigarettes et j’ai commencé instinctivement à le caresser du bout du doigt. Mes sourcils se contractaient au-dessus de mes yeux. Mon regard a bifurqué encore une fois vers son visage et je me suis dit que j’avais toujours cru qu’elle n’avait pas voulu mourir. 

Derrière moi j’ai senti une présence et en me retournant j’ai constaté que je n’étais plus le seul à m’intéresser au sort de Mathilde. Un couple de Japonais pointait du doigt et chuchotait et la femme voulait selon toute apparence prendre une photo quand un des gardiens du musée s’est approché et lui a fait signe que c’était interdit. Je dis Japonais, mais qu’est-ce que j’en sais. Dans leurs voix j’avais l’impression d’entendre beaucoup de t et de k, comme un vieux film de samouraïs, en noir et blanc. La femme faisait beaucoup de o avec sa bouche et l’homme bougeait ses bras avec une rigidité qui m’a semblé nippone. Je portais un long manteau d’hiver en feutre que je n’avais pas déposé au vestiaire. La femme tenait son appareil Nikon numérique à deux mains à la hauteur de sa poitrine. L’homme bougeait les bras avec une efficacité contagieuse. J’avais envie de pouvoir bouger les bras aussi efficacement. Ils ont continué de murmurer des syllabes comme hachées dans du gingembre frais et je me suis éloigné en pensant que fumer une cigarette me ferait du bien. 

Le gardien se tenait près du couple, un peu en retrait, il avait l’air d’un homme extrêmement soucieux. Le regarder se tenir tellement droit me rappelait que j’avais mal aux reins et que je serais incapable de faire son travail. Juste avant de sortir de la salle d’exposition j’ai jeté un dernier coup d’œil à Mathilde, mais l’angle dans lequel j’étais ne me permettait plus de voir son visage. Le dernier détail auquel je me suis attardé a été l’étiquette de sa camisole, tirée avec un soin minutieux à l’extérieur du vêtement par une main d’artiste. Il y était écrit sans doute de ne pas mettre la camisole dans la sécheuse, de ne pas la laver à l’eau chaude, dans quatre ou cinq langues différentes. Connaissant Mathilde, c’était sûrement une camisole fabriquée en Amérique du Nord, par des ouvriers qualifiés et bien rémunérés. 

Je suis sorti en faisant de longs pas peu naturels, en enfonçant ma main vers le paquet de cigarettes avant même d’avoir franchi les portes du musée. L’air froid m’a attrapé comme une chose vulgaire et pas du tout digne d’un traitement de faveur. J’ai dû m’y reprendre à dix fois avant de réussir à allumer ma cigarette. Le vent soufflait en bourrasques en provenance du Yukon et les immeubles de Montréal étaient de bien piètres boucliers. J’entendais siffler les bourrasques entre les appartements et à travers les ruelles. J’ai inspiré et la fumée m’a fait du bien. J’ai compris aussi en m’éloignant du parvis du musée que ça avait été une bonne initiative de venir la voir avant la fin de l’exposition, une bonne initiative pour moi, pour mon repos, pour mon deuil, et je me suis rattrapé sur un poteau juste avant de glisser sur une plaque de glace.

vendredi 14 janvier 2011

Mathilde en dernier (I)

Je suis resté persuadé que Mathilde n’avait pas voulu mourir ce soir-là. De la voir punie comme ça, de cette façon grotesque et statique, n’y changeait rien : elle était non seulement innocente, elle s’était trompée, elle était tout bonnement devenue une erreur de calcul. Mathilde avait placé le pouf juste à côté du rebord de la cheminée, et ses orteils étaient graffignés comme si elle avait voulu se rattraper sur la brique. Le médecin légiste a révélé que des traces d’égratignures fissuraient légèrement les orteils des deux pieds. La poutre de soutien du plafond à laquelle était suspendu le crochet "aurait dû" céder, selon les experts, et le crochet lui-même était loin d’être fiable. Il servait à accrocher des lampes. Je veux dire, à accrocher des lampes. 

Ce soir-là, avant de s’enfiler le noeud autour du cou, elle a ouvert les rideaux de la fenêtre. À la fin de sa dernière conversation téléphonique, avec sa sœur, Mathilde a dit : "Tu peux t’en venir, j’écoute La mélodie du Bonheur".

Béatrice a pleuré en me disant ça.

Quand je suis allé voir son corps au musée, j’ai ressenti un choc étrange, comme si sa vie me rentrait dedans, sa vie à elle. Elle me fixait de ses yeux entrouverts, avec la corde artistiquement enroulée de manière à ce qu’on ne puisse distinguer le fil de fer qui reliait son corps au plafond de la galerie. Je la regardais en me demandant ce qu’ils lui avaient glissé à l’intérieur, pour remplacer les organes, pour maintenir le teint, pour préserver l’illusion de la mort récente. J’essayais de percevoir un trou, une tête d’épingle à la hauteur de son coude, qui aurait pu servir à injecter une sorte de sérum, un produit qui aurait servi à la garder belle. Elle n’était pas effrayante. Elle était simplement décédée.

Je me suis penché un peu plus vers la paroi vitrée qui me séparait d’elle et j’ai ressenti une communion. J’ai eu l’impression vive qu’elle me demandait quelque chose, qu’elle me suppliait de l’aider. Mathilde était immobile dans sa boîte en vitre et j’étais penché et mon visage atteignait à peine la hauteur de son nombril. Elle me parlait. Ses yeux me parlaient alors que les miens cherchaient un espace dans le creux de son coude, un petit renflement qui aurait pu m’indiquer que des spécialistes avaient bel et bien infiltré des seringues chaudes et fluorescentes dans sa chair. Le fil métallique l’empêchait de bouger, de tourner sur elle-même tranquillement. Elle était suspendue dans le vide à la manière d’un ange en pyjama, accrochée à sa corde qui la retenait sur terre. Ses pieds tombants pointaient le sol et le poil de ses jambes était rasé de frais. On l’avait exposé dans les habits dans lesquels elle avait été retrouvée : une camisole bleue pâle en coton dont l’étiquette avait soigneusement été sortie et une culotte de style garçon, un caleçon avec une fausse ouverture sur le devant. Bleu pâle également. J’ai essayé de pleurer, mais bon. Je crois que la dernière fois que j’ai pleuré, j’avais douze ou treize ans. J’étais couché sur le sofa du salon chez mes parents, seul. J’ai soudainement revu une image de mon père qui me faisait faire l’avion sur ce même sofa. J’ai éclaté en sanglots. Et depuis, plus rien.

Mathilde était parfaitement immobile, aucun mouvement n’était perceptible. Je me suis dit qu’ils avaient peut-être fait passer le fil de fer à travers son cou jusque dans son dos, qu’ils avaient peut-être remplacé sa colonne vertébrale par du fer, qu’ils ne pouvaient pas courir le risque qu’elle se mette à pivoter. Ses cheveux blonds cendrés étaient mouillés artificiellement, sûrement à l’aide d’une cire qui reproduisait l’effet d’une douche récente. L’enquête préliminaire a effectivement conclu qu’elle a prit une douche ou un bain juste avant de se pendre. Dans son peigne qui traînait sur le comptoir de la salle de bains, on a retrouvé des cheveux humides. Dans l’eau de la toilette, il y avait des rognures d’ongles que la chasse d’eau n’avait pas fait disparaître. Dans un des coins du miroir, il restait une trace de buée. Dans la poubelle, les policiers ont retrouvé une boîte de pilule anticonceptionnelle et il a été prouvé que Mathilde avait avalé celle du jour où elle est morte. Toute seule dans sa cage de vitre, elle était suspendue par une corde d’escalade exactement semblable à celle dont elle s’est servie. Je me suis relevé pour relire la légende sur le petit rectangle de plastique blanc qui jouxtait la vitre:

MATHILDE EN DERNIER
Épiderme, coton, polyester, nylon
220 par 130 cm

jeudi 13 janvier 2011

Une petite vite avant le souper

C'est quoi la couverture de livre la plus laide que vous avez jamais vu? Moi celle-là est pas mal dans mon top trois. 



J'aime ça les belles couvertures de livre. Comme Mh dit, j'aimerais ça publier un livre juste pour avoir une belle couverture. 

Ceci dit, T. C. Boyle, c'est quand même bon.

mercredi 12 janvier 2011

Hard Knock Life

Quelques minutes après avoir signé la petite machine du gars de Purolator, je recevais une seconde batterie de téléphone cellulaire, celle-ci dans une enveloppe à bulles brune, avec mon nom écrit en feutre rose. J'ai ouvert la porte de mon appartement et en bas des marches il y avait mon courrier avec la fameuse batterie que le service à la clientèle de LG avait supposément postée le 15 décembre. Quand je les ai rappelé, au début du mois, ils m'ont dit qu'ils ne comprenaient pas, que Postes Canada et le temps des fêtes, qu'il m'en envoyaient une autre sur le champ. Et là j'ai reçu les deux le même jour. L'enveloppe est bizarre, bizarrement non "professionnelle", on dirait que "Mike", à qui j'ai parlé au téléphone pour commander une nouvelle batterie parce que la mienne a l'autonomie d'un cataleptique chronique, que "Mike", à Mississauga, dans sa chaise ergonomique, dans son cubicule chez LG Canada, a ouvert le tiroir adjacent à son téléphone, en a tiré une batterie, l'a crissé dans une enveloppe brune et a emprunté un feutre rose à la fille à côté pour pouvoir écrire mon nom. Il n'y a même pas d'adresse de retour, et à l'intérieur il n'y a pas de copie de dossier, de numéro de référence, rien. Une batterie au lithium entre deux parois de bulles.

Je n'avais pas le choix de faire affaire directement avec LG, parce que c'est du "hardware", c'est un problème de pièce, et chez Fido, il m'ont renvoyé mon téléphone - après l'avoir inspecté, retourné, réinitialisé de cinq à dix jours ouvrables - avec un petit collant rouge sur la batterie et une note sur la feuille de réparation, "Short battery life". Chez Fido, ils commencent à me pomper d'ailleurs. Je ne comprends pas le principe d'être obligé d'appeler le service à la clientèle alors que tu t'es déplacé dans un magasin afin de recevoir un service instantané et face à face. Genre, mon téléphone est kaput, fucked up, il est encore sous garantie, pouvez-vous me le remplacer? Non, il faut appeler au service à la clientèle, c'est au téléphone qu'ils peuvent faire ça. Mais mon téléphone marche pas.

C'est gossant. Je veux dire, j'ai eu des problèmes avec mon Ipod deux fois en un an de garantie, un problème de grichements dans mes écouteurs, et ils me l'ont remplacé par un neuf, au magasin Apple, sur Ste-Catherine. Deux rendez-vous de quinze minutes durant lesquels j'avais préparé ma défense et où j'ai simplement eu à présenter l'objet. Le dude a vérifié avec une paire d'écouteurs neuve, il a dit "effectivement" et il a sorti un Ipod tout neuf de son tiroir blanc ikea qui s'ouvre sans bruit.

Chez Fido, pour un problème de batterie sans autonomie, qui m'a causé plus d'un désagrément puisque je n'ai pas de ligne fixe, j'ai seulement mon cellulaire, ça a pris presque deux mois de gossage et de vérifiage et de parlage à des commis nerds et des employés tout sourires qui ne peuvent rien faire sauf me vendre d'autres trucs avec mes fucking fidodollars.

***

J'ai reçu un appel de la "Fondation" de L'UQAM. Pour prendre de mes nouvelles et m'expliquer des choses importantes avec un accent français. En tant que diplômé d'un programme de l'université du Québec à Montréal, vous serez intéressé de savoir que la Fondation a investit ici et ici et là et dans ceci et dans cela et bourses et dollars et votre département et plusieurs récipiendaires et je m'arrête ici parce que je ne veux pas prendre trop de votre précieux temps mais finalement tout ça pour dire voulez-vous faire un don de vingt dollars à la Fondation? Déductible d'impôts? Wow. La Fondation choisit un drôle de moment pour me quêter de l'argent, entre le temps de fêtes et mes frais de scolarité. I passed.  

mardi 11 janvier 2011

Ambition

Un roman qui raconterait le lent et fastidieux retour à la liberté d'expression et d'opinion de la société mise en scène dans FARENHEIT 451, de Ray Bradbury. Le groupe secret où s'est réfugié Montag, dont chaque membre a appris un livre par cœur afin de le sauver de l'oubli, qui la Bible, qui Hamlet, qui Le Décaméron, sort de l'isolement et revient d'exil. Le climax du livre, à la toute fin, quand un sceptique à qui le héros dicte "son" livre afin que la société puisse recommencer à le lire, l'interrompt avec un Pfffffftt, t'es sûr que c'est ça? C'est ben plate. Saute donc une couple de pages.    

lundi 10 janvier 2011

Lundi au cinoche

J'ai souvent manifesté mon admiration profonde pour l'œuvre romanesque de Mordecai Richler et ça n'a jamais manqué de m'attirer les sarcasmes des bien-pensants, et des commentaires inspirés sur le "fascisme", le "racisme", le "profond mépris" de l'homme envers nous les pauvres canadiens-français innocents. Les clichés ont la peau dure. Évidemment, les gens qui disent ces trucs n'ont jamais lu une ligne de Richler, trop occupés qu'ils sont à se remémorer une entrevue particulièrement moche où il avait enfilé les niaiseries (et soit dit en passant, je ne prétend pas ici que Richler n'a jamais dit de niaiseries, loin de là). Personne n'a lu THE APPRENTICESHIP OF DUDDY KRAVITZ, ni ST-URBAIN'S HORSEMAN, ni SOLOMON GURSKY WAS HERE. Et c'est dommage, parce que ce sont tous de grands livres montréalais, de grands livres québécois, profondément québécois. Ce sont de grandes narrations fleuves complexes et toujours non-linéaires, des études de caractères puissantes et très auto-critiques, de petits bijoux d'humour noir.
 
La version cinématographique de son dernier livre, BARNEY'S VERSION, est sortie il y a quelques semaines et je suis allé la voir aujourd'hui, avec Aimache. Le film est beaucoup plus "émouvant" que le roman, ou du moins l'impression qui m'en est restée, puisque ça fait quand même plusieurs années que je l'ai lu. Dans le livre, Barney Panovsky est bien moins "aimable" que le personnage joué à l'écran par Paul Giamatti, mais c'est quand même d'après-moi une adaptation très réussie, très fine. En fait, ça m'a fait me rappeler que le rôle du cinéma n'est pas le même que celui de la littérature. Qu'il est impossible de raconter de la même manière une histoire qui dure presque 500 pages en deux heures. Au lieu de tenter de tout dire, de tout inclure, le réalisateur en a fait une grande et belle histoire d'amour, et c'est correct comme ça. Il y a quelques longueurs (encore une fois, ce n'est pas évident de raconter en deux heures une histoire qui se passe sur 40 ans), mais j'ai pensé au feeling que me laisse LE PARRAIN, quand je le regarde: il y a des longueurs aussi, mais elle sont balancées par la puissance extrême de certaines scènes clés qui sont mémorables, ou plutôt, inoubliables. Dans BARNEY'S VERSION, il y a quelques scènes comme ça, quasi parfaite au niveau de... oups, je veux dire en ce qui a trait à la mise en scène et aux dialogues.

Et Dustin Hoffman dans le rôle d'Izzy Panovsky, le père de Barney, est délicieux. (Paul Giamatti est excellent aussi, comme d'habitude, mais il est le genre d'acteur qui m'énerve un peu à cause justement de son excellence, tellement, oh watch the great actor at work, he spits and drools when he cries!)

Ça m'a donné le goût de relire le livre, de replonger dans les livres de Richler, pour savourer la subtilité et l'envergure de ses créations.   

samedi 8 janvier 2011

"Fuck woodcutter's wife with Diana Gabaldon's ukulélé"

Pour Noël, ma sœur a acheté des vieux jeux de PC pour tout le monde, elle a fait un tirage, et j'ai reçu la série des KING'S QUEST. J'étais content. Ça me rappelait des souvenirs flous d'être assis sur les genoux de mon père, en train de regarder les graphiques époustouflants et les sons de synthé ultra-modernes.



Je me suis souvenu avec émotion qu'il fallait taper les actions qu'on voulait accomplir. Si tu tapes "Fuck woodcutter's wife", ou "Shit one's pants", il ne réagit pas, la commande ne fait que s'effacer, sans que le logiciel ne fasse de commentaire. C'est un peu l'ancêtre du "impossible de tuer mon allié avec un croc-bar" dans Resident Evil. C'est normal d'essayer ces affaires-là dans un jeu, quand t'es pogné, quand tu sais plus quoi faire, tu te mets à essayer de tuer les villageois, à essayer de peter la yeule à tes amis, à essayer de twister l'angle de la caméra juste assez pour voir dans le décolleté de Lara Croft. Des fois ça marche, d'autres fois non.

Pour l'instant, j'ai 21 points sur les 158 requis pour compléter le premier jeu de la série, mais je suis totalement bloqué et je tourne littéralement en rond. C'est vraiment difficile, à notre époque, de ne pas simplement aller dans Google et chercher "King's Quest I walkthrough". Je résiste à la tentation. Pour l'instant.


***

Commentaire snob de la semaine: Des fois c'est difficile d'expliquer ce que je fais à l'université. Quand je dis que je travaille sur la littérature américaine et que la première question qui vient c'est si je connais Diana Gabaldon, ça commence mal.


***

J'ai envie d'apprendre à jouer du cavaquinho. Chanter dans le métro cette toune-là:

vendredi 7 janvier 2011

La shot du Tiger Balm

L'affaire du Tiger Balm, à laquelle j'ai fait référence, quelques billets plus tôt, c'est vrai. Je sais pas ce qui nous était passé par la tête cette soirée-là, mais il y avait É (qui est devenu un grand auteur de théâtre), A (qui est devenu papa et docteur en sciences politiques), S (qui est devenu biologiste marin et qui est posté à Tadoussac), L (qui a toujours été un musicien et qui se fait maintenant appeler Larry Love, dans certains cercles du monde du ska-roots), et moi (qui suis devenu un aidant naturel, un bénévole, un détective privé et un écrivain quasiment publié).
On était chez Alexis, il me semble, dans l'appart de ses parents sur Saint-Vallier. On faisait toujours tout chez A parce que ses parents étaient particulièrement chill. Son beau-père aimait se balader en fredonnant, en robe de chambre en ratine pis sa mère écoutait de la bonne musique en cuisinant ou en diluant le jus d'orange Minute Maid avec toujours une ou deux cannes d'eau de trop.
Moi, perso, je savais pas ce que c'était du Tiger Balm. Si tu m'avais dit que c'était comme du Vick's de hippie, j'aurais compris un peu. Mais personne me l'avait dit. De toute façon c'est pas une excuse. Même si j'avais su c'était quoi, je l'aurais fait pareil. J'étais de même, on était de même. Jackass existait pas encore, mais laisse-moi te dire que quand j'ai vu des épisodes pour la première fois, je me suis souvenu de plein d'affaires.
J'ai aucune idée de qui a proposé le truc. Certainement pas L, en tous cas, parce qu'il a pas participé. But wait a minute. Peut-être que c'était L après tout. Il me semble que c'était son genre, de proposer des affaires de même, pis de choker à la dernière minute. Mais de toute façon on s'en fout un peu. L'important c'est qu'on l'a fait pis que lui ne l'a pas fait. Nous, on était courageux, mais lui il était pas cave.
Toujours est-il qu'on s'est crissé un après l'autre deux doigts dans le pot de Tiger Balm pis qu'on s'est allègrement frictionné les couilles, le paquet, le scrotum, avec la pâte visqueuse. La douleur a pas du tout été instantanée. Non. On a commencé par ressentir la sensation de froid agréable et normale du produit. On avait remonté nos bobettes pis nos pantalons. Peut-être même qu'on a eu le temps de retourner chiller dans le salon, un peu fiers, un peu comme satisfaits de l'opération.
Le premier qui a eu mal, c'est É (en plus, il était toujours celui qui avait le plus mal, quand il s'agissait d'avoir mal aux gosses... J'ai jamais vu quelqu'un vouloir signifier à quel point il avait un gros paquet que É. Quand il recevait un coup dans les gosses, il se pliait, faisait la bouilloire avec sa bouche, il devenait rouge, ça durait des heures...), il a commencé à souffler comme une femme qui accouche, pis on a tous réagi de la même façon: un mélange de what the fuck pis de oh esti je comprends oh oohh. Pis on s'est mis à accoucher toute la gang ensemble pis à courir dans l'appart en s'agrippant la poche. Pendant ce temps-là, L faisait semblant de compatir.
La mère de A est arrivée, voyons kècéça le vacarme? Kècé vous avez les gars à crier de même? Et on lui a expliqué qu'on s'était barbouillé les gosses avec du Tiger Balm. Son Tiger Balm. Elle était chill, la mère à A, faque elle est partie à rire, vraiment fort, pis elle est allée chercher une serviette humide, pour qu'on puisse se rincer ça.
Gosh.
Pis c'est un peu cette sensation-là que je voulais décrire, plus que le Tiber Balm lui-même, la sensation de l'eau froide sur le Tiger Balm sur le scrotum. C'était comme quoi?
C'était comme l'humiliation que tu ressens intérieurement quand ton pénis rapetisse dans l'eau froide de la piscine, mélangée avec la douleur que t'as ressentie parce qu'en même temps tu te l'ai pogné dans le filtreur pis que juste après, une fois dépogné, en te rhabillant dans le cabanon, tu te l'ai pogné dans ton zipper de jean, pis que juste après, pendant que t'essayais de te dézipper, la grande sœur de ton ami, celle avec les boules, est rentrée dans le cabanon. C'était tout ça en même temps, à la puissance dix. C'était édifiant.
En tous cas, L, il riait en crisse.
     
 

jeudi 6 janvier 2011

Lâchement subjonctif

Lorsque nous nous fûmes rencontrâssés, son père étant Franc-Maçon, il s'avéra que j'eûmes obtenassé illico une charge de chaire permanente au collège de pataphysique, par des connexions occultes. Nous fûmes heureux comme larrons forniquâssant pour quelques printemps. Mais le malheur ne tarda pas à s'ébattre. Bien que nous eûtes voyageâssé en long et en large, en tout et pour tout, elle et moi voyassions et envigasassions bien autrement l'horizon commun de nos attentes. Qu'il fusse été de mon ressort de sauver du naufrage l'embarcation ancrâssée de notre union, je n'en doutais point, toutefois j'eusses de loin préférassé qu'elle se chargâsse d'en larguer les amarres de bonne foi pour toute.       

mercredi 5 janvier 2011

Acontecimentinho X (le retour)

Man oh boy oh boy ça me faisait penser à la shit que t'entends parler à TV genre les ti-culs indiens ou srilankais qu'une mouche leur a sorti de la graine genre le dude qui anime qui prend une voix sérieuse genre à six ans Madhudu était un enfant normal à sept ans aussi mais tududum quelques années plus tard une mouche lui a sorti du pénis et s'est envolé pendant qu'il faisait pipi fuck sauf que moi c'était différent à matin j'avais la graine entre mes deux doigts pis je poussais comme si je trairais, comme si j'aurais trais, je, comme si je me trayais la graine, tu vois, je poussais sur la petite bosse pis je la sentais bouger mais c'était comme vraiment pas proche de sortir pis d'être une mouche pis de s'envoler c'était juste comme une boule dure que je poussais dessus avec mes doigts pis j'avais ultra envie de pisser en plus mais ça bloquait c'était comme dur comme une petite roche pis je me suis souvenu que Karl Lemieux dans le temps genre on était en cinquième ça fait vraiment longtemps il s'était rentré une roche dans le trou de la graine pour le fun pis y avait eu vraiment de la misère à la sortir pis on était tellement crampés pis primés qu'on s'est toutes crissé du Tiger Balm sur les couilles après pour voir ce que ça faisait pis man fait jamais ça tah fait juste jamais ça sauf que là c'était comme pas la même chose je poussais avec mes doigts en serrant pis j'étais comme confiant que ça sorte faque je suis resté calme pis j'ai continué à me traire pis finalement ça a genre tombé à terre d'un coup pis je l'ai ramassé pis je l'ai senti pis c'était genre rien qu'une croquette Whiskas à mon chat.      

mardi 4 janvier 2011

Tag commanditée par la BBC

Je me suis fais taggé par Ma mère. Qui s'était fait taggée par Lucrecia. Qui s'était fait taggée par Euterpe. Et là je perds le fil.

Ça a l'air que la BBC a fait une liste de livres et ils gagent qu'on n'en a pas lu plus que six. Voici le texte original de publication:

Have you read more than 6 of these books? The BBC believes most people will have read only 6 of the 100 books listed here. Instructions: Bold those books you've read in their entirety. Italicize the ones you started but didn't finish or read only an excerpt.

Alors mes lectures sont les suivantes:

1 Pride and Prejudice - Jane Austen

2 The Lord of the Rings - JRR Tolkien
(Plusieurs fois à différents âges)

3 Jane Eyre - Charlotte Brontë

4 Harry Potter series - JK Rowling

5 To Kill a Mockingbird - Harper Lee
(Tout récemment, et c'est vraiment bon)

6 The Bible

7 Wuthering Heights - Emily Brontë

8 Nineteen Eighty Four - George Orwell
(Classique de mon adolescence rebelle)

9 His Dark Materials - Philip Pullman

10 Great Expectations - Charles Dickens
(Un de mes préférés de Dickens)

11 Little Women - Louisa May Alcott
(Fait partie de mon corpus de thèse)

12 Tess of the D’Urbervilles - Thomas Hardy

13 Catch 22 - Joseph Heller
(Faut lire ça, tout Heller et Vonnegut aussi, qui est un peu dans le même registre)

14 Complete Works of Shakespeare

15 Rebecca - Daphné Du Maurier

16 The Hobbit - JRR Tolkien
(Passage obligé vers le Seigneur des Anneaux)

17 Birdsong - Sebastian Faulks

18 Catcher in the Rye - JD Salinger
(Je pourrais le relire chaque année)

19 The Time Traveler’s Wife - Audrey Niffenegger

20 Middlemarch - George Eliot

21 Gone With The Wind - Margaret Mitchell

22 The Great Gatsby - F Scott Fitzgerald
(Grandiose et pourtant si court)

23 Bleak House - Charles Dickens

24 War and Peace - Leo Tolstoy
(J'en suis au deuxième tome, je finirai un jour)
25 The Hitch Hiker’s Guide to the Galaxy - Douglas Adams

26 Brideshead Revisited - Evelyn Waugh

27 Crime and Punishment - Fyodor Dostoyevsky
(La première fois en secondaire 5... hum, cool roman policier... La seconde fois à l'université... Oh... My... GOD... )

28 Grapes of Wrath - John Steinbeck
(Un grand roman américain)

29 Alice in Wonderland - Lewis Carroll
(Je me promets de le lire en version originale bientôt... Il paraît que ça n'a rien à voir, à cause de tous les jeux de mots)

30 The Wind in the Willows - Kenneth Grahame

31 Anna Karenina - Leo Tolstoy

32 David Copperfield - Charles Dickens
(J'adore le début de ce roman, mais je me tanne toujours quand David devient plus vieux, plus adulte)

33 Chronicles of Narnia - CS Lewis

34 Emma -Jane Austen

35 Persuasion - Jane Austen

36 The Lion, The Witch and the Wardrobe - CS Lewis

37 The Kite Runner - Khaled Hosseini

38 Captain Corelli’s Mandolin - Louis De Bernieres

39 Memoirs of a Geisha - Arthur Golden

40 Winnie the Pooh - A.A. Milne

41 Animal Farm - George Orwell
(Autre classique de mon adolescence rebelle)

42 The Da Vinci Code - Dan Brown

43 One Hundred Years of Solitude - Gabriel Garcia Marquez
(3 fois... Et un jour en espagnol... Tellement!)

44 A Prayer for Owen Meany - John Irving
(Dommage qu'ils aient choisi celui-là, c'est un des seuls que je n'ai pas lu de John Irving...)

45 The Woman in White - Wilkie Collins

46 Anne of Green Gables - LM Montgomery

47 Far From The Madding Crowd - Thomas Hardy

48 The Handmaid’s Tale - Margaret Atwood
(Lu à Londres cet été dans mon auberge de jeunesse. Adoré)

49 Lord of the Flies - William Golding
(Le Petit Prince du monde anglo-saxon, pas que ça parle de la même chose, mais c'est un livre que tout ado anglo a lu à l'école, au secondaire. C'est vraiment très bon ce livre)

50 Atonement - Ian McEwan

51 Life of Pi - Yann Martel

52 Dune - Frank Herbert
(Mon petit frère s'est finalement laissé convaincre de commencer cette saga inoubliable, je suis vraiment content)

53 Cold Comfort Farm - Stella Gibbons

54 Sense and Sensibility - Jane Austen

55 A Suitable Boy - Vikram Seth

56 The Shadow of the Wind - Carlos Ruiz Zafon

57 A Tale Of Two Cities - Charles Dickens
(Lu à Londres cet été aussi. J'ai moins aimé que Great Expectations... Malgré l'incipit, qui reste une des meilleures premières phrases de l'histoire de la littérature: "It was the best of times, it was the worst of times...")

58 Brave New World - Aldous Huxley
(Bien mieux écrit et complexe, à mon avis, que 1984 de Orwell)

59 The Curious Incident of the Dog in the Night-time - Mark Haddon
(Un exercice de style intéressant)

60 Love In The Time Of Cholera - Gabriel Garcia Marquez
(Man... Garcia Marquez... ouf!)

61 Of Mice and Men - John Steinbeck
(Ouf, ça fait longtemps...)

62 Lolita - Vladimir Nabokov
(Un des livres qui m'a fait comprendre que je voulais devenir écrivain)

63 The Secret History - Donna Tartt
(Whatever happened to Donna Tartt?... Elle a rien fait depuis The Little Friend, il y a genre dix ans... Ce roman est VRAIMENT bon, VRAIMENT captivant)

64 The Lovely Bones - Alice Sebold

65 Count of Monte Cristo - Alexandre Dumas
(Il est dans la liste de ceux que j'amènerais sur une ile déserte je crois)

66 On The Road - Jack Kerouac
(Je l'ai snobé longtemps... Mais c'est très bon, évidemment)

67 Jude the Obscure - Thomas Hardy

68 Bridget Jones’s Diary - Helen Fielding

69 Midnight’s Children - Salman Rushdie
(Un autre qu'il faut lire au complet, Rushdie. C'est un de ses meilleurs)

70 Moby Dick - Herman Melville
(Extraordinaire les cent premières pages, après c'est un peu lourd longtemps... Une grande oeuvre d'art, sans conteste)

71 Oliver Twist - Charles Dickens

72 Dracula - Bram Stoker

73 The Secret Garden - Frances Hodgson Burnett

74 Notes From A Small Island - Bill Bryson

75 Ulysses - James Joyce
(Je vais me réessayer en anglais directement quand j'aurai le temps...)

76 The Inferno – Dante

77 Swallows and Amazons - Arthur Ransome

78 Germinal - Emile Zola
(J'ai pas lu beaucoup de Zola, mais Germinal (le film aussi, avec Renaud, haha) fait partie de mes bons souvenirs de lecture) 

79 Vanity Fair - William Makepeace Thackeray

80 Possession - AS Byatt

81 A Christmas Carol - Charles Dickens

82 Cloud Atlas - David Mitchell
(Un exercice de style très intéressant)

83 The Color Purple - Alice Walker

84 The Remains of the Day - Kazuo Ishiguro

85 Madame Bovary - Gustave Flaubert
(Ça m'a pris des années avant de m'y mettre, mais ça valait la peine. C'est pas plate du tout, en fait, ça rock en estie Madame Bovary)

86 A Fine Balance - Rohinton Mistry

87 Charlotte’s Web - E.B. White

88 The Five People You Meet In Heaven - Mitch Albom

89 Adventures of Sherlock Holmes - Sir Arthur Conan Doyle

90 The Faraway Tree Collection - Enid Blyton

91 Heart of Darkness - Joseph Conrad
(Magistral)

92 The Little Prince - Antoine De Saint-Exupery
(Lu plein de fois, comme tout le monde)

93 The Wasp Factory - Iain Banks

94 Watership Down - Richard Adams

95 A Confederacy of Dunces - John Kennedy Toole
(Surestimé d'après-moi... comme beaucoup de "génies" suicidés)

96 A Town Like Alice - Nevil Shute

97 The Three Musketeers - Alexandre Dumas

98 Hamlet - William Shakespeare

99 Charlie and the Chocolate Factory - Roald Dahl

100 Les Misérables - Victor Hugo
(Oh my god. C'est tellement bon les misérables)


Je m'en tire donc avec la note honorable de 35 sur 100.

Toutefois, comme je l'ai écrit en commentaire sur le blogue de Ma Mère, il s'agit d'une liste préparée par des anglo-saxons de la BBC, c'est donc évident que les lecteurs élevés et éduqués dans un univers francophone n'ont pas les mêmes classiques. Par exemple, Daphné Du Maurier, Jane Austen, Tackeray, c'est fucking ultra british. Si c'était Le Monde qui avait préparé l'enquête, les choix auraient été sensiblement différents. On aurait bien plus de Voltaire et de Gide et de Proust, etc. Et pour nous ici au Québec, il y aurait pu y avoir une enquête du Devoir, où on aurait retrouvé Ferron et Ducharme et Guévrement et Roy... Bref... Ça ne veut pas dire grand chose tout ça, en tous cas ça ne dit pas grand chose sur nos habitudes de lectures à nous.

Bon, c'est quand même le fun de se prêter à l'exercice, c'est pourquoi je poursuis le jeu en taggant à mon tour William Messier et Sébastien Haton.

Godspeed à vous deux!!

lundi 3 janvier 2011

Place St-Henri

Random, lame

Un des effets de style qui m'énerve le plus, en fiction, c'est l'usage de l'étonnement, ou de la surprise, devant une chose évidente, ou qui paraissait évidente au préalable. Par exemple: "J'ai pris le revolver, j'ai été surpris par son poids. Je ne pensais pas qu'un revolver était aussi lourd." Ou encore: "La flaque de sang s'étendait. Rouge. Plus rouge que je ne l'aurais imaginé. J'étais étonné de constater à quel point le sang était rouge." Je trouve ça vraiment cheap. Et c'est pas juste en littérature policière. Remarquez-les, ces effets, vous allez voir, il y en a plus que vous pensez. (À Pierre-Marc: c'est ça, dire au lieu de montrer.)

(Tout le monde tripe sur Rococo, mais je trouve que c'est vraiment pas la meilleure chanson de l'album. The suburbs, et surtout Modern Man, avec son petit beat décalé, sont beaucoup plus à mon goût. Sans parler de Sprawl II, la première bonne toune d'Arcade Fire chantée par Régine.)

Ils commencent à me taper sérieusement, ces films pseudo-intellos qui, se targuant d'être "artsy", se permettent n'importe quoi avec le principe de vraisemblance et de crédibilité de scénario. Tarantino est passé maître là-dedans. Tarantino me tape royalement, tout le monde le sait. Et là j'ai vu THE AMERICAN l'autre soir, un film de Anton Corbijn (qui avait réalisé le superbe CONTROL, un film sur la vie de Ian Curtis, de Joy Division), et ça m'a laissé blasé par moments et ça m'a irrité par d'autres. La scène d'ouverture dans la neige suédoise est risible d'irréalisme. Clooney réussit à tuer trois gars qui lui tirent dessus quasiment à bout portant avec des snipers. Mais c'est bien filmé, c'est épuré. C'est silencieux. Ce n'est pas hollywoodien. Plus tard, il rencontre une collègue tueur à gage sur la terrasse d'un café italien et ils commencent à se parler en espèce de code bidon du genre je-suis-un-scénariste-et-j'imagine-que-c'est-comme-ça-que-les-tueurs-à-gage-se-parlent, en phrases courtes, une conversation durant laquelle ils finissent quand même, en suçant leurs expressos, par utiliser les mots weapon, target, caliber, qui j'imagine sont des codes pour parler de la température. Et à la fin du film, sobre, indirect, subtil, tout en insinuations, le "chef" de l'organisation pour laquelle Clooney travaille, qui veut en fait s'en débarrasser, se pointe lui-même dans la petite ville où Clooney est planqué. Ça m'énerve. Mais c'est Focus Features, faque ça gagne des prix à Sundance pis à Venise. Tel un hipster, je commence à trouver de plus en plus qu'il n'y a rien de plus cliché, en art, que d'essayer à tout prix, par tous les moyens, de ne pas faire cliché.
 
Mais ce film, c'est un chef-d'œuvre comparé à RAPT, de Lucas Belvaux, avec Yvan Attal, l'homme aux deux lobes. On a loué ça il n'y pas si longtemps, avec mon amoureuse et un couple d'amis et c'est toujours intéressant de regarder un film horrible en gang, et de se demander à quel moment quelqu'un va se permettre de faire un commentaire négatif avec la quasi-certitude qu'il n'offusquera personne. Que tout le monde est sur la même longueur d'ondes. C'est Guillaume qui a parlé le premier, encore mitigé dans son opinion, poli, il a dit c'est moi où ça sonne un peu théâtral et artificiel, ces dialogues? Et on a tous approuvé, comme soulagés de pouvoir commencer à blaster le film scène après scène après scène. Et Amandine nous a fait de super imitations des acteurs, avec son français de française, Mais vous n'avez pas de sentiments? C'est homme va mourir si nous ne faisons rien... Je ne veux pas de cet héritage, il est taché par la honte... Oh my god.

     

dimanche 2 janvier 2011

Billet à angles droits (III)

Mon non plus je n'ai pas sauté sur l'occasion quand elle s'est présentée, mais tout ce que ça veut dire c'est que je suis dans la moyenne. Tout ce que ça dit sur moi c'est que je ne suis ni différent ni décalé ni rien. Je n'ai pas qu'une parole, comme tout le monde. J'ai fait les retouches sur le mur, finalement, j'ai caché avec la bonne couleur ces petites taches jaunes acides qui me narguaient depuis l'accident. C'est un processus en continu. Je ne dis pas que c'est parti complètement, mais mon regard n'est plus nécessairement, obstinément, attiré, comme dérivé, quand j'essaie de faire quelque chose de constructif. En réfléchissant, en travaillant sur mes poèmes et mes statistiques, je me suis rendu compte qu'avant Hortense, j'avais fréquenté, avec ardeur ou ennui, Élaine, Frédérique, et Gabrielle. Et qu'inconsciemment j'espérais que la fille d'en face s'appelle Isabelle, ou Irène, ou Iris, histoire de continuer le travail alphabétique occulte de l'univers ou de quelque chose de bien plus petit, mais de tout aussi secret. Je ne m'en mêle pas, mais c'est quelque chose qui me fait sourire. Plein de choses me font sourire. En allant à la buanderie, presque tous les jours je croise cette femme qui touche la neige avec ses mitaines, assise sur un banc dans le parc Sir Georges-Étienne Cartier. J'aimerais dire qu'elle caresse la neige, mais on m'a dit et répété d'être plus neutre, ma mère, ma famille, d'autres gens, en général. On m'a dit de garder la tête froide. D'aller observer les oiseaux, d'imiter leur chant, de passer plusieurs heures d'affilée à écouter des sons sur une cassette et d'affiner mon sifflement. Ce sont des choses qui m'ont été recommandées, mais je préfère écrire des haïkus. Je préfère de loin écrire des haïkus et tracer des courbes ascendantes et descendantes, noter une espèce d'immanence derrière leur régularité. Même si j'ai lu quelque part que la raison qui nous empêche ultimement d'écrire de la poésie, c'est la possibilité de perfection que renferme le poème, et que je pense que c'est un peu la même chose avec les statistiques et les probabilités. E, F, G, H, I, j'y pense en brossant mon chat et après j'y pense encore en traversant, dans la cuisine, un rayon de la lumière du soleil qui me fait angoisser à la vue des milliards de particules de poussières qui virevoltent dans mon appartement. La femme dans le parc est jolie, elle porte ses vêtements d'hiver comme si elle venait du sud, des pays chauds, avec un mélange dosé de légèreté et de solennité. Une fois dans la buanderie, je ne peux plus la voir, mais je pense à elle, et à elle, en fixant mes vêtements et le savon qui tournent. Je me dis que j'ai besoin que tout soit droit, mais que ça serait vraiment l'idéal si je n'avais pas à ré-enligner quoi que ce soit. C'est une des raisons pour lesquelles j'aime que nos fenêtres soient face-à-face, et aussi que des jumelles bien utilisées donnent une impression de ligne droite, parcourue, franchie, même si c'est juste une façon de parler, parce qu'une fois le focus ajusté, je n'ai aucunement accès à son odeur, ou au son de sa voix. Quand elle sort de mon champ de vision par la gauche, je sais maintenant qu'elle s'en va aux toilettes, parce que hier elle en est revenue avec son jeans déboutonné. Mais c'est peut-être son lit qui est à gauche. Je n'irai pas lui demander. Il y a une normalité qui s'est installée dans cette manière que j'ai d'enligner les jumelles et de l'observer. Je ne fais même plus semblant de me lever pour allumer la lumière, pour m'empêcher de l'espionner, pour me faire une raison. Il y a déjà un soupçon de normalité dans ce elle et moi quotidien. Je la laisse tranquille. Et si demain elle arrive avec un homme, et qu'ils s'embrassent dans le cadre, je ne sais pas, je clignerai peut-être des yeux.

***


BILLET À ANGLES DROITS I, que je vais probablement réécrire un jour, parce que le ton est sensiblement différent, mais que je mets en lien tout de même, puisqu'il constitue le point de départ de cette série...                       

samedi 1 janvier 2011

Quiz du 1er janvier 2011

J'ai pas fait mon quiz, hier, trop occupé à souhaiter des affaires.

1) Le café:
a) dans une cafétière.
b) dans un bodum.
c) dans une machine à expresso.
d) dans les machines bizarres qui viennent de sortir que tu mets un ti-cup en plastique individuel chaque fois.
e) toujours à l'extérieur.

2) Nathalie Portman ou Scarlett Johansson?

3) Le pire surnom que t'as jamais donné à un chum ou une blonde.

4) Est-ce que je suis le seul à avoir tripé à fond sur les barres de chocolat Bounty?

5) Wtf avec le truc pour regarder les rediffusions sur le site de radio-Canada? On voit genre la fin des pubs avant que l'émission recommence comme quand on enregistrait avec un VHS. C'est pas vraiment une question, ça.

6) J. Cortázar ou J. L. Borges?

7) Le meilleur shish taouk en ville (je le cherche toujours)? Pourquoi?

8) Arrête ou arraite?

9) La raison pour laquelle t'es pas venu(e) hier? (en trois lignes)

10) Quel est le plus hip acronyme anglo/techno/trash/quote/unquote:
a) LOL.
b) n00b.
c) FYI.
d) DIY.
e) WTF.
f) MILF.
g) OMG.
h) TMI.
i) Autre.


***


Ahhh, la superbe prose de Nicole Krauss... Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas lue, elle. Depuis The History of Love. Je ne résisterai pas au plaisir de la citer longuement ici, maintenant. Si vous aimez l'anglais, la sonorité de l'anglais, l'élégance de l'anglais, servez-vous dans ce beau paragraphe tiré de son dernier roman, GREAT HOUSE:

As I drove, I found myself thinking of how, four of five years after we'd gotten married, S and I were invited to a dinner party at the home of a German dancer then living in New York. At the time S worked at a theater, now closed, where the dancer was performing a solo piece. The apartment was small and filled with the dancer's unusual possessions, things he had found on the street, or during his tireless travels, or that he had been given, all arranged with the sense of space, proportion, timing, and grace that made him such a joy to watch onstage. In fact, it was strange and almost frustrating to see the dancer in street clothes and brown house slippers, moving so practically through the apartment, with little or no sign of the tremendous physical talent that lay dormant in him, and I found myself craving for some break in this pragmatic façade, a leap or turn, some explosion of his true energy. All the same, once I got used to this and became absorbed in looking at his many little collections, I had the elated, otherworldly feeling I sometimes get entering the sphere of another's life, when for a moment changing my banal habits and living like that seems entirely possible, a feeling that always dissolves by the next morning, when I wake up to the familiar, unmovable shapes of my own life.