lundi 28 février 2011

Mathilde en dernier (XI) - Encore Victor


*

Il avait été obligé d’appeler son père, la police l’avait forcé à téléphoner à son père en plein milieu de la nuit. Les policiers avaient été appelés sur un appel de nuisance nocturne et ça tombait juste bien parce qu’on venait de se rendre compte que le troisième gars venait de commencer à démolir la batterie de Victor.
Le gars avait réussi à défoncer le bass-drum en utilisant son cap d’acier. Le gars tentait de casser le high-hat en frappant dessus avec deux cymbales qui valaient au moins cent dollars chacune. Ça faisait évidemment un bruit d’enfer, tout ce métal cuivré se fracassant, c’était un bruit étrange, qu’on associait à Victor, mais qui n’avait plus rien à voir avec lui. 
À ce moment-là les policiers sont apparus et ça leur a fait de l'action, ils ont calmé le jeu. Ils ont embarqué les trois gars pendant que nous, on regardait comme une foule impassible, se tenant les uns contre les autres serrés, et les amis des amis se sentant un peu coupables, comme si c’était leur faute ou quoi. 
Victor est revenu en trombe, essoufflé, il était allé couper l’eau dans la cave et il avait un fil de toile d’araignée qui pendait de ses cheveux, en avant, près de l’oreille. Il était toujours torse nu et les policiers lui ont demandé, comme au hasard, si c’était chez lui ici. Il a répondu que oui, qu’il habitait ici avec sa mère. Et où était sa mère? Sa mère était à l’hôpital en train de subir un traitement de chimio qui s’étendait sur une semaine. Le policier qui a reçu cette réponse a eu l’air de peser plusieurs informations dans sa tête, du genre est-ce que je dois lui présenter mes excuses ou est-ce que je dois le sermonner encore plus d’organiser des soirées de débauches alors que sa mère se meurt d’un cancer? Il a paru troublé, son fusil bien en place sur sa hanche et sa veste anti-balle bleue nuit. 
Il a demandé à Victor qui il pouvait appeler, est-ce que son père pouvait être rejoint? Pourquoi mon père, c'est quoi le rapport de mon père? Parce que j’ai besoin d’une autorité parentale, d’une forme d’autorité, parentale ou autre, je ne peux pas partir sans qu’une autorité parentale, qu’une autorité soit prévenue qu’il y a eu du grabuge et une arrestation sur les lieux. Victor a semblé vraiment découragé. Tout le monde gardait le silence et je me suis demandé si on était libre ou si on était prisonnier. J’ai eu ma réponse quand une fille s’est levée d’un divan et s’est dirigée vers la porte d’entrée dans l’intention de rentrer chez elle. Le deuxième policier s’est interposé et l’a poliment enjoint de retourner s’asseoir. Personne ne s’en va avant que le père de ce jeune homme ait été prévenu. Et s’il décide de s’en venir, personne ne s’en va avant qu’il soit arrivé. On va prendre en note les noms et les coordonnées de tout le monde. Ils ont sorti des blocs notes et ont commencé à faire le tour. 
Le policier qui parlait le plus a tendu un cellulaire à Victor. Mathilde a baillé et je m’en suis aperçu du coin de l’œil et ça m’a rassuré et offusqué à la fois. J’avais l’impression d’être complètement dans le champ à être nerveux comme je l’étais. J’avais le goût d’être fâché et de lui dire pis si c’était arrivé chez toi? Mais ça n’aurait jamais pu arriver chez Mathilde. Les seules soirées qu’elle ait jamais organisées se sont toutes résumées à des phrases comme peux-tu baisser le son, on s’entend plus parler
Et Victor a été obligé d’appeler Charles, son père, à presque quatre heures du matin, pour lui dire que des policiers étaient à la maison (Quelle maison? La maison de maman.) et que trois petits cons avaient foutu le bordel (Quel bordel? Quels petits cons? Un crisse de bordel, des estis de petits cons que je connais même pas) et que les policiers exigeaient qu’il soit au courant et idéalement qu’il se ramène tout de suite pour constater les dégâts et pour s’assurer que tout était rentré dans l’ordre (Quel ordre, quels policiers, quels dégâts, quoi?). Victor faisait des faces dans le téléphone. Il détestait la situation parce que c’était une situation qui l’empêchait de détester son père, qui l’empêchait de lui être supérieur. Il grimaçait dans le téléphone et il y avait un silence tellement intense dans la pièce qu’on pouvait entendre la voix ensommeillée et complètement perdue de Charles. 
Victor a raccroché et le policier a été obligé d’aller chercher son cellulaire parce que Victor n’offrait aucune coopération: il regardait le téléphone, et on aurait dit qu’il regardait dedans. C’était juste un jeune homme de dix-sept ans qui n’avait plus que des relation ponctuelles avec son père, qui lui en voulait à mort de s’être poussé, un jeune homme de dix-sept ans normal, qui n’aurait jamais pensé à arracher des lavabos et des toilettes chez des inconnus. Et pourtant, il allait y goûter.
Quand Charles est finalement arrivé, les policiers avaient terminé leur ronde de coordonnées depuis longtemps et on a pu partir et en me tournant vers le père et le fils et en marchant à reculons pour les observer un peu en m’éloignant avec Mathilde, en les observant être de la même grandeur mais d’une corpulence tellement opposée, je sentais tellement de tension que je n'aurais jamais pu imaginer qu'ils allaient habiter un au-dessus de l'autre quelques années plus tard.

samedi 26 février 2011

Les derniers seront les premiers, I guess

Mon petit frère me raconte cette anecdote, entre deux bouchées de pizza.

Quand il avait huit ans, à peu près, sa mère et son beau-père sont allés louer un film et quand ils sont revenus, il a demandé c'était quoi. Sa mère lui a répondu c'est LE DERNIER SAMOURAÏ. Et Nathan de s'exclamer, frustré:

-Ben là, j'ai même pas vu le premier!

vendredi 25 février 2011

Brèves considérations sur l'"Amérique" (I)

C'est vrai que dans le fond, quand tu y penses, les États-Unis, ce ne sont, ce n'est pas, c'est... l'Amérique, ce n'est pas un pays jeune. À la limite, c'est presque le plus vieux pays du monde occidental moderne dans sa version démocrate, avec sa constitution qui date de quasiment 225 ans. Tous les "vieux" pays d'Europe sont bien plus "jeunes" en comparaison. Je veux dire, la France est rendue à quoi, à la 5e République, qui date de la fin des années cinquante, l'Italie moderne est "née" vers la fin du 19e siècle et la république date de 1946. Sans parler de la Russie, de l'Allemagne et de la Pologne. Il me semble que c'est une des raisons pour lesquelles c'est si difficile d'effectuer des changements en profondeur au sein de la société américaine, qui se comporte parfois bien plus comme un vieillard sclérosé que comme un gaillard névrosé.

(ce dernier adjectif est à accepter ou à laisser tomber, c'est selon. il faisait une belle rime. j'y ai réfléchi.)

N. B. : Merci à H.L. Mencken pour l'impulsion de cette idée et à Wikipédia pour l'exactitude de ces chiffres.

jeudi 24 février 2011

Encore du Cartola

MH et moi on se fait des petits duos pis ça sonne bien.

Moi: Deixe me ir...

MH: Preci... nannnnananannnaaaa...

Moi: Vou por aí à procura...

MH et moi: Sorrir nananaaan nn .... rar...

mercredi 23 février 2011

Payer le prix

Comme de ce moment (traduction li(tt)bérale de "As of this moment"), le dollars américain est à 99,2 cents canadien.

Aujourd'hui, je vais aller au Chapter's pour acheter LET US NOW PRAISE FAMOUS MEN, classique de la littérature de la Grande Dépression, de James Agee et Walker Evans. Sur le quatrième de couverture, il y aura, comme d'habitude, deux prix, un pour les États-Unis et un pour le Canada:

US $17

CAN $22,50

Où est-ce que je peux me plaindre? À quelle instance? Je commence à en avoir ma claque. C'est pas comme si c'était imprévisible, c'est une tendance qui dure depuis au moins deux ou trois ans, non? La parité avec le dollars américain je veux dire. Est-ce que je peux écrire aux communes? Peut-être que la dernière lettre de Yann Martel à Stephen Harper aurait dû mentionner ça, genre, M. le premier ministre, je suis fucking tanné de payer mes livres jusqu'à 5 dollars plus cher qu'aux States.

Fuck. 

mardi 22 février 2011

Second degré

Ma mère, l'autre jour, a fait un aveu: elle aime UN SOUPER PRESQUE PARFAIT. "Même si" c'est con et "même si" c'est nul.

Moi aussi. Pareil. Pour les mêmes raisons.

Parce que tsé, nous autres, on est du monde qui aime les bonnes choses.

Le reste, la merde, on aime ça, mais "au second degré".

Je suis tombé là-dessus, sur Facebook (une autre affaire que j'aime tellement "au second degré). Et ça m'a fait bien rire.

Ça m'a fait penser à nous en criss.



Avec un autre accent.

Un texte de Guga traduit par Clarence

Mon grand ami Gustavo Gessullo a écrit récemment une petite allégorie à saveur absurde qu'il me tarde de vous traduire. J'adore ça.

PAS DE REPOS, PAS DE SIESTE, PAS DE FREINS 

T'as déjà pensé combien de temps tu passes à dormir dans la vie? L'autre jour, je discutais avec un ami et il m'a sorti cette information révélatrice: si un être humain vit jusqu'à 90 ans, il en a passé 30 à dormir. C'est vrai. Fais le calcul toi-même: en dormant en moyenne 8 heures par jour durant un mois complet, t'as passé 10 jours sous les couvertures. Il y a des gens qui dorment plus, d'autres moins, mais c'est plus ou moins ça quand même. 10 jours fois 12 mois ça donne 120 jours par année. Si t'arrives à atteindre les 90 ans, ça fait 10 800 jours de sommeil, ce qui donne exactement 29, 58904 ans! Incroyable.

Et alors, t'es découragé? Tu trouves qu'on en vient à vivre peu et à dormir beaucoup? Tu vas y penser à deux fois avant de rester enroulé dans ton lit un samedi matin ensoleillé? Ou bien tu te dis déjà que le monde est dans la merde, aussi bien fermer les yeux pour souffrir moins? Bon. Alors imagine si tu savais d'avance ta date d'échéance: imagine un monde où les gens naîtraient en dormant et se réveilleraient uniquement une fois avoir dormi toutes les années relatives au total de leurs vies. Si je meure à 60 ans, je me réveille à 20 ans. Si toi tu meures à 50, tu te réveilles au milieu de l'adolescence: à 16 ans. Et après tu ne dormirais plus jamais, jusqu'au jour du sommeil éternel. 

C'est une simple règle de trois. Imagine le pauvre qui se réveille à 5 ans. À 15 ans il est déjà sous terre. Le gars a même pas le temps d'arriver à la puberté, il vit sa première angoisse, elle éclate comme un bouton et il meure. Ou tu te réveilles à 13 ans et à 40, c'est la fin. Bien installé là dans ta vie d'adulte, un matin quelconque, aux côtés de ta femme et de tes enfants, beurrant ton pain, et d'un coup tu crèves. Mais j'ai l'impression que la vie ne serait pas comme ça. Imagine la folie que ça serait. Imagine dans quelle disposition on serait en se réveillant. T'as ouvert les yeux, 20 ans, halluciné par tant d'énergie, la peau te pique, t'as quasiment envie d'exploser. Ça existe plus, ce truc de dormir, c'est fini cette histoire d'être fatigué, énergie interminable jusqu'à 60 ans.

7h du matin. Le gars prend un bain, s'avale un café, mange une tranche de pain, nettoie la maison, passe la tondeuse, lave la vaisselle, fait une promenade avec le chien, appelle sa mère, amène les enfants à l'école, revient, prend sa bicyclette, 10 km, saute dans le bain, chante dans la douche, part au travail et quand il regarde sa montre: 9h du matin! Fuck, mon gars, c'est de l'énergie qui finit plus. Et c'est pas comme si le dude était fatigué, comme s'il voulait retourner à la maison pour relaxer. Non! Il est trop dedans! Il travaille comme un fou toute la journée, pro-actif, il donne son opinion durant la réunion, il arrive avec des idées nouvelles, remet tout avant échéance, va dîner, revient, encore plus stimulé, alerte, toute la compagnie hallucinée, le monde au complet prend feu. À 6 heures de l'après-midi il va au happy hour, revient à la maison survolté, ouvre la porte et sa femme est dans le même mood, elle soupire tellement elle a envie de faire quelque chose, se pète la tête sur les murs, complètement exaltée. Les deux sortent pour souper, deux bouteilles de vin, ils vont danser, baisent dans les toilettes du club, reviennent à la maison, encore du sexe, appellent des amis, parlent avec la famille au complet au téléphone, décident de prendre la voiture pour aller voir le soleil se lever à la plage, bain de mer à poil, lait de coco, alligator, reprennent l'autoroute dans l'autre sens. 7h du matin et tout recommence.     

La vie serait une continuité intense, frénétique, non-stop, une espèce de continuel je-veux-tout-en-même-temps-maintenant. Des enfants dans des corps d'adultes secouant le monde. Sans la sieste du dimanche après-midi, sans le down d'après le dîner. Rien pourrait briser le rythme à part un accident, une maladie. Alors imagine quelqu'un qui se réveille à 3 ans. À 9 ans, déjà plus là. Un enfant plogué sur le 220, 24 heures sur 24 durant 6 ans sans interruption. J'imagine les voisins commenter:

-T'as vu le fils de Maria? Il vient de se réveiller: 3 ans.
-Oh, my! Pauv'tit, il va partir vite celui-là.

Eux, ils seraient les plus hallucinés de tous, leur vie une folie sans fin, chaque jour comme si c'était le dernier. Tu regarderais dans la nuit à la recherche des étoiles et tout ce que tu verrais ce serait une bande d'adolescents en train de rompre le ciel avec leurs parachutes, hurlant, beuglant, l'adrénaline dans le tapis.

C'est ça. Je pense que ce monde serait pas pour moi. Je suis sûr que j'endurerais pas le rythme. J'irais me jeter en bas d'un pont, je me mettrais une balle dans la tête. Je préfère le monde comme il est, vivre tranquillement, passer de la vie au sommeil, parfois vivre plus, parfois dormir plus, contrôler moi-même cet équilibre comme je le sens. Si on perd une bonne partie de notre vie à dormir, alors le mieux ça reste d'en profiter pendant qu'on est réveillé. Et rêver. Et mourir sans savoir quand.

*

SEM DESCANSO, SEM COCHILO, SEM FREIO

Você já pensou quanto tempo passa dormindo na vida? Outro dia conversando com um amigo meu, ele me solta essa informação reveladora: se um ser humano vive até os 90 anos, ele passou 30 dormindo. Verdade. Faça os cálculos você mesmo: dormindo uma média de 8 horas diárias durante um mês completo, você passou 10 dias embaixo das cobertas dormindo. Tem gente que dorme mais, outras menos, mas é mais ou menos isso aí mesmo. 10 dias vezes 12 meses dão 120 dias no ano. Se você conseguir chegar aos 90, são 10800 dias de sono, que dão exatamente 29,58904 anos! Inacreditável.

E então, bateu um desespero? Acha que anda vivendo pouco e dormindo muito? Vai pensar duas vezes antes de ficar enrolando na cama num sabadão ensolarado? Ou já que o mundo anda uma merda, o melhor é fechar os olhos pra sofrer menos? Então imagine se você soubesse o seu prazo de validade: imagine um mundo onde as pessoas nascessem dormindo e só acordassem quando tivessem dormido todos os anos relativos ao total de suas vidas. Se eu vou morrer com 60 anos, eu acordo com 20 anos de idade. Você, se morrer aos 50, acorda no auge da adolescência: 16 aninhos. E depois nunca mais ia dormir, até o dia do sono eterno.

É uma simples regra de três. Imagine o coitado que acordou com 5 aninhos. Com 15 anos já está embaixo da terra. O cara se bobear nem chega à puberdade, cresceu a primeira espinha, ela estoura e ele morre. Ou você acorda com 13 anos e nos 40, é o fim. Bem ali no auge da vida adulta, numa manhã qualquer, ao lado da esposa e dos filhos, passando manteiga no pão e você empacota de vez. Mas acho que a vida não ia ser assim. Imagine a loucura que seria. Imagine a disposição com a qual íamos acordar. Abriu os olhos, 20 anos, alucinado de tanta energia, a pele até coça, você quer é quase explodir. Não tem mais essa de dormir, nada disso de ficar cansado, energia interminável até os 60 anos.

7h00 da manhã. O cara toma um banho, dropa um café, come um pão, limpa a casa, corta a grama, lava a louça, faz faxina, leva o cachorro pra passear, liga pra mãe, leva os filhos pra escola, volta, pega a bicicleta, 10 km, toma banho, canta no chuveiro, vai para o trabalho e quando olha no relógio: 9h00 da manhã! Porra, é energia que não acaba mais meu amigo. E não é que o sujeito está cansado, quer chegar em casa e colocar os pés pra cima. Não! Ele tá é na pegada! Trabalha o dia todo como um louco, proativo, dá opinião em reunião, vem com ideias novas, entrega tudo antes do prazo, almoça, volta, arrepia ainda mais, a empresa toda alucinada, o mundo todo pegando fogo. As 6 da tarde vai pro happy hour, volta pra casa pilhadão, abre a porta e a mulher tá do mesmo jeito, até bufando de tanta vontade de fazer alguma coisa, batendo a cabeça a parede, pulando corda. Os dois saem pra jantar, duas garrafas de vinho, emendam uma balada, transam no banheiro da boate, chegam em casa, mais sexo, ligam pros amigos, falam com a família toda, decidem pegar o carro e ver o amanhecer na praia, banho de mar pelados, água de coco, jacaré, pegam a estrada de volta. 7h00 da manhã e tudo recomeça.

A vida seria uma continuidade intensa, frenética, nonstop, um tal de quero-tudo-ao-mesmo-tempo-agora. Crianças em corpos de adultos sacudindo o mundo. Sem cochilos num domingo à tarde, sem pestanas depois do almoço. Só uma fatalidade, uma doença, poderia quebrar esse ritmo inquieto. Imagine então quem acordou aos 3 anos de idade. Aos 9 anos, já era. Uma criança ligada no 220 por 24 horas durante 6 anos ininterruptos. Imagino a vizinhança comentando:

- Você viu o filho da Maria? Acordou com 3 aninhos.

- Ah coitado, esse vai cedo.

Esses seriam os mais alucinados de todos, a vida uma loucura sem fim, cada dia como se fosse o ultimo. Você olharia para o céu procurando estrelas e veria um bando de adolescentes cadentes rasgando o céu em seus para-quédas, gritando, berrando, adrenalina no máximo.

É, eu acho que esse mundo não seria para mim. Eu juro que não ia aguentar o tranco. Ia me jogar da ponte, meter uma bala na cabeça. Prefiro esse mundo mesmo, viver aos pouquinhos, intercalando vida e sono, às vezes vivendo mais, às vezes dormindo mais, eu controlando essa balança como achar melhor. Se a gente perde boa parte da vida dormindo, então o melhor mesmo é aproveitar enquanto estamos de pé. E sonhar. E morrer sem saber quando.

dimanche 20 février 2011

Foto legal


Belle image.

Quelqu'un sait d'où ça vient?

C'est peut-être une pub.

samedi 19 février 2011

Quiz du vendredi le samedi

Un petit rapide, juste pour le fun.


1) Diane Keaton ou Mia Farrow?

2) Patrick vas-t-il fourrer avec Nancy?

3) Est-ce que le dernier album de Kanye West, c'est vraiment un chef-d'œuvre?

4) Pourquoi l'ascenseur de Berri-Uqam ne se rend pas jusqu'à l'étage de la ligne verte (sans parler de la ligne jaune)?

5) Lequel t'achètes en premier?
a) Un Roll 'n' Grow
b) Une Hawaii Chair
c) Un Snuggie
d) Une Wearable Towel
e) Un Better Marriage Blanket

6) Et parlant d'inventions et d'investissements judicieux, et éthiques, lequel des Dragons tu sluggerais en premier?
a) Kevin
b) Kevin
c) Kevin
d) Kevin

7) Ça t'as pris combien de temps avant de te rendre compte que tu pouvais mettre un hyperlien sur autre chose qu'une adresse internet que tu aurais écrite au préalable? (Ex: "J'ai découvert un site super cool, allez le visiter, ici: http://www.sosdouleur.com/)

8) Fédor Dostoïevski ou Fiodor Dostoïevsky?

9) Qui fait tes rapports d'impôts?

10) Rodrigue, as-tu du cœur?

vendredi 18 février 2011

Rythme

J'ai déposé mon examen doctoral hier après-midi, un gros document de soixante-sept pages. Le comité départemental le lira, formera un "jury" devant lequel, dans deux mois environ, je devrai soutenir mes idées et ma démarche. Ensuite, si tout s'est bien passé, je pourrai commencer officiellement (enfin) la rédaction de la thèse. Ça veut dire deux choses:

1-Je dois préparer une défense sous forme de communication d'une vingtaine de minutes, prévoyant le plus possibles les questions et les commentaires. Être humble et confiant à la fois.

2-Comme c'est seulement en avril, je me donne au moins trois semaines pour me concentrer sur le manuscrit de mon recueil de nouvelles qui sortira l'année prochaine. Être humble et confiant à la fois.

Je ne sais pas si j'aurai le temps où le goût d'écrire des niaiseries ici dans les prochains jours. On verra. Disons qu'à compter d'aujourd'hui, et jusqu'à nouvel ordre, je mets en suspens ma règle d'un billet par jour.








PS: Avez-vous vu Thom Yorke danser?

mercredi 16 février 2011

Mathilde en dernier (X) - Victor


*
Je ne me souvenais plus tellement bien, alors que je descendais vers le deux et demi de Victor, rue Laurier, en m’appuyant sur la rampe et en arrêtant à chaque marche parce que mon visage était en train de se recomposer, de se remettre en fonction et que ça faisait énormément mal.
La douleur dans mes oreilles était si cuisante que j’avais l’impression d’être en train de devenir sourd et de m’en rendre compte. J’avais cette impression, comme si j’allais peut-être mourir d’un stupide rhume en plein cœur de Montréal. Je me suis assis dans les escaliers, mon bras allongé vers le haut tenant encore la rampe, incapable de la lâcher, une fesse un peu soulevée à cause de la distance, de l’étirement. Incapable de lâcher cette rampe. 
Ils étaient arrivés, trois jeunes hommes comme les autres, comme nous autres, bien habillés, et plus tard, alors que plus personne ne faisait attention à eux, ils s’étaient mis à foutre un bordel pas possible. Je veux dire, nous, on mettait la musique trop fort, en effet, on fumait trop de weed et on ne dégueulait pas toujours dans la toilette, mais bon, ça restait décent, au sens où la décence est une question de génération. Je faisais l’amour avec Mathilde et on disait baiser ou fourrer, mais je n’en parlais pas avec mes parents, je ne m’en vantais pas à Noël, devant mon grand-père qui commençait à devenir sénile. On était des jeunes qui s’en foutaient, mais qui s’en foutaient avec une sorte de conscience sociale en filigrane, en arrière-plan. On s’en foutait, mais on s’en foutait parce qu’on n’était pas des bourgeois, ou quelque chose comme ça. 
Dans ce temps-là, on avait le droit d’être réunis dans une maison de banlieue à trois heures du matin et d’écouter de la musique à tue-tête et de rire en se racontant comment on avait réussi à sortir la bière en demandant à un adulte avec politesse, en faisant des phrases complètes. 
Quand je me suis retourné après avoir embrassé Mathilde devant tout le monde, pour la faire rire et pour la faire rougir, j’ai aperçu un des gars avec le robinet dans une main. Au loin, dans mon champ de vision, flou et dézoomé à cause de la bière et de l’heure tardive, je pouvais entrevoir un de ses amis occupé à arracher, à littéralement arracher le lavabo du mur de la salle de bain. Le jet d’eau a commencé à sortir et je me suis posé la question à savoir si c’était réel. J’avais encore le goût des lèvres de Mathilde sur les miennes et je me suis retourné pour voir le gars brandir comme un trophée le robinet en inox de la salle de bains de la maison de mon ami Victor. 
L’autre s’échinait à tirer le lavabo, il avait laissé la porte ouverte, comme pour dire qu’il ne faisait rien dont il avait honte, il n’était pas en train de chier. Ses deux bras étaient disposés le long du lavabo, il tirait dessus de toutes ses forces, une espèce de sourire sur le visage. Qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir dire, quelle sorte de point pouvait-il bien vouloir amener? Je ne comprenais pas ce qui était en train d’arriver, je me suis senti comme un étranger pris entre deux armées, qui reçoit des bombes sur la tête et qui est défini comme un dommage collatéral. 
Je me suis senti à la fois extrêmement fâché et extrêmement inoffensif. 
Le gars qui était parvenu à arracher le robinet se promenait et il portait son trophée haut dans les airs. La musique continuait, mais elle était devenue dérangeante. J’ai ressenti un malaise étrange. Et je fixais ce gars qui me ressemblait, mais qui vivait à des années-lumière de moi, je ne savais foutrement pas quoi faire. Mathilde était bloquée elle aussi, mais je sentais que le poids qu’elle exerçait sur mon bras me demandait quelque chose, je sentais que ce poids réclamait quelque chose. 
Victor est descendu du premier étage parce que la musique avait soudainement stoppée. Il est descendu rapidement en rattachant sa ceinture, en bédaine, son corps longiligne, son torse avec une toute petite flèche de poil entre les seins. Il n’était pas épeurant, mais il était chez lui, il avait une responsabilité. Il s’en foutait qu’on boive sa bière ou qu’on chipe les bouteilles d’alcool dans le minibar, mais il avait quand même une responsabilité envers les objets et les meubles et les lavabos qui ne lui appartenaient pas. 
À cette époque, la mère de Victor vivait seule avec lui dans cette petite maison près du boulevard des Prairies, dans un des vieux quartiers de Brossard, elle n’était pratiquement jamais là, occupée à mourir depuis des années d’un cancer des poumons que Victor associait plus au départ de son père qu’aux trois paquets par jour qu’elle fumait depuis ses treize ans. Elle faisait des séjours prolongés dans des hôpitaux généraux et des hôpitaux spécialisés et Victor s’occupait de la maison, s’occupait de son plus jeune frère et organisait les plus mémorables partys de mon adolescence. C’était chez Victor que j’avais frenché pour la première fois, chez Victor qu’on avait découvert le jazz, chez Victor qu’on se réunissait pour boire à la façon ingrate et inconsciente de la jeunesse, mélangeant de la Bud avec des shooters de sambuka, chez Victor qu’on avait passé nos meilleurs jours de l’an, quand tout le monde était heureux pour aucune raison particulière, seulement parce que personne ne savait encore ce que c’était d’être malheureux.

mardi 15 février 2011

En hommage à mon blogroll, ou une autre série dont le titre se termine avec un chiffre romain entre parenthèses (III)

Bon, où en étais-je? Ah...


L'activité cérébrale incontinente

Le titre en dit long: ici, je suis aspergé, j'en reçois jusque dans le visage, plus souvent qu'autrement, et c'est humblement contagieux. Car qu'est-ce que l'incontinence, sinon le contraire de la (p)rétention?
"ValGod", qui signe de Québec, quelque part entre deux pronoms démonstratifs qui viendraient lui titiller les sens et un arbre généalogique compliqué et bilingue, sème sans relâche ses petites incontinences à tous vents, ne reste qu'à les récolter sans les briser. Parce qu'elle est fragile parfois, cette écriture tout en méandres autocritiques, autobiographiques, parsemée de toutes sortes de teintes drôles, cyniques, douces-amères, mais jamais rose (elle s'est tannée).  
Souvent cryptique, elle n'est jamais inaccessible. J'ai rencontré chez elle des personnages fictifs qui ont des noms, qui ont des vies, perpendiculaires et parallèles. J'en ai rencontré d'autres bien réels qui ne sont que des sobriquets affectueux, des surnoms familiaux tronqués, qui lui ont dit quelque chose hier soir, la semaine dernière, et qu'elle vampirise allègrement, auxquels je crois autant qu'aux autres. Son univers, aussi virtuellement restreint soit-il, est peuplé de gens de tous âges, des filles et des garçons qui déchargent leur venin ou leur amour, incapables de se contrôler. Sous la plume de "ValGod", ils ne sont des états-d'âmes qu'au sens le plus pur de l'expression d'explorer l'état d'une âme, celle de l'autre ou la sienne.
Je la lis depuis peu; elle écrit, je crois, depuis longtemps. Ses premiers billets, datés du début 2010, font mention d'un ancien blogue qu'elle aurait détruit sauvagement, par besoin de se redécouvrir, de repartir à neuf. Quarante-huit heures plus tard, elle inaugurait celui-ci, promettant à des lecteurs éventuels un parcours moins triste sans être moins cahoteux, une randonnée plus enjouée sans être moins chaotique. Dur de savoir ce qu'elle faisait dans son ancienne incarnation, mais aujourd'hui "ValGod" écrit ce qu'on nomme dans certains milieux (que je ne fréquente pas) des tranches de vies, des micro-récits qui dépeignent avant tout un sentiment ou une sensation en plein déploiement dans l'anecdotique et le quotidien. Ça semble bien peu, mais en fait c'est tout. Dans la mesure où il y a dans sa démarche cette sorte de détachement, de déplacement, d'enjambement, qui s'appelle la voix et qui nous donne l'expérience absolument merveilleuse, bien au delà de l'évènementiel, du littéraire.

C'est très égocentrique comme jugement, mais elle est celle qui me fait le plus penser à moi. À la lire, par moments j'ai l'impression que j'aurais pu écrire ses phrases, que j'aurais pu les mouler et les tordre de la même façon, un peu boiteuse, un peu torve. C'est une des raisons, évidemment, pour lesquelles j'apprécie passer du temps dans son espace mental débridé, parce que je m'y reconnais. Mais outre cela, outre sa phrase cabotine qui me fait penser à ma propre phrase, je ne suis pas sans cesse devant un miroir. Et il y a chez elle un regard que je ne retrouve pas ailleurs, subtil et pénétrant, qui vaut vraiment la peine d'être soutenu.

dimanche 13 février 2011

Charles Richet et l'an 1992

En effectuant des recherches pour le compte de mon directeur, qui travaille beaucoup sur les rapports entre la science et la littérature, je tombe sans arrêt sur des perles rares. En ce moment, j'en suis à glaner ce qu'internet a à me proposer comme informations, textes et fictions à propos des premiers scientifiques/médecins/aliénistes/eugénistes français et anglais, ceux-là qui ont inventé l'hérédité et la dégénérescence: Benedict-Augustin Morel, Valentin Magnan, Francis Galton (qui a forgé le terme eugénisme), etc.

C'est extrêmement intéressant, comme n'importe quel sujet qu'on se donne un peu la peine de creuser. Juste là, je feuillette un essai de Charles Richet, psychiatre français de la fin du XIXe siècle, prix Nobel de médecine, qui s'intitule DANS CENT ANS, écrit en 1892.

Quoi de mieux pour se faire plaisir, un dimanche matin, que de lire ce qu'un chercheur aguerri et sérieux pensait alors de l'année lointaine 1992.

Ces passages sont particulièrement délicieux:

La Terre a eu un commencement, et elle aura certainement une fin. Mais cette fin est si lointaine qu'il ne faut pas s'en alarmer. Les astronomes et les géologues nous ont prouvé que le refroidissement de la Terre est continuel, et qu'elle perd constamment du calorique, en rayonnant à travers les espaces glacés qu'elle parcourt avec une rapidité vertigineuse. Mais ce refroidissement est très lent. En supposant un millième de degré par an - et nous exagérons sans doute encore - cela fait un degré en mille ans ; ou autrement dit deux degrés depuis l'ère chrétienne, trois degrés de moins qu'au temps d'Homère. Il faudrait donc huit mille ans pour que la température de Paris fût celle de Moscou. Huit mille ans ! Sait-on ce que cela signifie ? Ce n'est rien du tout au point de vue cosmique ; mais, pour l'humanité, c'est plusieurs mondes ; puisque c'est à peine si nous pouvons soupçonner quelque chose de ce qu'était l'homme il y a cinq mille ans.
    Nous devons donc nous rassurer sur le refroidissement de la Terre. Les hommes ont quelque vingt mille ans devant eux, avant qu'ils aient à s'en inquiéter sérieusement et à souffrir. Peut-être d'ici là auront-ils le temps de prendre certaines précautions.
    Quant aux cataclysmes géologiques ou cosmiques, ils ne paraissent guère à craindre. Les volcans ont fini leur temps, ou à peu près. En tout cas, leurs éruptions sont bien localisées. Les astres errants sont rares, et il faut présumer que notre petite planète n'aura pas la mauvaise chance d'en rencontrer un sur sa route.
    Donc nous pouvons accepter ceci : c'est que, pendant longtemps, très longtemps, les conditions extérieure ne se modifieront pas. Il y aura des mers, des fleuves, des rivières, des montagnes, semblables aux mers, aux fleuves, aux rivières et aux montagnes d'aujourd'hui. Le soleil se lèvera dans l'horizon de la même manière et aux mêmes heures ; et la constitution chimique de l'atmosphère terrestre n'aura subi aucune variation appréciable.

*

Le rôle de la femme, malgré les prédications passionnées de quelques esprits généreux, sera toujours limité au foyer domestique. Par exception, il y a aujourd'hui des femmes médecins, auteurs, peintres. Ces exceptions seront plus nombreuses, soit ; mais, même  en Amérique, la femme sera surtout mère de famille et gardienne du foyer domestique. Quant à prédire l'étendue de ses droits politique cela est peu important, et d'ailleurs toute présomption serait téméraire.

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Les destins de l'Amérique sont faciles à prévoir. Dans l'Amérique du Nord on parlera anglais, dans l'Amérique du Sud on parlera espagnol ; le Canada sera probablement émancipé de la domination anglaise, sinon en droit, au moins en fait ; les Canadiens français et anglais formeront une puissante agglomération où les deux langues seront de puissance égale ; mais il est à supposer que cette agglomération canadienne sera absorbée par l'immense masse des États-Unis dont la prospérité et la population comporteront un prodigieux accroissement.

*

Il est vrai que nos contemporains font des tableaux qui ne ressemblent pas du tout à ceux de Pérugin et de Raphaël ; mais c'est qu'il y a, sous un fonds de beauté commune à toutes les époques, un élément variable, qui est la mode et le goût du jour. L'art du XVIe siècle et l'art du XVIIIe siècle, l'art japonais et l'art grec, même l'art de 1830 et l'art de 1890 sont très dissemblables. Les tableaux que nous admirons aujourd'hui et que nous regardons comme très modernes sont précisément ceux qu'en 1992 on trouvera très archaïques et très démodés.
Et ceux de 1992, comment seront-ils ? Cela est impossible à dire. Pourtant nous pouvons supposer qu'ils seront encore plus réalistes que les tableaux d'aujourd'hui; car la tendance de l'art est de se rapprocher davantage de la nature, à condition qu'il existe une sorte d'émotion intime, esthétique, mettant en pleine lumière la réalité, qui, dans la nature, est latente sous les voiles qui l'obscurcissent.

*

La poésie ne fera donc pas de progrès : mais le roman subira sans doute d'étonnantes transformations.
Actuellement la création littéraire est marquée surtout par la production de romans. C'est comme une marée montante qui menace de tout submerger. Si l'on ne prenait que les romans écrits depuis un demi-siède, en français et en anglais, on arriverait à former une bibliothèque de plus de deux cent mille volumes. Que l'on compare cette production annuelle avec ce qui était écrit il ya un siècle, et on appréciera bien l'intensité, je ne dirai pas du progrès, mais de la progression.
L'état de romancier est devenu une véritable industrie, dans laquelle l'art a peu à voir, et il faut admettre qu'il en sera ainsi de plus en plus. La lecture des romans est une des formes du luxe, et elle fera les mêmes progrès que la richesse publique.
Comme pour les tableaux, il n'y a pas à craindre que cette industrie périclite, au point de vue des bénéfices pécuniaires.  Mais au point de vue purement littéraire, que deviendra le roman futur ?
Eh bien, toute prévision à cet égard est nécessairement vaine. Peut-être se trouvera-t-il quelque homme de génie qui reviendra à la simplicité primitive ; peut-être, au contraire, la complication psychologique ira-t-elle en s'exagérant , comme, par exemple, dans les romans russes. Mais on peut ètre assuré que la forme sera différente de la forme actuelle. On lira avec plaisir Manon Lescaut, Paul et Virginie, Werther,· David Copperfield, la Recherche de l'absolu, les Miserables, Madame Bovary ; mais on aura sans doute trouvé d'autres formules, on suivra d'autres modes, et on admirera les chefs-d'œuvre du passé, sans chercher à les imiter, et même sans pouvoir les imiter.

*

Wow. Encore.


Je mets le lien ici, si certains veulent aller faire un tour.

Il dit plein d'affaires vraies aussi.

  

samedi 12 février 2011

Hommage à la porn (ou TMI)

Quand j'étais plus jeune, les affaires que j'ai faites pour avoir accès à de la porn, tu peux même pas imaginer. Je me souviens de soirées d'angoisse à faire semblant d'être allé me coucher, à attendre que Bleue Nuit commence, pour l'écouter en cachette sur une petite télé noir et blanc qui était dans la chambre de ma mère, après qu'elle soit partie faire son shift de nuit à Charles-Lemoyne. Je me souviens d'avoir été vraiment excité par la collection de Playboy du père de JP, qu'on avait découverte. Je me souviens de la première fois que j'ai vu Jenny McCarthy en centerfold. Et par le fait même, je me souviens de l'effet que ça m'a fait d'ouvrir un Hustler pour la première fois et me rendre compte que Playboy et Penthouse, c'était pour les fifs. Il me semble, à y repenser maintenant, que j'étais toujours en train d'attendre. Attendre que quelqu'un s'endorme, que quelqu'un sorte de la pièce, que quelqu'un me donne une revue, que quelqu'un me prête une cassette. Je me souviens de façon quoi, vivide, de la première fois où JP et moi on a visionné un des films explicites de son père, qu'on avait finalement trouvé dans le dernier tiroir de la commode en coin dans la chambre des maîtres. C'étaient des films VHS dans des boîtes super grosses, le nôtre s'appelait ROBOFOX. Alors qu'on était habitués à voir du monde danser langoureusement en suit de lycra pendant le sexe, à Télévision Quatre Saisons, alors qu'on était habitué à ne jamais voir de pénis ni rien, juste du pognage full chorégraphié, voilà qu'on se retrouvait devant notre première pénétration et notre première pipe. L'effet a été explosif: on savait maintenant c'était quoi la différence entre "ce film renferme des scènes de nudité" et "ce film renferme des scènes de sexualité". On ne pouvait plus revenir en arrière. Un peu plus tard, j'ai découvert Super Écran, et les angoisses de l'attente, encore l'attente, interminable. Je me souviens de la tristesse, oui, de me rendre compte parfois que ce soir-là, il n'y avait pas de film porno ni sur le F1, ni sur le F2, ni sur le F3, ni sur le F4 de ma manette Vidéoway. Le lendemain, si l'horaire de Super Écran me promettait un film à minuit trente cinq, j'attendais désespérément que mon père arrête d'écouter CNN et reparte dans son bureau pour me partir un enregistrement sur VHS. J'avais préalablement sélectionné Musique Plus comme poste de secours si jamais je l'entendais revenir pour me jaser ça. J'appuyais sur record sur le magnétoscope et j'avais un doigt constamment sur le bouton channel return de la manette. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, j'ai gardé précieusement ces cassettes VHS remplies à ras bord de bout de scènes de dizaines de films porno que j'avais enregistrés au fil de ma looooongue adolescence, que je connaissais pratiquement par cœur, et sur lesquelles une fois de temps en temps on voyait apparaître l'icône du son de la télé qui baissait jusqu'au minimum (quand je pensais avoir entendu mon père) ou qui soudainement, entre deux paires de fesses, switchaient à un clip de Bad Religion qui passait à 1-2-3 Punk à ce moment-là (quand j'étais sûr que mon père approchait).  (((((Incidemment, pour les plus jeunes d'entre nous, je rappelle que Réjean Laplanche, à l'époque, était effectivement un dude avec un skateboard à la place de la face.))))) Je me souviens aussi qu'il fallait parfois attendre plusieurs minutes pour qu'une photo de Pamela Anderson à poil devienne claire et non pixelisée sur l'écran de ce qu'on appelait un Pentium. Dans ce temps-là le moteur de recherche que j'utilisais s'appelait Altavista. Parfois, je suis nostalgique de toute cette difficulté quand je me promène sur YouPorn et que je clique là-dessus et là-dessus, et je me demande quel genre d'hommes vont devenir ces jeunes gens qui n'auront pas eu à courir, à planifier, à manœuvrer, à suer, à se sacrifier, pour avoir accès à de la bonne vieille porn, parfois je suis nostalgique, mais vraiment pas tout le temps.               

jeudi 10 février 2011

Billet qui commence par une phrase clichée

C'est fou à quel point les choses changent vite. Comme je l'ai déjà dit, ma thèse porte sur les personnages d'écrivains dans les romans américains et mon directeur m'a récemment suggéré un livre de Richard Powers, intilulé GALATEA 2.2, dans lequel le narrateur est romancier et s'appelle, ô comble du bonheur métafictionnel, Richard Powers. Je viens de le commencer, j'ai à peine lu une dizaine de pages. Le roman date de 1995 et s'intéresse à des questions de science, de technologie, et de philosophie, ce qui en soi est intemporel, j'imagine, mais c'est fascinant de voir à quel point l'interrogation est marquée, influencée par l'époque. Le narrateur, invité à passer un an comme écrivain-résident dans son ancienne alma mater, se retrouve dans un gigantesque complexe des sciences ultra-moderne et a un accès illimité à cette nouveauté un peu étrange

le world web

Je vous cite quelques passages, pour que vous voyiez bien comment peut vieillir vite une narration qui se voulait à la fine pointe de la métaphore virtuelle ultra-sophistiquée (sans oublier l'effort considérable de sonner comme Don DeLillo, mais bon...):

I browsed the world web. I fished it from my node on a building host that served up more megabits a second than I could request. By keying in short electronic adresses, I connected to machines all over the face of the earth. The web: yet another total disorientation that became status quo without anyone realizing it. (p. 7)


The town had been knotted into a loose-weave, global network in my absence. The web seemed to be self-assembling. Endless local investigations linked up with each other like germs of ice crystal merging to fill a glass pane.
The web overwhelmed me. I found it easier to believe that the box in Pakistan I chatted with was being dummied up in the other end of the building. I didn't know how my round-the-world jaunts were being billed, or if they were billed at all. (p. 7-8)


Et une un peu plus longue, savoureuse:

But the longer I lurked, the sadder the holiday became. People who used the web turned strange. In public panels, they disguised their sexes, their ages, their names. They logged on to the electronic fray, adopting every violent persona but their own. They whizzed binary files at each other from across the planet, the same planet where impoverished villages looked upon a ball-point pen with wonder. The web began to seem a vast, silent stock exchange trading in ever more anonymous and hostile pen pals.
The web was a neighborhood more efficiently lonely than the one it replaced. Its solitude was bigger and faster. When relentless intelligence finally completed its program, when the terminal drop box brought the last barefoot, abused child on line and everyone could at last say anything instantly to everyone else in existence, it seemed to me we'd still have nothing to say to each other and many more ways not to say it.
Yet I could not log off. My network sessions, all that fall, grew longer and more frequent. I began to think of myself in the third virtual person, as that disembodied world-web adress: rsp@center.visitor.edu. (p. 9)

Entendons-nous, il n'y a rien de faux dans ce que Powers raconte, mais c'est tellement daté comme discours, tellement années 90, on a tellement souvent entendu ces arguments, méfiants et fascinés à la fois, que ça donne vraiment l'impression d'avoir été écrit à une autre époque. Et ce qui est drôle, c'est que Powers jusqu'à un certain point, avait trouvé une bonne astuce narrative pour "assurer" son texte contre la vieillesse, en faisant dire à son narrateur, en commentaire un peu désabusé: "Anyone reading this by accident or nostalgia a hundred years from now will have to take my word for the novelty."
Dude, let's make that fifteen years.

À l'époque où Richard Powers écrivait ça, quand on ouvrait la télé, on pouvait voir ça:



The Age of Innocence.

?

Est-ce que je suis le seul qui, à entendre le verbe "phagocyter", a comme une image de sanglier furieux qui lui vient dans la tête?

mardi 8 février 2011

Herstory

Il y a deux points rapides que je ne veux pas développer cet après-midi, que je lance sur Saint-Henri sans les élaborer, mais auxquels j'ai souvent pensé dans ma vie.

1- Ça m'énerve un peu, en tant qu'homme, qu'on parle de certaines auteures comme des écrivaines féminines, qui ont une écriture féminine, en les dissociant ainsi d'un féminisme militant, plus politisé. Je trouve que ça m'écarte, ça me met à part, comme si je n'avais pas accès à la vérité profonde de l'œuvre. Quand je lis Clarice Lispector, ou Virginia Woolf, je n'ai pas envie de me faire rappeler sans arrêt pas Hélène Cixous et consœurs que je ne suis qu'un homme.

2-J'ai lancé souvent à la blague, avec Will entre autres, que ça pourrait être tellement bien d'écrire une histoire littéraire qui serait basée exclusivement sur les auteures, sur les écrivaines, les poètes, les romancières. Pas d'hommes, pas besoin. C'est con, mais ça me traverse l'esprit chaque fois que je lis un roman écrit par une femme (mon dernier en date : SHIP OF FOOLS, de Katherine Anne Porter, 1962, tellement bon, tu peux même pas imaginer, pis c'est rien à côté de ses nouvelles...), et que je me retrouve à être flabbergasté par la qualité de l'écriture et le bonheur intense de lecture que je ressens. Les influences seraient d'autres femmes. Sûrement que ça existe déjà, mais bon, ça commencerait avec genre Mme de Stäel pis ça continuerait comme ça, avec des centaines de grandes écrivaines que j'aime. Ha! C'est n'importe quoi, mais j'aime ça y penser.

3-Je sais que ça a l'air contradictoire, mais... non.

lundi 7 février 2011

À propos du premier épisode de 19-2

Ok. C'est pas comme si j'allais me mettre à tenir un blogue télé, mais je viens de visionner le premier épisode de 19-2 sur TOU.TV, et je me demande si je suis le seul à trouver que ça cloche un peu par bouttes. Faque je vais en parler.

Premièrement,c'est beaucoup trop évident que Nick Berrof (c'est quoi ce nom là?) n'est pas un "vrai" salaud, qu'il est un cœur tendre, au fond. C'est peut-être à cause de la bouille de Réal Bossé, mais j'y crois pas une miette. Il est un dur à cuire dans une scène et un steak attendri (?) la scène d'après.

Deuxièmement, comment expliquer qu'à sa deuxième journée dans son nouveau corps policier, le personnage de Claude Legault ait déjà reçu de la soupe tonkinoise lancé par un chinois hystérique qu'il a ensuite été obligé de maîtriser violemment alors qu'une chinoise hystérique lui donnait des coups de poulet sur le tête, et qu'il soit déjà dans l'eau chaude pour une histoire grave de coup de fusil qui "devrait déjà être aux affaires internes". Ça déménage en ville.

D'ailleurs, et ça m'amène à mon troisièmement, quelle image étrange de Montréal est montrée dans cette télé-série. Je ne suis pas sûr de comprendre le message qu'on veut véhiculer. D'abord, c'est quoi ces jokes absurdes et pas drôles sur le fait que le gars de la SQ soit un "habitant" qui "vient des régions" et qui "sent le chevreuil". Les policiers du SPVM ont-ils douze ans d'âge mental? Le SPVM est-il une polyvalente? Ensuite, c'est quoi le trip de nous montrer un policier complètement saoul descendre de son Hummer au belvédère du Mont-Royal et faire la métaphore la plus cheap du monde en disant "je te présente ma femme" et la caméra nous montre la ville? En tous cas, si je suis quelqu'un qui n'habite pas à Montréal, ça renforce en crisse mes propres préjugés sur la "maudite métropole sale pis dangereuse".

(Ah, et j'oubliais... pour revenir au problème du personnage de Legault... je ne suis pas sûr de saisir... Est-ce qu'il s'agit, au fond, pour n'importe quel minable qui se fait arrêter, de prétendre qu'un policier lui a tiré dessus pour causer une commotion dans un service de police? Est-ce qu'un enquêteur peut prêter foi à ce genre de trucs? Ah! Le chargeur est plein? Pas grave, on sait jamais. On insinue que le policier a eu le temps d'aller acheter un chargeur plein sur le marché noir... il me semble que ça tient pas debout. Sans compter que dès le lendemain, à son troisième shift de travail, le chef lui fait du chantage avec ça... En tous cas, peut-être que je comprends pas comment ça marche.)

Quatrièmement, la réalisation de Podz... Ah... On commence-tu à être tannée des plans de caméra nerveux qui passent d'une focalisation extrême à un flou encore plus extrême? Jouer sur la profondeur du champ ça va, au début c'était même une sorte de signature artistique, mais là, ça devient grotesque, c'est comment juste un procédé gossant et ultra maniéré. Regardez juste l'extrait ici à 15: 30, dans le premier épisode, c'est absurde.

(Ah, pis aussi, c'est quoi cette réplique absolument exagérée du chef de police qui dit à Berof: "On le sait ben, toi tes partners tu les préfères avec une balle dans tête". Qui dirait ça? Qui dirait une chose aussi profondément méchante? Je suis bébérlué.)

***

Bon, je suis peut-être dans le champ, ça a l'air que Richard Terrien a adoré ça, lui.

dimanche 6 février 2011

Mathilde en dernier (IX) - Victor

Victor était supposé me fournir une arme, je lui avais dit je veux une arme de poing, utilisant une expression dont je ne connaissais pas la définition exacte, m’imaginant un peu furtivement que ça voulait dire une arme qu’on pouvait tenir dans son poing, qu’on pouvait serrer contre soi presque cachée, presque enterrée dans le creux d’une main criminelle.
Il vivait dans un deux et demi au sous-sol d’une clinique de chiropractie, on entendait les craquements et ça me renvoyait dans la tête des images d’un film qui faisait partie de ma culture, de ma contre-culture quand on était plus jeune, JACOB'S LADDER, un vieux film fucked up dans lequel une scène te montrait le personnage en train de se faire démantibuler le dos par son chiropraticien, un homme gros et jovial qui le sermonnait en même temps sur le rôle des anges et des démons, et je me figurais que c’était ça un chiro, d’une certaine manière : un homme qui te défaisait les os en te murmurant dans l’oreille des paroles à haute teneur spirituelle. Quand on entrait dans l’immeuble, il fallait passer devant cette porte vitrée sur laquelle était collée une belle colonne vertébrale toute en courbe comme un serpent inoffensif. Si je voulais avoir une colonne comme celle-là, j’avais avantage à ne pas descendre vers le sous-sol, plutôt à passer la porte et à prendre un rendez-vous avec le père de Victor, avec sa secrétaire assise bien droite sur sa chaise, profil grec et barre de fer dans le dos.
J’ai souvent remarqué que les fils d’hommes divorcés qui ont une business vivent souvent dans le sous-sol de leur père. Leur père a acheté un immeuble, ils l’ont converti en bureau, en cabinet, ils ont gardé un espace au sous-sol pour éventuellement le louer au plus offrant, et un jour leur fils les appelle et ils ont une discussion scabreuse, scabreuse mais pas dans le sens de hausser le ton, scabreuse dans le sens de soupirer et de peser les silences dans une balance cérébrale, une discussion scabreuse à propos de l’abandon et du défilement et du fait que de ne plus aimer maman équivaut nécessairement dans la tête d’un enfant de onze ans à ne plus aimer son fils, tu aurais dû t’en douter, t'aurais jamais dû aller acheter un paquet de cigarettes, etc. Et le fils s’installe dans le sous-sol de la clinique de son père et ils tentent de renouer quelque chose qui n’a jamais été noué, dénoué, emmêlé, ni même enchevêtré.
Victor disait de son père que c’était un homme respectable, et l’adjectif prenait dans sa bouche un tout autre sens, comme une forme de sarcasme au troisième degré, ou je sais pas. Parfois il montait au rez-de-chaussée et son père le massait, en lui expliquant ce qui se passait dans ses articulations pendant qu’il les faisait interagir avec ses doigts et ses paumes. Ils communiquaient ainsi, en termes scientifiques et comme ça on ne pouvait pas dire qu’il n’y avait rien entre eux.
Le père, Charles, je l’avais rencontré une seule fois, plusieurs années auparavant, à l’époque où le couvre-feu était quelque chose dont on débattait à l’assemblée nationale et où le Bloc Québécois était quelque chose qui avait encore une sorte de raison d’être, même si quand les députés parlaient, tous les membres de tous les autres partis devaient mettre leur merde d’écouteur dans leur oreille pour comprendre these damn frogs.
C’était l’époque où on faisait des partys dans les maisons et à partir d’une certaine heure, tard dans la nuit, des gens commençaient à se pointer et on avait de la difficulté à saisir leur connections, ils étaient les amis d’un ami de la sœur d’un frère, ils avaient entendu parler d’une soirée, et ils étaient là, voilà. On les laissait entrer, on les laissait se mêler à nous et aux bières qui traînaient et à la fumée de cigarette qui planait et à la musique vintage. Victor était toujours le premier à dire laissez-les rentrer, sont les bienvenus, tout le monde sont bienvenus, le monde sont tellement bienvenus. Peut-être que j’étais déjà capable dans ce temps-là de me formuler la pensée que c’était le père absent qui l’influençait, comme un concept, je sais pas.
Moi, j’étais plutôt du type inquiet, du type méfiant. Je fumais un joint et j’étais gelé durant quarante-huit heures au moins, je faisais partie de ces gens qui ne supportent pas la drogue, sauf l’alcool, aucun hallucinogène, et je m’identifiais volontiers à Woody Allen, dans tous ces films où il refuse un joint ou éternue dans un sac de coke.
Faut que je parle de Victor.

vendredi 4 février 2011

SAMBA!

Quand je suis allé manger au MILSA, le resto brésilien récemment ouvert à Québec, rue Grande-Allée, une fille de l'école Samba-Québec est venue se trémousser devant nous et a invité plusieurs clients à danser avec elle.
Dont moi.
J'avais peut-être mes grosses bottes Sorel, comme je l'ai déjà dit, mais j'ai pas eu l'air trop imbécile. Non.
Mon amoureuse voulait se lever, elle grouillait de plaisir sur sa chaise, la fille lui a fait signe, vient!, non je peux pas, j'ai le pied dans le plâtre!, oh, excuse, je savais pas!, non, c'pas grave, voyons donc! Et là, pauvre et jolie, elle est restée à se faire aller le haut du corps pendant que je me déboitais les hanches sur des doubles-croches.

Je sais pas pourquoi de pense à ça juste là.

À part le fait que Cartola me rend heureux, automatiquement.

jeudi 3 février 2011

Comme je n'ai pas la patience d'écrire un texte élaboré, voici une série de remarques disparates

1. J'aime bien cette tradition anglophone d'utiliser l'article devant le mot "novel", sur la couverture des livres. Le fait de transformer le titre et appellation générique en phrase, ça ajoute un aspect dramatique, théâtral à l'affaire. Comme si une voix, de quoi? de stentor, ou celle de Ted Williams, pourquoi pas, te disait: "You are now about to open and start reading AMERICAN PASTORAL, a novel, by Philip Roth. Sit back, enjoy, and feel free to rummage and skip as you will."

2. C'est pas pour me penser bon, mais l'autre matin, j'étais avec mon amoureuse, on était tranquilles, jeunes et beaux, et j'ai soudainement réalisé que j'étais capable de lire José Saramago dans le texte. J'étais sur la bol quand je l'ai réalisé.

3. Hier soir j'ai écouté le quatrième épisode (après avoir écouté les trois premiers) de ÇA VA CHAUFFER, le nouveau concours/télé-réalité culinaire de TVA et on a appris à la fin qu'il y aurait quatre nouveaux participants avant que l'étape des quarts de finale (?) ne commence. On s'entend que je n'ai aucun problème avec la mauvaise télé, je suis vraiment bon public. Mets-moi devant OD ou Big Brother ou Dr Phil, je capote. Mais là, c'est juste vraiment plate et lourd avec leurs mini-zooms de caméra frénétique dans la face d'un juge qui prend trente-cinq secondes pour dire : "Pour votre dessert ........................................................................................................................................................................................................... je vous donne ............................................................................................................................................................................................ la note ......................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... sur dix ............................................................................................................................................................................................................................................................................. de .............................................................................................................................................................................................................................................. (tududum, zoom manuel saccadé dans son visage, en trois temps, tududum ) ..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... 7.
Pfffffffffffff..... J'aime ben mieux UN SOUPER PRESQUE PARFAIT.

4. La seule bonne chose de l'émission d'hier soir, c'est que j'ai pu assister à ce chef-d'oeuvre audio-visuel qu'est la nouvelle pub des produits naturels Leblanc, ou une dame en pyj bleu de satin, sur le point de s'étouffer dans ses bouffées de chaleurs de ménopausée s'élance vers la porte patio pour prendre une bonne bouffée d'air frais. On entend ensuite ce qui est probablement un des meilleurs jingles publicitaires de l'histoire, le d'ors et déjà fameux Tout naturellement Leblanc... (que j'ai de la misère à fredonner, tellement l'harmonie est complexe), suivi d'une voix d'homme un peu fantomatique qui semble jaillir de l'air ambiant et qui dit "Chérie, ferme la porte il fait froid", ou quelque chose du genre.

5. L'autre jour je suis allé faire un tour au musée Pointe-à-Callières avec mon petit frère (qui d'ailleurs commence à être juste assez ado pour trouver ça plate ce genre d'activité) et on a pensé aller manger un Subway après. Comme Nat aime beaucoup le Subway, qu'il s'en léchait déjà les babines et qu'il est un jaseux, il a demandé à une des guides, qui prenait l'ascenseur en même temps que nous par hasard, si elle aimait ça elle, le Subway. La femme a répondu "Je vais être honnête avec toi, comme tu me le demandes, non, j'aime pas ça, je ne mange pas de fast-food, je me tiens loin de ça, j'aime mieux manger santé à la maison ou dans des petits restos locaux, et je trouve qu'à Montréal on est bien pour ça, c'est pas comme en banlieue, on a plein de choix santés et éthiques qu'on peut faire au lieu de manger dans ces places-là." Nat pis moi on s'est regardé, genre, euh, ok. Self-righteous et snob, talk about 514.

mardi 1 février 2011

En hommage à mon blogroll, ou une autre série dont le titre se termine avec un chiffre romain entre parenthèses (II)

Je poursuis l'exercice, en respectant l'ordre alphabétique.


Absurdités claustrophobes / Ma mère était hipster

La vie étant faite de coïncidences et de hasards, qu'aucun ose appeler parfois, dans un moment de perdition ou de faiblesse, "destin", la jeune blogueuse signant mystérieusement "Ma mère" s'attache à décrire avec une candeur mêlée de lucidité ces instants fugaces de synchronismes, de reconnaissances, qui semblent, plus souvent qu'autrement, transformer l'absurde apparent en signe délibéré. La quête de sens est ici au cœur d'une démarche qu'on ne saurait réduire à une simple expérience du spirituel, voire du divin, mais qui se pose en questionnement d'une nature ouvertement ontologique: le qui suis-je? l'où vais-je? caractéristiques sont en quelque sorte transposés, matérialisés, dans un processus de réification (??) des liens (ésotériques? holistiques?) qui se tissent entre différents facteurs qui, bien qu'au demeurant irréconciliables, en viennent à former un tableau vivant, mouvant, où les individus, les circonstances, les évènements s'enchevêtrent, s'imbriquent et s'entrechoquent.
"Ma mère" n'est pas dupe. Elle comprend la différence entre montrer et dire, entre expliquer et expliciter, elle qui aime à se balancer (et par là même balancer son lecteur) sur la ligne fine entre un significatif proche de l'inquiétante étrangeté et un trop plein de sens qui viendrait nuire à la démonstration. Il y a chez elle une réelle interrogation, d'abord personnelle, ensuite contagieuse, sur le fonctionnement occulte (au sens d'inexpliqué, d'inexplicable) de la vie et de ce qu'elle crée, dirait-on, en dehors d'un libre arbitre qu'il n'est pourtant pas question de nier. Car n'est-ce pas le libre arbitre lui-même qui vient habilement complexifier la prose, lui insufflant cette qualité joueuse, volage, qui la rend ambigüe et par le fait même irréductible à un simple constat d'échec devant cette fameuse absurdité environnante? Oui, c'est lui.
Car la prose est joueuse, légère, en témoigne cette propension à la phrase courte, quasi-métrique, à l'alinéa constant, au retour à la ligne qui évite la lourdeur du paragraphe (que certains ont une tendance malheureuse à privilégier), à la phonétisation parfois outrancière du langage parlé. Les lignes se succèdent en un rythme effréné, catalyseur du sentiment du texte, dans un parfait accord entre forme et contenu. Les "absurdités" racontées chez "Ma mère", au-delà de leur intérêt existentiel, de leur potentiel réflexif, déboulent littéralement sur l'écran, sur fond gris foncé, obligeant le lecteur à garder constamment le doigt sur la roulette de sa souris, déroulant le fil étrangement long et court à la fois d'une intrigue quasi toujours jouissive, culminant dans la découverte sans cesse renouvelée de ces "libellés" ridiculement savoureux qu'elle adore choisir.

Je suis arrivé sur le blogue "Absurdités claustrophobes" à travers l'autre espace qu'elle maintient de façon régulière, là où elle met en scène une toute autre facette de sa personnalité web, celle de critique culturelle: "Ma mère était hipster". Bien entendu, l'approche y est complètement différente, l'écrivaine, la styliste, s'y fait plus effacée, plus posée. On y retrouve les dernières découvertes musicales, littéraires, cinématographiques de "Ma mère", notées, adjugées, vendues. De la perle rare au classique oublié, elle y signe des critiques sensées et sobres presque quotidiennement, tout en prenant le temps de se laisser fasciner par ce même quotidien sur "Absurdités claustrophobes".
D'avancer, à partir de là, qu'au fond il y a peu de différence entre ces deux démarches, qu'elle sont les deux côtés brillants d'une même médaille,  il n'y a qu'un pas: elles participent en effet d'un même émerveillement face à l'existence et à ce qu'elle a à nous offrir. Il s'agit d'être à l'écoute.

-Une appréciation de Clarence L'inspecteur
Saint-Henri, le 1er février 2011