J'aime l'idée de faire un peu partie d'une communauté, je ne sais pas trop, littéraire, bloguesque, universitaire. J'aime l'idée de respecter profondément les gens que je fréquente, de croire profondément en leur talent et de sentir en retour leur respect pour moi. J'aime l'idée d'être excité par la sortie dans deux semaines du livre de mon ami Raymond Bock, ATAVISMES, aux éditions Le Quartanier, là où mon propre livre paraîtra exactement un an plus tard. Je l'ai croisé tout à l'heure, il m'a montré l'objet, furtivement.
L'objet-livre.
J'étais content d'y toucher:
Aujourd'hui même, un ami et une connaissance m'ont demandé chacun de leur côté de lire des versions préliminaires de textes littéraires afin d'avoir mon avis, ce que je m'apprête à faire à l'instant. Je trouve ça gratifiant.
J'aime que mon amoureuse soit celle qui lit les premières versions des nouvelles que je vais envoyer ensuite à mon éditeur. Et qu'elle soit justement en train de lire mon dernier effort.
mercredi 30 mars 2011
mardi 29 mars 2011
This side of nostalgia
-J'm'ennuie du bar à pain chez Pacini.
-Moi j'm'ennuie d'écouter les Pierrafeux en revenant chez-nous le midi.-J'm'ennuie d'essayer de dessiner Véronica pis Betty tout-nues.
-Moi j'm'ennuie de la soupe lipton avec un glaçon dedans pour la refroidir.
-J'm'ennuie de mes chandails ocean pacific.
-Moi j'm'ennuie du feeling que j'avais quand je pensais que final fantasy trois c'était pas mal le summum des graphiques.
-J'm'ennuie d'avoir un hamster parce que j'ai finalement convaincu mes parents que j'allais être capable de m'en occuper.
-Moi j'm'ennuie de faire des boules avec l'asphalte neuve qui ramollit dans rue tellement y fait chaud.
-J'm'ennuie d'avoir un pogo ball.
-Moi j'm'ennuie de mes mains qui sentent le métal tellement j'ai gossé toute l'après-midi dans tourniquette.
-J'm'ennuie de casser en deux les cigarettes à ma mère caché dans le garage.
-Moi j'm'ennuie de piquer les tums à mon père pis d'en manger full parce que je trouve que ça goûte bon.
-J'm'ennuie de pouvoir foxer les scouts.
-Moi j'm'ennuie de pouvoir foxer tout court.
-Moi j'm'ennuie d'écouter les Pierrafeux en revenant chez-nous le midi.-J'm'ennuie d'essayer de dessiner Véronica pis Betty tout-nues.
-Moi j'm'ennuie de la soupe lipton avec un glaçon dedans pour la refroidir.
-J'm'ennuie de mes chandails ocean pacific.
-Moi j'm'ennuie du feeling que j'avais quand je pensais que final fantasy trois c'était pas mal le summum des graphiques.
-J'm'ennuie d'avoir un hamster parce que j'ai finalement convaincu mes parents que j'allais être capable de m'en occuper.
-Moi j'm'ennuie de faire des boules avec l'asphalte neuve qui ramollit dans rue tellement y fait chaud.
-J'm'ennuie d'avoir un pogo ball.
-Moi j'm'ennuie de mes mains qui sentent le métal tellement j'ai gossé toute l'après-midi dans tourniquette.
-J'm'ennuie de casser en deux les cigarettes à ma mère caché dans le garage.
-Moi j'm'ennuie de piquer les tums à mon père pis d'en manger full parce que je trouve que ça goûte bon.
-J'm'ennuie de pouvoir foxer les scouts.
-Moi j'm'ennuie de pouvoir foxer tout court.
lundi 28 mars 2011
En mode mineur
Je ne connais rien à la musique. Ça a longtemps été un de mes regrets, de ne pas avoir appris à lire ou à jouer d'un instrument. En plus, j'ai toujours fréquenté des musiciens. Mes amis d'enfance et d'adolescence étaient tous qui guitariste, qui pianiste, qui batteur. Quand j'essayais de leur expliquer qu'ils parlaient une autre langue, avec leurs mi bémols et leurs fa dièse, ils me disaient toujours que c'était la même chose pour moi avec mes métaphores et mes ellipses et mes allitérations. Et je leur répondais que non, puisqu'en tentant d'expliquer la métaphore, j'utilisais le même médium qu'eux, c'est-à-dire la langue française, que je ne faisais que décortiquer, alors qu'en tentant de m'expliquer la structure mélodique d'une pièce de jazz, ils n'avaient pas d'autre choix que de recourir à une autre langue, ou du moins à un autre niveau du langage, qui m'était littéralement étranger: du chinois. Pour moi, associer un son à une note était à des années lumières du fait de reconnaître cette même note et ce même son dans une autre mélodie. Le langage des accords, du solfège, des clés, des tons, m'a toujours été inaccessible.
D'un autre côté, j'aime énormément la musique, j'en écoute beaucoup, tout le temps. J'ai toujours aimé la musique classique, même la musique contemporaine, Arvo Part, Philip Glass, Bartok, Messiaen. Mais j'ai une prédilection depuis longtemps pour le romantisme: Chopin, Brahms, Schumann, les sonates de Beethoven. Même le néo-romantisme à la Rachmaninoff.
Pourtant, et ça va paraître cliché, une de mes pièces favorites a toujours été Les Quatres Saisons, de Vivaldi. Peut-être parce que c'est si connu, si joué, que j'ai eu l'impression de la reconnaître dès la première fois où je l'ai entendue.
Tout ça pour dire que samedi je suis allé voir le spectacle des Grands Ballets Canadiens, et j'ai encore une fois redécouvert cet extraordinaire morceaux de musique. Il n'y avait pas de meilleure façon d'écouter Vivaldi encore une fois que de se laisser bercer en même temps par les mouvements des corps des danseurs. J'ai trouvé ça sublime, même si j'aurais mis la trame sonore plus fort, pour que ça cogne plus.
Sans compter qu'en deuxième partie du spectacle, ils ont offert une prestation de Cantata, du même chorégraphe Mauro Bigonzetti, sorte de mélange absolument jouissif de danse contemporaine et d'art prolétaire. Sur de la musique traditionnelle du sud de l'Italie, chantée live par un quartet de ténors féminins, les danseurs des Grands Ballets se laissaient aller à une belle folie contrôlée. La musique était belle, les gestes étaient magnifiques.
C'est moi qui a parti l'ovation debout.
Fichue belle soirée.
D'un autre côté, j'aime énormément la musique, j'en écoute beaucoup, tout le temps. J'ai toujours aimé la musique classique, même la musique contemporaine, Arvo Part, Philip Glass, Bartok, Messiaen. Mais j'ai une prédilection depuis longtemps pour le romantisme: Chopin, Brahms, Schumann, les sonates de Beethoven. Même le néo-romantisme à la Rachmaninoff.
Pourtant, et ça va paraître cliché, une de mes pièces favorites a toujours été Les Quatres Saisons, de Vivaldi. Peut-être parce que c'est si connu, si joué, que j'ai eu l'impression de la reconnaître dès la première fois où je l'ai entendue.
Tout ça pour dire que samedi je suis allé voir le spectacle des Grands Ballets Canadiens, et j'ai encore une fois redécouvert cet extraordinaire morceaux de musique. Il n'y avait pas de meilleure façon d'écouter Vivaldi encore une fois que de se laisser bercer en même temps par les mouvements des corps des danseurs. J'ai trouvé ça sublime, même si j'aurais mis la trame sonore plus fort, pour que ça cogne plus.
Sans compter qu'en deuxième partie du spectacle, ils ont offert une prestation de Cantata, du même chorégraphe Mauro Bigonzetti, sorte de mélange absolument jouissif de danse contemporaine et d'art prolétaire. Sur de la musique traditionnelle du sud de l'Italie, chantée live par un quartet de ténors féminins, les danseurs des Grands Ballets se laissaient aller à une belle folie contrôlée. La musique était belle, les gestes étaient magnifiques.
C'est moi qui a parti l'ovation debout.
Fichue belle soirée.
dimanche 27 mars 2011
Clarice Lispector versus Clarence L'inspecteur
Aujourd'hui, je n'ai rien vu de spécial, rien qui me soit tombé dessus comme on pourrait dire juste pour confirmer que je suis un écrivain capable de transformer n'importe quelle occurrence au demeurant banale en plusieurs propositions syntaxico-métaphysico-symboliques d'affilée. Je n'ai pas croisé d'homme ou de femme étrange ou instable, duquel ou de laquelle j'aurais pu penser ou croire qu'il ou elle m'aurait gratifié d'une idée transcendante à transcrire et à partager. Je n'ai pas vu un oiseau tomber du ciel, ou la vie pour ainsi dire, s'effondrer, comme juste afin de m'accorder le droit d'en parler et d'en faire l'objet d'un récit à multiples couches. Je n'ai croisé aucun destin particulier dont j'aurais pu m'arroger le droit d'en fomenter un autre, parallèle et profond, en forme d'isotopies maximalistes. J'ai donc dû m'improviser poète et ne pas faire grand chose. C'était dimanche, tout le monde était bien habillé et tout le monde, dans les rues, courait les foules. Il n'y avait pas le feu.
vendredi 25 mars 2011
Mathilde en dernier (XII)
Petit rappel: Après être allé au musée pour voir le corps exposé de sa blonde Mathilde qui s'est suicidée, le narrateur sort dans le froid de la ville et s'engage à pieds dans la direction de son rendez-vous chez son ami Victor. Sur le chemin, il se remémore des souvenirs d'adolescence, entre autres un party chez Victor qui avait mal tourné, où des inconnus avaient foutu le bordel. Là, il vient d'arriver chez son ami, qui habite dans le sous-sol d'un immeuble où son père a une clinique de chiropractie. Il faisait tellement froid dehors qu'il s'est assis dans les marches de l'escalier intérieur pour souffler un peu.
*
Ça m’a pris tout mon petit change pour me relever, j’ai eu la soudaine impulsion absurde de me traîner en bas de l’escalier sur les fesses. J’ai tourné la tête pour jeter un œil à la porte d’entrée de l’immeuble. La glace s’étendait à l’intérieur, à cause du chauffage déficient du petit vestibule. Quelque chose de puissant tirait mes tympans vers l’intérieur, vers le centre de mon cerveau. J’ai pensé allumer une cigarette, mais je me suis relevé à la place et j’ai mis un pied devant l’autre jusqu’à la porte de Victor, le numéro à la hauteur de mon front, l’œil de bœuf m’arrivant à la pomme d’Adam.
J’ai soulevé mon poing et la porte s’est ouverte avant que je puisse cogner, Victor s’était tanné d’attendre après m’avoir buzzé pour l’entrée de l’immeuble. Il a ouvert et je suis pratiquement tombé dans ses bras et comme j’aimerais pouvoir dire que j’ai éclaté en sanglots, mais je me suis contenté de m’évanouir le temps d’une fraction de seconde. Le temps de me dire que c’aurait été l’occasion rêvée de pleurer, de me laisser aller à pleurer, mais j’ai repris mes sens aussitôt et Victor me tenait à bout de bras, à la manière d’une marionnette ou d’un bébé qu’il ne se souvenait pas d’avoir engendré. Il a dit :
-Ça fait trois mois aujourd’hui.
J’ai hoché la tête en commençant à me mordre la lèvre inférieure. J’ai dégluti. Il a dit :
-Tu t’en sors-tu?
J’ai dit :
-Je reviens du musée.
Et il a répondu en me fixant:
-Câliss Fabrice, t’es allé la voir.
Et on s’est mis à parler parce que c’est ça qu’on savait faire, les gens comme nous. Moi parce que j’étais allé à l’université, lui parce qu’il avait appris à l’école de la vie, dans la rue. On avait lu les mêmes livres, moi dans des éditions de luxe, lui dans des éditions craquantes et jaunies.
-J’haïs ça quand tu fais rimer tes sacres avec mon nom, c’est comme humiliant, j’ai l’impression d’être dans un vieux téléroman de Victor Lévy-Beaulieu.
-Pourquoi t’es allé ?
-J’ai jamais dit que j’irais pas, j’ai toujours dit que j’allais y aller, avant que l’expo soit finie.
-C’est con.
-C’est pas de ma faute si tout le monde a compris que quand je disais que je voulais y aller ça voulait dire que je voulais pas y aller.
-C’est.
-J’ai dit que j’allais y aller, je suis allé. C’est tout. C’était pas si pire que ça. C’est le froid.
-C’est.
-C’est à cause du froid dehors, je sais pas ce qui m’a pris j’ai marché jusqu’ici.
-T’as marché jusqu’ici de la Place des Arts?
-Pire, fuck, je me suis rendu jusqu’à Jean-Talon parce que j’avais oublié notre rendez-vous.
-Pis tu me dis que c’était pas si pire que ça?
-Quoi ça?
-De voir Mathilde.
-Non, pas si pire.
-Fuck you Fabrice.
Il a fait un signe avec sa main, son index frappant son crâne près de la tempe. J’étais d’accord avec lui, mais je ne voulais pas m’en rendre compte, je ne voulais pas prendre en considération le fait que je pouvais être d’accord avec qui que ce soit concernant Mathilde, moi, et sa mort. Avec le fait que quiconque pouvait comprendre ce que je vivais, le comprendre mieux que moi et me l’expliquer.
Victor a lâché mes épaules et ses bras sont comme retombés à leur place, comme dans un mouvement de bascule, il a soupiré, il a bougé son nez pour rien, dans un tic. Il me regardait et il ne m’a plus regardé en se retournant, pour me faire savoir à quel point j’étais con et inconscient et irresponsable face à mon deuil et à ma souffrance et face à mon projet. Victor savait très bien que ce n’était pas en allant m’apitoyer sur le sort de mon ancienne copine suicidée, les yeux fixés sur son corps parfaitement conservé par des produits chimiques modernes, que j’allais attiser la haine et la volonté dont on avait besoin. Il savait que la voir m’enlèverait le courage nécessaire, m’enlèverait le feu sacré et toute la colère que j’emmagasinais depuis des semaines.
Il marchait vers une commode et il a ouvert le premier tiroir du haut et je l’ai vu farfouiller dans des caleçons et des paires de bas et je me suis demandé s’il ne le faisait pas juste pour faire quelque chose, sachant précisément où il l’avait caché. On aurait dit en effet qu’il farfouillait là-dedans parce que c’était indiqué, il fallait farfouiller quand on voulait pêcher quelque chose dans un tiroir de sous-vêtements.
J’ai dit :
-Pis si justement ça m’avait pas encore plus pompé?
-Je pense pas, je pense pas, je pense que c’était pas une bonne idée.
Il faisait semblant de fouiller dans ses boxers et dans ses bas troués.
-Tu penses pas, tu penses pas, tu penses quoi d'abord?
-Je pense que t’aurais pas dû y aller, je pense que t’aurais dû, comme on avait conclu, que t’aurais dû garder ta haine, ta colère, ta quoi, fureur, ouais, comme pure, genuine. On dit genuine ou genu-wine?
-Je pense que les deux, Victor, tu sais très bien que j’aurais jamais pu m’en empêcher. Tu savais très bien que j’allais y aller, criss, c'est quoi que tu trouves pas ? Tu m’énerves.
-J’ai l’impression que je l’avais caché là.
-Quoi, le gun? Tu m’as trouvé un gun?
-Je pensais que je l’avais caché là.
-On dirait que c’est un tiroir sans fond, arrête.
Il recommençait comme les mêmes gestes, il replaçait tout et refouillait, il remettait en doute les deux secondes passées à chercher dans un coin du tiroir et il le repassait au peigne fin. Finalement il est tombé sur un chiffon, une guenille, un linge à vaisselle qui contenait du solide, du métal. J’ai eu l’impression sordide qu’il me faisait marcher, un peu comme un sens de l’humour détraqué, qui ne savait plus où donner de la tête.
Victor était fiable et instable à la fois. C’était un de mes meilleurs amis, aussi un des meilleurs amis de Mathilde. Le lendemain de sa mort, dans les jours qui avaient suivis, après avoir appris pour l'expo, il m’avait téléphoné pour me dire que j’étais le seul à pouvoir le faire, que je n’avais pas le droit de ne pas le faire.
Et notre conspiration avait commencé ce matin-là, avait commencé un de ces matins-là.
jeudi 24 mars 2011
Traductions culturelles
Tout le monde le savait sauf moi j'imagine, mais en fait, la toune "Salut les amoureux" de Joe Dassin, c'est une reprise de "City of New Orleans", une vieille chanson folk de Steve Goodman, reprise entre autres par Willie Nelson, Johnny Cash et John Denver.
Avec d'autres paroles, bien sûr.
Goodman parlait d'un voyage en train nord-sud à travers le paysage américain:
Joe Ira Dassin parle du lendemain qui vient toujours un peu trop vite et du quotidien qui s'installe:
Et Roch Voisine en a fait une Überversion bilingue dernièrement:
Les Français sont vraiment forts pour tout transformer en chansons d'amour. Qui ne connaît pas la belle "Tu verras tu verras" de Claude Nougaro? Les paroles sont jolies. Les paroles sont émouvantes.
Si le rythme est si brésilien c'est parce qu'en fait c'est une version démocratique/soft/easy listening/cinquième république d'une chanson bien différente écrite par Chico Buarque en 1976, en pleine dictature:
Je prends le temps de vous traduire (imparfaitement et littéralement) les paroles, juste pour que vous puissiez comparer la "rhétorique" entre la version de Nougaro et l'originale:
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que andam suspirando pelas alcovas/Qu'ils soupirent dans les alcôves
Que andam sussurrando em versos e trovas/Qu'ils susurrent dans les vers et les chansons
Que andam combinando no breu das tocas/Qu'ils trament dans l'obscurité des terriers
Que anda nas cabeças anda nas bocas/Qui se passe dans les têtes qui se passe dans les bouches
Que andam acendendo velas nos becos/Qu'ils ont à allumer les chandelles dans les ruelles
Que estão falando alto pelos botecos/Qu'ils disent à haute voix dans les bars
E gritam nos mercados que com certeza/Et crient dans les marchés que c'est certain
Está na natureza/C'est dans la nature
Será, que será?/Quoi qu'il en soit
O que não tem certeza nem nunca terá/Ce qui n'a pas de certitude n'en aura jamais
O que não tem conserto nem nunca terá/Ce qui n'est pas réparé ne le sera jamais
O que não tem tamanho.../Ce qui n'a pas de taille...
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que vive nas idéias desses amantes/Qui vit dans les idées de ces amants
Que cantam os poetas mais delirantes/Que chantent les poètes les plus délirants
Que juram os profetas embriagados/Que jurent les prophètes ivres
Que está na romaria dos mutilados/Qui est dans la procession des mutilés
Que está na fantasia dos infelizes/Qui est dans le fantasme des malheureux
Que está no dia a dia das meretrizes/Qui est dans le quotidien des putes
No plano dos bandidos dos desvalidos/Dans le plan des bandits et des pauvres
Em todos os sentidos.../Dans tous les sens...
Será, que será?/Quoi qu'il en soit
O que não tem decência nem nunca terá/Ce qui n'a pas de décence n'en aura jamais
O que não tem censura nem nunca terá/Ce qui n'a pas de censure n'en aura jamais
O que não faz sentido.../Ce qui n'a pas de sens...
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que todos os avisos não vão evitar/Que tous les avertissements n'empêcheront pas
Por que todos os risos vão desafiar/Parce que tous les rires vont le défier
Por que todos os sinos irão repicar/Parce que toutes les cloches vont sonner
Por que todos os hinos irão consagrar/Parce que tous les hymnes vont le consacrer
E todos os meninos vão desembestar/Et tous les enfants vont déguerpir
E todos os destinos irão se encontrar/Et tous les destins se rencontreront
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá/Et même le Père Éternel qui n'a jamais été là
Olhando aquele inferno vai abençoar/Voyant cet enfer va le bénir
O que não tem governo nem nunca terá/Ce qui n'a pas de contrôle n'en aura jamais
O que não tem vergonha nem nunca terá/Ce qui n'a pas de honte n'en aura jamais
O que não tem juízo.../Ce qui n'a pas de jugement
Pour moi, ce sont des paroles à double-sens proches de la perfection (même si elles sonnent bizarres en français) puisqu'elles signifient à la fois et simultanément une chose et son contraire. Elles peuvent être "dites" par le discours officiel de l'état qui cherche à museler l'artiste et le poète aussi bien que par le poète qui cherche à critiquer l'état et la censure. Par exemple, des vers comme Ce qui n'a pas de contrôle n'en aura jamais/Ce qui n'a pas de honte n'en aura jamais sont prononcés par deux voix qui se chevauchent et se contredisent, celle du conservatisme de la dictature qui doit contrôler en accusant la poésie d'être immorale et celle du poète revendicateur qui voit dans l'état une source de pouvoir indue et criminelle.
C'est magnifique.
Avec d'autres paroles, bien sûr.
Goodman parlait d'un voyage en train nord-sud à travers le paysage américain:
Joe Ira Dassin parle du lendemain qui vient toujours un peu trop vite et du quotidien qui s'installe:
Et Roch Voisine en a fait une Überversion bilingue dernièrement:
Les Français sont vraiment forts pour tout transformer en chansons d'amour. Qui ne connaît pas la belle "Tu verras tu verras" de Claude Nougaro? Les paroles sont jolies. Les paroles sont émouvantes.
Si le rythme est si brésilien c'est parce qu'en fait c'est une version démocratique/soft/easy listening/cinquième république d'une chanson bien différente écrite par Chico Buarque en 1976, en pleine dictature:
Je prends le temps de vous traduire (imparfaitement et littéralement) les paroles, juste pour que vous puissiez comparer la "rhétorique" entre la version de Nougaro et l'originale:
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que andam suspirando pelas alcovas/Qu'ils soupirent dans les alcôves
Que andam sussurrando em versos e trovas/Qu'ils susurrent dans les vers et les chansons
Que andam combinando no breu das tocas/Qu'ils trament dans l'obscurité des terriers
Que anda nas cabeças anda nas bocas/Qui se passe dans les têtes qui se passe dans les bouches
Que andam acendendo velas nos becos/Qu'ils ont à allumer les chandelles dans les ruelles
Que estão falando alto pelos botecos/Qu'ils disent à haute voix dans les bars
E gritam nos mercados que com certeza/Et crient dans les marchés que c'est certain
Está na natureza/C'est dans la nature
Será, que será?/Quoi qu'il en soit
O que não tem certeza nem nunca terá/Ce qui n'a pas de certitude n'en aura jamais
O que não tem conserto nem nunca terá/Ce qui n'est pas réparé ne le sera jamais
O que não tem tamanho.../Ce qui n'a pas de taille...
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que vive nas idéias desses amantes/Qui vit dans les idées de ces amants
Que cantam os poetas mais delirantes/Que chantent les poètes les plus délirants
Que juram os profetas embriagados/Que jurent les prophètes ivres
Que está na romaria dos mutilados/Qui est dans la procession des mutilés
Que está na fantasia dos infelizes/Qui est dans le fantasme des malheureux
Que está no dia a dia das meretrizes/Qui est dans le quotidien des putes
No plano dos bandidos dos desvalidos/Dans le plan des bandits et des pauvres
Em todos os sentidos.../Dans tous les sens...
Será, que será?/Quoi qu'il en soit
O que não tem decência nem nunca terá/Ce qui n'a pas de décence n'en aura jamais
O que não tem censura nem nunca terá/Ce qui n'a pas de censure n'en aura jamais
O que não faz sentido.../Ce qui n'a pas de sens...
O que será, que será?/Qu'est-ce que ça peut bien être?
Que todos os avisos não vão evitar/Que tous les avertissements n'empêcheront pas
Por que todos os risos vão desafiar/Parce que tous les rires vont le défier
Por que todos os sinos irão repicar/Parce que toutes les cloches vont sonner
Por que todos os hinos irão consagrar/Parce que tous les hymnes vont le consacrer
E todos os meninos vão desembestar/Et tous les enfants vont déguerpir
E todos os destinos irão se encontrar/Et tous les destins se rencontreront
E mesmo o Padre Eterno que nunca foi lá/Et même le Père Éternel qui n'a jamais été là
Olhando aquele inferno vai abençoar/Voyant cet enfer va le bénir
O que não tem governo nem nunca terá/Ce qui n'a pas de contrôle n'en aura jamais
O que não tem vergonha nem nunca terá/Ce qui n'a pas de honte n'en aura jamais
O que não tem juízo.../Ce qui n'a pas de jugement
Pour moi, ce sont des paroles à double-sens proches de la perfection (même si elles sonnent bizarres en français) puisqu'elles signifient à la fois et simultanément une chose et son contraire. Elles peuvent être "dites" par le discours officiel de l'état qui cherche à museler l'artiste et le poète aussi bien que par le poète qui cherche à critiquer l'état et la censure. Par exemple, des vers comme Ce qui n'a pas de contrôle n'en aura jamais/Ce qui n'a pas de honte n'en aura jamais sont prononcés par deux voix qui se chevauchent et se contredisent, celle du conservatisme de la dictature qui doit contrôler en accusant la poésie d'être immorale et celle du poète revendicateur qui voit dans l'état une source de pouvoir indue et criminelle.
C'est magnifique.
mercredi 23 mars 2011
This man refused to open his eyes
J'ai suivi le lien indiqué par Will, sur Twist 'n' Serve, vers une galerie de portraits de criminels "capturés" (dans les deux sens) durant les années vingts et retrouvés dans les archives de la police de Sydney.
Will, à partir de là, laisse aller son imagination et compose une courte fable stimulée par l'idée d'art accidentel. De mon côté, je ne pouvais pas résister à poster ici un de ces clichés, qui me semble la quintessence de ce que Will essaie de décrire brièvement dans son plus récent billet.
Cette photographie est une des plus belles couvertures de roman du Dust Bowl que j'ai jamais vues. Je veux dire, fuck, j'ai le goût de le lire:
Et en plus, ça serait dur de trouver un meilleur titre.
***
Une nouvelle lecture-critique vient d'être publiée sur Salon double et comme je connais bien le dude qui l'a écrite, je vous la conseille et vous la recommande chôdement. Ça parle d'un roman raté de Rick Moody et ça s'intitule
LES GROS BRAS DU CONTEUR
Will, à partir de là, laisse aller son imagination et compose une courte fable stimulée par l'idée d'art accidentel. De mon côté, je ne pouvais pas résister à poster ici un de ces clichés, qui me semble la quintessence de ce que Will essaie de décrire brièvement dans son plus récent billet.
Cette photographie est une des plus belles couvertures de roman du Dust Bowl que j'ai jamais vues. Je veux dire, fuck, j'ai le goût de le lire:
Et en plus, ça serait dur de trouver un meilleur titre.
***
Une nouvelle lecture-critique vient d'être publiée sur Salon double et comme je connais bien le dude qui l'a écrite, je vous la conseille et vous la recommande chôdement. Ça parle d'un roman raté de Rick Moody et ça s'intitule
LES GROS BRAS DU CONTEUR
mardi 22 mars 2011
Brèves expressions de lecture (edit)
THE PROGRAM ERA: POSTWAR FICTION AND THE RISE OF CREATIVE WRITING, de Marc McGurl, est peut-être le livre d'histoire et de théorie littéraire américaine le plus intéressant et le plus pertinent qui me soit tombé entre les mains ces dernières années. La somme à la fois encyclopédique et extrêmement pointue que constitue l'effort de McGurl est impressionnante et stimulante pour quiconque s'intéresse de près non seulement aux mécanismes de production de la littérature états-unienne, de l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui, dans ses rapports avec l'institution, l'idéologie et la créativité, mais aussi dans un sens plus large à la production littéraire comme objet et sujet d'un enseignement, d'une passation, d'une (af)filiation.
Il n'y a pas lieu, sur ce blogue, de s'étendre trop longuement sur l'histoire littéraire récente telle qu'elle est revue et corrigée à travers la lorgnette académique de McGurl, puisque tout cela est éminemment technique et que j'aurai toute une première partie de thèse pour m'y attarder correctement, mais il reste que certaines questions éternelles posées ou reposées par son livre sont à même, je crois, d'alimenter une bonne conversation entre les "créateurs" que nous-sommes.
Au cœur, ou plutôt en marge, de toute la réflexion de McGurl se trouve la question essentielle (à laquelle il refuse catégoriquement de répondre, puisque cela l'entraînerait sur le terrain glissant et stérile des "pros and cons") à savoir si écrire s'enseigne. Si McGurl évite de trancher, c'est bien sûr parce que son projet n'est pas de décider une fois pour toutes si les nombreux Writing Workshops et autres Creative Writing Programs sont utiles ou non, mais de constater les effets directs et indirects qu'ils ont eu sur la production littéraire américaine moderne et postmoderne, de Thomas Wolfe jusqu'à Joyce Carol Oates, en passant bien sûr par Flannery O'Connor et Raymond Carver, deux des écrivains les plus influents du dernier demi-siècle et également deux des plus purs "produits" de l'université et de l'enseignement.
Contrairement à lui, il me semble qu'on peut se permettre ici, en dehors d'un cadre de recherche précis, de se poser la question ensemble.
Écrire s'enseigne-t-il?
Et qu'enseigne-ton au juste? Le "métier", la "technique", ou d'un point de vue plus large et beaucoup plus abstrait, la "perfectibilité de la créativité"?
Et pourquoi le fait d'enseigner à écrire ne nous semble-t-il pas aller de soi? Se pose-t-on la question lorsqu'il s'agit d'art visuel ou de musique?
Personnellement, j'ai choisi d'étudier la littérature au niveau collégial et ensuite au niveau universitaire non seulement parce que la lecture m'intéressait, mais aussi parce que j'avais déjà une "pratique" et des ambitions littéraire. D'un côté, j'ai toujours suivi et adoré les cours et les ateliers de création, mais de l'autre, lorsqu'est venu le temps de m'orienter au niveau de la maîtrise, il m'est apparu comme une évidence que je devais poursuivre ma démarche créatrice "en dehors" de l'institution et que mes études supérieures allaient alimenter la face "lecteur" de mon rapport à la littérature.
Pourquoi? Pourquoi cela m'apparaissait-il comme une évidence?
À lire les déductions et les conclusions fascinantes de McGurl, qui parle souvent (et moins paradoxalement qu'il n'y paraît aux premiers abords) d'une "systématisation de la créativité" je me pose une fois de plus la question.
L'enseignement de la création littéraire est-il tout au plus un frein à la libre expression d'une autonomie créatrice essentielle ou bien un accès privilégié à la découverte de l'équilibre entre une expression de soi débridée et une auto-discipline régulatrice?
Et vous, en tant que praticiens détenteurs d'une "poétique" (brevetée ou non par le sceau éditorial) et/ou diplômés des programmes littéraires et des ateliers de créations, qu'en pensez-vous?
***
D'un point de vue plus sociologique, pourrait-on entreprendre le même genre d'enquête que celle de McGurl avec le corpus Québécois?
Y a-t-il, au-delà des programmes en tant que tels, des "écoles" québécoises de création littéraire, au sens des influences et de la filiation? Par exemple, y a-t-il au Québec un "style UQAM", en prose? Y a-t-il une "signature René Lapierre", en poésie, de la même manière où il est possible de parler d'un "style Raymond Carver" ou d'une "signature John Ashbery"?
Dans la production moderne québécoise, peut-on parler, comme McGurl le fait pour les romanciers américains de l'après-guerre, d'une "systématisation de la créativité" au sens où l'expression de soi passe par l'apprentissage du concept de limitation?
À voir la minceur polie (au sens de polir) généralisée des romans qui sortent des presses depuis plusieurs années, on pourrait croire à un fort penchant de l'institution universitaire vers le contrôle et la maîtrise d'un "métier", d'un "art" et d'une technique. Mais force est de constater que ce polissage se fait souvent plus au niveau de la relecture éditoriale qu'au niveau de l'impulsion créatrice. Et à partir de là, pourrait-on avancer que l'histoire littéraire que McGurl réévalue à la lumière de l'enseignement supérieur pourrait aussi bien se faire ici, mais moins du côté du créateur que de celui des rapports étroits entre l'université et le monde de l'édition?
Il n'y a pas lieu, sur ce blogue, de s'étendre trop longuement sur l'histoire littéraire récente telle qu'elle est revue et corrigée à travers la lorgnette académique de McGurl, puisque tout cela est éminemment technique et que j'aurai toute une première partie de thèse pour m'y attarder correctement, mais il reste que certaines questions éternelles posées ou reposées par son livre sont à même, je crois, d'alimenter une bonne conversation entre les "créateurs" que nous-sommes.
Au cœur, ou plutôt en marge, de toute la réflexion de McGurl se trouve la question essentielle (à laquelle il refuse catégoriquement de répondre, puisque cela l'entraînerait sur le terrain glissant et stérile des "pros and cons") à savoir si écrire s'enseigne. Si McGurl évite de trancher, c'est bien sûr parce que son projet n'est pas de décider une fois pour toutes si les nombreux Writing Workshops et autres Creative Writing Programs sont utiles ou non, mais de constater les effets directs et indirects qu'ils ont eu sur la production littéraire américaine moderne et postmoderne, de Thomas Wolfe jusqu'à Joyce Carol Oates, en passant bien sûr par Flannery O'Connor et Raymond Carver, deux des écrivains les plus influents du dernier demi-siècle et également deux des plus purs "produits" de l'université et de l'enseignement.
Contrairement à lui, il me semble qu'on peut se permettre ici, en dehors d'un cadre de recherche précis, de se poser la question ensemble.
Écrire s'enseigne-t-il?
Et qu'enseigne-ton au juste? Le "métier", la "technique", ou d'un point de vue plus large et beaucoup plus abstrait, la "perfectibilité de la créativité"?
Et pourquoi le fait d'enseigner à écrire ne nous semble-t-il pas aller de soi? Se pose-t-on la question lorsqu'il s'agit d'art visuel ou de musique?
Personnellement, j'ai choisi d'étudier la littérature au niveau collégial et ensuite au niveau universitaire non seulement parce que la lecture m'intéressait, mais aussi parce que j'avais déjà une "pratique" et des ambitions littéraire. D'un côté, j'ai toujours suivi et adoré les cours et les ateliers de création, mais de l'autre, lorsqu'est venu le temps de m'orienter au niveau de la maîtrise, il m'est apparu comme une évidence que je devais poursuivre ma démarche créatrice "en dehors" de l'institution et que mes études supérieures allaient alimenter la face "lecteur" de mon rapport à la littérature.
Pourquoi? Pourquoi cela m'apparaissait-il comme une évidence?
À lire les déductions et les conclusions fascinantes de McGurl, qui parle souvent (et moins paradoxalement qu'il n'y paraît aux premiers abords) d'une "systématisation de la créativité" je me pose une fois de plus la question.
L'enseignement de la création littéraire est-il tout au plus un frein à la libre expression d'une autonomie créatrice essentielle ou bien un accès privilégié à la découverte de l'équilibre entre une expression de soi débridée et une auto-discipline régulatrice?
Et vous, en tant que praticiens détenteurs d'une "poétique" (brevetée ou non par le sceau éditorial) et/ou diplômés des programmes littéraires et des ateliers de créations, qu'en pensez-vous?
***
D'un point de vue plus sociologique, pourrait-on entreprendre le même genre d'enquête que celle de McGurl avec le corpus Québécois?
Y a-t-il, au-delà des programmes en tant que tels, des "écoles" québécoises de création littéraire, au sens des influences et de la filiation? Par exemple, y a-t-il au Québec un "style UQAM", en prose? Y a-t-il une "signature René Lapierre", en poésie, de la même manière où il est possible de parler d'un "style Raymond Carver" ou d'une "signature John Ashbery"?
Dans la production moderne québécoise, peut-on parler, comme McGurl le fait pour les romanciers américains de l'après-guerre, d'une "systématisation de la créativité" au sens où l'expression de soi passe par l'apprentissage du concept de limitation?
À voir la minceur polie (au sens de polir) généralisée des romans qui sortent des presses depuis plusieurs années, on pourrait croire à un fort penchant de l'institution universitaire vers le contrôle et la maîtrise d'un "métier", d'un "art" et d'une technique. Mais force est de constater que ce polissage se fait souvent plus au niveau de la relecture éditoriale qu'au niveau de l'impulsion créatrice. Et à partir de là, pourrait-on avancer que l'histoire littéraire que McGurl réévalue à la lumière de l'enseignement supérieur pourrait aussi bien se faire ici, mais moins du côté du créateur que de celui des rapports étroits entre l'université et le monde de l'édition?
lundi 21 mars 2011
Billets au style fleuri et emphatique
Vous vous souvenez sûrement de cette scène géniale dans le film ANNIE HALL, où Alvy Singer, n'en pouvant plus d'entendre la logorrhée intellectualistante de l'homme juste derrière lui dans la file d'attente du cinéma, sort du cadre et va chercher le vrai de vrai Marshall McLuhan afin que ce dernier fasse la leçon à l'imbécile pédant. Ce que j'aime particulièrement dans cette scène, au-delà de la phrase jouissive et typiquement allenienne "Boy, if life were only like this...", c'est le malaise qu'elle me fait ressentir au point de vue personnel, dans la mesure où, étant incapable de m'identifier exclusivement au personnage d'Alvy, je me retrouve aussi bien dans l'autre, le pédant, pour lequel je ressens une forte dose d'empathie.
J'ai pensé à cette scène hier alors que j'étais à Québec et que je fouinais avec ma blonde dans une petite bouquinerie de la rue Crémazie, où on était les seuls clients. Il n'y avait que nous deux et l'employé, avec ses petites lunettes rondes et sa barbe pas faite, entourés de vieux livres odorants et de boiseries craquantes. Comme seul un filet de son musical meublait l'ambiance, je m'entendais parler, dans tous les sens de l'expression: je m'entendais aussi bien dans mon oreille interne que dans mon oreille externe, bien sûr, mais je m'entendais également très bien dans la peau de l'employé, qui, j'imaginais, me mettant à sa place, devait se dire, en m'écoutant en silence, relevant les sourcils "oh mon dieu, quel pseudo-intello uqamien qui pontifie et accumule et aligne et empile les énormités et les grossièretés, j'aurais bien aimé avoir Roland Barthes de disponible afin de le lui mettre sous le nez".
Pour être parfaitement honnête, il se trouve que mon problème de focalisation résidait dans le fait que j'étais conscient non seulement d'accumuler des banalités en parlant avec ma blonde de tel classique de la littérature québécoise ou en commentant tel traité post-structuraliste en faisant des références obliques à Lévy-Strauss, mais qu'en plus, en ayant pris conscience, j'essayais d'énoncer des vérités toujours plus subtiles et plus inédites, afin de ne pas avoir l'air d'un snobinard. Ce qui avait pour effet évident de m'embourber encore plus.
J'étais, à la manière d'un hamster volubile, pris dans la roue de ce que William S. Messier et Anne-Marie Auger appelleront la surconscience, et le seul moyen de m'en sortir était de commettre un geste d'éclat, une sorte d'auto-flagellation à ce point ironique qu'elle me permettrait de briser le cycle et, sinon de le regarder de l'extérieur à la manière d'une instance dépersonnalisée, du moins de partir d'ici la mine basse, mais la tête haute.
Je suis donc allé voir l'employé et, sans le regarder vraiment dans les yeux, pour lui signifier que je n'en avais rien à cirer de son opinion, je lui ai demandé s'il voyait passer du Pierre Senges, parfois, s'il en voyait passer, du Pierre Senges.
Voici un extrait du dialogue qui s'en est suivi:
Lui: Hum, non. J'en ai pas vu souvent, du Senges, c'est ben rare que j'en vois. Ça circule pas beaucoup.
Moi: Hum, ouais, j'en doute pas. Bon, je demandais parce que j'ai remarqué que vous aviez une couple de livres de sa nouvelle maison d'édition, là, je sais pas trop comment prononcer, "Cale", "Calès"...
Lui: Quelle maison d'édition?
Moi: Ouais, il publie là, maintenant, je pense, "Cale", "Calès"? Faque je me demandais si...
Lui: "Calès"?
Moi: Ouais, vous en avez une couple au fond là-bas, c'est des beaux bouquins.
Lui: Où ça?
Moi: Juste là, au fond... Celui-là, oui, de Olivia Rosenthal, "Cales"...
Lui: Ah! C'est les éditions "Verticales". C'est parce que le reste du mot est écrit sur la tranche du livre... Regardez: verti-cales.
Moi: Ah! ben oui, "Verticales", chu donc ben nono. Je connais ça en plus, les éditions Verticales. Je le savais qu'il publiait là, Pierre Senges.
Lui: Hum.
Moi: En tous cas, je voulais juste savoir si vous aviez un ou deux de ses livres, parce qu'en neuf, c'est vraiment dispendieux ces éditions-là, ça m'enlève le goût d'acheter du Senges, mais en seconde-main, ça serait autre chose. En tous cas, anyway, merci.
Lui: Pas de problème.
Moi: Tu viens Mh?
Lui: Il y a tellement de maisons d'éditions maintenant, c'est normal de se mêler, moi-même je me mêle des fois.
Moi: Ouais, c'est clair. Tu viens Mh?
Cette bourde de ma part était évidemment, vous l'aurez deviné, voulue, prévue et orchestrée de main de maître. Elle a été vécue comme le port temporaire d'un cilice déconstruit, je l'ai performée à la manière d'une mortification hypermoderne de ma personnalité diffractée.
Pas de doute là-dessus.
J'ai pensé à cette scène hier alors que j'étais à Québec et que je fouinais avec ma blonde dans une petite bouquinerie de la rue Crémazie, où on était les seuls clients. Il n'y avait que nous deux et l'employé, avec ses petites lunettes rondes et sa barbe pas faite, entourés de vieux livres odorants et de boiseries craquantes. Comme seul un filet de son musical meublait l'ambiance, je m'entendais parler, dans tous les sens de l'expression: je m'entendais aussi bien dans mon oreille interne que dans mon oreille externe, bien sûr, mais je m'entendais également très bien dans la peau de l'employé, qui, j'imaginais, me mettant à sa place, devait se dire, en m'écoutant en silence, relevant les sourcils "oh mon dieu, quel pseudo-intello uqamien qui pontifie et accumule et aligne et empile les énormités et les grossièretés, j'aurais bien aimé avoir Roland Barthes de disponible afin de le lui mettre sous le nez".
Pour être parfaitement honnête, il se trouve que mon problème de focalisation résidait dans le fait que j'étais conscient non seulement d'accumuler des banalités en parlant avec ma blonde de tel classique de la littérature québécoise ou en commentant tel traité post-structuraliste en faisant des références obliques à Lévy-Strauss, mais qu'en plus, en ayant pris conscience, j'essayais d'énoncer des vérités toujours plus subtiles et plus inédites, afin de ne pas avoir l'air d'un snobinard. Ce qui avait pour effet évident de m'embourber encore plus.
J'étais, à la manière d'un hamster volubile, pris dans la roue de ce que William S. Messier et Anne-Marie Auger appelleront la surconscience, et le seul moyen de m'en sortir était de commettre un geste d'éclat, une sorte d'auto-flagellation à ce point ironique qu'elle me permettrait de briser le cycle et, sinon de le regarder de l'extérieur à la manière d'une instance dépersonnalisée, du moins de partir d'ici la mine basse, mais la tête haute.
Je suis donc allé voir l'employé et, sans le regarder vraiment dans les yeux, pour lui signifier que je n'en avais rien à cirer de son opinion, je lui ai demandé s'il voyait passer du Pierre Senges, parfois, s'il en voyait passer, du Pierre Senges.
Voici un extrait du dialogue qui s'en est suivi:
Lui: Hum, non. J'en ai pas vu souvent, du Senges, c'est ben rare que j'en vois. Ça circule pas beaucoup.
Moi: Hum, ouais, j'en doute pas. Bon, je demandais parce que j'ai remarqué que vous aviez une couple de livres de sa nouvelle maison d'édition, là, je sais pas trop comment prononcer, "Cale", "Calès"...
Lui: Quelle maison d'édition?
Moi: Ouais, il publie là, maintenant, je pense, "Cale", "Calès"? Faque je me demandais si...
Lui: "Calès"?
Moi: Ouais, vous en avez une couple au fond là-bas, c'est des beaux bouquins.
Lui: Où ça?
Moi: Juste là, au fond... Celui-là, oui, de Olivia Rosenthal, "Cales"...
Lui: Ah! C'est les éditions "Verticales". C'est parce que le reste du mot est écrit sur la tranche du livre... Regardez: verti-cales.
Moi: Ah! ben oui, "Verticales", chu donc ben nono. Je connais ça en plus, les éditions Verticales. Je le savais qu'il publiait là, Pierre Senges.
Lui: Hum.
Moi: En tous cas, je voulais juste savoir si vous aviez un ou deux de ses livres, parce qu'en neuf, c'est vraiment dispendieux ces éditions-là, ça m'enlève le goût d'acheter du Senges, mais en seconde-main, ça serait autre chose. En tous cas, anyway, merci.
Lui: Pas de problème.
Moi: Tu viens Mh?
Lui: Il y a tellement de maisons d'éditions maintenant, c'est normal de se mêler, moi-même je me mêle des fois.
Moi: Ouais, c'est clair. Tu viens Mh?
Cette bourde de ma part était évidemment, vous l'aurez deviné, voulue, prévue et orchestrée de main de maître. Elle a été vécue comme le port temporaire d'un cilice déconstruit, je l'ai performée à la manière d'une mortification hypermoderne de ma personnalité diffractée.
Pas de doute là-dessus.
jeudi 17 mars 2011
Billet trouvé sur Craigslist
Pour continuer cette série de billets sans queue sans tête et sans conséquence qu'on pourrait placer dans la catégorie de ce que Bertrand Gervais, entre deux publications à l'automne et un colloque en Ouzbékistan, et d'après Tisseron (2001) et Lacan (2006), appellerait volontiers de l'extimité, je tiens à dire que j'ai voulu faire une montée de lait aujourd'hui au H&M sur Ste-Catherine parce que leur système de tailles de pantalons m'apparaît grossièrement inadéquat. Comme je ne me rappelle jamais de la taille que je porte, qui oscille entre 31 et 34, dépendant des marques et des tissus, j'avais enfilé une vieille paire de pantalon du H&M pour être sûr de ne pas être obligé d'importer quinze paires dans la salle d'essayage. Je portais du 33 et je me suis donc dirigé vers les cabines avec une paire de 34, histoire d'être sûr de mon coup. Je ne suis même pas passé proche d'arriver à fermer le zipper et à attacher le bouton. Je ne comprends pas comment ils fonctionnent, ça me fait chier. Comme je le disais plus haut, j'ai voulu faire une montée de lait, mais non, j'ai acheté une chemise et un pull de hipster à la place.
Everybody:
Quelqu'un m'a dit
que tout autour
de mon nombril
se trouve la vie.
***
Oh! Et en passant, UN SOUPER PRESQUE PARFAIT, aujourd'hui, c'était crissement délicieux.
Everybody:
Quelqu'un m'a dit
que tout autour
de mon nombril
se trouve la vie.
***
Oh! Et en passant, UN SOUPER PRESQUE PARFAIT, aujourd'hui, c'était crissement délicieux.
mercredi 16 mars 2011
Billet en point-par-point qui a pris forme vers 12h26
- C'est-tu moi ou y a comme un âge pour triper sur Milan Kundera? Genre, tu peux-tu arriver dans un party à trente ans pis dire fuck man, je viens de lire un livre m-a-l-a-d-e! ça s'appelle L'INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DE L'ÊTRE! Ça parle de marde pis de Nieutcheze pis de Jésus?
- On dirait que t'es comme supposé avoir lu ça à dix-neuf ans, sinon c'est barré. C'est comme Daniel Pennac, ou Alexandre Jardin, je veux dire, man, LE ZÈBRE!! Débile!
- Avez-vous vu le reportage de LA FACTURE, sur les droits d'auteur des photos? Freakant. Moi qui pige sur google images sans arrêt, je pense que je vais me tenir tranquille. Déjà que je m'étais fait chicané (à juste titre), par Mario Jean, l'auteur de la photographie d'entête de Saint-Henri, pour avoir omis de signaler son origine.
- La dernière phrase de ce paragraphe est une anacoluthe. Dans un livre de Flaubert, il y aurait eu une parenthèse en fin de phrase, comme ceci: (l'origine de la photo, pas celle de Mario).
- Y a fallu que j'aille vérifier le genre du mot "origine" là-dessus, j'étais comme pu sûr.
- J'ai finalement acheté un KINDLE, avec lequel j'ai déjà bien du plaisir. J'ai téléchargé un livre d'histoire littéraire américaine pour 19,99$ et un classique de la littérature brésilienne, en portugais oui monsieur, pour seulement 0,99$. Muito legal.
- Parlant de portugais, ouch!, je suis rouillé à l'oral. Je suis allé prendre un café avec mon ami Adolpho hier et criss que j'ai de la misère à faire des phrases complètes. Il m'a même niaisé un peu en se mettant à parler aussi lentement qu'un retardé... On-tém e-oouu ass-is----tchi um booomm fi--oouuu-meeee...
mardi 15 mars 2011
La minette grise
J'ai tellement la chatte la plus fif du monde. Il fait super beau, il fait même pas froid, mais pour elle, aller dehors c'est comme une punition. Reste plantée là dans la fenêtre, à scruter le moindre mouvement qu'elle pourrait discerner à l'intérieur, à travers les reflets du soleil, aussi à l'affût que s'il il y avait un passereau ou un pinson, je sais pas. Change de fenêtre. Revient à la première, gratte, miaule. Fait pitié, me regarde avec les yeux du chat dans Shrek. Moi qui ai toujours pensé que les chats d'intérieurs étaient tristes et aliénés...
Va te promener, simonack!
Va te promener, simonack!
lundi 14 mars 2011
Beurk
Oh my god!
Je suis en pleine crise d'anxiété parce que j'ai eu le malheur d'essayer de commencer à remplir mes rapports d'impôts sur le site ImpotExpert et j'ai tout fermé après quinze minutes.
Je viens d'appeler ma mère (en pleurant bien sûr) pour qu'elle m'aide. Elle est pas là, que mon père m'a répondu. Elle est allée faire de la généalogie quelque part. De la quoi? De la généalogie, elle doit être dans une bibliothèque quelconque à chercher des informations juteuses sur ses ancêtres de la Nouvelle-France dans les archives. C'est, avec le scrapbooking, son nouveau dada.
En attendant, moi, son fils, sa progéniture, je capote.
En plus, depuis deux semaines, j'ai comme un mini truc dans le fond de la gorge que j'arrive ni à avaler ni à tousser ni à régurgiter ni à cracher. C'est juste une petite sensation, comme si j'avais un grain de popcorn pogné là. Je me racle la gorge, ça marche pas. Je tousse fort, ça marche pas non plus. Quand j'éternue, je me force pour le faire super fort pour en profiter, mais ça marche pas. Est-ce que j'ai essayé de me crisser un doigt dans le fond de la yeule pour me faire vomir tel un anorexique? Oui. Pis je le ferai plus, ça m'a fait mal pendant deux jours.
En tous cas, esti que c'est gossant.
Je suis en pleine crise d'anxiété parce que j'ai eu le malheur d'essayer de commencer à remplir mes rapports d'impôts sur le site ImpotExpert et j'ai tout fermé après quinze minutes.
Je viens d'appeler ma mère (en pleurant bien sûr) pour qu'elle m'aide. Elle est pas là, que mon père m'a répondu. Elle est allée faire de la généalogie quelque part. De la quoi? De la généalogie, elle doit être dans une bibliothèque quelconque à chercher des informations juteuses sur ses ancêtres de la Nouvelle-France dans les archives. C'est, avec le scrapbooking, son nouveau dada.
En attendant, moi, son fils, sa progéniture, je capote.
En plus, depuis deux semaines, j'ai comme un mini truc dans le fond de la gorge que j'arrive ni à avaler ni à tousser ni à régurgiter ni à cracher. C'est juste une petite sensation, comme si j'avais un grain de popcorn pogné là. Je me racle la gorge, ça marche pas. Je tousse fort, ça marche pas non plus. Quand j'éternue, je me force pour le faire super fort pour en profiter, mais ça marche pas. Est-ce que j'ai essayé de me crisser un doigt dans le fond de la yeule pour me faire vomir tel un anorexique? Oui. Pis je le ferai plus, ça m'a fait mal pendant deux jours.
En tous cas, esti que c'est gossant.
samedi 12 mars 2011
TAG- Histoire de chauve-souris
Pour répondre au souhait semi-formulé de Sara, de raconter une anecdote de chauve-souris tirée de la vraie de vraie vie, je me suis souvenu de ça:
On était partis faire du camping sauvage dans Charlevoix, sur la terre de la mère de Sebastien. C'était une ancienne commune dont elle avait gardé la propriété. Juste en face, de l'autre côté du rang, il y avait la terre de son chum, le beau-père de Seb, une autre ancienne commune. J'ai jamais su s'il s'étaient rencontrés dans le rang, un beau matin de genre 1968, j'ai jamais demandé. À quelques centaines de mètres du rang, il y avait une vieille grange, et après ça, les bois, la forêt, sur plusieurs kilomètres. Une source d'eau quelque part, que Sébastien connaissait. On a planté notre tente sur le haut d'une colline entourée de sapins et on est allés ramasser du bois pour notre feu. On a creusé un trou autour duquel on a posé une espèce de caisse sans fond, pour chier. Sébastien et moi on se foutait de la gueule de Laurent, qui a toujours été un peu efféminé. Il était poche pour trouver des branches, il chialait déjà, il avait mal au ventre. On est partis chercher de l'eau en pensant qu'il nous restait assez de clarté. Sébastien était un peu perdu, mais on a finalement trouvé la source alors que le soleil commençait à descendre.
C'est bizarre la nature. Dès que les grillons ont commencé, et que notre vue est devenue un peu déficiente, ont s'est mis à avoir peur, vraiment. Sans se le dire évidemment. En revenant à la tente, on s'est occupé de faire le feu et Laurent a sorti sa guitare. Les flammes lançaient des silhouettes sur les arbres et on s'est vite sentis étrangement entourés. Le feu faisait cet effet, il devenait automatiquement le centre du cercle de lumière au-delà duquel c'était le noir total. La première ligne de sapins était notre horizon. Après ça, il y avait des créatures.
Je me souviens qu'on a décidé d'éteindre le feu et d'aller se coucher surtout pour être demain plus rapidement. On s'est mis à chuchoter pour une raison qui ne nous faisait pas rire. Nos lampes de poches étaient trop faibles, elles éclairaient des choses qu'on ne voulait pas voir. Une fois dans la tente, couchés dans nos sleeping bags, on a entendu les bruits de motocross, lointains, mélangés avec des grognements, des couinements, des sons. C'était tout sauf silencieux, et notre imagination était en feu. On avait peur qu'un ours débarque. On avait peur qu'un loup se pointe. On avait peur que la gang de motocross devine qu'on était là, qu'ils nous entendent respirer et qu'ils viennent nous shooter avec des douzes.
On n'en pouvait plus. Un de nous a suggéré qu'on se pousse dans la grange. On ne pouvait pas rester ici, c'était trop freakant. On est partis avec un fanal et les lampes de poches, braves et grelottants, les sleeping bags sur les épaules, en direction de la grange. Le bois craquait dans le vent nocturne. Sébastien a mis la clé dans le cadenas de la porte et on est entrés. C'était une vieille grange pleine de stock des années soixante et soixante-dix, des années vingt. On s'est installés au deuxième étage, une espèce de mezzanine à laquelle on accédait par une échelle. On tremblotait. J'avais quinze ans. J'ai pointé ma lampe de poche vers le bruit que je venais d'entendre et j'ai crié qu'il y avait une chauve-souris, fuck fuck fuck, que je lui avais fait peur avec ma lumière et qu'elle s'était envolée je sais pas où. J'ai senti quelque chose près de ma face. Les deux autres ont allumé leurs lampes. Ils avaient des visages comme dans FAIS-MOI PEUR. C'est à peine si on entendait pas le bruit des chaînes d'une balançoire vide. En se fixant les uns les autres, on a tous compris la même chose en même temps. Tout mais pas ça. N'importe quoi mais pas un vampire.
On avait entre-aperçu une chauve-souris l'espace d'une fraction de seconde, mais c'était déjà trop: on a crissé le camp illico, en courant, en tombant, en se relevant, dans la nuit profonde d'une vieille commune hippie, en évitant de regarder en arrière. On a couru en haletant pour revenir vers la tente, l'ours, le loup, les motocross, la ligne des arbres et notre imaginaire de puceaux.
On était partis faire du camping sauvage dans Charlevoix, sur la terre de la mère de Sebastien. C'était une ancienne commune dont elle avait gardé la propriété. Juste en face, de l'autre côté du rang, il y avait la terre de son chum, le beau-père de Seb, une autre ancienne commune. J'ai jamais su s'il s'étaient rencontrés dans le rang, un beau matin de genre 1968, j'ai jamais demandé. À quelques centaines de mètres du rang, il y avait une vieille grange, et après ça, les bois, la forêt, sur plusieurs kilomètres. Une source d'eau quelque part, que Sébastien connaissait. On a planté notre tente sur le haut d'une colline entourée de sapins et on est allés ramasser du bois pour notre feu. On a creusé un trou autour duquel on a posé une espèce de caisse sans fond, pour chier. Sébastien et moi on se foutait de la gueule de Laurent, qui a toujours été un peu efféminé. Il était poche pour trouver des branches, il chialait déjà, il avait mal au ventre. On est partis chercher de l'eau en pensant qu'il nous restait assez de clarté. Sébastien était un peu perdu, mais on a finalement trouvé la source alors que le soleil commençait à descendre.
C'est bizarre la nature. Dès que les grillons ont commencé, et que notre vue est devenue un peu déficiente, ont s'est mis à avoir peur, vraiment. Sans se le dire évidemment. En revenant à la tente, on s'est occupé de faire le feu et Laurent a sorti sa guitare. Les flammes lançaient des silhouettes sur les arbres et on s'est vite sentis étrangement entourés. Le feu faisait cet effet, il devenait automatiquement le centre du cercle de lumière au-delà duquel c'était le noir total. La première ligne de sapins était notre horizon. Après ça, il y avait des créatures.
Je me souviens qu'on a décidé d'éteindre le feu et d'aller se coucher surtout pour être demain plus rapidement. On s'est mis à chuchoter pour une raison qui ne nous faisait pas rire. Nos lampes de poches étaient trop faibles, elles éclairaient des choses qu'on ne voulait pas voir. Une fois dans la tente, couchés dans nos sleeping bags, on a entendu les bruits de motocross, lointains, mélangés avec des grognements, des couinements, des sons. C'était tout sauf silencieux, et notre imagination était en feu. On avait peur qu'un ours débarque. On avait peur qu'un loup se pointe. On avait peur que la gang de motocross devine qu'on était là, qu'ils nous entendent respirer et qu'ils viennent nous shooter avec des douzes.
On n'en pouvait plus. Un de nous a suggéré qu'on se pousse dans la grange. On ne pouvait pas rester ici, c'était trop freakant. On est partis avec un fanal et les lampes de poches, braves et grelottants, les sleeping bags sur les épaules, en direction de la grange. Le bois craquait dans le vent nocturne. Sébastien a mis la clé dans le cadenas de la porte et on est entrés. C'était une vieille grange pleine de stock des années soixante et soixante-dix, des années vingt. On s'est installés au deuxième étage, une espèce de mezzanine à laquelle on accédait par une échelle. On tremblotait. J'avais quinze ans. J'ai pointé ma lampe de poche vers le bruit que je venais d'entendre et j'ai crié qu'il y avait une chauve-souris, fuck fuck fuck, que je lui avais fait peur avec ma lumière et qu'elle s'était envolée je sais pas où. J'ai senti quelque chose près de ma face. Les deux autres ont allumé leurs lampes. Ils avaient des visages comme dans FAIS-MOI PEUR. C'est à peine si on entendait pas le bruit des chaînes d'une balançoire vide. En se fixant les uns les autres, on a tous compris la même chose en même temps. Tout mais pas ça. N'importe quoi mais pas un vampire.
On avait entre-aperçu une chauve-souris l'espace d'une fraction de seconde, mais c'était déjà trop: on a crissé le camp illico, en courant, en tombant, en se relevant, dans la nuit profonde d'une vieille commune hippie, en évitant de regarder en arrière. On a couru en haletant pour revenir vers la tente, l'ours, le loup, les motocross, la ligne des arbres et notre imaginaire de puceaux.
vendredi 11 mars 2011
Heart heart heart!
Je viens de recevoir une invitation tripante: remplacer mon directeur de recherche, qui tombe en sabbatique dans les prochaines semaines, pour donner une conférence de deux heures à l'Université de Montréal au sujet du New York littéraire. Ce serait en octobre, dans le cadre d'une série qui s'appelle Les Belles Soirées.
Oh God!
J'imagine déjà le parcours... du Manhattan de Washington Irving au Brooklyn de Don DeLillo, en passant par le Meat Packing District d'Upton Sinclair et le Chelsea de Leonard Cohen.
Je vous tiens au courant.
Oh God!
J'imagine déjà le parcours... du Manhattan de Washington Irving au Brooklyn de Don DeLillo, en passant par le Meat Packing District d'Upton Sinclair et le Chelsea de Leonard Cohen.
Je vous tiens au courant.
jeudi 10 mars 2011
Chardonnay, caviar et balles de neige
(Avant-hier)
Bullseye.
C'était comme si il y avait juste moi qui en voulait de son Chardonnay. C'était son lancement, il pouvait avoir le vin qu'il voulait. Je suis resté accoté sur le bar à côté de la fille pendant la lecture de Félix pis après je l'ai observé de loin se faire applaudir pis serrer des mains moites. Il était beau, il se tenait droit, tellement droit que mes vertèbres en craquaient. La barmaid me resservait dans le même verre après que je lui ait fait signe que c'était correct, que fuck on allait pas gaspiller vingt-deux mille verres en plastique. Étienne s'est approché de moi en crabe, en se faufilant entre les gens. Il était tellement petit que son menton frottait sur les seins de toutes les femmes dont c'était la journée internationale. Ça me faisait pas pouffer de rire comme d'habitude. Il a demandé une petite Boris à la barmaid et j'ai remarqué qu'il portait sa boucle d'oreille. J'ai dit qu'est-ce tu fais avec ça pis il m'a demandé de quoi je parlais. J'ai dit ta boucle d'oreille, ça fait des années que je t'ai pas vu avec ça. Il l'a touché en guise de réponse. Il l'a prise entre son index et son pouce et l'a frottée un peu, en sirotant sa Boris. Il m'a dit je voulais te demander. Quoi, j'ai répondu sans lui laisser le temps de finir faque il a été obligé de recommencer sa phrase au début. Je voulais te demander, pis toi ton livre ça avances-tu? J'ai tendu mon verre vide à la barmaid, qui était presque ma meilleure amie dans cette soirée, pis j'ai caressé mon lobe d'oreille en guise de réponse. J'ai dit t'as-tu été obligé de repercer le trou? Il a répondu pas de nouvelles de Boréal? Pis Québec-Amérique ils t'ont-tu répondu? J'ai bu mon verre en une gorgée. J'ai eu le goût de me gargariser. J'ai dit à Étienne quand tu laisses le trou se refermer ça fait-tu genre une boule de chair ou de pu? Félix, à l'autre bout de la librairie, riait avec sa femme et sa fille. Je voyais pas sa fille, à cause de la hauteur des adultes, mais je le voyais baisser la tête comme sans arrêt vers quelque chose ou quelqu'un à terre, faque j'en déduisais. J'ai attrapé le premier livre qui m'est venu dans la main dans un des rayons à côté pis j'ai fait semblant que ça m'intéressait. C'était du Boris Pasternak. J'ai dit oh ben tabarnack ça parle au yable tchèke ça Étienne ça fitte avec ta bière de fif. Il s'est étouffé dans sa gorgée pis un peu de liquide lui est sorti par les narines. Pendant qu'il est allé se moucher aux toilettes, j'en ai profité pour prendre un autre verre de vin pis j'ai dit bye à ma barmaid pis juste après avoir subtilisé le plat de caviar, je suis sorti dans la rue. C'est pas comme si j'étais totalement saoul, mais j'étais quand même feeling pis il était pas tard pis il faisait pas froid faque j'ai décidé de marcher un peu sur Saint-Denis, histoire de la descendre sans trop savoir quel métro j'allais prendre. J'ai failli bumper dans un couple à la hauteur du théâtre d'aujourd'hui pis ça m'a gossé parce que la fille était en béquille, elle prenait toute la place sur le trottoir, pis j'étais comme obligé de me fondre en excuses. Je leur en ai donné pour leur argent, avec une courbette, pis j'ai continué mon chemin. Je titubais mais quand même vite. Il y avait plein de femmes dont c'était la journée internationale qui souriaient pis qui se faisaient ouvrir des portes de char pis de magasin pis de restaurant. Juste en face de la Cinérobothèque j'ai remarqué une fille enceinte avec la face comme un trèfle à quatre feuilles marcher pas loin en avant de moi pis comme elle avait l'air quand même de bonne humeur pis de bonne foi j'ai comme eu une impulsion. La neige était molle pis collante à cause de la pluie de la veille faque j'ai fait une bonne grosse balle pis sans trop la durcir, je suis pas cave quand même, je lui ai pitché dessus, un petit lobe pas fort. Elle a stoppé raide. Elle s'est retourné en me regardant avec vraiment trop d'information dans le visage, comme un début de crise d'épilepsie. Je me suis penché vraiment lentement vers le banc de neige à côté du trottoir. À ce moment-là, on était comme déjà dans une réalité parallèle où des choses comme ça pouvaient arriver. J'ai sorti le caviar de ma poche de manteau. Elle a reculé d'un pas, les mains sur son ventre. J'ai attrapé une motte de neige. Elle a tourné le cou juste un peu, en relevant le menton, me défiant. J'ai farci la motte avec le caviar dégueu du lancement de Félix. Elle a fait une mini feinte vers la gauche. J'ai durci ma balle. Elle a fait une mini feinte vers la droite. Je lui ai souri de toutes mes dents. On avait vraiment du fun. En lui criant bonne journée internationale, j'ai pitché la balle pas fort en faisant une motion super exagérée de lanceur de baseball pis je l'ai pogné drette sur la bédaine.
Bullseye.
OH!
Wô! Ça failli me passer dans le beurre, what with les coups salauds au hockey pis les épisodes sherbrookois de UNE SOUPER PRESQUE PARFAIT mais y est jamais trop tard:
Donc, spécial deux pour un aujourd'hui:
(Source: Awkward Family Photos)
mercredi 9 mars 2011
Caviar et Chardonnay
(Hier)
Entre deux bouchées de caviar, je demande à Félix si le schéma actantiel c'est toujours d'actualité. Il me demande dans quel sens, en regardant ailleurs. Je dis dans le sens d'on fait-tu encore ça des schémas actantiels. Il est déconcentré, je le sens. Il dit qui ça, nous autres? Je dis ben le monde. En général? En général oui et je prends une autre bouchée. Je me rends compte que j'aime pas vraiment ça, ça goûte le cul pis ça reste entre les dents. C'est son lancement, il peut avoir tout le caviar qu'il veut si ça lui tente. Moi je le mange, je suis poli. Je fais des double-dips avec ma petite cuillère en plastique pendant que Félix m'explique distraitement la pertinence et la pérennité du schéma actantiel. Ma fonction phatique est à son comble, j'écoute en hochements et en acquiescements, c'est quand même moi qui ait posé la question. Juste avant d'en arriver à la description contemporaine de l'adjuvant, il est sollicité par une femme dont c'est la journée internationale, alors il devient tout de suite très mielleux. Elle lui demande de signer l'exemplaire qu'elle lui tend. Félix s'exécute avec plaisir et orgueil, ça paraît. C'est son lancement, il peut avoir tout l'orgueil qu'il veut. J'essaie de lire ce qu'il écrit par-dessus son épaule. C'est pas de mes affaires, mais ça m'intrigue pareil. Dans mon exemplaire il a écrit: Pour Clarence, un recueil sans prétention. Je trouve ça un peu poche, mais je dis rien. Plus j'y pense, plus je trouve que ça a l'air qu'on dirait qu'il me dit subtilement que moi, Clarence, je suis prétentieux pis pas lui. J'ai la cuillère en plastique dans la bouche et je gosse avec comme si c'était une ruine-babine. Il y a un peu de salive qui coule le long du petit manche parce que j'arrive pas à avaler quand j'ai quelque chose dans la bouche. Souvent ça me donne un peu le goût de dégueuler. Comme par exemple si je prends ma pomme dans ma bouche le temps d'attacher mon soulier, le cœur me lève vite pis je bave un peu. Félix s'éloigne entre les rayons de la librairie vers un autre groupe qui lui fait signe de venir les rejoindre. Ça doit être du monde de la job qui vont même pas acheter son livre, ou qui vont en acheter un exemplaire pour la gang. Je peux sentir le sourire franc de Félix même dans son dos. Il est complètement à l'aise dans la foule, c'est son genre, il entame de fausses conversations avec tout le monde un après l'autre, il est sollicité de tous les côtés en même temps, il est disponible à la puissance dix. Sa fille le tire par le bras, Félix la soulève en faisant un faux humpfff comme si elle était vraiment lourde. Moi je fait slluurrppp autour de la cuillère pour enlever la bave dessus, je fais un dernier dip dans le plat de caviar pis je m'en vais me chercher un verre de Chardonnay au fond. Faut que je fasse des coudes parce qu'il y a vraiment beaucoup de monde. Certains je les connais, les autres je les connais pas. J'envoie des saluts avec le menton pis les sourcils. Juste au moment où la barmaid me donne mon verre, le silence se fait pis Félix est soudainement sur un podium proche de la caisse. Je m'accote sur le bar à côté de la barmaid pis comme c'est sa journée internationale, je lui fait un beau sourire sans aucune arrière-pensées. Félix se racle la gorge. Il porte du Philippe Dubuc. C'est son lancement, il peut ben porter ce qu'il veut. Comme je sais plus quoi faire avec, je laisse subtilement tomber ma cuillère en plastique derrière le bar. Félix tient son livre dans ses mains. Derrière sa tête, un des spots de la librairie lui fait comme un genre d'auréole pis il commence à lire. Personne parle.
Entre deux bouchées de caviar, je demande à Félix si le schéma actantiel c'est toujours d'actualité. Il me demande dans quel sens, en regardant ailleurs. Je dis dans le sens d'on fait-tu encore ça des schémas actantiels. Il est déconcentré, je le sens. Il dit qui ça, nous autres? Je dis ben le monde. En général? En général oui et je prends une autre bouchée. Je me rends compte que j'aime pas vraiment ça, ça goûte le cul pis ça reste entre les dents. C'est son lancement, il peut avoir tout le caviar qu'il veut si ça lui tente. Moi je le mange, je suis poli. Je fais des double-dips avec ma petite cuillère en plastique pendant que Félix m'explique distraitement la pertinence et la pérennité du schéma actantiel. Ma fonction phatique est à son comble, j'écoute en hochements et en acquiescements, c'est quand même moi qui ait posé la question. Juste avant d'en arriver à la description contemporaine de l'adjuvant, il est sollicité par une femme dont c'est la journée internationale, alors il devient tout de suite très mielleux. Elle lui demande de signer l'exemplaire qu'elle lui tend. Félix s'exécute avec plaisir et orgueil, ça paraît. C'est son lancement, il peut avoir tout l'orgueil qu'il veut. J'essaie de lire ce qu'il écrit par-dessus son épaule. C'est pas de mes affaires, mais ça m'intrigue pareil. Dans mon exemplaire il a écrit: Pour Clarence, un recueil sans prétention. Je trouve ça un peu poche, mais je dis rien. Plus j'y pense, plus je trouve que ça a l'air qu'on dirait qu'il me dit subtilement que moi, Clarence, je suis prétentieux pis pas lui. J'ai la cuillère en plastique dans la bouche et je gosse avec comme si c'était une ruine-babine. Il y a un peu de salive qui coule le long du petit manche parce que j'arrive pas à avaler quand j'ai quelque chose dans la bouche. Souvent ça me donne un peu le goût de dégueuler. Comme par exemple si je prends ma pomme dans ma bouche le temps d'attacher mon soulier, le cœur me lève vite pis je bave un peu. Félix s'éloigne entre les rayons de la librairie vers un autre groupe qui lui fait signe de venir les rejoindre. Ça doit être du monde de la job qui vont même pas acheter son livre, ou qui vont en acheter un exemplaire pour la gang. Je peux sentir le sourire franc de Félix même dans son dos. Il est complètement à l'aise dans la foule, c'est son genre, il entame de fausses conversations avec tout le monde un après l'autre, il est sollicité de tous les côtés en même temps, il est disponible à la puissance dix. Sa fille le tire par le bras, Félix la soulève en faisant un faux humpfff comme si elle était vraiment lourde. Moi je fait slluurrppp autour de la cuillère pour enlever la bave dessus, je fais un dernier dip dans le plat de caviar pis je m'en vais me chercher un verre de Chardonnay au fond. Faut que je fasse des coudes parce qu'il y a vraiment beaucoup de monde. Certains je les connais, les autres je les connais pas. J'envoie des saluts avec le menton pis les sourcils. Juste au moment où la barmaid me donne mon verre, le silence se fait pis Félix est soudainement sur un podium proche de la caisse. Je m'accote sur le bar à côté de la barmaid pis comme c'est sa journée internationale, je lui fait un beau sourire sans aucune arrière-pensées. Félix se racle la gorge. Il porte du Philippe Dubuc. C'est son lancement, il peut ben porter ce qu'il veut. Comme je sais plus quoi faire avec, je laisse subtilement tomber ma cuillère en plastique derrière le bar. Félix tient son livre dans ses mains. Derrière sa tête, un des spots de la librairie lui fait comme un genre d'auréole pis il commence à lire. Personne parle.
Respect.
mardi 8 mars 2011
Dialogue traduit d'un film de Spike Lee
-Pas rapport!
-J'fais du rap.
-FRANCHEMENT!
-C'que j'veux dire, c'est l'fun au boutte et pis c'est sharp à l'os.
-Wô! Wô! Max!
-Voyons donc, quand on peut prendre d'la place.
-J'fais du rap.
-FRANCHEMENT!
-C'que j'veux dire, c'est l'fun au boutte et pis c'est sharp à l'os.
-Wô! Wô! Max!
-Voyons donc, quand on peut prendre d'la place.
lundi 7 mars 2011
De quoi vous parliez?
Je suis crampé
parce que je viens
de me rappeler que l'autre soir,
à un souper d'amis,
j'ai utilisé genre trois fois
le mot scrotum
en voulant parler du prépuce.
The day I turned into David Foster Wallace
Well, I know it's kind of superficial, his talent I had not, but the looks I had. It was eery. Woke up wearing a bandana. A pirate bandana and a ponytail. Woke up sporting a two days old beard, and a much older smile. This is the smile of a very old soul, my mate said to me over breakfast. I said it's David Foster Wallace's smile, don't you see it, and he said oh yes I see it now. He said it's melancholy, kind of. I said it probably is and I turned my back on him, reaching for the cereal box. We didn't say anything else because there was nothing else to say. I didn't shave, I put some glasses on, which were not mine, whose origins weren't clear. I thought I must be some kind of temporary reincarnation and I was playing along with it. I was cool with it. So I left for the university.
At the faculty I wasn't a student anymore, everybody was saying hi to me, smiling and saying hi and then saying Mr. I had an office with my name on it, written on a piece of rectangle. On the desk there was lying a pile of copies to grade. The wind was hurling from an open window and I knew I was late for class. I was feeling a mixture of anxiety and detachment. Everything was in it's right place, kind of, it's just that I was looking for that place.
In a bathroom mirror I saw that I was much taller than before. My whole constitution was different, my complexion, my teeth. My hands were much hairier. There was a blot of ink on my left thumb. I 'd never been a lefty.
When I got to the auditorium, everybody was there, waiting for me. There were at least a hundred students and some of them looked very young. I took place at the podium, in front of a black microphone and opened my suitcase. The lecture went well. I talked to them about tennis and war. I explored briefly the dialectical relation between the domestic and the politic. I ran my hand over my face a couple of times, put off my glasses to read. In the front row there was a small young man who kind of looked like me. His hair was real short and I could see my face in his. I couldn't stop staring at him. And as I should have known, at the end of the lecture he threw his hand up and I said yes and he said are you really David Foster Wallace, and I said no. I said no, I'm sorry, I'm not. And then there was silence.
dimanche 6 mars 2011
Tandis qu'il neige
Petit dimanche après-midi mielleux et un peu hippie, alors qu'on lit chacun de notre côté dans le divan, un café chaud dans nos mains respectives. Elle lit LES GRANDES MARÉES, je lis LA BALLADE DE NICOLAS JONES. Dans les hauts-parleurs, fort, HISTOIRE SANS PAROLES, qu'on n'avait pas écouté, ni l'un ni l'autre, depuis au moins mille ans, ça nous déconcentre alors on se concentre dessus. La voix sublime de Judy Richards nous fait quasiment pleurer, on joue au chef-d'orchestre avec nos doigts.
Fudge! C'est beau.
Fudge! C'est beau.
vendredi 4 mars 2011
(A lingerie nerd) *Edit
(Texte inspiré par l'anagramme créé avec mon vrai nom ici. Merci à Sara qui a déniché ce petit machin)
D'un seul regard je peux dire si tu portes du A ou du B ou du C. Du 32, du 34 ou du 36. Tu me payes un drink pis je te montre mon stylo avec une femme tout nue dessus pour faire une joke pis tu glousses. Je te ramène chez nous. Je te détache ça en te neckant, la langue bien au fond, roulante, avec rien qu'une main, deux doigts, un petit flip du majeur avec le pouce, tu t'en rends même pas compte. Après que je t'aille arraché ton dji cheap avec les dents, on fourre.
D'un seul regard je peux dire si tu portes du A ou du B ou du C. Du 32, du 34 ou du 36. Tu me payes un drink pis je te montre mon stylo avec une femme tout nue dessus pour faire une joke pis tu glousses. Je te ramène chez nous. Je te détache ça en te neckant, la langue bien au fond, roulante, avec rien qu'une main, deux doigts, un petit flip du majeur avec le pouce, tu t'en rends même pas compte. Après que je t'aille arraché ton dji cheap avec les dents, on fourre.
Deux semaines plus tard, j'arrive chez vous avec un baby doll marbré dans une boîte en forme de cœur. Il vient tout-inclus avec un porte-jarretelles de satin pis une jarretière pis des gants. Je te dis d'aller le mettre pis quand tu te retournes je te détache la brassière sans que tu t'en rendes compte pour te faire une joke. Tu m'attends dans la chambre en faisant grr. Après que je t'aille arraché d'un seul coup ta jarretière avec les dents, on fourre.
Trois mois plus tard, toutes tes brassières pis tes bobettes matchent, pu d'affaire de brassière bleue avec une bobette jaune banane. J'ai jeté aux poubelles tes deux vieilles paires de boxers qui disent OUI quand ils glowent in the dark. C'est moi qui a choisi toutes les marques, pas d'affaire de Miiyu pis de Fruit of the Loom, juste du Chantelle pis du Aubade. Je te fais faire des séances d'essayage dans le living room en utilisant le paravent Ikea. Après que je t'ailles arraché l'estie de clé de sol cheap tatouée entre tes reins avec les dents, on fourre.
Quatre ans plus tard, je crisse mon camp avec toutes les kits que tu fittes pu dedans. Je pars avec Assía, le poodle, pis avec deux paires de fuck me boots que je t'avais acheté dans le temps que t'étais pas grosse. En roulant sur l'autoroute, je me rappelle de ce que je ressentais quand j'étais petit pis que je sentais les petites culottes de la sœur de Félix pis j'ai comme un vertige tellement c'est intense. Il y a des effluves parfumées qui circulent dans l'auto, qui se mélangent avec la soie pis la dentelle pis le satin pis je me sens comme un spécialiste qui a pu rien à expertiser. Je me rappelle de la mère de Mathieu qui laissait toujours trainer ses brassières sur la poignée de la porte de la toilette. Je me rappelle de Sophie qui se rentrait les bobettes dans la craque en secondaire trois pour faire comme si elle avait un dji. Je me rappelle des filles et de leurs sous-vêtements. De tous les sous-vêtements et de toutes les filles. Après que j'ailles décrissé le muret qui sépare la route pis arraché le cuir du volant avec mes dents, on fourre.
jeudi 3 mars 2011
La demande générale
À ce que je vois, on est tous et toutes tombé(e)s sous le charme de KarStorm, sur lequel je suis tombé un peu par hasard en cherchant une version sur Youtube de quelqu'un qui chante (et articule) des tounes de Noir Silence à peu près aussi bien que moi.
Donc, à la demande générale, je poste quelques uns de ses plus grands succès.
Bleu poudre:
Bleu foncé:
Bleu poudre:
Bleu poudre (this song will never die):
Bleu foncé:
Profitez-en pendant que ça dure.
Donc, à la demande générale, je poste quelques uns de ses plus grands succès.
Bleu poudre:
Bleu foncé:
Bleu poudre:
Bleu poudre (this song will never die):
Bleu foncé:
Profitez-en pendant que ça dure.
La fois où j'ai trop chanté ON JASE DE TOI
La fois où j'ai trop chanté ON JASE DE TOI je sais pas ce qui m'a pris mais je savais pu où me mettre pis j'étais pu arrêtable pis j'articulais toutes les syllabes comme super bien avec des vibratos dans la voix pis je sais pas ça m'émeuvait la toune soudainement ça me rappelait le temps que quand j'étais plus jeune pis que je chantais super bien sans fausses notes les narines dilatées genre avant de muer pis tous mes amis me demandait de faire les back vocals pis les tierces pis les quintes quand on chillait dans un sous-sol pis que Max prenait la guitare pis qu'il était tellement concentré qu'il bavait sur les cordes il laissait comme couler un filet de bave il oubliait d'avaler tellement il était concentré pour pogner les accords correct pis je faisais la vaisselle cette fois-là pis tout à coup je me suis mis à chanter fort en articulant pis je me rappelais de toutes les paroles pis de l'intonation pis toute pis j'ai recommencé tout de suite après pendant que t'essayais de faire un mots croisés pis chaque fois que tu me demandais c'est quoi un lac de Tasmanie en sept lettres je me retournais vers toi pis je me dilatais les narines en chantant mais tu sais mon cœur on t'aime encore on veut juste pas qu'il t'arrive de tort pis au début tu trouvais ça drôle comme jusqu'à un certain point pis je faisais la vaisselle faque tu pouvais pas vraiment chialer faque tu m'endurais mais je sais pas ce qui m'a pris j'étais pu arrêtable j'ai rangé tout le stock dans les armoires pis je me pouvais pu je chantais le refrain en boucle en faisant le back vocal en plissant les yeux tellement j'étais dedans pis tu soupirais en mordant ton crayon pis à un moment donné je me suis approché de toi par derrière en silence pis j'ai gueulé dans ton oreille en trémolo regarde donc c'qu'est devenu le petit gars d'à côté c't'à croire que ses parents l'ont mal élevé pis t'as fait comme un genre de couinement t'as eu comme un spasme pis comme un mouvement involontaire avec ton crayon par en arrière pis je l'ai évité de justesse en disant voyons donc crisse de folle t'as failli me crever un œil pis je suis parti dans le salon en fredonnant du Kaïn à la place pis je glissais comme deux ou trois phrases de LA TRIBU DE DANA pis j'avais l'impression que ça fitait dans l'harmonie.
mardi 1 mars 2011
Achat
Je pense sérieusement à me procurer un "eReader" pas cher, qui me semble l'option idéale afin de se constituer une vraie bonne bibliothèque de classiques sans avoir à débourser. J'aime l'idée d'avoir à portée de main ROBINSON CRUSOE, THE WINGS OF THE DOVE et des centaines d'autres bouquins que j'achèterais jamais.
J'achèterais pas un Ipad, mais bon...
D'autres suggestions? Kindle, Kobo, Sony?
J'achèterais pas un Ipad, mais bon...
D'autres suggestions? Kindle, Kobo, Sony?
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