Le problème avec THE CATCHER IN THE RYE, c'est qu'il est tellement utilisé pour l'enseignement dans les écoles que son sens, sa signification, sont complètement stigmatisés. C'est comme L'ÉTRANGER, je me souviens de l'avoir relu il y a quelques années et d'avoir été marqué par tous ces petits moments, ces petites phrases, ces petites lueurs qui venaient contredire la lecture qu'on m'en faisait au secondaire et au cégep, qu'on m'imposait, officialisée, scolaire, la littérature de l'absurde, l'absence de sentiment de Meursault, le soleil, le soleil, tout ça.
Quand je relis le roman de Salinger, je me rends compte d'abord à quel point j'aime sincèrement Holden Caulfield, comme s'il existait, comme si j'étais un lecteur de romans sentimentaux qui a de la difficulté à faire la différence entre la réalité et la fiction, et ensuite à quel point on devrait le laisser tranquille et laisser les jeunes tranquilles avec son récit, arrêter de leur rentrer dans la gorge la signification de ses obsessions, le symbolisme des canards, des enfants, des adultes, tout ça.
D'après-vous, que signifient les canards, pour Holden? Pourquoi revient-il toujours à ce questionnement qui semble le hanter? Répondez en moins de 25 lignes. Pffffffff.
C'est ça le problème de la littérature, c'est qu'on ne peut pas parler de canards et se demander où ils s'en vont pendant l'hiver sans que tout le monde s'improvise Freud, ou Barthes, et tente de comprendre ce que les canards représentent.
Je pense que si on continue à enseigner THE CATCHER IN THE RYE, et on va le faire évidemment, il faudrait que ce soit du point de vue du lecteur et de sa relation avec Holden. D'une façon un peu impressionniste. Non pas chercher à diagnostiquer Holden: il est dépressif, il est suicidaire, il est en crise d'adolescence, il est normal, il n'est pas normal... Non pas chercher à l'expliquer dans sa totalité et le réduire à un type, mais trouver en quoi on se retrouve dans lui, dans quelle partie de son discours on se reconnaît, dans sa façon de s'exprimer et de juger le monde qui l'entoure. On n'est pas toujours d'accord avec lui, il n'est pas conséquent comme une machine à émettre des opinions. Le problème des études littéraires, c'est qu'on lui a enlevé le droit d'être perdu.
***
Comme moi, par exemple, ce qui me fait triper, chez Holden, c'est sa vision de la "phoniness", qu'il déteste et qu'il détecte partout chez les gens, en particulier chez les artistes. Les artistes sont très souvent phony parce qu'il sont superficiels et essaient de nous faire croire quelque chose en nous faisant oublier le reste. Les mauvais écrivains sont phony parce qu'ils essaient de cacher leur absence de talent sous des tonnes de phrases inutiles et compliquées. Les bons acteurs sont phony parce qu'ils sont tellement conscients d'être bons qu'ils attirent l'attention sur eux et non sur l'illusion qu'ils croient créer. C'est ça qui me fait triper. Je le lis et je suis crampé, j'ai souvent pensé ça en regardant des vrais "bons" acteurs, du type Paul Giamati, ou John Malkovitch, ou Sean Penn, ou plus près de nous, Rémi Girard, ou Anne-Marie Cadieux, ou Guy Nadon. Holden explique que si on est trop bon à quelque chose, on a de très grosses chances de devenir snobs, pas sympathiques, imbus de nous-même, shows off, et surtout, faussement humble, bref: phony. Personne ne s'en sort.
Il décrit le pianiste Ernie et c'est un passage d'anthologie, comme à peu près 98% du roman:
Even though it was so late, old Ernie's was jampacked. Mostly with prep school jerks and college jerks. Almost every damn school in the world gets out earlier for Christmas vacation than the schools I go to. You could hardly check your coat, it was so crowded. It was pretty quiet, though, because Ernie was playing the piano. It was supposed to be something holy, for God's sake, when he sat down at the piano. Nobody's that good. About three couples, besides me, were waiting for tables, and they were all shoving and standing on tiptoes to get a look at old Ernie while he played. He had a big damn mirror in front of the piano, with this big spotlight on him, so that everybody could watch his face while he played. You couldn't see his fingers while he played--just his big old face. Big deal. I'm not too sure what the name of the song was that he was playing when I came in, but whatever it was, he was really stinking it up. He was putting all these dumb, show-offy ripples in the high notes, and a lot of other very tricky stuff that gives me a pain in the ass. You should've heard the crowd, though, when he was finished. You would've puked. They went mad. They were exactly the same morons that laugh like hyenas in the movies at stuff that isn't funny. I swear to God, if I were a piano player or an actor or something and all those dopes thought I was terrific, I'd hate it. I wouldn't even want them to clap for me. People always clap for the wrong things. If I were a piano player, I'd play it in the goddam closet. Anyway, when he was finished, and everybody was clapping their heads off, old Ernie turned around on his stool and gave this very phony, humble bow. Like as if he was a helluva humble guy, besides being a terrific piano player. It was very phony--I mean him being such a big snob and all. In a funny way, though, I felt sort of sorry for him when he was finished. I don't even think he knows any more when he's playing right or not. It isn't all his fault. I partly blame all those dopes that clap their heads off--they'd foul up anybody, if you gave them a chance. Anyway.
mardi 28 juin 2011
samedi 25 juin 2011
Preguiça
Ça fait maintenant plus d'une semaine que je n'ai rien écrit ici, ce qui me fait me questionner sur la pertinence de cet espace, dans ma vie, dans la tienne, dans la vie des autres. Je ne sais plus vraiment quoi faire avec Saint-Henri, à part le maintenir en vie. Remarque, j'ai jamais vraiment su où je m'en allais avec ça. Je sais pas non plus d'où vient mon relâchement. L'année dernière j'écrivais tous les jours. Peut-être que je suis influencé par le fait que mon blogroll (par définition les gens que je lis le plus et qui me lisent en retour) semble être sur le respirateur artificiel. L'année dernière il me semble que je jouais dans une cour d'école pleine de petits culs vraiment enthousiastes. Et là, tout le monde a gradué ou je sais pas, tout le monde s'est rendu compte qu'il y avait un McDo de l'autre côté de la rue faque tout le monde passe la récré au complet au McDo à se manger des gangbang pis y a pu personne pour jouer à tag ou aux quatre coins. En même temps, c'est même pas vrai: y a encore plein de monde, faut juste les trouver. C'est moi qui est rendu trop paresseux. Là-bas, ils préparent une grosse conférence sur l'univers des blogues. L'année dernière, j'aurais participé avec passion, j'aurais même participé sous mon pseudonyme, avec un chapeau pis tout, pour ajouter à l'illusion pis à la magie. Mais non, la magie c'était l'année passée. L'année passé, on écrivait des récits communs en épisodes multiples, qui tournaient autour de la mort de l'un d'entre nous. L'année passée on écrivait des hommages virtuels en gang à la grande littérature française. Maintenant, on se rabat sur Twitter, qui nous apprend plein d'affaires, et surtout à ne plus écrire aucun mot au complet.
vendredi 17 juin 2011
Transparent Things?
J'ai lu INVISIBLE MAN de Ralph Ellison pour la première fois il y a environ dix ans. Évidemment ça m'avait époustouflé, même si ce n'est pas le bon mot. C'était, je crois, ma première rencontre avec la complexité extrême, incommensurable, infinie, de la question raciale. Depuis, j'ai lu beaucoup d'écrivains afro-américains, ou haïtiens, comme Dany Lafèrierre, James Baldwin, Zora Neale Hurston et Chester Himes, j'ai plongé dans l'univers de Spike Lee et de Gil Scott-Heron. Et ce, toujours avec un sentiment contradictoire d'être à la fois le véritable destinataire secret de ces œuvres et un vulgaire imposteur.
INVISIBLE MAN est un roman social, ce que Sartre appelait de la littérature engagée, au sens le plus profond, à la fois politique et philosophique. C'est aussi, paradoxalement, le roman d'un individu qui est sorti de la polis, de la cité, pour se terrer et "hiberner", comme il le dit lui-même, complètement désengagé. Il ne parle plus pour les autres, son discours n'est plus celui du groupe, du consensus, qui tente toujours de synthétiser et de clarifier afin de faire avancer les choses. Son discours, et il en a un, puisqu'il ne peut s'empêcher de témoigner, est celui du conflit irrémédiable, du tourbillon des contradictions, de l'irrésolution. Je pourrais dire que c'est ce qui fait d'INVISIBLE MAN un bon roman, justement, et non un simple traité politique, mais ce serait prendre le problème dans le mauvais sens. En fait, INVISIBLE MAN n'est pas "un bon roman", INVISIBLE MAN est la définition même de ce que le roman peut faire, au-delà de toute autre forme de discours.
Quiconque l'a lu se souviendra de l'illustration parfaite de cette idée telle qu'elle se présente dans le premier chapitre du livre. Le narrateur, après un prologue où il expose les caractéristiques de son existence et explique sommairement les choix de vie qu'il a fait depuis sa prise de conscience de son "invisibilité", replonge dans ses années de jeunesse. La scène, insoutenable, est la suivante:
Le jeune homme, dont le grand-père était encore un esclave à la proclamation de l'émancipation, vient d'une famille qui lui a enseigné la dignité dans l'obéissance et l'humilité. Il raconte qu'à sa graduation, il a écrit un discours de fin d'année, fortement inspiré de la pensée de Booker T. Washington, qui a eu un certain écho dans la communauté et qu'en conséquence, la société blanche l'a invité à le lire à une réunion du country club de la ville. Tous le gratin économique et politique sera là. En se présentant sur place, il se fait proposer de participer à un match de boxe (un "Battle Royal") organisé comme divertissement la soirée même. On lui dit "While you're here, why not?". Il accepte, ne voyant pas comment refuser. On le fait monter à l'étage dans l'ascenseur de service, avec le reste du groupe des boxeurs: ils seront neuf à se battre. En arrivant dans la salle de bal, la fumée de cigare et l'odeur de whisky sont déjà difficiles à endurer. Ils sont poussés par la foule vers le centre de la salle, où un ring temporaire les attend. Sur le ring, une femme blonde et nue danse au son d'une clarinette et des cris de la foule. Les boxeurs grimpent ensuite sur le ring, où on leur bande les yeux. La clochette retentie et le narrateur se rend compte qu'il n'y a ni règles ni round: c'est une bataille à l'aveugle, où tous les coups sont permis, jusqu'à ce qu'il ne reste que deux boxeurs debouts, qui vont s'affronter en un combat ultime. Lui et le plus grand du groupe finissent par rester. On leur enlève les bandeaux des yeux et on les pousse l'un sur l'autre. Le combat est violent, le narrateur se défend comme il peut contre son assaillant. Quand les deux sont pris en une étreinte, il propose de l'argent à son adversaire pour que celui-ci feigne la défaite: cinq dollars, sept. L'autre ne veut rien savoir et l'envoie au tapis. Sur le sol, il saigne abondamment, du nez et de la bouche, il entend le décompte du KO. On le place sur une chaise, pour qu'il puisse récupérer un peu. Le MC crie à tous les combattants "Ok, boys, now come and get your money!" On place un tapis sur le sol, au milieu duquel sont renversés des pièces de monnaie, des billets, des pièces d'or. Ils doivent attendre le signal et se disputer l'argent, à quatre pattes. Le signal est donné, ils s'avancent tous, se bousculent, mais reculent vite en s'apercevant que le tapis est électrifié: ils reçoivent des chocs chaque fois qu'ils s'approchent du magot. Un des boxeurs est carrément lancé par la foule sur le tapis, où il fait une danse du bacon avant de réussir à rouler plus loin. Le narrateur aussi, après avoir tenté de s'accrocher à la chaise d'un homme, reçoit un coup de pied qui l'envoie rouler sur le tapis, où il se tord en contorsions. La foule en a assez vue, le jeu se termine. Le MC leur crie encore une fois "Ok, boys, that's enough, now come and get your money!" Ils reçoivent cinq dollars chacun, le vainqueur du combat en reçoit dix. Quelques minutes plus tard, le MC se souvient que le narrateur avait été invité pour livrer un discours, il le présente donc à la foule, qui l'applaudit en riant. Le jeune narrateur, avalant du sang et reniflant, prononce son discours le plus fort possible. On lui demande de parler plus fort encore, de parler plus lentement, de répéter les mots compliqués comme "social responsibility". On lui demande de répéter ce qu'il vient de dire, "social equality", de le répéter jusqu'à ce qu'il comprennent qu'il doit dire autre chose. Le chapitre se termine sur cet échange entre un homme et lui, qui le rassure, qui l'encourage: "Well, that was a mighty fine speech, my boy, just remember that you always have to know your place."
*
Ce qui est "social", dans cette scène, c'est la description minutieuse et élaborée des humiliations subies par le narrateur et les autres membres de sa communauté.
Ce qui y est "romanesque", c'est l'exploration infiniment complexe de la rencontre, dans la pensée du narrateur, dans son humanité, de ces humiliations et de son désir insubmersible de livrer son discours d'humilité et d'obéissance devant cette foule de gens importants qui sont les seuls, d'après-lui, à pouvoir "le comprendre".
Après avoir lu ce chapitre, je me suis rappelé un vidéo que j'ai vu dernièrement. C'est un extrait d'une entrevue avec l'humoriste américain Chris Rock, durant laquelle on lui pose la question, en quoi la société américaine a-elle évolué, d'après-lui.
Et Rock de répondre: "White people have gotten less crazy."
INVISIBLE MAN est un roman social, ce que Sartre appelait de la littérature engagée, au sens le plus profond, à la fois politique et philosophique. C'est aussi, paradoxalement, le roman d'un individu qui est sorti de la polis, de la cité, pour se terrer et "hiberner", comme il le dit lui-même, complètement désengagé. Il ne parle plus pour les autres, son discours n'est plus celui du groupe, du consensus, qui tente toujours de synthétiser et de clarifier afin de faire avancer les choses. Son discours, et il en a un, puisqu'il ne peut s'empêcher de témoigner, est celui du conflit irrémédiable, du tourbillon des contradictions, de l'irrésolution. Je pourrais dire que c'est ce qui fait d'INVISIBLE MAN un bon roman, justement, et non un simple traité politique, mais ce serait prendre le problème dans le mauvais sens. En fait, INVISIBLE MAN n'est pas "un bon roman", INVISIBLE MAN est la définition même de ce que le roman peut faire, au-delà de toute autre forme de discours.
Quiconque l'a lu se souviendra de l'illustration parfaite de cette idée telle qu'elle se présente dans le premier chapitre du livre. Le narrateur, après un prologue où il expose les caractéristiques de son existence et explique sommairement les choix de vie qu'il a fait depuis sa prise de conscience de son "invisibilité", replonge dans ses années de jeunesse. La scène, insoutenable, est la suivante:
Le jeune homme, dont le grand-père était encore un esclave à la proclamation de l'émancipation, vient d'une famille qui lui a enseigné la dignité dans l'obéissance et l'humilité. Il raconte qu'à sa graduation, il a écrit un discours de fin d'année, fortement inspiré de la pensée de Booker T. Washington, qui a eu un certain écho dans la communauté et qu'en conséquence, la société blanche l'a invité à le lire à une réunion du country club de la ville. Tous le gratin économique et politique sera là. En se présentant sur place, il se fait proposer de participer à un match de boxe (un "Battle Royal") organisé comme divertissement la soirée même. On lui dit "While you're here, why not?". Il accepte, ne voyant pas comment refuser. On le fait monter à l'étage dans l'ascenseur de service, avec le reste du groupe des boxeurs: ils seront neuf à se battre. En arrivant dans la salle de bal, la fumée de cigare et l'odeur de whisky sont déjà difficiles à endurer. Ils sont poussés par la foule vers le centre de la salle, où un ring temporaire les attend. Sur le ring, une femme blonde et nue danse au son d'une clarinette et des cris de la foule. Les boxeurs grimpent ensuite sur le ring, où on leur bande les yeux. La clochette retentie et le narrateur se rend compte qu'il n'y a ni règles ni round: c'est une bataille à l'aveugle, où tous les coups sont permis, jusqu'à ce qu'il ne reste que deux boxeurs debouts, qui vont s'affronter en un combat ultime. Lui et le plus grand du groupe finissent par rester. On leur enlève les bandeaux des yeux et on les pousse l'un sur l'autre. Le combat est violent, le narrateur se défend comme il peut contre son assaillant. Quand les deux sont pris en une étreinte, il propose de l'argent à son adversaire pour que celui-ci feigne la défaite: cinq dollars, sept. L'autre ne veut rien savoir et l'envoie au tapis. Sur le sol, il saigne abondamment, du nez et de la bouche, il entend le décompte du KO. On le place sur une chaise, pour qu'il puisse récupérer un peu. Le MC crie à tous les combattants "Ok, boys, now come and get your money!" On place un tapis sur le sol, au milieu duquel sont renversés des pièces de monnaie, des billets, des pièces d'or. Ils doivent attendre le signal et se disputer l'argent, à quatre pattes. Le signal est donné, ils s'avancent tous, se bousculent, mais reculent vite en s'apercevant que le tapis est électrifié: ils reçoivent des chocs chaque fois qu'ils s'approchent du magot. Un des boxeurs est carrément lancé par la foule sur le tapis, où il fait une danse du bacon avant de réussir à rouler plus loin. Le narrateur aussi, après avoir tenté de s'accrocher à la chaise d'un homme, reçoit un coup de pied qui l'envoie rouler sur le tapis, où il se tord en contorsions. La foule en a assez vue, le jeu se termine. Le MC leur crie encore une fois "Ok, boys, that's enough, now come and get your money!" Ils reçoivent cinq dollars chacun, le vainqueur du combat en reçoit dix. Quelques minutes plus tard, le MC se souvient que le narrateur avait été invité pour livrer un discours, il le présente donc à la foule, qui l'applaudit en riant. Le jeune narrateur, avalant du sang et reniflant, prononce son discours le plus fort possible. On lui demande de parler plus fort encore, de parler plus lentement, de répéter les mots compliqués comme "social responsibility". On lui demande de répéter ce qu'il vient de dire, "social equality", de le répéter jusqu'à ce qu'il comprennent qu'il doit dire autre chose. Le chapitre se termine sur cet échange entre un homme et lui, qui le rassure, qui l'encourage: "Well, that was a mighty fine speech, my boy, just remember that you always have to know your place."
*
Ce qui est "social", dans cette scène, c'est la description minutieuse et élaborée des humiliations subies par le narrateur et les autres membres de sa communauté.
Ce qui y est "romanesque", c'est l'exploration infiniment complexe de la rencontre, dans la pensée du narrateur, dans son humanité, de ces humiliations et de son désir insubmersible de livrer son discours d'humilité et d'obéissance devant cette foule de gens importants qui sont les seuls, d'après-lui, à pouvoir "le comprendre".
Après avoir lu ce chapitre, je me suis rappelé un vidéo que j'ai vu dernièrement. C'est un extrait d'une entrevue avec l'humoriste américain Chris Rock, durant laquelle on lui pose la question, en quoi la société américaine a-elle évolué, d'après-lui.
Et Rock de répondre: "White people have gotten less crazy."
mercredi 15 juin 2011
lundi 13 juin 2011
Party Mix
L'autre jour, j'ai invité un couple d'amis à venir dormir à la maison. Ils repartaient vivre en France et étaient mal pris pour leur dernière nuit à Montréal. Comme je n'ai qu'un lit, je leur ai offert la place et, de mon côté, je suis allé chez ma blonde. J'avais demandé à A., la fille du couple, de nourrir Gertrude seulement le lendemain matin, en remplissant son bol de nourriture à peu près à la moitié et en changeant son eau. Ce serait parfait.
Quand je suis revenu le matin suivant, et après qu'on ai jasé de tout et de rien tout le monde ensemble, A m'a avoué que, ne sachant pas où était la bouffe pour chat, que j'avais oublié de lui sortir la veille, elle avait cru que je nourrissais Gertrude avec des paquets individuels, comme celui-là, qui traînait sur la sécheuse. Elle avait donc donné un paquet complet de minouches Party Mix à Gertrude. A. était désolée, elle ne savait vraiment pas, elle croyait bien faire.
J'ai dit Oh mon dieu! C'est comme si elle venait de d'avaler six cheese cakes d'affilée. J'ai cherché Gertrude, qui comme de fait était déjà en lendemain de brosse, à dormir éffouarée sur le lit.
Quand je suis revenu le matin suivant, et après qu'on ai jasé de tout et de rien tout le monde ensemble, A m'a avoué que, ne sachant pas où était la bouffe pour chat, que j'avais oublié de lui sortir la veille, elle avait cru que je nourrissais Gertrude avec des paquets individuels, comme celui-là, qui traînait sur la sécheuse. Elle avait donc donné un paquet complet de minouches Party Mix à Gertrude. A. était désolée, elle ne savait vraiment pas, elle croyait bien faire.
J'ai dit Oh mon dieu! C'est comme si elle venait de d'avaler six cheese cakes d'affilée. J'ai cherché Gertrude, qui comme de fait était déjà en lendemain de brosse, à dormir éffouarée sur le lit.
lundi 6 juin 2011
Mathilde en dernier (XV)
Bien que mes pensées concernant le suicide de Mathilde aient toujours été plus ou moins franches ou en tous cas lucides (c’est-à-dire que je ne me blâmais pas personnellement), il m’arrivait parfois ces derniers temps de sombrer dans une sorte de coma moral où je me fustigeais et où j’en venais presque à me tenir responsable, voire pire, où j’en venais à me considérer comme un assassin. Je savais que c’était une réaction normale, une forme d’étape obligatoire du processus de deuil, mais je me souvenais aussi, et j’étais le seul à m’en souvenir, de ce qu’elle m’avait dit.
Personne n’était au courant de notre rupture et ceux qui se doutaient que tout n’était pas rose entre nous ne se mêlaient pas de nos affaires. Mathilde n’avait jamais été porté vers les confidences, elle n’était pas secrète, elle était discrète. Elle pensait, et j’étais d’accord avec elle, que les choses intimes, les choses que l’on vivait à deux, se partageaient, mais ne se divisaient pas. Sa plus proche amie et plus grande confidente, sa sœur Béatrice, m’avait dit aux funérailles que le couple qu’on formait Mathilde et moi était un exemple pour elle. J’avais fait une grimace, pris entre plusieurs émotions contradictoires, ça prouvait à quel point Mathilde était discrète et que même dans le désarroi d’une pensée suicidaire, elle considérait que notre intimité indivisible existait toujours. Que ça ne regardait personne d'autre que nous.
J’ai frôlé le mécanisme avec ma carte Opus et j’ai entendu le son du tourniquet qui se débloquait. Le fusil faisait une bosse dans mon manteau et l’employé du métro dans sa cage vitrée m’a donné l’impression d’être un homme qui aurait pu faire la différence entre la silhouette d’un fusil et celle d’une banane, s’il n’avait pas été aussi concentré dans la lecture d’un vieux roman de John Grisham. Je me suis senti lourdement seul, mais je savais que ce sentiment aurait été présent même au milieu d’une foule dense, qu'il aurait été accentué sûrement. J’avais peur d’avoir un air malin, un air de conspirateur. J’avais peur d’avoir l’air d’un homme qui va déposer un sac à dos suspect au fond d’une poubelle.
Je me suis mis consciemment à me foutre de ce dont je pouvais avoir l’air et je me suis approché d’une poubelle, juste pour regarder dedans, parce que tout le monde faisait ça depuis l’attentat de Berri-UQAM. Tout le monde passait son temps à jeter des coups d’œil dans les poubelles collées au mur, dans l’espoir de n’y rien voir d’étrange ou de bizarre, comme une valise ou un sac de McDonald trop bien placé là. Quand un attentat arrive dans une ville, les citoyens ont tendance à prendre des habitudes différentes. Il m’arrivait d’être là, dans le métro, et de chercher à confondre dans mes oreilles le son de la rame approchant et le son d’une bombe à hydrogène ou d’une pile de dynamite explosant. Il m’arrivait de sentir mes pieds soulevés par une force qui me broierait en une fraction de seconde. Il nous arrivait à tous de ne pas regarder les arabes et les musulmans, comme s’ils étaient des criminels, avec dans les yeux un mélange d’accusation et de remords, comme si on s’en voulait de penser ça tout en continuant de le penser, comme si on s’en voulait de se dire c’est plus fort que moi, je ne suis pas raciste, mais c’est plus fort que moi. Et je me surprenais à avoir peur d’un homme qui lisait le Coran en face de moi.
Victor m’aurait sûrement répondu ironiquement que c’était mon obsession des Juifs qui me rattrapait, que je me voyais peut-être comme un pauvre colon persécuté en pleine Bande de Gaza, entouré de méchants arabes cherchant à éradiquer toute ma descendance. On ne s’était jamais entendu sur la politique. Je me souvenais de soirées entières passées ensemble à démolir et à reconstruire le conflit israélo-palestinien, entre deux milles cigarettes et des gin & tonics, et une Mathilde qui avait abandonné tout espoir de nous faire décrocher, et qui s’était exilée dans le salon où elle caressait le bedon d’un de ses chats tout en se rentrant le menton dans le cou, pour essayer de voir sa poitrine et enlever les touffes de poils qui se collaient dans son t-shirt.
Je me souvenais aussi qu’à cette époque, quand Mathilde agissait de la sorte, je me mettais à écouter Victor d’une seule oreille, en commençant d’être un peu fâché contre Mathilde, un peu déçu qu’elle n’ait aucun intérêt pour ces questions. En fait, ça me fâchait qu’elle soit (je disais ça souvent) tellement comme tout le monde : absolument pas renseignée et donc encline à prendre le parti de Victor, parce que c’était l’opinion la plus répandue, dans toutes les sphères médiatiques et sociales inimaginables. C’était la défense de l’opprimé, la défense du faible et la haine du vainqueur, ou le mépris du géant impérialiste, sans aucun effort pour pousser la réflexion. Je continuais à déblatérer, mais dans le fond j’avais peur que Mathilde se retourne à un moment donné, comme exaspérée, et qu’elle me traite de fasciste. Parce que je pouvais soutenir ce genre d’accusation venant de n’importe qui sauf d’elle. Je savais qu’elle n’aimait pas ce côté de moi, enflammé, elle trouvait que je devenais mon père un peu trop vite à son goût. Pas qu’elle n’appréciait pas mon père, mais ce n’était pas vraiment son idole. Il n’était pas mon idole non plus, mais Mathilde savait plus que tout le monde à quel point je ressortais ses arguments plus souvent qu’à mon tour dès que j’en avais l’occasion. Elle me voyait comme un disciple honteux, comme un homme qui réfute tout ce que son paternel lui dit quand il est face-à-face avec lui et qui endosse tout ce qui lui a été dit quand il est avec des amis.
Elle avait raison, et c’était peut-être ça qui me pompait le plus. J’étais assis sur un petit banc en bois au fond de la ville et j’attendais que le métro arrive et je voyais en face, de l’autre côté des rails, la parfaite symétrie des petits bancs de bois typiques de la station Laurier qui ne sont pas tous à la même hauteur et qui sont un peu mystérieux parce que si tu regardais bien tu discernais sur le mur au-dessus comme des silhouettes, comme des ombres, des ombres d’épaules, des ombres de corps, des taches plus sombres et quoi, suintantes. J’étais assis après mon inspection des poubelles et je me disais que la chose qui me fâchait le plus de Mathilde, la chose qui m’avait presque fait la détester durant certaines périodes de notre vie commune, c’était à quel point elle me connaissait, et à quel point elle avait toujours raison quand elle parlait de moi.
vendredi 3 juin 2011
Trois choses, trois vies, trois contes
1. C'est vraiment pas évident à lire, du Edith Wharton, quand t'es plus habitué à ce que ça prenne dix ans de cour et de fiançailles et de danse nuptiale avant que deux personnages couchent ensemble. Cet "âge de l'innocence" me rappelle les univers étranges et inaccessibles de ces romans russes où tout le monde s'évanouissait tout le temps. On sniffait des sels à l'époque.
2. Cet après-midi, j'ai pris une marche dans l'ouest de Saint-Henri, où je n'étais jamais vraiment allé et oh my shit! j'ai découvert un joyau qui risque de disparaître à cause de la réfection de l'échangeur Turcot. C'est un mini-quartier dans le quartier! Le Village des Tanneries. Un mini-quartier dans le quartier! C'est malade. Littéralement enclavé par l'autoroute et la track du CP. Je me sentais comme un intrus faque j'ai juste passé, furtivement.
3. J'ai reçu en cadeau une grande carte Rand-McNally de Manhattan et des environs, avec des Post-it de couleurs différentes, pour que je puisse marquer les endroits névralgiques où se situent l'action et les personnages des fictions qui m'occupent dans le cadre de la conférence sur New York. La fille qui me l'a donnée était souriante, sa peau était douce et elle avait la Grande Ourse sur la joue.
2. Cet après-midi, j'ai pris une marche dans l'ouest de Saint-Henri, où je n'étais jamais vraiment allé et oh my shit! j'ai découvert un joyau qui risque de disparaître à cause de la réfection de l'échangeur Turcot. C'est un mini-quartier dans le quartier! Le Village des Tanneries. Un mini-quartier dans le quartier! C'est malade. Littéralement enclavé par l'autoroute et la track du CP. Je me sentais comme un intrus faque j'ai juste passé, furtivement.
3. J'ai reçu en cadeau une grande carte Rand-McNally de Manhattan et des environs, avec des Post-it de couleurs différentes, pour que je puisse marquer les endroits névralgiques où se situent l'action et les personnages des fictions qui m'occupent dans le cadre de la conférence sur New York. La fille qui me l'a donnée était souriante, sa peau était douce et elle avait la Grande Ourse sur la joue.
mercredi 1 juin 2011
C'est arrivé près de chez nous...
Voici le début d'une réflexion critique sur le film À SAINT-HENRI LE 26 AOÛT. Je la poursuivrai durant les prochains jours. Ça se transformera peut-être en article.
...
Il y a un plan dans le documentaire de Shannon Walsh, À ST-HENRI LE 26 AOÛT, qui je crois reflète bien l’esthétique et le propos du film. Accompagnée de la très belle musique impressionniste de Patrick Watson, la caméra, juchée sur un véhicule motorisé, file sur Notre-Dame, direction est, et pointe vers l’avant, montrant au spectateur l’horizon rapproché de la rue. Une fois dépassé le viaduc du chemin de fer, une fois remontée la petite pente, à peu près à la hauteur de l’ancien Cinéma Cartier (là où Florentine attend en vain Jean Lévesque, seule sous les flocons), la caméra bifurque soudainement vers la gauche, filmant les commerces qui s’enchaînent sur le côté nord de Notre-Dame (la Gaillarde, le Miracle Pizza, la brocante St-Henri, le W. Gradinger, etc.) et, par le fait même, évitant le IGA, dont la façade proprette et moderne se dessine de l’autre côté de la rue. Ce serait prêter des intentions à la réalisatrice et à ses collègues d’affirmer qu’il s’agit là d’un décision consciente, mais il me semble que cette scène est assez représentative de l’ensemble du projet, dans ce qu'elle décide de ne pas montrer.
À ST-HENRI LE 26 AOÛT, comme son titre l’indique, a été tourné dans le quartier Saint-Henri, durant 24 heures, la journée du 26 août 2010. Le film se veut un hommage direct (une reprise, pourrait-on dire) à un moyen-métrage habituellement attribué à Hubert Aquin, datant de 1962, dans lequel une équipe d’une quinzaine de cinéastes avaient filmé la vie quotidienne des gens du quartier à la rentrée des classes, qui à l’époque tombait le 5 septembre. Il s’agissait donc, presque cinquante ans plus tard, de revisiter ce beau coin de la ville de Montréal.
Superbement filmé en noir et blanc, associé à l’école du « cinéma-vérité » et porté par un texte narratif sur le mode socio-poétique de Jacques Godbout, À ST-HENRI LE 5 SEPTEMBRE était également (c'est important de le souligner) le beau témoignage d’un échec, au sens où il portait en lui une contradiction qui refusait d’être résolue : le Saint-Henri que nous avons vu n’est pas celui auquel nous nous attendions; le Saint-Henri que vous voyez n’est peut-être pas celui auquel vous vous attendiez, mais nous n’avons pas tenté de biaiser les résultats. Une belle phrase du texte de Godbout résume assez bien cette douce déception des cinéastes face à cette réalité urbaine qu’ils avaient capté toute la journée et qui s’était voulue à la fois plus complexe et moins exotique qu’ils ne l’avaient prévu : « Saint-Henri ressemble plus aux autres quartiers qu’à lui-même ».
Ceci dit, en voyant le documentaire hommage de Shannon Walsh, j’ai ressenti plusieurs malaises que je m’expliquais mal. J’avais pourtant attendu la sortie de ce film avec impatience, j’étais anxieux de voir le résultat sur grand écran de cette fameuse journée chaude d’été où seize réalisateurs, caméra à l’épaule, étaient venus filmer dans mon quartier, juste à côté de chez nous. Je me demandais où j’avais bien pu être, ce fameux 26 août, et pourquoi j’avais manqué ça. Je tiens à dire tout de suite que c’est un très bon petit film, dans une certaine mesure, qui met en scène des personnages attachants, avec des histoires très intéressantes à raconter, et auxquels les spectateurs s’attachent. C’est un film bien fait, bourré de bonnes idées et de bonnes intentions, mais qui au final souffre étrangement de celles-ci. Je ne sais pas si c’est parce que j’habite personnellement Saint-Henri, que j’ai choisi d’y habiter, que j’ai eu tendance à juger sévèrement certaines des choses que je voyais, mais il reste que plusieurs aspect du film m’ont agacé.
On comprend très vite, d’abord, que tout cela est éminemment scénarisé. C'est-à-dire que chaque scénette, chaque parcours individuel que l’on suit, est le résultat d’un long processus d’entrevues et de sélection qui a mené au choix minutieux des intervenants du film. Ainsi, chaque « habitant » de Saint-Henri, pour typique ou excentrique qu’il soit, est avant tout un « personnage », au sens cinématographique du terme. Qu’il s’agisse d’une assistée sociale qui fait la tournée des bacs de recyclage et se rend au Marché Atwater pour ramasser gratuitement les fruits et légumes un peu amochés, ou d’un jeune hipster gay et autochtone qui explique à des amis à quel point il est fatigué d’avoir à expliquer à des caissières du Urban Outfitters le fonctionnement de sa carte de statut indien, c’est plus leur réalité personnelle dont nous sommes témoins que de celle, collective, d’un quartier. C’est plus leurs histoires précises et fascinantes en elles-mêmes qui nous interpellent que celle, inabordable en fond d’écran, du quartier dans lequel ils vivent et qui se dessine autour d’eux. Ici, ce n’est plus à la plume et à la voix ostentatoire de Jacques Godbout se prononçant sur les vérités de l’Amérique et les clichés de la pauvreté que nous avons droit, elle qui donnait paradoxalement une impression de subjectivité au film, mais aux opinions et aux anecdotes de gens « ordinaires » interviewés, supposément « croqués sur le vif », dans leur quotidienneté.
La scénarisation va plus loin. Elle se retrouve de même dans le clin d’œil. Quiconque connaît bien le documentaire qui a inspiré Walsh s’aperçoit vite que le canevas est respecté presque à la lettre : l’original de 1962 s’ouvrait sur l’arrivée des enfants à l’école suivie d’un long discours inaugural du directeur, la version de 2010 commence elle aussi avec les enfants sur le chemin de l’école, où les attend la directrice avec une brève note de bienvenue; dans le premier on suivait le laitier, dans le second on le suit également (là où il faisait la run chez les gens, il fait aujourd’hui la run des dépanneurs). Tout ça donne évidemment une impression un peu désagréable de manipulation du réel afin que celui-ci cadre bien dans l’image qu’on veut en donner. Deux exemples suffiront à expliciter ce que je veux dire par là. Premièrement, en regardant le film, j’ai trouvé que c’était un hasard un peu trop extraordinaire que l’animateur de radio que l’on entend parfois par-dessus le montage visuel ait effectivement parlé, cette journée-là, exactement la journée où ces gens filmaient dans Saint-Henri, de Gabrielle Roy et de sa vision du quartier, immortalisée dans BONHEUR D’OCCASION. C’est possible, mais ça m’a fait douter. Deuxièmement, quand un homme du troisième âge, visiblement un grand connaisseur de Saint-Henri, qui y a habité toute sa vie, dit qu’à chaque matin il va prendre son café au Greenspot et qu’on le voit entrer au restaurant Greene (le plan de caméra filme la façade en ne permettant pas au spectateur non-initié de faire la différence : /TAURANT GREE/), juste en face, et compétiteur, je me suis posé des questions.
La scénarisation va plus loin. Elle se retrouve de même dans le clin d’œil. Quiconque connaît bien le documentaire qui a inspiré Walsh s’aperçoit vite que le canevas est respecté presque à la lettre : l’original de 1962 s’ouvrait sur l’arrivée des enfants à l’école suivie d’un long discours inaugural du directeur, la version de 2010 commence elle aussi avec les enfants sur le chemin de l’école, où les attend la directrice avec une brève note de bienvenue; dans le premier on suivait le laitier, dans le second on le suit également (là où il faisait la run chez les gens, il fait aujourd’hui la run des dépanneurs). Tout ça donne évidemment une impression un peu désagréable de manipulation du réel afin que celui-ci cadre bien dans l’image qu’on veut en donner. Deux exemples suffiront à expliciter ce que je veux dire par là. Premièrement, en regardant le film, j’ai trouvé que c’était un hasard un peu trop extraordinaire que l’animateur de radio que l’on entend parfois par-dessus le montage visuel ait effectivement parlé, cette journée-là, exactement la journée où ces gens filmaient dans Saint-Henri, de Gabrielle Roy et de sa vision du quartier, immortalisée dans BONHEUR D’OCCASION. C’est possible, mais ça m’a fait douter. Deuxièmement, quand un homme du troisième âge, visiblement un grand connaisseur de Saint-Henri, qui y a habité toute sa vie, dit qu’à chaque matin il va prendre son café au Greenspot et qu’on le voit entrer au restaurant Greene (le plan de caméra filme la façade en ne permettant pas au spectateur non-initié de faire la différence : /TAURANT GREE/), juste en face, et compétiteur, je me suis posé des questions.
...
Inscription à :
Messages (Atom)