mardi 30 août 2011

L'aventure de Fred - une histoire d'Amigo Express (II)

 L'aventure de Fred - une histoire d'Amigo Express (I)

Faque Fred passe la journée à se demander comment il va faire pour entrer en contact avec Maude. Il est désemparé. Il arrange les affaires qu'il avait à arranger à Montréal pis il se dit fuck, je peux pas remonter à Québec sans avoir fait un move, ça pas d'allure. Il sait à peu près rien, sauf son nom, pis il se rappelle qu'elle lui a dit qu'elle travaillait à Santa Cabrini, dans un département quelconque: elle est médecin. C'est une fille de Charny, mais elle travaille à Montréal comme docteure. Juste de se rappeler de ça, ça l'intimide. Il se trouve ti-cul en sale.

Écoute.

Il se trouve ti-cul, mais en même temps il se dit criffe j'ai rien à perdre, why not, faque il décide de la retrouver au seul endroit où il sait qu'il va pouvoir la retrouver: à la job. Il fait une recherche Google pis il trouve c'est où cet hôpital-là, pis il saute dans le métro pis dans un bus pis il débarque en face de l'édifice avec ses couilles pis pas de fleurs pantoute, juste ses couilles. Son feeling est bon: il sait son nom, il veut juste lui dire allo, genre, tu te souviens-tu de moi, ben oui, 'scuse, je le sais, on s'est vu hier, je le sais que tu t'en souviens, ouais, je voulais juste te dire allo. Pis il veut juste lui proposer d'aller prendre une bière, relax. Il rentre dans l'urgence pis y a du monde en sale.

'Coute.

Son plan est plus ou moins bon, dans le fond. Il tchèke le monde pis il se dit fuck késsé que je viens faire ici, j'ai pas rapport. Il se dit qu'il dérange plus que d'autre chose, en avançant vers le comptoir pour demander, juste demander, si ils connaissent pas une Maude qui travaille pas dans un département quelque part en haut dans les étages. Il se pointe devant la réceptionniste de l'urgence pis il fige un peu mais la femme a pas l'air si chiante pis si fatiguée que ça faque il ose: allo je cherche quelqu'un, un, une, employée, genre. La femme lance c'est quoi son nom? Quel département? Fudge, en anglais en plus. On dirait que tout le monde le regarde parce qu'elle parle fort en sale.

'Coute.

Il dit qu'elle s'appelle Maude mais qu'il sait pas dans quel département. Il dit qu'elle est une docteure. C'est une docteure. Une docteure quoi? Une chirurgienne? Une cardiologue? Une neurologue? Une otorhino? Il sait pas. Il s'excuse. Il sait pas quoi dire. Il est désolé de l'avoir dérangé. Il sait pas ce qui lui a pris. C'est super full pas important. Il se retourne pis il voit tous ces gens qui souffrent, une fille avec une jambe dans le plâtre, un gars avec un estie de gros kyste sur la joue qu'il arrête pas de gosser après. Il se sent super mal. Quelle mauvaise idée de venir déranger Maude dans son travail. Fuck, c'est pas comme si elle travaillait au Céramic Café, tabarnak. Il se sent choker. Faque m'a te dire qu'il veut juste s'en retourner, pis vite en sale.

'Coute.

Il fait à peine deux pas, pis TAC! il se fait bloquer la sortie par un dude en chaise roulante qui ressemble à Jean-Marc Parent dans son rôle de l'handicapé mais en vraiment plus maigre. Il bouge sans arrêt, il faut que tu te concentres quand il parle sinon tu comprends rien. Le dude lui parle. Fred est figé. Il sait pas quoi faire, il a les mains dans les poches de son kangourou, il a juste le goût de mettre son capuchon pis de crisser le camp, mais le dude est là pis il lui bloque les portes. Il dit qu'il s'appelle Rodrigo. Il dit qu'il est bénévole pour l'hôpital pis qu'il est là pour aider le monde à se retrouver. Il dit viens-t'en, m'as t'aider à la trouver ta fille, moé. Il lui dit pas embarque! mais c'est tout comme. Il pèse sur un piton ou une espèce de joystick pis il part vers un corridor, la chaise roulante avec des flammes peinturées dessus, aussi puissante qu'une Camaro, grosse vie sale.

- À SUIVRE -         

dimanche 28 août 2011

L'aventure de Fred - une histoire d'Amigo Express (I)

Ok, mettons qu'il s'appelle Fred. Mon ami Fred, faut qu'il monte à Montréal cette fin de semaine-là pis il a pas de char, faque comme il veut pas se taper la ride de bus chiante avec Orléans, pis payer cent mille piasses pour se faire dire parle moins fort jeune homme par un estie de facho de chauffeur laitte, ben il fait affaire avec Amigo Express. Il est pas cave. Il fait sa réservation sur le site, tout se passe bien, y a personne d'autre d'inscrit pour ce lift-là, ça se peut qui puisse shotgunner en avant si la fille est cute. Faque il se pointe en face de la bibliothèque Gabrielle Roy, sur St-Joseph, à peine cinq minutes en avance, pis juste après la fille tourne le coin sur de la Couronne dans sa Mazda, pis en se penchant pour dire allo c'est moi ton passager, il se rend compte tu suite qu'en effet est cute en sale.

Écoute.

Belle brune pas trop skater, pas trop preppy, des belles lunettes pas trop flashy, pas d'affaire de chaîne en mini crucifix d'flasheux dans le cou. Elle sort en disant allo, eille, ça arrête pas deux secondes, 'scuse-moi, en tchèkant un SMS sur son cell. Ils se serrent la main pis à la façon qu'elle a dit "arrète", il sait déjà qu'ils vont se comprendre. Il dit c'est moi Fred pis elle répond ben, euh, c'est moi Maude, pis lui il dit cool, pis il est un peu gêné, mais c'est aussi une technique qui maîtrise ben en sale.

Écoute.

La route se passe super ben. Y a pas de trafic. Le soleil est au rendez-vous, il est obligé de gosser après son pare-soleil à chaque tournant sur la 20 pour voir un peu en avant. La conversation est fluide, il dit pas trop d'affaires niaiseuses, garde ses jokes trop borderline pour lui, garde son rap sheet sur le hip hop pour plus tard, quand il va être sûr que ça a des chances de l'intéresser. Elle, elle conduit ben, pas trop vite, pas trop slow, ils vont arriver à Montréal un peu en avance pis, à la limite, ça le fait un peu chier, parce que jusqu'à maintenant, la ride est l'fun en sale.

Écoute.

Il est pas mal sûr que Maude lui lance des petits coups d'œil subtils de temps en temps. Il est pas mal sûr que c'est pas juste arrivé quand elle voulait tchéker son angle mort après avoir dépassé un dix-huit roues. Il est de plus en plus de bonne humeur à mesure que la route avance. Ils font des jokes sur le Madrid pis tu suite après, sont un peu tristes en se rappelant que ça ferme genre dans deux semaines. C'est poche. Ouin. C'est poche. Maude est belle en crisse. Elle a un rire super chill, relax, elle a une façon de rire de ses jokes qui lui fait croire que c'est dans poche en sale.

'Coute.

Elle le laisse à Crémazie pis il est là déjà dehors sur le trottoir une main sur le dessus de la porte pis elle a l'air nerveuse pis il sait qu'elle a pas le droit d'être parkée là, faque il dit bon ben thanks ça m'a fait plaisir de te rencontrer, Maude, pis elle dit moi avec Fred c'était un des trajets les plus rapides que j'ai fait. Faque il répond ouin, c'est vrai que ça passe vite en bonne compagnie, pis il haït ça dire des affaires de même mais là il est gêné à cause du compliment pis toute. Il rougit pis elle part à rire pis elle dit faut vraiment que j'me pousse d'ici, chui en double, faque il dit oh, oué, 'scuse, ok, ben, euh, bye, d'abord, euh, bye, à prochaine. Pis elle dit bye, un bye qu'il entend dans ses oreilles, mélangé avec le son de la porte qui claque, un bye comme long en sale.

'Coute.

Il se rend compte tu suite qu'il a pas demandé son numéro de téléphone. Pis elle non plus, elle lui a pas demandé. Ils ont aucun moyen de se rejoindre. Une fois que la page Amigo Express est fermée, tu peux pu contacter la personne, tu peux pu avoir accès à ses informations. Lui, il a rien noté. Il note jamais rien. Il pas noté son crisse de numéro de cell, ni sa plaque, ni rien avant de se pointer au rendez-vous. Il a rien noté pantoute. À la limite, il avait même pas noté son nom en faisant sa réservation. Il note jamais rien, pis là il se trouve colon en estie parce que la première affaire qu'il a envie de faire en descendant dans le métro Crémazie, c'est de la rappeler. Il est un peu en crisse pis en plus il se dit, fuck, quand t'arrives de Québec, estie que Montréal c'est sale.

- À SUIVRE -    

mercredi 17 août 2011

They'll never give up!

Pourquoi j'ai vraiment le souvenir que Caitlin et Joey finissent matchés? Malgré le fait que je sais très bien qu'après le suicide de Claude, ils ne reviennent jamais ensemble. Est-ce que c'est seulement du wishful thinking? Ou, à moins que. Ma mémoire me fait-elle défaut? Une dernière date? L'école brûlée? Non, ça c'était bien avant la fin. Je la trouvais tellement belle, Caitlin, dans mon enfance, et plus tard, au milieu de ma mononucléose, durant les reprises, trois fois par jours à cause du satellite chez mes parents, qui offrait radio-canada à tous les fuseaux horaires, et je voulais tellement être Joey et avoir écrit Everybody Wants Something.

 

vendredi 12 août 2011

Passage secret

Je me souviens que quand j'étais petit, sur la rue Pelletier, à Brossard, les maisons en face de chez-nous c'étaient des semi-détachés. On appelait ça de même. Un jour, on s'est rendu-compte, à mesure que notre univers sensoriel grandissait et qu'on devenait assez grands pour aller se promener seuls et explorer un peu, on s'est rendu compte que cet "autre côté de la rue" recelait un trésor énigmatique et absolument merveilleux. Entre deux de ces semi-détachés, on a trouvé un passage dallé qui menait non pas dans une cour privé, mais qui plutôt séparait les cours des voisins, à la manière d'une mini ruelle faite pour laisser passer un homme. Les clôtures des cours se dressaient de chaque côté de cette allée magique, presque totalement recouverte de branches d'arbres en surplomb. En pénétrant entre les deux maisons qui servaient de portail, on s'enfonçait dans la pénombre, même en plein jour, et je jure que j'ai le souvenir d'une ambiance sonore tropicale. Il y avait environ une vingtaine de dalles de béton, des dalles ordinaires comme on en voit en banlieue, qui servent à tracer un chemin dans une cour arrière, ou vers une entrée de garage, et ensuite ça bifurquait à droite et à gauche dans une longue allée étroite et mystérieuse. Le sentiment qu'on a ressenti la première fois qu'on s'est engouffrés dans la noirceur de ce passage est indescriptible: d'abord on n'était plus chez-nous, on était chez quelqu'un d'autre, on était dans un endroit qui ne nous appartenait pas; ensuite, on avait vraiment l'impression que ça déboucherait sur la Chine, ça ne pouvait pas être autrement, c'était la chose la plus secrète qu'on connaissait. Bon, on s'est rendu compte que ça débouchait un coin de rue plus loin, sur Tardif, mais ça changeait rien, pour nous Tardif c'était l'autre bout du monde. Est-ce qu'il y en avait, des passages magiques ou des trucs du genre, sur votre rue, dans votre quartier?     

samedi 6 août 2011

Choses que j'aimerais faire (en attendant d'écrire une réponse élaborée au e-mail de Will)

-Devenir quand même assez bon à faire du parcours.

-Acheter tous les romans et récits de Gabrielle Roy dans la superbe édition du centenaire.

-Être un spécialiste de l'œuvre de Kurt Vonnegut.

-Lire ÉTAIT UNE BÊTE, de Laurance Ouellet-Tremblay.

-Avoir des abdos comme ce gars-là.

-Étudier l'usage de la métaphore filée chez Clarice Lispector à l'université de São Paulo.

-Manger une paella cuisinée dans la nouvelle poêle faite pour ça qu'on a acheté à ma belle-mère.

-Retourner dans le temps pour pouvoir écouter pour la première fois DEMAIN C'EST LOIN.

mercredi 3 août 2011

Acontecimentinho (pour les intimes)

Man man man je sais pas comment j'ai fait mon compte mais quand j'ai voulu enlever mon verre de contact hier soir ma cornée est venue avec, j'ai tiré, peut-être que j'ai tiré trop fort, peut-être que j'ai squeezé le truc trop fort, proche de la pupille, en plein dans la couleur, pis d'habitude ça se passe super bien, mais là j'ai senti une douleur pas claire, comme pas si pire au début sauf qu'en deux secondes ça s'est mis à chauffer comme le crisse, d'un coup en deux secondes, pis je me suis rendu compte que je voyais pu de c't'œil-là, faque j'ai focusé avec l'autre sur la paume de ma main, pis en même temps je me frottais l'œil, je me suis jamais frotté de même, pis je sautais d'un pied à l'autre, en gueulant comme si j'avalais du son, pis dans ma paume y avait ma cornée, comme toute rouge et blanche avec des filaments qui tiennent toute ça en arrière j'imagine, pis ça ressemblait un peu comme à un jellyfish dans ma main, ou une méduse, c'est-tu la même affaire? pis ben j'ai essayé de me la remettre, live, devant le miroir, avec juste un œil qui marche, qu'est-ce tu voulais que je fasse, mais oublie ça, man, juste oublie ça.  

mardi 2 août 2011

Naissance d'un pont

Avez-vous déjà remarqué qu'à chaque fois qu'on vous parle d'un pont, quel qu'il soit, où qu'il soit, c'est toujours le plus long du monde dans sa catégorie?

C'est fou pareil!

Le pont haubané à plage de portée cylindriques le plus long du monde.

Le pont de maçonnerie métallique à double-ancrages semi-sollicités le plus long du monde.

Le pont précontraint en quadrature du cercle à poutres renversées le plus long du monde.

Le pont d'acier galvanisé à encorbellement nodosphérique le plus long du monde.

Le pont suspendu à voussoir mandaté sans col de caisson le plus long du monde.

Le pont en pré-poutres sur treillis mécanique à triple boucle piqué le plus long du monde.

Le pont d'haubans autoroutiers à voûtes réusinées le plus long du monde.

Le pont tournant à glissoirs d'armature fossilisés le plus long du monde.

Le pont-levis à écran plat sous-intégré le plus long du monde.

Le pont couvert à obsolescence épistémo-brancardée le plus long du monde. 

Eille c'est fou pareil!

Avoue.

lundi 1 août 2011

Riz pilaf et général tao

En regardant Jean Airoldi et sa femme habiller leur maison, dans un marathon de la même émission la même émission la même émission la même émission sur Canal Vie, tout en chialant sur le mauvais goût patent des choix du couple de mariés/collaborateurs/amis/connaissances/on-se-donne-tu-un-petit-bec-juste-pour-calmer-le-gaydar-des-téléspectateurs, je me rends compte qu'il y a en moi un mélange assez bien dosé de mépris snobinard (mon dieu qu'ils sont quétaines, MOI j'aurais fait bien mieux) et de jalousie pathétique (calisse qu'y ont du budget, estie qu'y sont chanceux) que je ne suis pas encore prêt à analyser jusque dans ses recoins obscurs, c'est pourquoi j'y fais simplement allusion ici, comme en passant, sur une plateforme anonyme et en toute impunité.