jeudi 29 septembre 2011

Oyez! Oyez!

C'est ce soir que vous pourrez venir entendre mon alter-ego, Daniel Grenier (non, pas lui), à l'université de Montréal, discuter des romans sur New York, dans New York, de New York, pour New York et contre New York.

Dans le cadre des Belles Soirées de l'université de Montréal... il reste peut-être des places, je le sais pas.

lundi 26 septembre 2011

Section réservée aux commentaires et suggestions (à fin d'évaluation)

J’ai toujours cru que j’avais un certain talent pour prévoir et évaluer correctement le comportement des gens. En fait, c’était tout le contraire, j’étais plutôt hautement prévisible, toujours prêt à être surpris par le fait que je ne surprenais personne. Au fond, j’étais une réaction ambulante, une sorte de grosse machine à produire des réactions normales, ordinaires, attendues, comme c’est souvent le cas chez les gens qui sont obsédés par leur propre intelligence et leur propre place dans l’univers. Je me plaçais délibérément dans des situations où je croyais pouvoir obtenir un effet, une part de l’attention générale, par des traits d’esprits ou des citations volées que je mettais un peu entre guillemets juste pour pouvoir m’en sortir si quelqu’un reconnaissait l’origine. J’étais le genre de personne qui se plaçait délibérément en périphérie d’une discussion pour connaître le plaisir aigu d’en devenir le centre en temps et lieu. J’étais cette personne qui croyait sans cesse être une source d’étonnement et de surprise et de débats. J’étais persuadé d’être quelqu’un d’imprévisible, de charmant jusqu’à un certain point, mais je passais mon temps à me faire piler dessus, à me faire écraser par ma profonde banalité.

mardi 20 septembre 2011

Primary sources (III) - la paraphrase

"[...] nonobstant toute dualité immiscante, Messire William de Schenecdaddy le troisième, dans son percutant essai Épiques et collégrammes, publié de façon posthume en 1992, navigue aisément entre les écueils herméneutiques de la dialectique weissienne, late period. Au cœur de sa phénoménologie du post, de Schenecdaddy III pose le problème spiralaire de la contingence active en l'étendant pour la première fois au concept weissien de déterminisme rédhibitoire, outrepassant par là l'éculée méconception heidegerienne du temps fois deux, soit (∃x)(φ), avec laquelle même Lacan et Guattari (1976) se sont débattus en vain, jusqu'à la rupture intellectuelle bien connue dont nous n'avons pas fini de subir les conséquences anévriques. 
Glosant sur ce que son prédécesseur C. D. L. N. B. de L'Anse Pèqueteure décrit comme une conflictuation indirecte de l'étant-soi oriental qui obscurcirait l'objet désirant/désiré dans son rapport au noumène monde (1991), de Schenecdaddy III avance que sans l'avènement du "post", il ne saurait non seulement y avoir de "pré", mais également que la plus sommaire objectivation de cette dichotomie par l'ensemble de l'étendue cognitive du sujet contemporain, aussi légitimé soit-il par l'addition de sa coordination relative, n'équivaut qu'à une instabilité -bilitante corolaire [...]"

- Raymond Maxime Bock-Langevin-Morel, Ph. D., La vision atavistique; 
Du malaise du sujet et sujet du malaise, 1995    

lundi 19 septembre 2011

Primary sources (II) - la citation

"L'épiphénomène de l'étant-soi occidental, tel que théorisé plus en détails par L'Anse Pèqueteur dans Épelle la fin ou WTF: Pour une épistémologie du post-discours (1991), m'apparaît central dans l'expression de l'affect-consommateur, voire du senti-ressenti, chez le post-citoyen. L'auteur soutient en effet que 

[l']expérience du réel n'entre pas en conflit direct avec l'épiphénomène de l'étant-soi occidental, dans la mesure où cet obscur objet du désir qu'est le monde, toujours évanescent, toujours , s'apparente moins à une norme indivisible qu'à une somme réfractable qui se jouerait allègrement de l'horizon d'attente, ce dernier n'étant investi qu'à partir, et qu'au passage, d'une pensée ostensible (cf. Weiss, 1989) en pleine désaffection.

Encore faut-il définir les axiomes "post" (l'après? l'ivraie?), "citoyen" (l'Être? l'Observant? Qu'est-ce qu'être citoyen dans nos villes posturbaines? [cf. Paliakis, 1987]) et "le" (qu'est-ce que le genre? qu'est-ce que la  subordination? etc.) Bref, chez L'Anse Pèqueteur, ces quelques assertions on ne peut plus éclairantes au sujet de la fameuse pensée ostensible ne peuvent être confondues avec la pesée ostensible, autre paradigme crucial chez Weiss."

- Messire William O'Schenecdaddy III, Épiques et collégrammes; 
  Pour une heuristique de la dialectique weissienne,1992   

mercredi 14 septembre 2011

Primary sources (I) - la source

"L'expérience du réel n'entre pas en conflit direct avec l'épiphénomène de l'étant-soi occidental, dans la mesure où cet obscur objet du désir qu'est le monde, toujours évanescent, toujours , s'apparente moins à une norme indivisible qu'à une somme réfractable qui se jouerait allègrement de l'horizon d'attente, ce dernier n'étant investi qu'à partir, et qu'au passage, d'une pensée ostensible (cf. Weiss, 1989) en pleine désaffection."

- Clarence Didier Laurent Nicolas Boileau de L'Anse Pèqueteure, Épelle la fin ou WTF: Pour une épistémologie du post-discours, 1991.

TAG: Des boules à mites - UPDATE

(EDIT: j'ai ajouté deux participants à cette liste qu'on souhaite exponentielle)

Cette tag fonctionne assez bien, jusqu'à présent. Je ne sais pas trop si elle prendra beaucoup d'expansion, mais elle s'est tout de même déjà répandue chez des blogueurs que je ne connais pas, ce qui est bon signe. Je mets en lien ici les textes qui y sont reliés, histoire de nous permettre de garder le fil pour l'instant. Pis j'aime ça avoir l'air d'un QG, c'est valorisant.

1-Le premier à répondre à l'invitation a été Je-Me-Moi, qui n'a pas pu s'empêcher de participer deux fois, prolixe comme on le connaît. D'abord ici, et ensuite ici.

2-L'Engagé a poursuivi, en proposant un powème de coin de bar écrit à 5h du matin au début du millénaire.

3-La tag s'est aussi retrouvée chez ValGod, qui nous offre deux powèmes éclairant différentes facettes de sa personnalité adolescente.

4-Raymond Bock, toujours réticent à parler de lui et à participer à des niaiseries en général, a tout de même mis en ligne un autoportrait réalisé tard tard tard et en boisson, qui est somme toute assez ressemblant. (Dépêchez-vous d'aller le voir avant que Bock ne referme le Tiroir.)

5-Une autre expérience picturale nous est proposée chez Patty O'Green, qui partage généreusement avec nous ses talents précoces de textureuse et d'ombrageuse.

6-Sur son blogue Éclats Urbains, La Citadine a retrouvé pour notre plus grand plaisir un de ses powèmes publié jadis dans la grande revue de sociologie des arts Filles D'aujourd'hui.

7-Sophie, qui signe un blogue intitulé Fuck You Francis, vient de se joindre à la partie, avec un excellent texte aussi riche en adverbes qu'en lyrisme prolétarien (à définir).

8-La Fille, sur Asymptote, repousse l'âge limite de cet exercice jusqu'à 12 ans, ce qui est impressionnant en soi, en postant un texte faisant montre d'une déjà grande maturité pragmatique.

Tout ça est bien savoureux. On aimerait bien que Will et Anne s'en mêlent, d'abord parce qu'on savait pas qu'Anne avait écrit de la pouésie et ensuite parce qu'on est fucking sûr et certain que Will a des tonnes d'archives à proposer. Et il y a Simon Brousse aussi, qui pourrait fouiller dans ses boîtes virtuelles, on aimerait ça, même s'il est super occupé en ce moment à nous expliquer ce qui est bon pour nous.

Je sais pas pourquoi je parle au on, pour moi je lis trop L'oreille tendue, ces temps-ci.

*

Ah! Et aussi, pour que ça traverse outre-Atlantique, cette affaire-là, je taguerais bien Sébastien Haton, tiens, qui aime bien nos jeux d'habitudes.

samedi 10 septembre 2011

TAG: Des boules à mites

OK, nouvelle tag. L'idée est simple: ressortir un vieux texte à prétention littéraire et le recopier avec un minimum d'explications contextuelles, pour le plus grand plaisir de tous et toutes.

En 1999, j'ai participé au Marathon d'écriture, au cégep André Laurendeau (qui était mon cégep), et je viens de retrouver le livre qui avait été imprimé suite à l'activité, dans lequel chaque participant publiait un texte. En me relisant, je constate que 1) la figure de style que j'aimais le plus, c'était sans conteste utiliser un substantif comme un verbe, souvent au subjonctif ou à l'impératif; 2) le but principal c'était vraiment, dirait-on, d'utiliser tous les mots de plus de trois syllabes que je connaissais; 3) la ligne entre précis, précieux et prétentieux est mince mince mince; 4) il me semble que je n'étais pas emo tant que ça.

Il y aura toi et moi, sur l'escarpement d'un mont d'or. Nos pieds parachutés dans le vide, sa mer en contrebas, ses vagues sur le fracas des rochers abrupts. Il y aura des couleurs vertes et des couleurs pourpres. Je te défigurerai d'une lèvre pesante, en balade sur les formes indistinctes. Mon mollet pourra toucher le tien quelquefois chaste et dérobera ta virginité. Ainsi tapageur je te galvauderai le sonnet pleureur, la rime incendiaire et le ver mollasson. Que de mots, me diras-tu, pour une si belle chanson. Et je te noierai d'excuses toutes faites, pour qu'enfin tu découvres mon imposture. L'évidence sera telle que la haine surgira si tu ne devines rien.
Sotte rougeoyante, montre-moi tes crocs, que je puisse titrer cette prose imberbe d'une violence qui me fait défaut. Touche la profondeur de ma pupille et dissèque l'iris, qu'il s'étiole en tous sens, comme s'il était farfelu, comme s'il était noble. Probablement tu ne te doutes de rien, ce sourire...
Tu crois qu'aimer, c'est rire? Tu crois que partager, c'est satisfaire? Plains-toi, de cette plainte surélevée lorsque tu seras seule au sommet d'un mont d'or. Manifeste le temps perdu, bats-le, déchire-le, fais-en un peu de souffrance que je boirai pour savoir à quoi m'en tenir.
Sois frivole et superbe ficelle, haine un peu de temps en temps, et laisse te pénétrer ma chair cognitive, de sorte que je ne me prendrai plus les pieds dans mon parachute...
Qui se décrochera de lui-même, coupant toute attache alors que de par le fond mon corps apprendra ses lois de la physique. Dans le vent, la toile nue s'immobilisera, baisant l'heure et le décompte, pour s'attarder sur sa propre beauté primaire. Tes minutes à toi défileront, gamines espiègles, tu couvriras ta bouche sonore d'une main apeurée, et tes cris éveilleront ce cadran malicieux. La toile nue reprendra sa course, vers le haut, linceul moucheté de ces fleurs polissonnes. De ces fleurs qui firent notre union, la scellant d'un sépale, d'un sépale fertile, d'un sépale sous-jacent, parfumé, mutin. Tout rouge de gêne. Tout rouge. Percé étoilé. Et ton cri couvrira le vide errant, lui insufflant une direction, magnanime. Et tu auras cru aimer, quelques fractions de temps, en un seul cri. En maraude. Tu t'effondreras, la corniche en exergue, précipice tes yeux le long de la falaise, c'est maintenant ou jamais, montre que l'amour est un rire, montre que le partage satisfait. Saute...
Alors que, couché en deux, je t'attendrai. 

Ouch.
Bon, j'ai une excuse, quand même: on était tous comme ça, on tripait tous à fond sur ce genre d'écriture "débridée", "amironnée", qui remettait en question la syntaxe élémentaire et s'envoyait en l'air avec les néologismes. Dans la gang avec qui j'étais, au Marathon, il  s'écrivait sans arrêt des phrases comme: "Je charge en toi, comme une sexplosion de volupté" ou "Je t'aimattise de courroies d'ascensoir insensé" ou "Je te contemplais dans la tour d'ivoire et à tour d'y voir je m'étourdis voire plus tard." Yakes.

Bon.
Faut dire que dans ma gang, il y avait aussi Tania Langlais, qui avait déjà tout compris, et qui allait publier ces notes éparses qu'elle prenait (et qu'elle appelait des avancées) dès l'année suivante dans un recueil récipiendaire du Nelligan, DOUZE BÊTES AUX CHEMISES DE L'HOMME: "Sans prévenir l'autre, elle s'éloigne hors l'épaule et avoue doucement qu'elle cherche, dans la transparente averse de ses hanches, toute la lumière du Brésil."

Qui veut participer? Sim? Will? ValGod? Je-Me-Moi?

mercredi 7 septembre 2011

So much for psychology classes

Quand j’avais vingt ans, j’ai écrit un roman intitulé L'éboulement, qui mettait en scène les angoisses d’une jeune femme se sentant traquée et observée par un maniaque dans sa maison. Une des premières scènes du livre décrivait l’héroïne, arrivant chez elle le soir, découvrant une série de bobépines étrangement enlignées sur le comptoir alors qu’elle s’assoyait sur la toilette pour uriner. Au moment où j’ai fait lire les premiers chapitres à une bonne amie, pour connaître son opinion, elle a tout de suite réagi à cette scène. Relevant les yeux vers moi, elle m’a dit, Clarence, une fille qui s’assoie sur la toilette ne baisse pas sa jupe, elle la remonte. Elle m'a montré la feuille, ma phrase, l'erreur grossière: mon dieu, je lui avais même fait détacher sa ceinture.

mardi 6 septembre 2011

Faune

Ouin ben le p'tit criss de raton qu'on voit ses yeux briller sur la photo que j'ai prise pour l'entête de ce blog, il s'est installé dans notre locker je pense. Locker, façon de parler, c'est comme une porte toute décrissée avec derrière un espace assez grands pour mettre genre une moustiquaire de fenêtre pis une pelle. Ça fait deux nuits qu'on le chasse du balcon pis qu'il nous regarde avec ses p'tits yeux attendrissants. Il est vraiment pas peureux, en tous cas. Il a manqué rentrer dans la maison deux fois plutôt qu'une, pis ma chatte (yep) l'effraie absolument pas. On a acheté un cadenas pour le locker aujourd'hui, on va voir ce que ça va donner. J'ai vérifié qu'il était pas dedans avant de barrer le cadenas, chu pas cave tsé.

J'ai demandé hier sur Twitter si les gens avaient pas des trucs pour s'en débarasser, pis le twit à Simon Brousseau, il m'a envoyé ce lien-là.

Pffff.

vendredi 2 septembre 2011

L'aventure de Fred - une histoire d'Amigo Express (III)

Ils partent sur les chapeaux des roues à Rodrigo. Pour Fred, c'est quasiment du jogging. Ils passent dans des places bizarres. Ils rentrent dans des montes-charges. Rodrigo arrête pas de dire allo à tout le monde, aux agents de sécurité, aux patients. Ils suivent des corridors qui ressemblent à tsé le début des Invasions Barbares, des fils qui pendent du plafond, du monde couché dans des civières qui essaye de t'attraper le bras en faisant arrrggghhh, ou en murmurant grggghhhh. Du monde vieux pis du monde pogné là, qui donne à Fred encore plus le goût de s'enfoncer dans son kangourou Kangol pis de se pousser, sauf que Rodrigo arrête pas de se retourner vers lui avec sa face de spasmes qui redéfini l'idée même de sourire, faque il se sent mal en sale.

Eille, 'coute.

Rodrigo dit enweille on va la retrouver ta fille, suis-moi. C'est à peine s'il ajoute pas mon ami. Pis chaque fois qu'ils arrivent dans un nouveau département, il arrête sa chaise roulante avec un mini burn devant le comptoir pis il fait signe à Fred de s'approcher avec lui pour expliquer sa situation. Fred, lui, il a comme le réflexe de rester en retrait, dans l'ombre entre deux néons du plafond, mais les signes de Rodrigo sont trop clairs, il peut pas faire semblant que c'est pas à lui que ça s'adresse. Faque il s'approche, kesse tu veux qu'il fasse. Ouin, je m'excuse full de déranger, je cherche une Maude, qui travaille ici. Infirmière? Non, médecin. Non, pas de Maude ici. Rodrigo donne une tape super fort sur le comptoir, genre ah, shit! mais tu suite après il dit c'est pas grave, mon gars, enweille, on continue, une de perdue dix de retrouvées. Pis Fred est pas sûr vraiment que c'est ça qu'il a dit, mais d'une façon ou d'une autre il trouve ça intense en sale.

'Coute.

Faque ils repartent. C'est en train de devenir un rallye pis Rodrigo est comme de plus en plus excité. À un moment donné ils croisent une personne qui a l'air perdue pis qui reconnaît la badge bénévole que Rodrigo a accrochée sur son coton ouaté de la tournée 360 de U2 pis qui essaye de l'arrêter pour lui demander conseil, mais Rodrigo répond, sans ralentir, excusez-moi mais on a une mission urgente ici, adressez-vous à l'entrée principale. Pis Fred se sent super mal, il a le réflexe de dire non, c'est super pas important, c'est super pas urgent, la fille était juste ben cute, mais il se ferme la gueule parce qu'ils ont déjà tourné le coin pis devant eux il y a soudainement un ascenseur genre doré, en miroir doré. Ils se reflètent dedans en attendant, après que Rodrigo a appuyé sur le bouton pis Fred cherche quelque chose à dire, pour jaser, parce que c'est long en sale.

'Coute.

L'ascenseur arrive finalement pis ils embarquent dedans, Fred comme à reculons pis Rodrigo avec des moves de joysticks super qualibrés, super précis pour faire un 180 degrés pis toute. Il arrête pas de grouiller, pis même si c'est sa condition normale, Fred peut pas s'empêcher de penser que c'est comme une marque d'excitation incontrôlée, incontrôlable, pis que Rodrigo va bientôt péter au frette. L'intérieur de l'ascenseur est tout en miroir avec. Ils se reflètent là-dedans en vingt-six millions d'exemplaires d'eux-mêmes dans toutes les directions. Il sait pas combien d'étages il reste, mais il a toujours pas trouvé de sujet de conversation. Des fois il a l'impression que Rodrigo le regarde méchamment, dans un reflet, mais c'est juste sa bouche pis ses yeux qui partent en peur, pis il pense qu'en plus d'être épais pis sans dessin, il est en train de virer parano. M'a te dire que dans un mood de même, la sonnette de l'étage sonne fort en sale.

'Coute.

Faque les portes s'ouvrent, au fond du couloir y a le département d'obstétrique pis tout à coup ça y dit quelque chose, ouin, obstétrique, ouin. Ça flashe dans sa tête ouin, ouin, ouin, ça me dit de quoi ça, il me semble qu'elle m'a dit que. Pis tout à coup il réalise que ah ben tabarnak, ils ont trouvé la place. Écoute. Là le cœur commence à lui débattre. Rodrigo fonce en avant, il roule à 120 dans le corridor, il fait un burn élégant devant le comptoir. C'est clair qu'il connaît la réceptionniste parce qu'elle lui fait des beaux sourires pis des beaux yeux. Tout le monde est super sympathique tout à coup, tout le monde a full le temps de s'occuper de son cas: comment elle s'appelle? Maude? Maude Lamarche? C'est Maude Lamarche que tu cherches? Ben oui, de Québec. Maude Lamarche de Québec. Ben sûr qu'à travaille ici Maude, là elle est en pause dans la salle O-521, c'est super pas loin, c'est juste de l'autre côté de... Fred avale, c'est sec dans sa gorge, il cligne des yeux vingt-mille fois. Il sue en sale.

'Coute ben.

Il prend son courage à deux mains. Il respire. Faut qu'il fasse de quoi. Il a plus le choix. Il se penche vers Rodrigo. Je peux-tu te parler. À l'écart. Faudrait que je te parle, tu seul. Pis Rodrigo, complètement trop intéressé, complètement trop dedans, fait des grands mouvements de bras, de moulinets, son cou se cabre, ses yeux se révulsent, son sourire s'agrandit, son index arrive enfin devant sa bouche pour faire chut, pas de trouble, c'est entre toé pis moé. Faque les deux s'éloignent un peu, y a le petit bruit de reculons de la chaise roulante. La réceptionniste sourit. Une infirmière passe devant pis s'arrête au comptoir, les deux filles jasent un peu pis l'infirmière se retourne vers Fred avec une petite face genre coquine. Fuck. Y a plus de temps à perdre. Fred se penche vers Rodrigo. Il lui dit excuse-moi Rodrigo, va falloir que j'y aille, pis là il a la mine basse en sale.

'Coute.

Rodrigo a pas l'air de comprendre. Ses bras arrêtent de bouger. Son bassin grouille plus. Ses yeux sont full fixés sur Fred. Fred, lui, il répète je m'excuse, eille, merci vraiment de ton aide, c'est super fin ce que t'as fait pour moi, t'es vraiment su'à coche, mon gars. Fred répète eille merci mon gars, tout en reculant subtilement vers l'ascenseur. Il appuie sur le bouton pis les portes s'ouvrent illico presto faque c'est déjà ça pis ça le soulage. Il répète, avec la main levée pour dire chow, eille en tous cas merci Rodrigo, c'est juste que là faut vraiment que j'y aille, c'est super cool de m'avoir aidé, je me sens super mal, mais je pourrai pas rester, faque, ben, c'est ça. Il ajoute presque un à plus pis la dernière chose qu'il voit quand les portes se referment c'est la face à Rodrigo qui le regarde comme un héros déchu, un Don Juan qui bande pas, pis tu peux lire clairement la déception mélangée avec ses lèvres qui articulent criss de chien sale.