L'autre jour, on était une gang à se mettre des chansons sur ce site qu'on m'a fait découvrir récemment, THE LISTENING ROOM, et à jouer au DJ comme ça, m'est revenue cette anecdote un peu pathétique.
Mon ami Alex était DJ au Balafré, un bar qui n'existe plus maintenant, qui a été remplacé par La Distillerie, au coin de Sanguinet et Ontario, juste en face du cégep du Vieux, et il m'avait demandé de le remplacer pour une soirée, parce qu'il devait donner un show ce soir-là. J'ai accepté avec plaisir, parce que j'ai toujours adoré ça mettre de la musique et imposer mes choix aux autres, dans les partys. Je n'avais aucune expérience, mais qu'à cela ne tienne, je me suis présenté sur place à l'heure prévue avec l'enthousiasme du puceau et la chance du beginner. On m'a rapidement expliqué comment ça fonctionnait et, je veux dire, ce n'était pas la fin du monde: deux lecteurs CD indépendants, une console de son assez rudimentaire, deux ou trois boutons à maîtriser. J'avais une bonne paire d'écouteurs et une bonne discographie prête à faire la job. J'étais nerveux, mais en même temps j'avais confiance en mes choix. Sans trop de set-list précise, avec la vague idée d'y aller plus rough et plus fort à mesure que la soirée avançait, je me suis lancé et ça a commencé comme une tonne de brique avec du Sonic Youth... qui a joué pour moi et la serveuse puisqu'il n'y avait personne d'autre. Pas grave, elle lavait ses tables, je groovais en cherchant ce que j'allais mettre ensuite. J'ai enchaîné les pièces les unes après les autres et je regardais dans les fenêtres du bar pour voir su les gens qui passaient allaient être attirés par mon beat. The Flaming Lips, The Cure, The Clash, The Pixies, les chansons défilaient, toutes meilleures les unes que les autres, mais personne n'entrait dans le bar. Je groovais tout seul derrière mon petit comptoir pendant que la serveuse comptait ses rouleaux de change. À un moment donné, trois gars sont finalement arrivés pendant que du bon vieux Peter Gabriel jouait et ils se sont installés à une table. La serveuse s'est empressée d'aller prendre leur commande et ils se sont mis à jaser sous la musique. J'observais du coin de l'œil leurs réactions, je cherchais à voir si leurs pieds bougeaient en rythme. J'étais anxieux de leur plaire et je voulais les surprendre et les faire sortir de leur zone de confort aussi. Modest Mouse, Broken Social Scene, Nick Cave, j'étais prêt à toute éventualité, je pouvais mettre The Roots et tout de suite après les Beatles, je me comprenais dans mon mix et ça marchait. Si la toune finissait dans un fade, comme un pro je maniais la console pour faire embarquer la suivante au bon moment pour qu'elles se chevauchent. Je commençais à aimer ça pas mal, ça me faisait sentir puissant, même devant juste trois dudes qui au fond semblaient pas mal indifférents à mon ambiance, quand un des trois s'est levé et s'est approché de moi. Comme un vrai, j'ai avancé le menton vers lui en enlevant un seul écouteur et je l'ai écouté en continuant à tchéker mes CD, mes options. Il m'a dit:
-Eille man, c'est cool ton set, mets-moi kekchose de bon là, kekchose que j'vas triper là.
-Comme quoi?
-Kekchose que j'vas virer su'l'top là.
-T'as-tu une idée en tête?
-Ché pas, man, ch'te fais confiance, mets-moi kekchose que j'vas faire comme, oh, dude, ta yeule, malade man.
-Euh.
-Mets moi kekchose de vrai, man, de juste genre wow.
-Euh, ok. J'vas essayer de te trouver de quoi.
Et il est reparti s'asseoir, non sans m'avoir fait un dernier thumbs up de dos en marchant vers ses amis. Le stress a embarqué et je me suis mis à chercher dans mes affaires pour le satisfaire. La chanson de Bowie était sur le point de finir et je n'avais pas encore trouvé. En tournant les pages de ma grosse pochette à CD, je suis finalement tombé sur KID A et je me suis dit pourquoi pas, j'espère que ça va marcher. Alors juste quand Five Years finissait, j'ai embarqué le beat d'Idiotheque et j'ai monté le son tranquillement, pour créer l'impact désiré. T'aurais dû voir le gars. Il a capoté. Il s'est retourné vers moi avec un énorme sourire et ses deux pouces levés et il a commencé à groover en rythme en me fixant. Je lui ai souri en retour et lui et ses amis se sont mis à écouter la chanson en bougeant les pieds et les épaules. Ils continuaient à discuter, mais je savais que j'avais bien fait ma job. Pendant que je me replongeais dans mes disques avec une bonne idée de ce que j'allais mettre ensuite, une minute à peu près avant la fin de la toune, j'étais confiant et j'avais du fun. Quand je me suis retourné, le gars était à deux pouces de ma face. J'ai presque fait le saut. Il me regardait avec des yeux exorbités et il m'a dit:
-R'mets-la.
-Quoi?
-R'mets-la, man, c'est trop bon.
-Tu veux que je remette la même toune?
-R'mets-la, man.
Ils étaient mes seuls clients, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre? J'ai remis Idiotheque. En appuyant comme un débutant sur le bouton double flèche avec une barre du lecteur CD. Il y a eu une seconde de silence et le beat est reparti. La serveuse lavait des verres et j'ai vu ses yeux se lever et se pointer sur moi. De loin, j'ai levé mes épaules, en signe de qu'est-ce tu veux j'fasse, y me l'ont r'demandé. Les gars ont fini leur pichet pendant la reprise de leur toune et sont partis en ne me disant même pas bye. La serveuse s'est avancée pour ramasser les verres et le pichet vide et elle en a profité pour venir me voir et me dire bon ben ch'pense qu'on va closer. Il n'était même pas une heure du matin, et mon ami Alex ne m'a jamais redemandé de le remplacer.
lundi 31 octobre 2011
samedi 29 octobre 2011
La traversée de Saint-Henri
EDIT: Wow. Je me relis pis je me dis fuck t'es donc ben en train de virer matante. Bon. Je veux quand même spécifier que c'est pas comme si le blogue allait juste servir à ça. J'ai pas rien que ça à faire non plus, "flâner" pis "déambuler" dans les rues. Pis en plus leur blogue à eux est consacré à ça en plus.
Depuis son entrée en fonction, en mars 2009, je ne me suis pas servi de Saint-Henri comme d'un espace particulièrement dédié à... well... Saint-Henri. Je n'ai jamais voulu faire de ce blogue un site sur l'histoire, l'architecture, les rues, les maisons, les habitants du quartier. Pour moi, Saint-Henri a toujours été d'abord et avant tout un lieu de création et de réflexion: à la fois l'endroit où j'habite et l'endroit où j'écris: ici dans blogspot et ici sur la rue Saint-Antoine (et avant sur Saint-Ferdinand). Il y a aussi un autre blogue, que je lis rarement, SAINT-HENRI CHRONICLES, qui joue un peu déjà ce rôle-là (du moins du côté politique municipale et enjeux sociaux) et que je n'ai pas envie de concurrencer.
Il reste que depuis que j'ai posé mes pénates dans le quartier, je suis conscient qu'il y a quelque chose qui me fascine et m'allume, dans l'idée même de Saint-Henri, de ce que ça représente, dans l'imaginaire, qui dépasse la simple localisation géographique: j'ai envie d'en parler, de le réclamer, de l'investir et de le partager. À la limite d'en être gossant avec les gens qui me côtoient au quotidien. Je suis comme ça avec toutes mes passions, je veux dire, demandez-le à ma blonde par rapport au portugais et à la culture brésilienne. Bon, elle n'a jamais commencé à apprendre la langue de Camões (ah, fuck Camões, la langue de Clarice Lispector, de Machado De Assis, de Chico Buarque), mais elle est par contre venue s'installer ici avec moi.
Dans les prochains mois, il se peut fort bien que Saint-Henri devienne, disons, plus ancré dans la réalité du quartier au sens "géopoétique", puisqu'une belle opportunité s'offre à moi que je me vois mal ne pas saisir. Le groupe de recherche LA TRAVERSÉE, de l'uqam, vient de lancer la cinquième édition de son activité appelée le "Retour du Flâneur", qui a pour thème cette année le concept de "quartier". Je m'y suis inscrit avec enthousiasme et Saint-Henri devrait changer un peu par la force des choses pour la durée du projet. Le site de LA TRAVERSÉE, pour la première fois, sera ouvert au public et les participants pourront y téléverser des textes, des fichiers multimédias, des photos, etc.
Officiellement, on commence le 2 novembre et on termine en février.
Officiellement aussi, mon premier livre de fiction, un recueil d'histoire intitulé justement MALGRÉ TOUT ON RIT À SAINT-HENRI devrait paraître aux éditions Le Quartanier au mois d'avril 2012, c'est donc pour moi un autre incitatif à plonger encore plus dans les mystères et les beautés de Saint-Henri des tanneries.
J'espère que, du Plateau, de Rosement, de Ahuntsic et d'où que vous soyez, vous allez m'accompagner.
Crédit photo: The Vicarious Traveller. Copyright: Robert J. Brodey
jeudi 27 octobre 2011
Poème composé à partir des mots écrits en caractères gras dans le livre RÉUSSIR SON HYPERMODERNITÉ ET SAUVER LE RESTE DE SA VIE EN 25 ÉTAPES FACILES, de Nicolas Langelier
N'oubliez pas
N'oubliez pas
N'oubliez surtout pas
Le bonheur?
très important
N'oubliez pas
différente
La modernité est un saut dans le vide, les yeux bandés
les choses ne seront plus jamais pareilles
progrès
le meilleur est à venir
individu
mobilité
vitesse
liberté
avenir brillant et fantastique
votre propre histoire
spécial
incroyablement seul
N'oubliez pas:
vide
vieux
Fille de votre vie
très important
six étapes
très important
Important:
N'oubliez pas:
autoroute
ouest
N'oubliez pas:
Monique
Francine
N'oubliez pas:
crucifix en or
Sortez et reprenez la route.
et si, à cause de votre peur de manquer quelque chose, vous étiez passé à côté de plein de choses importantes
mort imminente
usure
narcissisme
immaturité
recherche incessante de la nouveauté
incapacité à soutenir un engagement véritable
liberté
mordre dans la vie
N'oubliez pas:
très important
un mois jour pour jour
organique
très important
vivre plus fort
N'oubliez pas,
20
Steve Jobs
21
Marie Curie
22
Mark Zuckerberg
23
Paul McCartney
24
Madonna
25
Pablo Picasso
26
Albert Einstein
27
Ernest Hemingway
28
Jack Kerouac
29
Jonathan Ives
30
Thomas Edison
31
René Magritte
32
Sigmund Freud
33
Susan Sontag
34
Tim Berners Lee
35
Martin Luther King
modernisme
culture de masse
Comprendre
Rédiger
Diffuser
N'oubliez jamais
option 3
Note:
loup,
coyote.
stupide chandelle
stupide couverture de l'espace
en oubliant d'apporter quelque chose à lire
N'oubliez pas
mort
cric
brun, faux,
fragile
Prenez votre cric.
Placez-vous dans l'embrasure de la porte.
Soufflez.
N'oubliez jamais
Dormir,
N'oubliez pas
N'oubliez surtout pas
le pire lit de toute votre vie.
Quel sera l'héritage de votre génération...
postmodernisme
N'oubliez pas:
Rappelez-vous:
Expirez lentement.
N'oubliez jamais:
vide vide vide.
espoir
amour
voiture.
vous
maintenant
N'oubliez plus jamais:
grandir
Nicolas Langelier, Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Montréal, Boréal, 2010, 226 pages.
N'oubliez pas
N'oubliez surtout pas
Le bonheur?
très important
N'oubliez pas
différente
La modernité est un saut dans le vide, les yeux bandés
les choses ne seront plus jamais pareilles
progrès
le meilleur est à venir
individu
mobilité
vitesse
liberté
avenir brillant et fantastique
votre propre histoire
spécial
incroyablement seul
N'oubliez pas:
vide
vieux
Fille de votre vie
très important
six étapes
très important
Important:
N'oubliez pas:
autoroute
ouest
N'oubliez pas:
Monique
Francine
N'oubliez pas:
crucifix en or
Sortez et reprenez la route.
et si, à cause de votre peur de manquer quelque chose, vous étiez passé à côté de plein de choses importantes
mort imminente
usure
narcissisme
immaturité
recherche incessante de la nouveauté
incapacité à soutenir un engagement véritable
liberté
mordre dans la vie
N'oubliez pas:
très important
un mois jour pour jour
organique
très important
vivre plus fort
N'oubliez pas,
20
Steve Jobs
21
Marie Curie
22
Mark Zuckerberg
23
Paul McCartney
24
Madonna
25
Pablo Picasso
26
Albert Einstein
27
Ernest Hemingway
28
Jack Kerouac
29
Jonathan Ives
30
Thomas Edison
31
René Magritte
32
Sigmund Freud
33
Susan Sontag
34
Tim Berners Lee
35
Martin Luther King
modernisme
culture de masse
Comprendre
Rédiger
Diffuser
N'oubliez jamais
option 3
Note:
loup,
coyote.
stupide chandelle
stupide couverture de l'espace
en oubliant d'apporter quelque chose à lire
N'oubliez pas
mort
cric
brun, faux,
fragile
Prenez votre cric.
Placez-vous dans l'embrasure de la porte.
Soufflez.
N'oubliez jamais
Dormir,
N'oubliez pas
N'oubliez surtout pas
le pire lit de toute votre vie.
Quel sera l'héritage de votre génération...
postmodernisme
N'oubliez pas:
Rappelez-vous:
Expirez lentement.
N'oubliez jamais:
vide vide vide.
espoir
amour
voiture.
vous
maintenant
N'oubliez plus jamais:
grandir
Nicolas Langelier, Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Montréal, Boréal, 2010, 226 pages.
dimanche 23 octobre 2011
Rêve de poly
Un de mes rêves récurrents se décline grosso-modo de la façon suivante:
Je suis dans un couloir de mon ancienne polyvalente, où je dois faire des cours de rattrapage pour une raison floue. J'ai mon âge actuel et mes diplômes universitaires aussi, mais je sais pas, quelqu'un s'est rendu compte qu'il me manquait un cours de secondaire 5. Donc, je suis dans un corridor et je connais la place mais en même temps ça a changé, je suis plus vieux que tout le monde, ce qui me donne la sensation d'être intensément cool et en même temps d'être intensément looser. Je m'aperçois soudainement que j'ai un cours d'anglais qui commence, là, maintenant, que je suis en retard, qu'il y a un examen, et que c'est sûr que je vais couler l'"étape", parce que j'ai foxé toute l'année (variante: je ne savais pas que j'étais inscrit à ce cour et j'ai mal vérifié mon horaire durant toute l'année). Je cours dans les escaliers, dans les corridors, en commençant une argumentation dans ma tête avec le professeur pour le convaincre qu'il doit me laisser passer le cours, il doit faire une exception, à cause de mes diplômes et tout, je veux dire: je suis un universitaire, for god's sake!
Et je me réveille angoissé.
Ça m'a-tu marqué le secondaire, tu penses?
*
EDIT: Au lieu de simplement corriger mon erreur, je préfère citer verbatim les deux courriels que je viens de recevoir de Will, qui voulait m'éviter l'humiliation d'une correction en bonne et due forme dans le fil de commentaire. Un geste qui démontre ma profonde humilité et ma quoi, mon abnégation, ouais.
No 1:
Petit mot pour te dire que dans ton dernier post, t'as écrit "looser" au lieu de "loser". C'est une erreur fréquente (chez bcp de gens) et ça me tentait pas trop de te le dire sur ton blogue. "Looser", tu le sais sûrement, veut dire "plus lousse".
Sinon, man, good job.
W
No 2:
J'y pense. Au fait, tu peux ben pocher ton cours d'anglais dans ton rêve, à écrire de affaires comme "looser" au lieu de "loser".
Je suis dans un couloir de mon ancienne polyvalente, où je dois faire des cours de rattrapage pour une raison floue. J'ai mon âge actuel et mes diplômes universitaires aussi, mais je sais pas, quelqu'un s'est rendu compte qu'il me manquait un cours de secondaire 5. Donc, je suis dans un corridor et je connais la place mais en même temps ça a changé, je suis plus vieux que tout le monde, ce qui me donne la sensation d'être intensément cool et en même temps d'être intensément looser. Je m'aperçois soudainement que j'ai un cours d'anglais qui commence, là, maintenant, que je suis en retard, qu'il y a un examen, et que c'est sûr que je vais couler l'"étape", parce que j'ai foxé toute l'année (variante: je ne savais pas que j'étais inscrit à ce cour et j'ai mal vérifié mon horaire durant toute l'année). Je cours dans les escaliers, dans les corridors, en commençant une argumentation dans ma tête avec le professeur pour le convaincre qu'il doit me laisser passer le cours, il doit faire une exception, à cause de mes diplômes et tout, je veux dire: je suis un universitaire, for god's sake!
Et je me réveille angoissé.
Ça m'a-tu marqué le secondaire, tu penses?
*
EDIT: Au lieu de simplement corriger mon erreur, je préfère citer verbatim les deux courriels que je viens de recevoir de Will, qui voulait m'éviter l'humiliation d'une correction en bonne et due forme dans le fil de commentaire. Un geste qui démontre ma profonde humilité et ma quoi, mon abnégation, ouais.
No 1:
Petit mot pour te dire que dans ton dernier post, t'as écrit "looser" au lieu de "loser". C'est une erreur fréquente (chez bcp de gens) et ça me tentait pas trop de te le dire sur ton blogue. "Looser", tu le sais sûrement, veut dire "plus lousse".
Sinon, man, good job.
W
No 2:
J'y pense. Au fait, tu peux ben pocher ton cours d'anglais dans ton rêve, à écrire de affaires comme "looser" au lieu de "loser".
mardi 18 octobre 2011
En trois lignes
Claude était le genre de gars qui utilisait son oreille droite presque exclusivement comme porte-crayon et qui disait beaucoup le mot "véhicule" en décrivant la voiture de quelqu'un et ses caractéristiques mécaniques.
vendredi 14 octobre 2011
Moi avec, sur ATAVISMES
Je n'ai jamais écrit finalement sur le livre de mon ami Raymond Bock, ATAVISMES, à part un gros "eille, man, c'est bon en crisse, lisez ça!" juste après l'avoir lu, à sa sortie. Je me suis promis de le faire bien souvent, mais il y avait toujours quelque chose qui détournait mon attention, genre un épisode de USPP, ou une tournure étrange du subjonctif futur en portugais. Mais là, là maintenant, il me semble que c'est la bonne occasion, puisque:
1-J'ai eu une super bonne conversation avec lui et avec William Messier, à la Drinkerie sur Notre-Dame l'autre soir (conversation durant laquelle Will m'a fait l'immense plaisir de concéder que mon quartier est assez "nice", même en comparaison de son plus amérindien et donc foutrement plus mythique Ahuntsic), à propos de l'engagement en littérature et ça m'a donné envie de relire son livre.
2- Myriam D. B. vient de le terminer et en parle sur son blogue Ma Mère Était Hipster, et j'ai presque envie de me servir du commentaire que je viens de laisser sur sa critique comme tremplin, juste pour avoir une mini-réflexion sur un aspect en particulier de l'œuvre. Quelque chose dont on oublie souvent de parler.
*
J'ai écrit ceci, dans le fil de commentaires:
Je suis en train de replonger dedans et quelque chose me frappe: cette impression de sérieux, et de profondeur, qui nous assaille à la lecture, vient peut-être un peu de la précision langagière, chez Bock. Un quelque chose de pointu et d’étudié, dans l’utilisation des mots, des temps de verbe, dans le choix des métaphores, qu’on retrouve peu chez ses contemporains.
L'exemple peut paraître absurde, mais dans Carcajou, la première histoire, il décrit ainsi un chemin de campagne perdu : « deux ornières dans l’herbe haute séparées par une largeur d’essieu. » C’est con, mais utiliser les bons termes, respecter le fonctionnement du langage sans toutefois se plier à ses règles de façon aveugle, ça ajoute à la portée du projet général.
C’est un peu ça, la grande littérature.
Je pourrais donner mille autres exemples de cette précision syntaxique, lexicale, de cette rigueur qui caractérise le livre et qui témoignent d'après-moi d'un grand respect de la langue, et d'une ambition sérieuse aussi, qui se transmet dans toutes les strates du livre. Juste le titre, qui a obligé tout le monde à aller chercher son dictionnaire...
Ce que je veux dire, c'est qu'ici, le langage, ou plutôt son utilisation, le traitement qu'on lui réserve, nécessairement politique, est complètement imbriqué dans le scénario, dans la trame qui est racontée. Et c'est normal, dans un projet comme le sien, qui s'intéresse à la complexité infinie de notre identité nationale: il y a chez Raymond Bock un mariage presque parfait entre forme et fond. Ou plutôt, parce que bon, le terme "mariage" me semble un peu poche et n'exprime pas bien de quoi il retourne, il y a un "passage" direct de la forme au fond qui est ouvert pour le lecteur, et qui l'oblige à se questionner, pas sur l'histoire racontée, mais sur son propre positionnement par rapport à son Histoire, qu'elle soit personnelle ou nationale. Sont rares les livres qui font cet effet.
C'est vrai que quand j'y repense, Will a toujours comparé l'écriture de Bock (quand on en parlait, bien avant la publication du livre) à une machine extrêmement bien huilée et il avait bien raison. C'est une image on ne peut plus adéquate au sens où en effet, les histoires de Raymond sont des engrenages hyper solides (et à la limite un peu intimidants) qui nous impressionnent à la fois par leur ampleur et par le pur silence de leur mécanique: ça roule, ça n'accroche pas. Et ça, c'est sans parler de l'effet architectural, voire architectonique, que le recueil impose, par sa structure en vortex historique, par son titre "rassembleur", etc.
D'après-moi, pour revenir à mon point de départ, c'est un peu le langage de Bock qui fait ça, qui opère. C'est sa maîtrise, encore une fois, profonde et sérieuse, de la langue française, dans ses codes poussiéreux et dans ses déraillements modernes: la langue identitaire comme objet premier de son "enquête". C'est aussi ça qui fait d'ATAVISMES un grand livre.
*
Ché pas, je dis ça de même. Tsé, c'est mon ami après tout, je peux quand même pas le blaster.
1-J'ai eu une super bonne conversation avec lui et avec William Messier, à la Drinkerie sur Notre-Dame l'autre soir (conversation durant laquelle Will m'a fait l'immense plaisir de concéder que mon quartier est assez "nice", même en comparaison de son plus amérindien et donc foutrement plus mythique Ahuntsic), à propos de l'engagement en littérature et ça m'a donné envie de relire son livre.
2- Myriam D. B. vient de le terminer et en parle sur son blogue Ma Mère Était Hipster, et j'ai presque envie de me servir du commentaire que je viens de laisser sur sa critique comme tremplin, juste pour avoir une mini-réflexion sur un aspect en particulier de l'œuvre. Quelque chose dont on oublie souvent de parler.
*
J'ai écrit ceci, dans le fil de commentaires:
Je suis en train de replonger dedans et quelque chose me frappe: cette impression de sérieux, et de profondeur, qui nous assaille à la lecture, vient peut-être un peu de la précision langagière, chez Bock. Un quelque chose de pointu et d’étudié, dans l’utilisation des mots, des temps de verbe, dans le choix des métaphores, qu’on retrouve peu chez ses contemporains.
L'exemple peut paraître absurde, mais dans Carcajou, la première histoire, il décrit ainsi un chemin de campagne perdu : « deux ornières dans l’herbe haute séparées par une largeur d’essieu. » C’est con, mais utiliser les bons termes, respecter le fonctionnement du langage sans toutefois se plier à ses règles de façon aveugle, ça ajoute à la portée du projet général.
C’est un peu ça, la grande littérature.
Je pourrais donner mille autres exemples de cette précision syntaxique, lexicale, de cette rigueur qui caractérise le livre et qui témoignent d'après-moi d'un grand respect de la langue, et d'une ambition sérieuse aussi, qui se transmet dans toutes les strates du livre. Juste le titre, qui a obligé tout le monde à aller chercher son dictionnaire...
Ce que je veux dire, c'est qu'ici, le langage, ou plutôt son utilisation, le traitement qu'on lui réserve, nécessairement politique, est complètement imbriqué dans le scénario, dans la trame qui est racontée. Et c'est normal, dans un projet comme le sien, qui s'intéresse à la complexité infinie de notre identité nationale: il y a chez Raymond Bock un mariage presque parfait entre forme et fond. Ou plutôt, parce que bon, le terme "mariage" me semble un peu poche et n'exprime pas bien de quoi il retourne, il y a un "passage" direct de la forme au fond qui est ouvert pour le lecteur, et qui l'oblige à se questionner, pas sur l'histoire racontée, mais sur son propre positionnement par rapport à son Histoire, qu'elle soit personnelle ou nationale. Sont rares les livres qui font cet effet.
C'est vrai que quand j'y repense, Will a toujours comparé l'écriture de Bock (quand on en parlait, bien avant la publication du livre) à une machine extrêmement bien huilée et il avait bien raison. C'est une image on ne peut plus adéquate au sens où en effet, les histoires de Raymond sont des engrenages hyper solides (et à la limite un peu intimidants) qui nous impressionnent à la fois par leur ampleur et par le pur silence de leur mécanique: ça roule, ça n'accroche pas. Et ça, c'est sans parler de l'effet architectural, voire architectonique, que le recueil impose, par sa structure en vortex historique, par son titre "rassembleur", etc.
D'après-moi, pour revenir à mon point de départ, c'est un peu le langage de Bock qui fait ça, qui opère. C'est sa maîtrise, encore une fois, profonde et sérieuse, de la langue française, dans ses codes poussiéreux et dans ses déraillements modernes: la langue identitaire comme objet premier de son "enquête". C'est aussi ça qui fait d'ATAVISMES un grand livre.
*
Ché pas, je dis ça de même. Tsé, c'est mon ami après tout, je peux quand même pas le blaster.
mercredi 12 octobre 2011
All the young douches [le magnet tic]
Le texte qui suit est impossible à comprendre si vous n'avez pas lu préalablement le très beau billet de Mlle V sur son blogue Les Plaisirs et les Nuits. Un blogue que je vous invite fortement à découvrir, d'ailleurs. Elle a publié ce court portrait la semaine dernière et je lui ai demandé la permission d'en faire une petite parodie en changeant simplement quelques mots ici et là. Allez lire l'original et revenez ici, pour comprendre de quoi il retourne.
***
Quand il est passé près de moi devant l'elliptique, j’ai tout de suite eu envie qu’il s’arrête mais qu'il ne remarque pas ma sueur. Quand il l’a fait, j’me suis demandé s’il n’avait pas entendu mon souhait. Une attirance pure, une énergie folle. Je ne pouvais même pas me l’expliquer. En tout cas, c’était full physique. Fin vingtaine si c’est pas plus, barraqué, poids de dix livres dans chaque main, cami Ed Hardy serrant ses pecs, aucun signe défectif si ce n’est les yeux un peu rouges un peu et la barbe pas vraiment super bien rasée. On a échangé deux-trois sourires, il me faisait des clins-d'œil comme des tics, et c’est là que j’ai compris. Ses dents rayonnaient de façon tellement intense que ça devenait magnétique. Juste les regarder, ça me faisait du bien. J’étais incapable de penser à autre chose, incapable de détourner mon regard. J’étais complètement fascinée et je pense qu’il le savait. Il me souriait de plus belle, c’était contagieux. Et si bon. Ça sentait les White Strips jusqu'ici.
Je n’arrivais pas à me souvenir de la dernière fois que j’avais vu quelqu’un avec des dents aussi profondément glorieuses étampées dans la face… Bon, oui ok, je me souviens, mais ce sourire pétant-là dure normalement quoi 20, 30 secondes? 5 minutes? Une fois les bandes blanchissantes décollées, tu le perds déjà un peu non? Avec le café, déjà. Le gars était quand même rendu au Privilège Gym, un lundi matin vers 9h20. J’essayais de deviner la marque derrière tout ça. Qu’est-ce qui peut faire que des palettes irradient de même jusqu’à l'aveuglement? Est-ce qu’il vient juste de prendre sa créatine pour la première fois? Un lundi matin??? Avec des pecs comme ceux-là???? Bon, je sais bien qu’il n’y a pas de jours pour commencer ça, mais ça m’apparaît quand même peu crédible. Il change de bracket sur le bench-press? Il vient de pomper 400 livres sur le bowflex? La chick au comptoir lui a dit « salut el gros » pour la première fois ce matin? Je continuais de l’observer sur le bike stationnaire et je ne trouvais pas d’explication satisfaisante. Si j’étais une autre fille que moi, je lui aurais dit qu’il avait un sourire vraiment vraiment malade. En fait, pour être honnête, j’ai jamais passé si proche d’être une autre fille que moi qu’à cet instant là. Mais son trainer est arrivé.
Il s’est assis dans le Powerline et il a machinalement porté une main à son biceps gauche en flowant tranquilo avec Snoop, les lèvres en cul de poule, un bout de la toune de Katy Perry qui jouait dans les speakers. Ses doigts grouillaient le long de la barre de l'haltère. Il a fermé ses yeux rougis quelques secondes et les a réouverts en forçant, la veine du front prête à peter, mais toujours avec ce sourire, vibrant, hypnotisant.
Et je me suis dit que peut-être, dans le fond, c’est juste le shake d'à matin qui était fucking trop bon.
samedi 8 octobre 2011
De deux ou trois choses étranges qui me sont arrivées récemment avec des livres
1. En utilisant le bouton "Buy with 1 click", sur le site d'Amazon, j'ai malencontreusement envoyé - pour la troisième fois depuis mon déménagement en juillet - des livres à mon ancienne adresse. J'ai donc dû entrer en contact avec la fille qui habite là maintenant pour m'excuser encore une fois, en lui promettant que c'était la dernière fois, et pourrait-elle me texter quand les livres arriveraient, je serais là en 10 minutes? En allant chercher les livres, en début de semaine dernière, j'ai voulu m'expliquer, lui expliquer la situation, mon erreur, la niaiserie d'Amazon, etc. Mais en voyant ses yeux bouffis et ses sweatpants matinaux, j'ai compris qu'elle s'en foutait pas mal de savoir ce qui était arrivé avec mes changements d'adresse virtuels, alors j'ai seulement dit, dans mon anglais chancelant: "Again, I'm sorry, it won't happen again. It's just that on Amazon, you know, you can't just change your adress, you have to delete the old ones, and..." Elle a dit "yeah, sure..." Et j'ai répondu: "Anyways, thanks again, see you," et je suis revenu à mon nouveau chez moi. Je profiterai donc de cette tribune auto-allouée pour expliquer qu'en effet, j'avais bien fait mon changement d'adresse sur le site d'Amazon, mais que cela ne suffit pas, puisque one must effacer les anciennes adresses si one wants que la "billing" adress corresponde à la "shipping" adress, etc. Et c'est sans parler du fameux "Buy with 1 click", que j'utilise presque toujours, dont les informations n'ont pas été mises à jour automatiquement, et qui a posté mes commandes à la 3e adresse sur ma liste d'adresses, alors que j'avais tout modifié dans les cases "shipping" et "billing." J'ai écrit pour me plaindre à Amazon, et il m'ont écrit pour me remercier d'être entré en contact avec eux.
2. En cherchant un vieux roman de 1893, de William Dean Howells, en version numérique, histoire de le télécharger sur mon Kindle et ainsi m'éviter une visite à McGill, je suis tombé avec plaisir sur une version disponible sur Open Library. J'ai commencé ma lecture avec plaisir, pour constater rapidement que la copie papier avait probablement été scannée pour ensuite passer par un logiciel de reconnaissance de caractères pas tout à fait au point parce que les coquilles se multipliaient à une vitesse folle. La lecture devenait pénible et drôle à la fois. Le protagoniste, un romancier newyorkais de la fin du XIXe siècle, devenait soudainement un prototype de l'angoisse identitaire postmoderne, alors que sa désignation flottante m'empêchait d'être certain de son véritable nom. Il était souvent Ray, mais parfois Kay, et aussi Rav, ou Kav, mais aussi Pie, Rye, Bye, Bay. Quand il est devenu Ra } r, j'ai compris qu'une visite à McGill s'imposait. Quelques heures plus tard, bien installé avec une bonne vieille et fiable copie papier, je me suis esclaffé en constatant qu'à la page 145, celui qui s'appelait effectivement Ray devenait Kay, l'espace d'une bonne vieille et fiable coquille éditoriale. Et pourtant, ce n'était rien en comparaison avec le plaisir que j'ai ressenti à lire ce passage, un peu plus loin, qui résonnait en moi de façon particulièrement aiguë, et dont je vous fais part. Le soir même et au lendemain du suicide d'une connaissance, le personnage lit dans les journaux les notices concernant l'évènement: "A few lines, with some misspelling of names, told the story of the suicide and inquest in the afternoon papers, and it dwindled into still smaller space and finer print the next morning. The publicity which those least concerned had most dreaded was spared them. Ray himself appeared in print as a witness named Bray." C'est tellement moi qui fucking souligne.
3. En feuilletant le paratexte de ce merveilleux essai de Leslie Fiedler, publié en 1966 - et que je me suis finalement décidé à commander dans une vieille édition seconde-main - LOVE & DEATH IN THE AMERICAN NOVEL, je suis tombé, à la dernière page, sur un assez long message écrit à la main, au stylo, qui m'a d'abord réjouit, que j'ai dû décoder tranquillement, qui m'a ensuite étonné, et qui m'a finalement fasciné au point où j'étais presque ému par sa violence et sa candeur mêlées. Je l'ai lu avec un mélange d'émotions qui se sont succédées à mesure que je reconstruisais les mots et le sens derrière cette calligraphie difficile à déchiffrer :
It's fun to write on desks, on walls or books.
J'ai ressenti alors le sentiment un peu voyeur de m'immiscer dans l'intimité d'un Autre qui, en même temps, m'envoyait un message secret, désespéré, à la manière d'une bouteille à la mer.
I doubt if anyone will ever find this passage.
J'ai pensé dès lors au hasard, à la beauté des coïncidences, à l'idée étrange qu'il me serait peut-être possible de retrouver cette personne, de nos jours, grâce aux réseaux sociaux, cette invention magnifique qui reliait des gens comme nous, l'inconnu qui lançait cet appel et l'inconnu qui le recevait.
Sometimes when I'm frustrated I write down how I feel.
Cette phrase, très mal écrite, m'a donné du fil à retordre, mais en la déchiffrant tranquillement, mon cœur s'est emballé: il y avait donc un réel appel à l'aide et à la communication qui se cachait à la fin de mon exemplaire. Un secret humain, ou un humain secret, enfoui dans les pages d'un essai littéraire.
The world can SUCK. Especially when you love to get high and you don't have dope.
Fuck all you straight heads who read this.
Sans voix, j'étais brusquement sans commentaire.
2. En cherchant un vieux roman de 1893, de William Dean Howells, en version numérique, histoire de le télécharger sur mon Kindle et ainsi m'éviter une visite à McGill, je suis tombé avec plaisir sur une version disponible sur Open Library. J'ai commencé ma lecture avec plaisir, pour constater rapidement que la copie papier avait probablement été scannée pour ensuite passer par un logiciel de reconnaissance de caractères pas tout à fait au point parce que les coquilles se multipliaient à une vitesse folle. La lecture devenait pénible et drôle à la fois. Le protagoniste, un romancier newyorkais de la fin du XIXe siècle, devenait soudainement un prototype de l'angoisse identitaire postmoderne, alors que sa désignation flottante m'empêchait d'être certain de son véritable nom. Il était souvent Ray, mais parfois Kay, et aussi Rav, ou Kav, mais aussi Pie, Rye, Bye, Bay. Quand il est devenu Ra } r, j'ai compris qu'une visite à McGill s'imposait. Quelques heures plus tard, bien installé avec une bonne vieille et fiable copie papier, je me suis esclaffé en constatant qu'à la page 145, celui qui s'appelait effectivement Ray devenait Kay, l'espace d'une bonne vieille et fiable coquille éditoriale. Et pourtant, ce n'était rien en comparaison avec le plaisir que j'ai ressenti à lire ce passage, un peu plus loin, qui résonnait en moi de façon particulièrement aiguë, et dont je vous fais part. Le soir même et au lendemain du suicide d'une connaissance, le personnage lit dans les journaux les notices concernant l'évènement: "A few lines, with some misspelling of names, told the story of the suicide and inquest in the afternoon papers, and it dwindled into still smaller space and finer print the next morning. The publicity which those least concerned had most dreaded was spared them. Ray himself appeared in print as a witness named Bray." C'est tellement moi qui fucking souligne.
3. En feuilletant le paratexte de ce merveilleux essai de Leslie Fiedler, publié en 1966 - et que je me suis finalement décidé à commander dans une vieille édition seconde-main - LOVE & DEATH IN THE AMERICAN NOVEL, je suis tombé, à la dernière page, sur un assez long message écrit à la main, au stylo, qui m'a d'abord réjouit, que j'ai dû décoder tranquillement, qui m'a ensuite étonné, et qui m'a finalement fasciné au point où j'étais presque ému par sa violence et sa candeur mêlées. Je l'ai lu avec un mélange d'émotions qui se sont succédées à mesure que je reconstruisais les mots et le sens derrière cette calligraphie difficile à déchiffrer :
It's fun to write on desks, on walls or books.
J'ai ressenti alors le sentiment un peu voyeur de m'immiscer dans l'intimité d'un Autre qui, en même temps, m'envoyait un message secret, désespéré, à la manière d'une bouteille à la mer.
I doubt if anyone will ever find this passage.
J'ai pensé dès lors au hasard, à la beauté des coïncidences, à l'idée étrange qu'il me serait peut-être possible de retrouver cette personne, de nos jours, grâce aux réseaux sociaux, cette invention magnifique qui reliait des gens comme nous, l'inconnu qui lançait cet appel et l'inconnu qui le recevait.
Sometimes when I'm frustrated I write down how I feel.
Cette phrase, très mal écrite, m'a donné du fil à retordre, mais en la déchiffrant tranquillement, mon cœur s'est emballé: il y avait donc un réel appel à l'aide et à la communication qui se cachait à la fin de mon exemplaire. Un secret humain, ou un humain secret, enfoui dans les pages d'un essai littéraire.
The world can SUCK. Especially when you love to get high and you don't have dope.
Fuck all you straight heads who read this.
Sans voix, j'étais brusquement sans commentaire.
mercredi 5 octobre 2011
Première phrase de mon gros et ambitieux roman en anglais
Comme tout le monde, j'ai un gros roman en anglais qui me sommeille dans la tête depuis plusieurs années. Ça serait un mélange des codes du romantisme début XIXe siècle, avec des marqueurs de liaisons comme "hitherto" ou "henceforth" et du roman policier à la Dashiell Hammett.
Ça s'appellerait SPELL THE END et cette nuit j'ai rêvé à la première phrase:
"Surely was it written somewhere, from the verybeginning outset, that Fanny Elphin was going to die."
Et d'autres nuits, suivies d'autres matins, quand je me sens particulièrement ambitieux, je me dis que ça pourrait aussi être un exercice oulipien ou chacune des phrases, l'une après l'autre, comme celle-là, aurait le devoir secret et occulte d'être auto-référentielle.
Ça s'appellerait SPELL THE END et cette nuit j'ai rêvé à la première phrase:
"Surely was it written somewhere, from the very
Et d'autres nuits, suivies d'autres matins, quand je me sens particulièrement ambitieux, je me dis que ça pourrait aussi être un exercice oulipien ou chacune des phrases, l'une après l'autre, comme celle-là, aurait le devoir secret et occulte d'être auto-référentielle.
mardi 4 octobre 2011
Mathilde en dernier (XVI)
Petit rappel: Après être allé au musée pour voir le corps exposé de sa blonde Mathilde qui s'est suicidée, le narrateur sort dans le froid de la ville et s'engage à pieds dans la direction de son rendez-vous chez son ami Victor. Sur
le chemin, il se remémore des souvenirs d'adolescence, entre autres un
party chez Victor qui avait mal tourné, où des inconnus avaient foutu le
bordel. Arrivé chez son ami, qui habite dans le
sous-sol d'un immeuble où son père a une clinique de chiropractie, les deux discutent d'un plan pour se venger de l'artiste qui a "exposé" Mathilde. Plus tard, le narrateur repart et en chemin, se remémore sa rencontre avec Mathilde et d'autres souvenirs. Il attend le métro pour rentrer chez lui, station Laurier.
***
Ça a fait un gros bruit montant dans mes oreilles et la rame est apparue, bleue et blanche et argentée et couverte de graffitis pornographiques. Juste devant moi, sur la porte, un immense pénis dessiné en pleine éjaculation. Il s’est coupé en deux et je suis entré dans le wagon en même temps que les trois autres personnes qui attendaient. Je me tâtais la poche intérieure du manteau, juste sous ma poitrine. Je me disais que je ne savais même pas comment ça fonctionnait, un gun, et que Victor aurait dû me donner un cours. Il savait sûrement mieux que moi à quoi s’en tenir : c’était quoi un cran d’arrêt, c’était quoi un chien.
Une femme à côté de moi rehaussait cette confusion dans ma tête parce que j’étais comme fasciné par ses bras, tellement maigres, tellement qu’on se disait que quelque part sur son corps gros comme un paquet d’allumettes, il devait y avoir d’écrit garder hors de la portée des enfants. Pauvre femme, elle ressemblait à une pauvre femme qui n’a jamais touché à la drogue de toute sa vie, mais qui est inévitablement cataloguée comme une junkie. Je me disais qu’elle avait peut-être une maladie incurable qui la faisait disparaître tranquillement, s’évanouir dans un tunnel mal éclairé et humide. Je me disais méchamment sans vraiment l’assumer que d’ici à Jean-Talon, elle n’existerait plus.
Chaque fois que le train s’arrêtait en station, des gens embarquaient et d’autres descendaient, la foule était maintenant plus appropriée, plus de rigueur. J’ai perdu de vue la femme quand un couple de Noirs s’est installé autour du poteau. Ils parlaient créole et je comprenais certains mots, mais pas les phrases et pas leur sens et ça me perturbait et ça m’intéressait d’un coup, je n’arrivais pas à comprendre comment quelqu’un qui parlait, mettons, à la fois créole et anglais pouvait ne pas parler français du tout. Ils disaient des phrases dont le sens m’échappait complètement, mais qui étaient parsemées de mots que je comprenais, ça me rappelait vaguement un état de rêve, comme un rêve dans lequel on m’aurait livré un message important en français, mais qui aurait sonné comme du russe ou quoi. Je me sentais interpellé, tout en tâtonnant ma poche intérieure.
Pour la première fois depuis ce matin, quand je m’étais réveillé dans un état proche du pantin, de la marionnette actionnée par des fils et des mains puissantes et étrangères, je sentais vivement en moi le besoin d’absorber la réalité et la vie pour ce qu’elle était : autre chose que le monde après Mathilde. Une entité qui avait une existence propre et souveraine. En fait, je me baladais dans cet état d’esprit depuis les funérailles, depuis le faux enterrement qui avait attisé ma colère de façon exponentielle. Je ne m’étais jamais autant projeté dans le futur (dans une angoisse futuriste purement négative, violente) que ce matin-là quand, dans le froid brillant du soleil, on avait fait descendre un cercueil vide un fond d’une tombe vide et que j’avais entendu plus qu’écouté le discours vide d’un prêtre au faîte de son éloquence. Un jeune prêtre prêt à tout pour nous convaincre que l’âme qui serait reçue en Paradis serait jugée sur l’ensemble de sa vie et non pas seulement sur cette dernière offense.
En attendant, son corps venait d’être vendu à un homme qui sûrement fumait la pipe et citait de Tocqueville ou Warhol ou Saint-Augustin en plantant dans la chair pétrifiée des aiguilles la remplissant de produits plus efficaces les uns que les autres. Un homme qui avait eu accès à la scène et à qui on avait donné l’autorisation de prendre des photos par centaines. Un homme qui avait reçu la bénédiction du premier ministre et aussi du clergé parce que tout ça était moral, toute cette entreprise esthétique était hautement morale. Des foetus dans des bocaux pour faire réagir les possibles candidates à l’avortement, des suicidées exposées dans leurs derniers apparats, pour décourager les dépressifs, pour leur montrer que ça n’allait plus être aussi facile : que maintenant il leur faudrait en plus survivre à ça.
Mathilde était à la fois ce cercueil vide, cette espèce de mascarade un peu macabre, et ce corps inerte que j’avais vu ce matin et que des touristes avaient voulu photographier.
Son corps était devenu une œuvre d’art à message politique, une forme de propagande esthétique qui nous disait que plus rien n’était plus comme avant, dans le temps, par exemple, où mon propre frère et ses amis avaient pu vivre leur deuil de façon tellement plus sereine.
Quand Patrick s’est tranché les veines, je devais avoir dix ou onze ans. Mon frère a pleuré son meilleur ami durant des jours et des jours. Patrick avait eu droit à un enterrement normal. Normal, c’est-à-dire pour quelqu’un comme moi, qui vivait cette période de transition d’un monde à un autre.
Je me sentais pour la première fois depuis longtemps prêt à recevoir des informations, des stimuli, sans nécessairement les transformer en indices ou en conséquences ou en causes de la mort de Mathilde. Dans le métro, entre Beaubien et Jean-Talon, je me suis agréablement surpris en train d’espionner la conversation de ce couple d’Haïtiens et d’y prendre plaisir. J’avais l’impression de me ressembler brusquement, d’être tout proche de ce moi profond et incontrôlable, non intellectualisé. L’impression de faire brusquement quelque chose que c’était mon genre de faire. Il m’a semblé que ça faisait un bout que je n’avais pas fait quelque chose dont on aurait pu dire : esti que c’est le genre à Fabrice de faire ça. Comme si je devenais enfin un humain qui n’est pas sans arrêt en train de penser qu’il pense, ou de réfléchir qu’il réfléchit.
Je me suis dit que Mathilde aurait aimé cet humain-là. Ça m’a fait énormément de bien et je suis sorti du métro.
Peut-être après tout que ce monstre, ce golem que je voulais me créer comme une armure pour me protéger ne serait pas indispensable : peut-être que c’est moi-même, en toute conscience et en toute lucidité, qui allait faire sauter la gueule de cet artiste.
lundi 3 octobre 2011
By the way
Côté positif, j'ai officiellement commencé la rédaction de ma thèse, la semaine dernière, en écrivant trois pages d'un éventuel "Chapitre II: De la Renaissance à la Reconstruction", dans lequel j'analyse avec bonheur le rapport conflictuel entre les personnages d'écrivains créés au 19e siècle par N. Hawthorne, H. Melville et L. M. Alcott et les balbutiements de l'institution littéraire aux États-Unis.
Côté mitigé, grâce à Je-Me-Moi et sa grande culture littéraire, je me retrouve avec dans les mains un très très gros roman de Herman Wouk intitulé YOUNGBLOOD HAWKE, prix Pulitzer 1962, qui est un "roman de romancier" (le sujet de ma thèse), à la puissance dix. Je dis mitigé parce que j'aime ça lire des très très gros romans, mais ça me fait me rendre compte que mon corpus va toujours grossissant et que je devrai faire des choix déchirants.
Côté négatif, j'arrive toujours pas à comprendre le fonctionnement de la télécommande illico et à être efficace en la manipulant, la différence entre les boutons On/Off et System m'échappe. Pis j'ai pas encore vraiment compris dans quel sens tourner pour ouvrir le cadenas à numéros cheap que j'ai acheté au Jean-Coutu l'autre jour.
***
Est-ce que quelqu'un sait comment on fait pour citer officiellement une édition (ou une version) Kindle dans un travail universitaire? Il n'y a pas de pagination.
Côté mitigé, grâce à Je-Me-Moi et sa grande culture littéraire, je me retrouve avec dans les mains un très très gros roman de Herman Wouk intitulé YOUNGBLOOD HAWKE, prix Pulitzer 1962, qui est un "roman de romancier" (le sujet de ma thèse), à la puissance dix. Je dis mitigé parce que j'aime ça lire des très très gros romans, mais ça me fait me rendre compte que mon corpus va toujours grossissant et que je devrai faire des choix déchirants.
Côté négatif, j'arrive toujours pas à comprendre le fonctionnement de la télécommande illico et à être efficace en la manipulant, la différence entre les boutons On/Off et System m'échappe. Pis j'ai pas encore vraiment compris dans quel sens tourner pour ouvrir le cadenas à numéros cheap que j'ai acheté au Jean-Coutu l'autre jour.
***
Est-ce que quelqu'un sait comment on fait pour citer officiellement une édition (ou une version) Kindle dans un travail universitaire? Il n'y a pas de pagination.
samedi 1 octobre 2011
Toc toc
Je sais pas c'est quoi, une "scène primordiale", mais je sais qu'il y a certaines choses que je fais dans la vie qui me rappellent automatiquement, obligatoirement je dirais, certaines scènes que j'ai vécues dans le passé. Par exemple, quand je ramasse les graines de pain ou de bagel sur le comptoir de la cuisine, avec un linge humide et ma main en coupe collée sur le rebord, je vois et j'entends la sœur de mon ex ex ex, qui habitait avec nous à l'époque, en train de me dire, peut-être en 1999, "Clarence, je commence à être tannée de ramasser vos esties de graines de pain sur le comptoir". Ou par exemple, quand je coupe un steak, avec n' importe quel couteau, sur n'importe quelle table, dans n'importe quelle assiette, avec n'importe qui, je revois et j'entends mon ami Sébastien dire, peut-être en 1995, "c'est l'avantage de le couper", en voulant niaiser mon ami Laurent qui s'était brûlé la langue sur un trop gros morceau de je sais plus quoi.
Il y a une place dans la tête pour ces affaires-là.
Aussi, il y a le fait que je suis incapable de ne pas compter, quand je fais un geste répétitif, ce qui me ramène instantanément au Café Céramic, circa 2000, 2001. Je me revois en train de placer les papiers de spécial du jour dans mes menus, en préparant mon open, et je les compte, même si je sais exactement combien j'en ai depuis à peu près 5000 ans. Je ne peux pas m'en empêcher. Je me revois en train de préparer mes cossins pseudo-fancy de couteau/fourchette enroulés dans une napkin, et je les compte, même si on s'en câlisse vraiment du nombre total. C'est un réflexe, encore aujourd'hui, je compte tout le temps. Mes pas, des fois. Les sons rythmés de la laveuse, des fois. Des fois je fais exprès pour m'auto mélanger dans ma tête... 23, 24, 25, 67, 2, 1345, 13, shit... juste pour m'obliger à arrêter.
Il y a une place dans la tête pour ces affaires-là.
Aussi, il y a le fait que je suis incapable de ne pas compter, quand je fais un geste répétitif, ce qui me ramène instantanément au Café Céramic, circa 2000, 2001. Je me revois en train de placer les papiers de spécial du jour dans mes menus, en préparant mon open, et je les compte, même si je sais exactement combien j'en ai depuis à peu près 5000 ans. Je ne peux pas m'en empêcher. Je me revois en train de préparer mes cossins pseudo-fancy de couteau/fourchette enroulés dans une napkin, et je les compte, même si on s'en câlisse vraiment du nombre total. C'est un réflexe, encore aujourd'hui, je compte tout le temps. Mes pas, des fois. Les sons rythmés de la laveuse, des fois. Des fois je fais exprès pour m'auto mélanger dans ma tête... 23, 24, 25, 67, 2, 1345, 13, shit... juste pour m'obliger à arrêter.
Inscription à :
Messages (Atom)
